04 décembre 2009

J'emm...la reine d'Angleterre...!!!

Jeunesse intellectuelle turbulente et non-conformiste, dans une Angleterre qui sort à peine  de la pudibonderie victorienne... C'était juste avant la première guerre mondiale, la der des ders, et nous juste après on a eu le surréalisme... Lisez, le canular narré dans les premières lignes vaut le détour.O.
http://www.humanite.fr/2009-11-24_Cultures_Conversation-anglaise-autour-de-La-Piscine

Cultures -
Article paru
le 24 novembre 2009

culture

Conversation anglaise autour de La Piscine

À Roubaix, une exposition singulière retrace l’histoire du groupe de Bloomsbury autour de Virginia Woolf, Vanessa 
Bell, Duncan Grant ou encore John Maynard Keynes. Des artistes et intellectuels britanniques en liberté.

On peut commencer par un incroyable canular dans l’Angleterre de 1910. Le 10 février un certain Horace de Vere Cole envoie un télégramme au navire de guerre HMS Dreadnought, l’avertissant de la prochaine visite à son bord d’une délégation de la famille royale d’Abyssinie. Le navire, basé à Weymouth, va accueillir avec les honneurs la famille qui inspecte la flotte, distribue des décorations, échange des exclamations admiratives dans ce qui ressemble fortement à un latin de cuisine. Personne ne s’aperçoit que les six personnages se sont noirci la peau, que leurs costumes sont de pure fantaisie et qu’ils racontent n’importe quoi. La réussite du canular est telle que la Navy ne pourra en poursuivre les auteurs. Parmi ceux-ci, et c’est le piquant de l’affaire, Virginia Stephen, qui n’est autre que la future Virginia Woolf, son frère Adrian, le peintre Duncan Grant, futur compagnon de la propre sœur de Virginia Woolf, la peintre Vanessa Bell.

La farce est mémorable, en raison de son audace mais aussi parce qu’elle signe en quelque sorte les débuts d’une des belles aventures intellectuelles du XXe siècle autour d’artistes, d’écrivains ou même d’économistes comme le très célèbre John Maynard Keynes, une aventure connue comme celle du groupe de Bloomsbury et que La Piscine à Roubaix a décidé de faire découvrir.

Soit donc un jeune homme, Thoby Stephen et ses amis de Cambridge. Il a deux sœurs, Virginia et Vanessa, un jeune frère, Adrian. C’est autour des deux sœurs que va se constituer, à Londres, au 46 Gordon Square, une petite société, ouverte à tout ce qui se passe dans l’art de leur temps, et particulièrement en France. Les deux sœurs ne sont pas directement des militantes féministes mais elles sont des femmes libres, les hommes de leur entourage sont pour beaucoup d’une très grande liberté sexuelle. Keynes aura comme amant l’alpiniste George Mallory disparu en 1924 à l’assaut de l’Everest et dont le corps sera retrouvé en 1999, à quelques longueurs de corde du sommet. Ils ont de plus la guerre en horreur et sont pacifistes et objecteurs de conscience. Certains libéraux, d’autres d’inspiration socialiste. Un de leurs aînés, Roger Fry, va créer les ateliers Omega. Il s’agit, dans la continuité de William Morris et en parallèle avec en France l’art nouveau, avec le Bauhaus en Allemagne, de faire entrer l’art dans le quotidien. Roger Fry, qui fait découvrir en Angleterre le postimpressionnisme, sera le critique d’art le plus important de la scène anglaise. Vanessa Bell, pour être moins connue que sa sœur, est un grand peintre. Lytton Strachey l’un des membres les plus importants du cénacle, publie en 1918 une critique mordante du victorianisme, lequel, il faut s’en souvenir, avait envoyé Oscar Wilde en prison en 1895.

Le groupe toutefois, contrairement à d’autres à cette époque, ne peut être considéré comme une avant-garde. S’il a fait sens en Angleterre, c’est par la liberté et les œuvres de chacun. Sans doute se sont-ils inscrits en même temps et de fait dans une sorte de continuité d’une certaine intelligence britannique, de Thomas More à Lewis Carroll en passant par Swift, Byron, Shelley, qui tous à leur manière ont remis en cause l’ordre établi. D’où la tentation parfois, et en Angleterre même, de réduire Bloomsbury à une coterie d’oisifs excentriques. Une vieille ruse du conservatisme, esthétique, politique et social. Jusqu’au 28 février 2010.

Maurice Ulrich

Catalogue édité par Gallimard. 
260 pages. 39 euros.

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13 novembre 2009

Borges, ombre et lumière...

Jorge Luis Borges : la parole universelle


Un aveugle éclairé ou la lucidité aveuglée ?
Par Cristina Castello

« J'ai senti dans la poitrine un battement douloureux, / j'ai senti la soif qui m'embrassait »
J. L. Borges, in « L’Immortel »


Jorge Luis Borges est une métaphore de lui-même. C'est l'un des écrivains les plus éminents du XXe siècle et un emblème de sa patrie argentine, où tous le nomment mais peu l'ont lu. Enfant prodige, il a vécu son enfance habillé en petite fille par sa mère, qui l’appelait l’ « inutile » et le « malheureux».

Son érudition a peu de parangons. A-t-il été si flamboyant pour découvrir la sacralité de la vie, comme pour écrire ? Ou la lucidité a-t-elle abîmé cette partie de l'esprit où il est écrit que rien de ce qui est humain ne devrait être étranger ?

Peu d'artistes sont autant aimés que détestés. Et on entend : les vers de Borges sont sacrés, mais sa bouche fut incontinente. Il a qualifié Federico García Lorca de « poète mineur », et de la même manière, il a honoré les poètes de la Génération Espagnole du XXVIIème ; il ne s’est pas interdit d’attaquer Julio Cortázar ; de Cent ans de solitude, de García Márquez il a dit : « C’est un joli titre, non ? ». Il a été implacable avec Charles Baudelaire, s’est acharné contre Pierre Corneille, –auteur de « Le Cid » – et contre Isidore Ducasse (le Comte de Lautréamont).
Pire : au rythme de chaque gorgée de son thé anglais, il a qualifié Arthur Rimbaud d' « artiste à la recherche d'expériences qu'il n'a jamais obtenues », et a sauvagement rejeté André Breton, puissance d'imagination et de poésie. C’est trop, Mister George.

Lire la suite : http://poesiedanger.blogspot.com/search/label/Cristina%20Castello

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11 novembre 2009

Argentine

Qui tente une traduction?

 

 

LA INSPIRACIÓN NECESARIA

También la hormiga que cruza la ventana

lo respira. Y el helecho del balcón lo hace,

sitiado por hormigas que respiran.

 

Se respira por experiencia.

 

Aunque la primera inspiración

haya sido inducida, involuntaria,

no recordada, yo, ustedes, nosotros, nadie

estaba en trance. Inspiramos para expirar,

como el orden de la sintaxis, se quiera o no,

porque la vida va en ese sentido. Sustantivo,

adjetivo, artículo del verbo respirar,

y el pronombre sujeto a la inspiración

o el objeto de ella.

 

Si te inspiro soy tu musa

y poeta si me inspiro a mí misma.

 

Los pronombres se llenan

del significado del momento

y todos vamos de aquí para allá.

Ella, la hormiga;

el helecho, él;

yo sujeto de la enunciación

que rara vez conjugo el verbo

nacer en primera persona del presente.

 

 Ya lo hice y ahora respiro.

Mirta Rosenberg

http://www.lyrikline.org/index.php?id=162&L=2&author=mr03&show=Poems&poemId=1889&cHash=1a3f7ecc4d           

 

 

©  M.R. und Bajo la Luna Nueva

 

Extrait de: El Arte de Perder

 

Bajo la Luna Nueva, Buenos Aires 1998

 

 

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21 octobre 2009

poésie grecque contemporaine

Les "musiques" de Ritsos"


Yannis RITSOS (1909-1990) : Le Centenaire

Les "musiques" de Ritsos
Conférence par Michel Grodent


Photo : APPR
Né à Monémvassia (sud du Péloponnèse) et décédé à Athènes, Yannis Ritsos est (avec Odysséas Elytis et Georges Séféris) l’un des trois "grands" de la génération des années ’30, auteur d’une œuvre prolifique et quelque peu paradoxale en ce qu’elle s’inscrit à la croisée de la tradition la plus rigoureuse et de la modernité la plus radicale.
Son centenaire, célébré à Athènes, est l’occasion rêvée de faire le point sur la poétique néo hellénique et sur les relations qu’elle a nouées avec la chanson par l’intermédiaire de compositeurs savants comme Mikis Théodorakis.


En prélude à la réception de remise des prix du "4e Concours de Poésie par SMS" ainsi qu'en parallèle à l'inauguration du "Na-Mur", la Maison de la Poésie vous propose :


Photis Ionatos (guitare–chant), accompagné par Stélios Manoussakis (bouzouki), interprètera quelques chants extraits de deux recueils des plus populaires de Ritsos : Epitaphios et Grécité sur des musiques de Mikis Théodorakis, ainsi qu’un chant mis en musique par l’interprète, extrait du cycle poétique La Cité Insoumise.

Ancien rédacteur au journal Le Soir de Bruxelles auquel il continue à collaborer pour des articles littéraires, Michel Grodent est également traducteur du grec moderne.

http://www.mplf.be/agenda/evenement.php?id=586
 Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

07 octobre 2009

Ouvrons les fenêtres...

En parcourant les archives, je trouve un poème de Marina Tsvétaiéva, et la question d'un de nos lecteurs : de qui est la traduction? Cécile pense que c'est peur-être Henri Deluy... et je confirme :

oui, Henri Deluy est bien le
traducteur de Marina Tsvétaiéva. (
http://www.humanite.fr/2004-06-17_Cultures_-Lire-des-trad...)


- à propos, une lecture attentive de cette grande voix russe commence à devenir urgente...
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La chronique poétique d'Alain Freixe
Lire des traductions, vous avez dit.

Marina Tsétaïeva, l'Offense lyrique et autres poèmes, texte français d'Henri
Deluy, Éditions Farrago et Léo Scheer, février 2004.

E. E Cummings, Poèmes choisis, traduits par Robert Davreu, Éditions José Corti,
premier trimestre 2004.

Leonardo Rosa, Apparition du silence, traduction par Bernard Noël, collection "
Grammages ", Éditions L'Amourier, troisième trimestre 2003.

Antonio Gamoneda, Description du mensonge, traduit par Jacques Ancet, collection
" Ibériques ", Éditions José Corti, premier trimestre 2004.

Quatre livres. Quatre langues : le russe, l'anglo-américaine, l'italien, le
castillan. Quatre traductions signées par quatre poètes : Henri Deluy, Robert
Davreu, Bernard Noël, Jacques Ancet. Et toujours la même question : Peut-on
vraiment traduire la poésie ? Et la réponse qui claque comme ces bannières au
vent des jours de fête : " Impossible ! " Et dans les plis des étoffes, l'autre
vérité, en quoi réside l'essence même de la traduction selon Robert Davreu à
savoir que " seul ce qui ne peut être traduit mérite de l'être ".

Disons-le autrement. Oui, quelque chose reste du côté de la langue d'origine.
Corps à corps. Oui, quelque chose se perd dans la traduction : non seulement les
mots et leurs couleurs, mais ces torsions que chaque langue autorise sont sans
équivalent. Oui, l'opinion commune a raison. Pourtant, on ne le répétera jamais
assez, elle a tort dans les conséquences négatives qu'elle en tire. Elle a tort
parce qu'aucune langue ne peut-être versée - Ah ! les versions sur les bancs des
collèges et des lycées ! - telle quelle dans une autre, parce qu'il y a toujours
quelque chose qui reste, au-delà de la simple communication d'un contenu,
quelque chose qui échappe, quelque chose d'intraduisible peut-être, mais qui
fait tout le prix de cet original dont le traducteur s'est " amoureusement " -
j'emprunte ce mot au très bel article de 1923 " La tâche du traducteur " de
Walter Benjamin - s'est approché.

Cet intraduisible tient au traitement que chaque poète inflige à sa langue
allant jusqu'à inventer cette " langue étrangère ", selon l'expression de Gilles
Deleuze, du poème. Et c'est des mots de Leonardo Rosa, ce silence que Bernard
Noël donne à entendre ; ces " blos rythmiques " d'Antonio Gamoneda, sa " prose
en poème " que nous transmet Jacques Ancet ; ce monstre qu'est le "
le-poème-et-la-langue de Cummings " auquel s'est confronté Robert Davreu ; cet "
extrême lyrique " selon les mots d'Henri Deluy qui voit Marina Tsétaïeva forcer
sa langue jusqu'à la faire délirer.

Cet intraduisible est cela même qui retient tout traducteur. C'est ce qu'il
aime, allant jusqu'à " adopter dans sa propre langue le mode de visée de
l'original ", selon Walter Benjamin. Cet amour-là va jusqu'à briser ce qu'il y a
de figé dans sa propre langue, ce qui résiste de logique enkystée.

Nos quatre poètes ont su éviter " l'erreur fondamentale du traducteur " qui est
" de conserver l'état contingent de sa propre langue au lieu de la soumettre à
la puissante action de la langue étrangère " selon les mots de Pannwitz que cite
Benjamin.

Ces traductions que nous pouvons lire aujourd'hui valent par le fait qu'elles ne
se soucient ni du destinataire - celui-ci est vous, moi et donc chacun d'entre
nous dans son absolue singularité - ni d'une restitution du sens - au risque de
privilégier la communication au détriment de la poésie - mais de résonance. Oui,
touchés, nous le sommes. La justesse du phrasé, ce que Jean-Christophe Bailly
appelle " tenir la vibration " soit " faire savoir où l'on en est avec le mot
que l'on avance " ne tient sûrement pas dans la relation de maîtrise que suppose
tout savoir qui se croit assuré de lui-même, mais dans celle d'une expérience,
cette traversée risquée de ce milieu autre qu'est la langue du poème. Traversée
au terme de laquelle c'est notre langue qui se trouve changée. Et comme
rajeunie.

Oui, il faut lire les traductions, non seulement pour découvrir des voix autres,
nous toujours si hexagonaux, mais aussi pour entendre sonner autrement notre
langue.

Alain Freixe

15 juillet 2009

Pessoa, géant poétique

Pessoa, un des plus importants poètes du XXème siècle !

Cultures - Article paru
le 13 juillet 2009

culture. Festival d’Avignon 2009

L’imaginaire fou dans le sillage d’un navire

MONTFAVET. Jean-Quentin Châtelain, guidé par Claude Régy, chauffe jusqu’à l’incandescence l’Ode maritime, rêverie du poète portugais Pessoa.

Avignon (Vaucluse),

envoyé spécial.

Seul en scène, Jean-Quentin Châtelain dit l’Ode maritime, de Fernando Pessoa, dans le texte français de Dominique Touati que Claude Régy, qui met en scène, a revu pour le spectacle avec l’aide du jeune écrivain portugais Parcidio Gonçalves (1). Dès l’énoncé du nom de Régy, on sait qu’on quitte la foire aux vanités pour s’avancer dans une zone de fin silence où chaque mot est sculpté différemment. Avec l’Ode maritime advient de surcroît un lent effet de surprise, dans la mesure où, cette fois, le texte mis en demeure d’écoute va relever d’une profusion sémantique inouïe, d’une splendeur lyrique, à l’opposé de l’économie verbale rase que Régy privilégie dans les textes proprement dramatiques. L’oeuvre, fruit d’une rêverie en bord de mer au vu d’un lointain paquebot en route vers le port de Lisbonne, tient du prodige en prose poétique. À la nomenclature précise des termes de marine, à vapeur comme à voile, à la baudelairienne invitation au voyage et au soupir adressé aux rivages inconnus (du type « fuir, là-bas, fuir ») va succéder la plus cruelle identification aux pirates coupeurs de mains, assassins et violeurs, jeteurs d’enfants aux requins, avant que le poète entende se faire femme et victime offerte aux coups puis, en un retournement ultime, resurgit le territoire puéril, avec ses tendres réminiscences, ses contes de nourrice, ses chansons touchantes et le petit employé lisboète, enfin apaisé au terme de ce sublime délire sadomasochiste soudain hissé jusqu’à la démence d’un cri, redevient apte à la miséricorde et à l’apitoiement, sur soi aussi bien. Cela tiendrait en même temps du Bateau ivre de Rimbaud, du Coeur des ténèbres de Conrad, de l’Île au trésor de Stevenson et du Dit du vieux marin, de Coleridge, mais, cela incombe au génie unique de Pessoa, dont le « je » fut une foule d’autres. L’inconscient s’est ainsi exprimé en toute violence crue, celui de Pessoa aux identités multiples et celui aussi, sans doute, de l’âme nationale portugaise, historiquement comptable de tant de féroces aventures coloniales. Au sein d’une scénographie (Sallahdyn Khatir) quasi abstraite, allusive en tout cas, faite d’un arrière-plan courbe de tonalité métallique, le rêveur-parleur éveillé, Jean-Quentin Châtelain, presque sans geste, posé au premier plan dans une pénombre à tonalité variable, juché sur une silhouette d’embarcadère, semble inventer sous nos yeux le protocole verbal d’un imaginaire chauffé à blanc. La respiration, les césures, la singularité du timbre unie à celle de l’accent, la profération tantôt gutturale, tantôt nasale, tout fait fête noire à cette partition de chair à vif et d’entrailles pantelantes, suivant l’aveu même de Pessoa. L’acte théâtral atteint ici à l’essence même du tragique, dans la viande et les nerfs de l’être qui s’y consacre.

(1) Salle polyvalente de Montfavet, jusqu’au 25 juillet (22 heures).

Jean-Pierre Léonardini

 

http://www.humanite.fr/recherche.html?motcles=Pessoa&date=7jours&ok=Ok

 


Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

12 juillet 2009

Paul Celan

20 juin 2009

                                                         Pepar103079.1245504980.jpgut-on apprendre à lire un poète ? Ce qui s’appelle lire. Doit-on même s’y laisser entraîner ? J’avoue que la question ne m’avait jamais effleuré jusqu’à ce que j’ouvre un petit livre composé justement à cet effet, consacré à la personne et l’oeuvre d’un homme que je croyais connaître pour les fréquenter depuis des années. C’est peu dire que le commentaire que fait Jean-Michel Maulpoix de ce Choix de poèmes (220 pages, Foliothèque) de Paul Celan m’a emballé. Il s’agit bien de “commentaires”, c’est le principe même de cette collection qui s’adresse en priorité aux étudiants. Quand bien même s’adresserait-elle exclusivement aux collégiens, je n’aurais pas eu de scrupule à m’en emparer. Les poèmes en question sont assez peu nombreux, comme il sied aux anthologies ; pour la plupart, ils ont été traduits par Jean-Pierre Lefebvre, Martine Broda, Valérie Briet, Jean Launay. Ils sont utilement complétés par des extraits de correspondance avec sa femme, ou avec son âme soeur, Nelly Sachs. De toute façon, qui dit anthologie dit choix, sélection, exclusion et ne peut offrir d’une oeuvre qu’une lecture parmi d’autres. Que n’a-t-on dit du coeur obscur de cette oeuvre précédée par une réputation bien établie d’hermétisme, d’incompréhension, de cryptage, d’inéclaircissable. Ce n’est pas une raison pour la simplifier ou la déplier totalement. Même si le poète lui-même, qui définissait la poésie comme “l’envoi de son destin à la langue“, s’avance en qualité deflorence1933.1245505195.jpg témoin. Tout en fournissant des repères et en rapportant des échos, Maulpoix invite son lecteur à établir “une relation humble avec le poème”, à s’imprégner de cet univers dont le meurtre de masse, perpétré par un Etat moderne au centre de l’Europe entre 1939 et 1945, est le noyau sombre. Il reprend tout : la dimension pneumatique de ces poèmes où tout est souffle et respiration ; le sentiment de l’exil intérieur qui n’a jamais quitté Celan ; l’impossible biographie d’un homme dont toute trace écrite était pourtant de son propre aveu autobiographique; la sale rumeur de plagiat qui le rongea ; les dates considérées comme autant de signatures ; la rupture de 1959 (Grille de parole) marquant le début d’un travail d’obscurcissement délibéré révélé par les manuscrits; la définition des mains comme organes de la lecture et du métier (Handwerk) de poète ; l’impératif d’une poésie non métaphorique qui se veut absolument dénuée de toute image; une “poéthique” qui intégrerait la fidélité, le devoir de vérité, la nécessité de se tenir debout (Stehen), la responsabilité vis à vis du langage ; les rendez-vous manqués avec Adorno et Heidegger ; la folie en lui et la mort volontaire au bout… Toutes choses qui disent la tension d’une oeuvre qui est la modernité même. brooklyn1947.1245505073.jpgLa clarté, cette fameuse clarté que l’on n’ose même plus dire française, est un exploit en l’espèce. Elle est d’autant bienvenue que l’auteur nous épargne toute explication positiviste des intentions du sous-texte, travers qui est un cauchemar en littérature et une horreur en poésie. Voilà pourquoi à ceux qui hésitent à s’engager pour la première fois dans l’oeuvre de Paul Celan, et qui ne savent pas par où commencer, on ne saurait trop recommander d’ouvrir cette lumineuse synthèse. De toute façon, tant que nous sommes lecteurs, nous sommes tous des étudiants. Et puis ce n’est pas parce qu’on ne possède pas le schibboleth, l’autorisation, le mot de passe, la clé, qu’il faut renoncer à entrer. Au contraire, rien n’est plus vertigineux.

(”Dans un shtettl polonais, années 30″, “Florence, 1933″, Brooklyn, 1947″, photos Henri Cartier-Bresson) 

 

http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/06/20/en-decryptan...
 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

03 juillet 2009

Une poète (sse) japonaise...

Vous ne comprenez pas ? Moi non plus. Mais c'est beau !
Une chose au moins à notre portée : elle fait deux corrections ( 1ère et 6 ème ligne)O.
 

Konnichi no Yurishi-zu

  

© Kazuko Shiraishi

Extrait de: Kôyôsuru honoo no jûgonin no kyôdai Nihon rettô ni kyûsoku sureba

Sanrio , Tokyo 1975

Production du son: 2001 M. Mechner, literaturWERKstatt berlin

 

http://www.lyrikline.org/index.php?id=162&L=2&aut...

 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

 

29 juin 2009

Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich



Récital Mahmoud Darwich - Odéon Théâtre de l’Europe, Actes Sud / Odéon / France Culture, 2009


Anthologie poétique (1992-2005),
Paris, Babel, 2009


La Trace du papillon,
Paris, Actes Sud, 2009


Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin,
Paris, Actes Sud, 2007


Entretiens sur la poésie,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Ne t'excuse pas,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Etat de siège,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2004



Murale,
Arles, Actes Sud, 2003



Le lit de l'étrangère
Arles, Actes Sud, 2000



La terre nous est étroite,
et autres poèmes
,
Paris, Gallimard, 2000



La Palestine comme métaphore,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 1997



Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
Arles, Actes Sud, 1996


Au dernier soir
sur cette terre
,
Arles, Actes Sud, 1994



Une mémoire pour l'oubli,
Arles, Actes Sud, 1994



Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de
Poèmes palestiniens
,
Paris, Cerf, 1989


Plus rares sont les roses,
Paris, Minuit, 1989



Palestine, mon pays :
l'affaire du poème
,
Paris, Minuit, 1988



Rien qu'une autre année,
anthologie 1966-1982
,
Paris, Minuit, 1988


Les poèmes palestiniens,
Paris, Cerf, 1970



Allocutions & textes de Mahmoud Darwich


Ahmad al Arabi
Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich
Composé et dirigé par Marcel Khalifé


Et la terre, comme la langue
un film de Simone Bitton
et Elias Sanbar


À propos de
"Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue"


Etudes, textes, critiques
sur Mahmoud Darwich



Livres en anglais


La revue
al-Karmel








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Entretiens sur la poésie

(avec Abdo Wazen et Abbas Beydoun)

Les cinq entretiens avec Abdo Wazen ont été publiés dans le quotidien arabes de Londres Al-Hayât, en décembre 2005.
Celui avec Abbad Beydoun a paru
dans le quotidien de Beyrouth As-Safir, le 21 novembre 203


Avec l’accord de l’auteur, de très légères modifications ont été apportées au texte pour le rendre plus accessibles aux lecteurs français


Traduits de l’arabe (Palestine) par Farouk Mardam-Bey



Actes Sud, Collection "Mondes Arabes", octobre 2006


Présentation de l’éditeur :

Dans ces cinq entretiens avec le poète libanais Abdo Wazen, Mahmoud Darwich apporte de précieuses informations sur sa vie et son œuvre, et notamment sur ses derniers recueils marqués à la fois par un renouvellement thématique et par une grande exigence formelle. Prolongeant son précédent livre d’entretiens, La Palestine comme métaphore, il précise ses positions sur l’engagement politique de l’écrivain, rend hommage à quelques grands poètes européens du XXe siècle, aborde sa production poétique arabe depuis le début des années 1950 jusqu’à nos jours et, surtout, explique comment naît un poème, à partir d’une idée, d’une sensation, d’une image ou d’une cadence. L’ensemble est sous-tendu par sa lancinante réflexion sur la frontière ténue entre la poésie et la prose.

L’entretien avec Abbas Beydoun complète ses propos sur le métier de poète et sur les débats qui agitent la scène poétique arabe.

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Extraits

Abdo Wazen – Comment réagissez-vous quand on vous considère comme le poète d’une cause, "le poète de la résistance", ou "le poète de la Palestine" ?

Mahmoud Darwich – Je n’y peux rien, sinon dire et répéter que je refuse d’être enfermé dans cette appellation. Certains, qui me qualifient de la sorte, le font innocemment : ils sont solidaires du peuple palestinien et croient honorer ma poésie en l’identifiant avec la cause de ce peuple. En revanche, il existe des critiques littéraires pervers qui cherchent à dépouiller le poète palestinien de se attributs poétiques et à la réduire à un simple témoin.
C’est un fait : je suis Palestinien, un poète palestinien, mais je n’accepte pas d’être défini uniquement comme le poète de la cause palestinienne, je refuse qu’on ne parle de ma poésie que dans ce contexte, comme si j’étais l’historien, en vers, de la Palestine.

Abdo Wazen – Mais vous êtes un poète-symbole, que vous le vouliez ou non !

Mahmoud Darwich – Tous les poètes voudraient que leur voix exprime des préoccupations collectives, mais peu parviennent à ce que leur poésie se transforme, aux yeux du public, en symbole. Je n’ai pas cherché cela. Je dois mon statut particulier aux circonstances, à la chance.
Je n’ai donc nullement cherché à devenir, ou à rester, un symbole de quoi que ce soit. J’aimerais, au contraire, qu’on me libère de cette charge très lourde. Certes, je me sens honoré par le fait que ma voix se multiplie, que mon "moi" poétique dépasse ma personne pour incarner un être collectif. Quel poète ne souhaiterait pas que se poésie connaisse une large diffusion ? Je ne crois pas les poètes qui mesurent la qualité d’une poésie à l’aune de son "splendide isolement". La diffusion, grande ou petite, d’une poésie n’a rien à voir avec sa qualité littéraire.
L’idéal serait de réunir qualité littéraire et grande diffusion. Sinon, à quoi servent les lectures publiques ? Et pourquoi publier des livres si l’on peut se passes des lecteurs ? 

Abdo Wazen – Vous avez dépassé la soixantaine, mais vous ne cessez de rajeunir sur le plan poétique ?

Mahmoud Darwich – Mon secret n’est pas si compliqué.

Abdo Wazen – Il n’est pas simple non plus !

Mahmoud Darwich – Je ne dis pas qu’il est simple d’un point de vue littéraire, mais il l’est dans ma manière d’en parler.
D’abord, je ne me satisfais jamais de ce que j’écris et je suis perpétuellement en quête d’un nouveau langage qui permette à ma poésie de devenir … plus poétique, si je puis dire. J’essaie sans relâche d’alléger la pression qu’exerce le moment historique sur mon écriture poétique sans pour autant ignorer ce moment.
Ensuite, je ne crois pas aux applaudissements. Je sais qu’ils sont passagers, trompeurs, et qu’ils peuvent détourner le poète de la poésie. Je suis en fait hanté par cette idée parce que je n’ai pas encore écrit ce que je voudrais écrire. Vous me demanderez : "Et que voulez-vous écrire ?" Et je vous répondrai : "Je n’en sais rien !" Je me meus dans une contrée inconnue, à la recherche d’un poème qui soit capable de dépasser ses conditions historiques, de vivre dans un autre temps. Voilà ce que je cherche, mais comment parvenir à l’expliciter ?
Il n’y a pas de réponse théorique à cette question. La réponse se situe forcément dans la création poétique elle-même. Tout ce qu’on dit à propos de la poésie n’a de sens que s’il est réalisé effectivement, dans l’écriture poétique. Je suis toujours inquiet, insatisfait de ce que je fais, et c’est là mon secret.
Je vous dis en toute sincérité : je ne lis jamais ma poésie, je ne la relis pas, si bien que je l’oublie. Cependant, avant de la publier, je ne cesse de la réécrire et de la polir. Une fois le recueil édité, je considère qu’il ne m’appartient plus, qu’il appartient désormais aux lecteurs et aux critiques.
La questions la plus difficile que je me pose alors est la suivante : que faire maintenant ? Je me sens totalement démuni, habité d’une inquiétude existentielle. Serai-je capable d’écrire de nouveau ? Chaque fois que je publie un livre, j’ai l’impression que c’est le dernier.

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Abbas Beydoun – Selon Char, la perte du sens est inacceptable, non seulement au plan poétique, mais aussi au plan moral. Il est inacceptable de parler avec l’intention de ne rien dire qui ait un sens, en visant le non-sens. Malgré cela, je me demande si le problème est celui de l’existence du sens ou de la possibilité de l’accueillir.

Mahmoud Darwich – Dans notre vie contemporaine, le sens se meurt et disparaît, c’est pourquoi la poésie cherche à opposer son propos non-sens au non-sens extérieur. J’ai aujourd’hui plus tendance qu’auparavant à proclamer notre droit à l’absurde et au ludique. C’est peut-être la réponse esthétique la plus adéquate au désordre ambiant, bien plus que la recherche du non-sens. Donner à la vie un sens absurde est une option philosophique, être nihiliste est un choix qu’on peut respecter  ou non, mais là n’est pas la question. Le sens est-il possible ? La poésie doit faire comme si cette possibilité existait réellement. L’être humain doit y croire, sinon nous sombrons dans un nihilisme absolu. S’il pense que le sens est impossible, cela signifie ma mort de la volonté, l’anéantissement physique et peut-être métaphysique.

Abbas Beydoun – Que pensez-vous de la définition de la poésie comme "parole en images" ? A quel point est-ce exact si l’on compare la poésie … à l’astronomie ?

Mahmoud Darwich – Depuis les premiers textes poétiques oraux jusqu’à nos jours, nous ne connaissons pas de définition de la poésie qui soit valable pour tous les temps et tous les lieux. On dit que la poésie se définit par son contraire. Mais quel est le contraire de la poésie ? On répond que c’est la prose et on ajoute que la différence entre poésie et prose est que la première se fonde sur la métaphore. Mais la prose, elle aussi, peut recourir à la métaphore. La différence réside-t-elle alors dans l’imaginaire ou dans le rythme ? La prose n’en est pas exempte. En fait, on ne définit pas de la sorte la poème mais le poétique. La vraie question est de savoir comment le poétique se réalise dans le poème. Je pense que les images sont une condition nécessaire mais non suffisante. Le poétique ne se réalise que par l’architecture du poème et son système rythmique – et chaque poète a évidemment les siens propres. Quand je lis un recueil de poèmes, je tente d’abord de bien les comprendre.
Dans le monde arabe, les poètes de la période intermédiaire qui a suivi celle des "pionniers" avaient tendance à surcharger les poèmes d’images, y compris d’images gratuites qui n’avaient aucune fonction esthétique et ne relevaient d’aucune logique structurelle. Ce genre d’images épuise le poème et rebute le lecteur. 

Abbas Beydoun – On a négligé autre chose encore dans le poème arabe moderne, et qu’il faut remettre à l’ordre du jour : le thème. Il y a des poètes qui pensent que le poème ne doit pas en avoir, ce qui fait qu’il devient son seul et unique thème. Il dit qu’il est poème, ou dit la langue et se redit …

Mahmoud Darwich – Cela est lié à l’absence du sens dont nous avons parlé précédemment. A vrai dire, le thème du poème ne m’importe pas mais la manière de l’aborder. Le thème est le corps du poème, et celui-ci, lorsqu’il en est dénué, ne fait que se contempler.

Abbas Beydoun – Est-ce donc la qualité des images qui crée le thème ?

Mahmoud Darwich – Non, mais leur qualité. Nous disons parfois d’une poésie qu’elle est belle tout en constatant qu’elle n’a pas de thème. Ses subtilités esthétiques et ses rythmes le remplacent dans notre esprit comme c’est le cas en musique.

(...)



 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

08 août 2005

Taguri de Ali Sadqi Azaykou

La parole de valeur
on n'en veut pas
alors que c'est mon bâton de pélerin
une des rares à m'accepter
au fond d'elle même
avec passion
privé de toute amitié
elle est à mes côtés
telle une peine qui m'est fidèle
elle garde le silence
lorsque parlent les muets
elle est ouie
pour les sourds qui tentent
de se retrouver dans les ténèbres
chacun boira à la source de sa propre fontaine
s'écartant de sa vérité.
Là où l'homme valeureux
ne peut faire son chemin
le lâche peut le dépasser
parce qu'il a la maîtrise des mots
en la parole il y a retrouvailles
ceux-là mêmes qu'on a oubliés
il est temps alors
 d'enfourcher son cheval
il est temps alors
de dire nos mots.

 
taguri ilan atig nnes
ur tt iri yan
tusi iyi tega asellab inu
nettat ad ufigh ur a iyi trara
ur iyi tegi gh tzêlmadîn
inna gh sawelgh amunt
tusi iyi kigan
i gh ur nettâf ameddakwel
nettat a tt igan
i gh akw nettâf ameddakkwel
ur a ssar afin
taguri tega tagudî
tusi tent ukan .
tfessa zund
igh mnaggaren izenzâm awal
tega zund
amezzûgh idêrdâr igh usin
awal ar t ttemniden gh tillas ngaran
ur ssinn kigan
ighal kiwan aghal nnes
tsker ma wer uremn medden
ur jji t rzîn
gh illi gh ur yufi yizem
a yesker agharas
a ttut izri herbub
acku issen i wawal
taguri agh ra ed mnaggaren
willi en ur ntam
nettat ar ad ssudugh
azemz nnes ay ad
nettat ar ad nessudu
azemz nnes a yad
ALI SIDQI AZAYKU Rrebat 30/9/1978 ssegh "Timi tar"

Ce poème Aguri a été traduit par Ali Iken et Tassadit Yacine anthropologue et directrice de la revue Awal(revue fondée en 1985 par Pierre Bourdieu,Mouloud Mammeri,kateb Yacine et Tassadit Titouh yacine) pour le groupe Voixdumonde le 6 aout 2005 à Agadir.


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