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30 mars 2010

Curiosité poétique : Pantoum et faux pantoum...

 

Voici un pantoum ( les experts le qualifient "faux pantoum")de Baudelaire :

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

 

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

 

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

 

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !



pour en savoir plus sur cette forme exotique présentée par Hugo dans une note des "Orientales" :

http://fr.wikipedia .org/wiki/ Pantoum

http://poezibao. typepad.com/ poezibao/ 2005/04/le_ pantoum.html

et surtout, le "pantoum négligé", de Verlaine, pétillant d'humour et de fraicheur :
http://www.mag4. net/Verlaine/ poemes/pantoum. html

Celui de Baudelaire pèse une tonne à côté, vous ne trouvez pas ? O.


le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepo etique.hautetfor t.com/
et son forum:
http://85945. aceboard. fr/index. php?login= 85945


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Activités récentes:
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    07 octobre 2009

    Cultures...

    Cultures - Article paru
    le 21 février 2008
    http://www.humanite.fr/2008-02-21_Cultures_Forum-des-accidents-et-des-cercles

    Forum des accidents et des cercles

    moisson . Des poètes dans l’immédiat, entre feuilleton et cosmogonies.

    Je voulais m’en aller mais je n’ai pas bougé,

    de Jean-Jacques Viton.

    Éditions POL, 16 euros.

    Les Techniciens

    du sacré,

    de Jerome Rothenberg, version française établie

    par Yves di Manno.

    Éditions José Corti,

    672 pages, 31 euros.

    En quelques semaines, ces derniers mois, une moisson de livres pour des écritures de poésie fortes, inventives, diversifiées, généreuses, quelquefois intempestives, souvent marquées par des évolutions internes, du poète à lui-même, d’un livre au suivant, et (ou) par une volonté de renouvellement des formes et des thèmes, des angles d’attaque et des rythmes : Claude Royet-Journoud (Théorie des prépositions, POL), Fabienne Courtade (Table des bouchers, Flammarion), Caroline Sagot-Duvauroux (Aa Journal d’un poème, Corti), Christophe Marchand-Kiss (Aléas, Le Bleu du ciel), Jérôme Game (Flip-Book, avec CD, L’Attente), Frédéric Boyer (Vaches, POL), Jean-Pascal Dubost (Vers à vif, Obsidiane)…

    Avec, pour l’actualité immédiate, le livre de Jean-Jacques Viton, qui vient tout juste de sortir, après un passage en feuilleton quotidien (24 épisodes distribués par le site POL, avec des dessins d’Emmelene Landon, chaque matin, un événement), une écriture en mouvement, d’une densité subtile, d’un tragique et d’une actualité politique rares dans les pages contemporaines, sous une distance un peu dandy, une façon exemplaire de poser radicalement la question : habiter le monde ? habiter son propre livre ? Et pour quel monde, dans ce livre ? Même si le privé des notations, de place en place, éloigne la narration d’un simple récit…

    Et aussi, pour le domaine étranger, un Coleridge, traduit par Jacques Darras (Marin, et la Ballade du Vieux autres textes, en bilingue, Poésie/Gallimard).

    Enfin, chez Corti, une anthologie de Jérome Rothenberg (les Techniciens du sacré, avec un corpus de textes dits « traditionnels », de toutes provenances : chants maoris, altaïques, cérémonies indiennes, épopées et louanges d’Afrique, hymnes d’Egypte, du Pérou, livres sacrés, cosmogonies d’Asie ou du pays Dogon, légendes d’univers distincts, de l’Irlande à la Chine et bien d’autres inscriptions, définitions ou poèmes de prose… ), dans une version française d’Yves di Manno, qui ne se contente pas de « traduire », qui incorpore à l’ensemble initial des textes autres, de sources différentes, proches ou non, ce qui transforme ce livre en une entreprise complexe de lectures communes, de confrontations et de relectures, comme à une seule source, de nos cultures et des relations du monde des hommes avec eux-mêmes ; à quoi s’ajoutent les interventions de Jerome Rothenberg qui mène une sorte d’enquête véritable et passionnante, sur les rapports éventuels, souterrains, masqués ou mis à l’écart, mais en quelque sorte invariants, entre ces types d’écritures et d’oralité et les poèmes de notre modernité.

    H. D.

    12 septembre 2009

    Mahmoud Darwich


     

    Mahmoud Darwich


    Récital Mahmoud Darwich - Odéon Théâtre de l’Europe, Actes Sud / Odéon / France Culture, 2009


    Anthologie poétique (1992-2005),
    Paris, Babel, 2009


    La Trace du papillon,
    Paris, Actes Sud, 2009


    Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin,
    Paris, Actes Sud, 2007


    Entretiens sur la poésie,
    Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


    Ne t'excuse pas,
    Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


    Etat de siège,
    Paris, Sindbad/Actes Sud, 2004



    Murale,
    Arles, Actes Sud, 2003



    Le lit de l'étrangère
    Arles, Actes Sud, 2000



    La terre nous est étroite,
    et autres poèmes
    ,
    Paris, Gallimard, 2000



    La Palestine comme métaphore,
    Paris, Sindbad/Actes Sud, 1997



    Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
    Arles, Actes Sud, 1996


    Au dernier soir
    sur cette terre
    ,
    Arles, Actes Sud, 1994



    Une mémoire pour l'oubli,
    Arles, Actes Sud, 1994



    Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de
    Poèmes palestiniens
    ,
    Paris, Cerf, 1989


    Plus rares sont les roses,
    Paris, Minuit, 1989



    Palestine, mon pays :
    l'affaire du poème
    ,
    Paris, Minuit, 1988



    Rien qu'une autre année,
    anthologie 1966-1982
    ,
    Paris, Minuit, 1988


    Les poèmes palestiniens,
    Paris, Cerf, 1970



    Allocutions & textes de Mahmoud Darwich


    Ahmad al Arabi
    Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich
    Composé et dirigé par Marcel Khalifé


    Et la terre, comme la langue
    un film de Simone Bitton
    et Elias Sanbar


    À propos de
    "Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue"


    Etudes, textes, critiques
    sur Mahmoud Darwich



    Livres en anglais


    La revue
    al-Karmel














    Webstats4U - Free web site statistics




    Avertissement :
    Ce site a pour vocation de présenter le plus d’informations et de documents possibles sur l’oeuvre de Mahmoud Darwich.
    Ce poète hors norme de la culture palestinienne était un homme de paix et de justice.
    Son oeuvre majeure dans le monde culturel arabe – et international – n’avait pas, jusqu'à mai 2003 (date de la mise en ligne) de site web. Voilà cette "injustice" réparée.
    Il est fait pour vous, lectrices, lecteurs, et bien entendu, il accueille toutes les propositions et les documents que vous seriez susceptibles de nous faire parvenir à cette adresse.
    Bonne lecture !

    ACTUALITÉ :
    (dernière mise à jour le 9 septembre 2009)



    Printemps 2009 :
    trois nouvelles parutions



    Mahmoud Darwich nous a quittés
    le samedi 9 août 2008, à 20h35 (heure française)

    Prendre ici connaissance des hommages et des nécrologies
    qui ont été publiées ou diffusées


    Mise en exergue sous le feu du temps qui passe ...
    Journée de la solidarité humaine 2009 - "Comment la littérature change le monde - Dostoïevski, Péguy, Salomé, Levi, Darwich"
    En savoir plus
    La Trace du papillon
    Cet ouvrage, le dernier publié du vivant de Mahmoud Darwich, rassemble une centaine de textes courts, en vers ou en prose, écrits au fil des jours sans plan préconçu ni la moindre restriction thématique.

    Anthologie poétique
    (1992 – 2005)

    A paru fin mai 2009
    Cette anthologie bilingue retrace l’itinéraire poétique de Mahmoud Darwich depuis le début des années 1990. Elle regroupe des poèmes extraits de sept recueils dont chacun a été considéré à sa sortie comme un important jalon dans l’histoire de la poésie arabe contemporaine : Onze Astres, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude, Le Lit de l’étrangère, Murale, Etat de Siège, Ne t’excuse pas et Comme des fleurs d’amandiers ou plus loin.

    Récital Mahmoud Darwich
    Odéon Théâtre de l’Europe le 7 octobre 2007

    Coédition Actes Sud / Odéon – Théâtre de l’Europe / France Culture
    mai 2009

    A paru fin mai 2009

    Des vidéos
    D'archives, comme ce poème à la gloire de Beyrouth psalmodié devant Arafat ; ou le tout dernier entretien donné à France 24 à l'automne 2007 plus quelques perles ...
    Le plus grand des maîtres
    publié dans L’Orient Littéraire,
    supplément de L’Orient-Le Jour du jeudi 5 octobre 2006
    Hommage à la poésie de Mahmoud Darwich
    UNESCO 2006
    Israël a peur de la paix
    Interview par Geraldina Colotti pour Il Manifesto - (version intégrale).
    le 22 octobre 2006

    Comme les fleurs d'amandiers ou plus loin
    Allocution prononcée, à Ramallah, par
    Mahmoud Darwich , lors de la cérémonie de dédicace du recueil Comme les fleurs d’amandiers ou plus loin.
    in Al-Karmel (Ramallah), n° 85, 2005
    État de siège
    devient une cantate composée par Garrett List
    Création le 26 janvier 2005 au festival de Liège, le Manège
    En chacun de nous, quelque chose d'Arafat
    par Mahmoud Darwich
    in Le Monde, le 17 novembre 2004
    L'Éloquence du sang 
    Un texte de Mahmoud Darwich (extrait du discours prononcé à Ramallah le 25 mars 2002 à l'intention de la délégation du Parlement international des écrivains).
    Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue
    Le dernier essai en langue française sur la vie et l'oeuvre de Darwich.
    Mahmoud Darwich, hérault malgré lui de la Cause palestinienne
    par Carole Vann et Rachad Armanios
    1er mars 2004

    Ombres et devenir
    par Geneviève Clancy
    Éloge de l'ombre de Mahmoud Darwich est inédit (50 p.), et non traduit en français.
    Il fut écrit en 1982 pendant le siège de Beyrouth août 1990

    Le projet Poésies d'exil : Victor Hugo et Mahmoud Darwich
    La beauté des langues, matière brute de la poésie ; comme un rempart à toutes les barbaries !
    par Luc Briard (Directeur du Centre Culturel Français de Gaza), Isabelle Bensoussan et Sandrine Briard (Compagnie Fulgurance)

    Mahmoud Darwich / La terre comme première mère
    Culture - Le Jeune Independant-
    février 2004
    Rien qu’une autre année, de Mahmoud Darwich, constitue la réédition d’une anthologie personnelle parue une première fois en 1983 et qui puise dans seize années d’écriture poétique (1966-1982).

    Des inédits
    Datant de mars 2002, traduits de l'arabe (Palestine) par Saloua Ben Abda et Hassan Chami ... et qui allaient devenir État de siège quelques temps plus tard ...
    Identité
    Ce célèbre poème de Mahmoud Darwich, écrit en 1964, est devenu comme un refrain magique enflammant les coeurs et déchaînant les sentiments de fierté et d'enthousiasme des Palestiniens.



    "Ne le volez pas de l'hirondelle
    Ne l'emportez pas de la rosée
    Son requiem est écrit par les yeux
    J'ai abandonné ma voix à l'écho"


    Calligraphie de Ahmad Dari

    Chantars no pot gaïre valer
    Si d'ins del cor no mov lo chans
    Bernard de Ventadour

    04 juillet 2009

    Traduire la poésie chinoise...

    L’impossible tâche

    « Traduire c’est trahir », on le sait, mais on continue de le faire avec plus ou moins de bonheur. Comme une langue reproduit un schème de pensée, une culture, une manière de voir le monde, comment passer d’une langue à l’autre avec tout ce bagage et le transporter sans rien casser? Surtout en poésie, et surtout entre une langue latine et une langue orientale, le pont est infini et, de fait, infranchissable.

    Quand je lisais autrefois les grandes œuvres de poésie chinoise, je pensais que les Chinois écrivaient comme des enfants et je ne trouvais rien de poétique dans leurs ouvrages. Bien des Chinois n’aiment pas la poésie française, la trouvent brute et directe. Pourquoi? Cela tient à la traduction qui, sans être « mal faite », ne peut jamais rendre toutes les beautés de l’art français, ou on les connaît mal ou on cherche en vain les qualités qu’on s’attendrait à retrouver dans un poème chinois (ou français pour le lecteur français). L’idéal serait d’accoler plusieurs versions du même poème, qui présenteraient les diverses facettes de la beauté, ou d’accompagner la traduction d’explications sur tout ce qu’on a pu y faire entrer mais qui n’en existe pas moins, pour autant, dans l’original.

    Jetons un rapide coup d’œil sur un poème classique bien réussi. Wang Wei (699-761) rassemble dans son Wangchuan ji vingt poèmes de vingt caractères (mots) chacun, soit en quatre vers de cinq caractères. Le texte est fortement imprégné de la théorie religieuse du dao (taoïsme). Or, le dao est basé sur le yin et le yang, principes indivisibles qui se complètent mutuellement (ombre-lumière, passivité-activité, contraction-expansion) et n’ont plus de sens s’ils sont pris individuellement. Mathématiquement parfait, chaque poème de Wang Wei « est » le dao.

    Le bouddhisme chan (zen) sous-tend également la poésie de Wang Wei. Dans le bouddhisme, tout est souffrance et l’origine de la douleur est le désir. Il faut donc éteindre le désir pour se libérer de la souffrance et avancer vers l’illumination. De cette philosophie, la plupart des traducteurs n'en tiennent pas compte vu l’impossibilité de la tâche; par conséquent, ils « trahissent » le poème.

    La forme a aussi ses lois. La langue chinoise comporte quatre tons. En poésie, on parle de tons plats (ping, 1er ton, représenté ici par le trait horizontal) et de tons accentués, (ze, soit shang 2e, qu 4e et ru 3e, trait oblique), dont les règles d’alternance confèrent au texte sa musicalité et son rythme. Le . (point) dans les vers représente la césure interne ou pause rythmique.

    Voyons ce que cela donne dans Auberge de l’abricotier veiné.

    2 4 . 2 2 2 et / / / / /

    1 2 . 1 2 3 – / – / /

    4 1 . 4 3 2 / – / / /

    4 4 . 2 1 3 / / / – /

    Il faut encore tenir compte de la rime. Dans ce poème, les vers 2 et 4 se terminent par le mot yu (3e ton), des homophones non homographes, soit (espace, univers, monde) et (pluie). La rime peut se trouver à la fin des vers ou à l’intérieur. Il faut cependant éviter de répéter un mot; la prononciation, oui, mais le caractère et la signification doivent différer.

    Ainsi, dans L’allée des sophoras, les vers se terminent dans l’ordre par huai2, tai2, sao3 et lai2. Mais on trouve dans les vers 1 et 2, comme 3e et 2e mot respectivement, (yin1) et (yin1), le premier signifiant dans le contexte « ombragé » et le second, « obscur ». Les vers 2 et 4 contiennent la rime (you1) et (you3), comme premier et deuxième mots, « retiré » et « avoir »), tandis que le troisième vers à lui seul nous offre une autre rime interne : ying4 men2 dan4 ying2 sao3 ( ), le premier signifiant « devoir/ falloir », l’autre « bienvenue ».

    N’oublions pas qu’il s’agit de rendre ces particularités dans une langue de structure tout à fait diverse. D’abord le mot à mot, notre matière première :

    Oblique sentier (et non « allée » comme dans le titre) / ombragent sophoras

    Retiré obscur / beaucoup vert mousse

    Devoir porte / mais bienvenue balayer

    Craindre avoir / montagne moine venir

    Après nombre d’étapes intermédiaires pour tenter d’intégrer le plus possible d’éléments culturels, nous obtenons :

    Sentier oblique ombragé par les sophoras

    Humide et caché sous les mousses généreuses

    Cependant il faut dégager l’entrée

    Pour faire honneur au bonze de la montagne

    Quelle langue latine peut rendre toute cette richesse en vingt syllabes? Autant pour apprécier que pour rendre la beauté et la « profondeur » de ce poème, faut-il encore connaître l’époque de Wang Wei et ses secrets.

    Afin de rendre possible l’impossible tâche de « traduire un poète chinois », je me suis rabattue sur des poèmes « modernes », en vers libres, sans forme fixe, et qui ne présentent pas de difficulté linguistique particulière, car en Chine comme ailleurs, il existe une forme de poésie libre souvent très près de la simple prose élégante. Dans cette coulée, j’ai découvert Liu Jian, mi-quarantaine, qui vit « au bout du monde », comme on surnomme sa province insulaire de Hainan, la plus au sud de la Chine.

    Pourtant, Liu Jian « s’impose » parfois une forme régulière comme on le voit dans Aime-moi fort (hao hao ai wo). Le poème se compose de trois sizains; les vers ont respectivement 4, 13, 7, 5, 8 et 4 pieds, une métrique bien peu classique. Les premiers et sixième vers de chaque strophe sont identiques (hao hao ai wo); le deuxième vers commence par « Dans ce »; le troisième, par « Utilise ton/ta/tes »; le quatrième par « Et », le cinquième par « Offre-moi ». Quant aux sonorités récurrentes (qing, trois fois, et chun, wen, ye, ling, deux fois chacune), elles sont, me confirme l’auteure, le fruit du hasard plus qu’une recherche d’effet, et pourtant cela confère au texte une musicalité.

    Ici commence mon travail : dois-je respecter la forme ou le contenu? L’art ou le sens? En me tenant le plus près possible de la forme et du sens à la fois, j’obtiens :

    Aime-moi fort 4

    Dans ce pur jour de mai où flotte un parfum de rose 13

    Avec ton regard de jeunesse (8)

    Lèvres d’arc-en-ciel 5

    Caresses inoubliables 8

    Aime-moi fort 4

    Aime-moi fort

    Dans la parfaite harmonie des longs réverbères (12)

    Avec tes pleurs épuisés 7

    L’aiguille des secondes (6)

    Offre-moi la solitude 8

    Aime-moi fort 4

    Aime-moi fort 4

    Dans ces rides augmentées et cheveux décroissants 13

    Avec ton âge fané 7

    Le feu de ton âme 5

    Offre-moi un ciel en feu 8

    Aime-moi fort 4

    En oubliant la forme et m’en tenant presque au mot à mot, j’obtiens :

    Aime-moi fort

    Dans ce pur jour de mai où flotte un parfum de rose

    Utilise ton regard de jeunesse

    Et tes lèvres parfumées d’arc-en-ciel

    Offre-moi une inoubliable tendresse

    Aime-moi fort

    Aime-moi fort

    Dans la parfaite harmonie* de la rivière nocturne de longue lumière des lampes

    Utilise tes larmes fatiguées

    Et l’aiguille des secondes du temps

    Offre-moi la plus riche solitude

    Aime-moi fort

    Aime-moi fort

    Dans ce réseau de rides et ces cheveux blancs flétris de fin d’automne

    Utilise les feuilles fanées de ton âge

    Et ton âme brûlante

    Offre-moi le grand feu plein de ciel

    Aime-moi fort

    *Shui ru jiao rong : « se mêler comme eau et lait », donc harmonie parfaite.

    Liu Jian se dit « à la recherche perpétuelle de l’introuvable amour ». Son recueil Ai yu (Langage d’amour) rassemble une centaine de poèmes mélancoliques et élégants qui nous parlent de la vie avec ses grandeurs et merveilles. La solitude est un thème dominant de son œuvre.

    Dès l’âge de huit mois, Liu Jian a été confiée à ses grands-parents maternels. Originaire de la ville maritime de Qingdao au Shandong, elle a grandi à la campagne, et exprime dans ses vers à saveur bucolique sa reconnaissance au vieux couple qui l’a élevée malgré ses propres difficultés. Son seul regret est qu’ils aient quitté ce monde avant qu’elle soit en mesure de leur offrir une vie plus facile. Liu a aussi vécu à Shenzhen, et est maintenant installée à Haikou. « Partout je cherche la mer, dit-elle. Sans la mer, je ne peux vivre. »

    Liu Jian est membre de la « Société Jiusan », un des huit partis démocratiques de Chine. Elle partage son temps entre le journalisme et la poésie; elle est reporter principale du Journal de l’éducation de Chine pour la région de Hainan, et a publié dans des revues de poésie du pays. Elle a signé quatorze livres dont quatre recueils de poésie. Des séries de reportages ont aussi paru sous forme de livre. Récipiendaire de nombreux prix, Liu Jian a adhéré à l’Association des écrivains de Chine en 1989. Ses œuvres et elle-même ont fait l’objet de reportages et d’interviews dans divers journaux, périodiques et émissions de télévision.

    « Peu importe ce monde ou le monde d’après, peu importe comment les étoiles bougent dans le ciel et comment évoluent la terre et la mer, il existe un langage qui ne vieillira jamais, et c’est le langage de l’amour », déclare-t-elle.

    Lisa CARDUCCI

    Beijing, avril 2006

    http://lire.ca/mouvances/autrestextes/003/carducci/lisa.htm
    Chantars no pot gaïre valer
    Si d'ins del cor no mov lo chans
    Bernard de Ventadour