20 octobre 2009
Chez nos amis belges...
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| Maison de la poésie et de la langue française Wallonie -Bruxelles http://www.maisondelapoesie.be | |||||||||||||||||
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10 octobre 2009
Le printemps, ça se prépare en automne !
| Une info que nous devons à Ailen, sur Poésie Libre Echange | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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04 octobre 2009
Jacques Ancet
Un poète que nous avons lu sur Poésie Libre Echange
Un poète discret et exigeant, et le traducteur d'Angel Valente, Antonio Gamoneda, Saint Jean de la Croix...
Cultures - Article paru
le 28 avril 2005
La chronique poétique d’Alain Freixe
http://www.humanite.fr/2005-04-28_Cultures_Jacques-Ancet-ou-la-memoire-de-l-oubli
Jacques Ancet ou la mémoire de l’oubli
« Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier (…). »
Rainer Marie Rilke
On croit que le récit est le lieu par excellence de la mémoire. On raconte, on conserve, ça paraît d’une rare exactitude. Tout y est organisé : lieux, espaces, personnages, destinées. Pures fictions,
bonnes à donner du rêve à consommer
aux anesthésiés que nous sommes.
Le poème éveille et tient éveillé.
Jamais, je ne l’ai autant éprouvé ces derniers temps qu’à la lecture de ces deux livres
de Jacques Ancet. L’auteur, on le sait, est auteur d’essais - on lui doit un Bernard Noël ou l’éclaircie (Opales, 2002) - et surtout l’incomparable traducteur des oeuvres de Jose Angel Valente et d’Antonio Gamoneda - on trouve ces auteurs au catalogue des Éditions Unes, Corti, Dana et Lettres vives - on connaît peut-être moins le poète rare qu’il est.
Deux livres, donc. Deux compositions au sens où on utilise ce mot pour parler des créations des musiciens. Aussi est-ce sur le timbre que
je voudrais attirer l’attention du lecteur, tant à lire ces deux livres de Jacques Ancet prennent corps les mots de Marina Tvetaeva : « Il y a quelque chose dans la poésie qui est plus important que le sens : la résonance. »
Un morceau de lumière a toutes les qualités des livres des Éditions Voix d’encre.
Alain Blanc, leur directeur, sait marier texte
et réplique plastique - ici, des dessins d’Alexandre Hollan, des vibrations de traits aussi bien. C’est un livre d’encre et de chair dont on tourne les pages. Entre elles, une lumière filtre et passe vibrante pour aller rayonner plus loin.
C’est cette lumière, celle qui d’être entre, fait tenir l’ensemble, que l’on rencontre dans
la Dernière Phrase. Ici, point d’image mais une étonnante architecture. Nous sommes dans ce livre sous la loi du nombre car « compter rassure », permet de souffler.
C’est de cette savante composition que naîtra la lumière. 27 poèmes de 9 vers dont le mètre est l’impair verlainien, l’ennéade de 9 syllabes pour le premier texte alors que le deuxième texte se compose de 9 parties de 9 neuvains chacune. Tout cela pour aider à « la recherche de quelqu’un », à la recherche de « la dernière phrase », celle que nous cherchons tous, celle en qui se résumerait « la perfection du fini ». Celle qui manque. Celle qui nous faut. Toujours.
Toutefois, si le 9 dit la fin d’un cycle -
et ce sont là, pour l’anecdote, des poèmes
de deuil - il est ici travaillé par le 3, ce nombre novateur, véritable commencement
de la numération. Ainsi la course, claudicante certes car toujours l’impair boite,
ne s’achève que dans le suspens d’un vide
déjà prêt à s’ouvrir, où l’on va pouvoir continuer à « chercher quelqu’un »,
un corps, « son passage insouciant, le sourire le geste », et c’est « un morceau de lumière »
et son vide qui nous restent. Dans cet abîme résonnent non les souvenirs, ces constructions qui toujours font écran, mais l’oubli,
cette faille où les vérités se terrent.
L’écriture de Jacques Ancet nous éveille à cette vérité que les poèmes prennent en charge pour devenir « la mémoire de l’oubli ».
C’est cela que l’on entend et moins
dans les mots qu’entre eux, dans ce timbre qu’ils ne disent pas mais transportent avec eux du fait de l’écriture même de Jacques Ancet, ses coulées, ses inflexions, ses ruptures de rythme - ah ! la césure de l’impair -
ses silences.
C’est cela qui résonant, dans cette demeure de l’oubli que sont les poèmes de Jacques Ancet, rayonne comme un fil de jour s’obstine à accompagner « ce qui s’en va », cette vie qui passe sans se retourner, » comme un passage d’oiseaux » éclaire le ciel, « comme le jour commence ».
Jacques Ancet, la Dernière Phrase, frontispice de Paul Hickin, collection « Terre de poésie, Lettres vives », 14 euros.
Jacques Ancet, Un morceau de lumière, dessins d’Alexandre Hollan, Voix d’encre.
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour
07:34 Publié dans Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 septembre 2009
Rimbaud
Sommaire n°489 septembre 2009
Le Journal de l’actualité
3 L’éditorial de Joseph Macé-Scaron
8 Enquête Je pense, donc j’écris, par Alexis Lacroix
12 Débat Atiq Rahimi, Eduardo Manet et Tahar Ben Jelloun : l’écrivain est-il toujours un exilé ?
16 Tendance Les nouvelles Indes, par Augustin Trapenard
18 Portrait Stéphanie Chevrier, par Hubert Prolongeau
19 Dialogue Yannick Haenel et Laurent Mauvignier
20 Écrits à l’écran Les Derniers Jours du monde
21 Trois questions à Geneviève Brisac
22 Idées neuves Hobbes selon Quentin Skinner
23 Sous la couverture Loin des bras, de Metin Arditi
Le Cahier critique
Romans français
24 Laurent Mauvignier, Des hommes
26 Marie NDiaye, Trois femmes puissantes
28 Frédéric Beigbeder, Un roman français
30 Bruno Tessarech, Les Sentinelles
32 Pascal Quignard, La Barque silencieuse
34 Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida
Romans étrangers
36 Joseph O’Neill, Netherland
38 Nadeem Aslam, La Vaine Attente
39 Sara Stridsberg, La Faculté des rêves
40 Mircea C˘art˘arescu, L’Aile tatouée
42 James Frey, L. A. Story
Essais
46 Claudio Magris, Loin d’où ?
47 Michelle Perrot, Histoire de chambres
48 Jerome Charyn, Tarantino
LePortfolio
52 Le Cid, de Pierre Corneille : variations sur l’imaginaire d’un texte par Vincent Huguet
Le Dossier
58 Arthur Rimbaud dossier coordonné par Maxime Rovere
60 Une introuvable version originale, par André Guyaux
63 À l’école de la parodie, par Bruno Claisse
65 Premier prix de latin et de vieux français, par Denis Hüe
66 Mythologies de « l’enfant prodige », par Alain Kerlan
68 Un Zutiste très actif, par Seth Whidden
70 Verlaine-Rimbaud : portraits croisés d’un piteux César, par Steve Murphy
73 Le poids des Illuminations, par Jacques Bienvenu
74 Plus linguiste qu’alchimiste, par Olivier Bivort
76 Une saison en enfer, champ de forces, par Yann Frémy
78 Dérégler les sens et la mesure, par Benoît de Cornulier
80 « J’ai voulu dire ce que ça dit », par Georges Kliebenstein
82 Les lettres invisibles du Voyant, par Jean-Luc Steinmetz
84 Poète blanc, coeur noir, par Claude Jeancolas
86 Ceci est son corps, par Georges Kliebenstein
87 Bibliographie, par Alain Bardel
Le Magazine des écrivains
90 Parce que c’est lui, parce que c’est moi Ingeborg Bachmann, par Cécile Ladjali
92 Itinéraire Walter Benjamin, par Lionel Richard
94 Archétype Le vagabond, par Arno Bertina
96 Grand entretien avec Colum McCann : « À New York, rien n’est jamais fi ni », propos recueillis par Minh Tran Huy
102 Pastiche À la manière d’Albert Cohen, par Stéphane Legrand
104 Rendez-vous
106 Le dernier mot par Alain Rey
06:12 Publié dans Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05 juillet 2009
La poésie lettriste

« Il importait pour cela de les (les mots) soustraire à leur usage de plus en plus strictement utilitaire, ce qui était le moyen de les émanciper et de leur rendre tout leur pouvoir. Ce besoin de réagir de façon draconienne contre la dépréciation du langage, qui s'est affirmé ici avec Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé – en même temps qu'en Angleterre avec Lewis Carroll -, n'a pas laissé de se manifester impérieusement depuis lors. On en a pour preuves les tentatives d'intérêt très inégal, qui correspondent aux "mots en liberté" du futurisme, à la très relative spontanéité "Dada", en passant par l'exubérance d'une activité de "jeux de mots" se reliant tant bien que mal à la "cabale phonétique" ou "langage des oiseaux" (Jean-Pierre Brisset, Raymond Roussel, Marcel Duchamp, Robert Desnos) et par le déchaînement d'une "révolution du mot" (James Joyce, E.E. Cummings, Henri Michaux) qui ne pouvait faire qu'aboutir au "lettrisme". »
André Breton, Du surréalisme en ses œuvres vives, 1953
De Homère à Hugo : « la phase amplique »
Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique (1947) d'Isidore Isou distingue deux périodes dans l'évolution de la poésie. La phase amplique et la phase ciselante. Historiquement, le phase amplique prend sa source aux origines de la poésie en Grèce pour s'achever avec Victor Hugo.
L'amplique désigne l'amplification, la construction, le perfectionnement des procédés de versification et des thèmes du lyrisme poétique depuis Homère jusqu'aux œuvres romantiques : « La poésie amplique, parce qu'elle disposa de tous les éléments qui furent nécessaires, réussit à créer des œuvres immenses traitant de sujets larges et divers ».
Les grandes œuvres ampliques sont : L'Odyssée, l'Enéide, La chanson de Roland, La Divine comédie, les Sonnets pour Hélène jusqu'à La légende des siècles.
De Baudelaire à Tzara : « la phase ciselante »
A partir de Charles Baudelaire, la poésie s'engage dans une mutation profonde. Cette phase, dite ciselante, s'oppose à l'amplique pour se concentrer sur l'essence de la poésie qui procède par destruction, réduction, purification.

Fig. 1 - L'évolution spirituelle de la poésie.
Les sujets ou anecdotes sont éliminés progressivement au profit d'une recherche hermétique sur l'équilibre des vers et l'arrangement des beautés de la langue. Sous les métaphores, les images, les mots précieux et rares, se dégagent les lois d'une poésie qui se déconstruit.

Fig. 2 - L'évolution du matériel poétique.
Pour cela, Isou trace une généalogie d'or. Baudelaire détruit l'anecdote pour la forme du poème. Verlaine détruit le poème pour le vers, Rimbaud détruit le vers pour le mot, Mallarmé perfectionne l'agencement du mot, Tzara et Breton finissent par en détruire la signification par le rien.

Fig. 3 - L'évolution de la sensibilité technique dans la poésie.
Les grandes œuvres ciselantes sont : Les fleurs du mal, Les romances sans paroles, Les Illuminations, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, Les Lampisteries, Les champs magnétiques.
1946 La poésie lettriste, forme sonore
La dictature lettriste (1946) annonce la création d'une poésie qui brise le mot pour la lettre. Avec son Manifeste de la poésie lettriste (1942) publié plus tard dans l'Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique (1947), Isou lance la poésie alphabétique, débarrassée de son contenu signifiant.
De l'organisation savante des voyelles et des consonnes doit naître une autre manière de concevoir et de distribuer l'alphabet. Précisons qu'il ne faut pas confondre les poèmes lettristes avec ceux des futuristes et dadaïstes qui s'orientent uniquement vers une destruction du langage annonçant la fin du ciselant.
A l'inverse, Isou, lui, construit un nouvel amplique de plus en plus proliférant. La poésie alphabétique élargit son univers sonore pour intégrer tous les bruits que peut produire le corps humain (aspiration, expiration, soupir, applaudissements…). L'autre caractéristique de cette poésie, c'est qu'elle évolue selon les lois organiques de l'amplique et du ciselant. Enfin la poésie sonore entretient des liens très étroits avec la musique, développée parallèlement par le groupe lettriste.
1956 La poésie infinitésimale, forme virtuelle
Introduction à l'esthétique imaginaire (1956) révèle les possibilités d'une poésie infinitésimale ou imaginaire composée de phonèmes virtuels. Isou, en se fondant sur les théories infinitésimales de Leibniz et Newton, dépasse dans ses recherches, les données concrètes des lettres sonores pour embrasser l'infini : l'infiniment grand ou les multiplications infinies de la lettre (avec des puissances mathématiques du type a²) et l'infiniment petit ou les divisions infinies de la lettre (du type a/2 ou des racines comme √a). Par conséquent, cette poésie s'actualise par le biais d'une notation de signes concrets qui fonctionne comme une versification de virtualités.
Ces œuvres sont donc des partitions pour imaginer des éléments possibles voir mêmes inexistants. Le problème de la perception au-delà du concret pose la question des autres facultés perceptives, de leur mutation et même de la création de nouveaux sens au-delà des cinq déjà connus.
Cette poésie centrée sur la communication sensorielle forme une constellation d'élaborations mentales, purement conceptuelle ou imaginaire dans l'esprit du lecteur.
1959 La poésie aphoniste, forme silencieuse
En 1959, Isou codifie les principes d'une poésie aphoniste qui « consiste dans une récitation sans émission de son, muette. Le récitant ouvre et ferme la bouche, sans rien dire ». Contemporain de la poésie infinitésimale qui invente des particules imaginaires, l'aphonisme forme un secteur autonome, véritable négation du lettrisme sonore.
Concrètement, le poème se présente sous la forme d'une notation de signes ou d'un texte avec des consignes renvoyant à des mimiques buccales, faciales ou encore à des gestes à exécuter silencieusement. Le lecteur peut être également invité à réciter de mémoire un texte sans émettre de son. Dans ce cas, la récitation devient inaudible ou silencieuse bien que les éléments à prononcer puissent être d'origine mélodique : articuler les syllabes avec sa bouche et sa langue sans vibration sonore. Le poème devient dès lors une succession de postures de la bouche, du visage et du corps. Pure silence articulé et rythmé.
1960 Le cadre supertemporel, la poésie éternellement réalisée par tous
Dans ses Poésies II, Isidore Ducasse dit le Comte de Lautréamont, déclarait que « la poésie doit être faite par tous. Non par un ». En 1960, Isou invente le cadre supertemporel qui, pour la première fois dans l'histoire de la poésie, bouleverse, à la fois, le support matériel et l'intervention du lecteur dans le processus poétique.
Au-delà de la page du livre, le lyrisme infinitésimal ou à venir se déploie sur une infinité de supports vierges (objets, corps, nature…) sur lesquels le lecteur lui-même peut intervenir à son tour. Ces pages vierges ou ses surfaces vides fonctionnent comme des supports pour « works in progress » infinis.
Le cadre supertemporel accueille donc sur son plan tous les poèmes passés, présents et futurs écrits par des générations de lecteurs-poètes. Isou parle de « la dimension supertemporelle qui apporte la véritable éternité à l'esthétique, car sa jeunesse n'imite pas le passé, mais résulte d'un jet frais, perpétuellement rénové, d'éléments, d'auteurs et de styles constructifs ou destructifs ».
1991 La poésie excoordiste, forme coordonnable
Dans son Manifeste de l'Excoordisme ou du Téïsynisme mathématique et artistique (1991), Isou élargit l'art infinitésimal pour systématiser les extensions et coordinations concrètes et vastes des infiniment grands et des infiniment petits. L'infinitésimal s'occupait de l'imaginaire, l'Excoordisme considère l'au-delà de l'imaginaire, c'est-à-dire « l'inimaginable comme étant divers et varié, dans les expressions de ses contenants et de ses contenus ».
L'Excoordisme recherche donc l'infini des données coordonnables connus (de l'origine de la poésie à l'infinitésimal) et inimaginables. Encore jeune, cet art mystérieux est toujours en court de développement. Par conséquent, le corpus poétique excoordiste reste donc à la fois réduit mais toujours ouvert.
E. Monsinjon
Sélection bibliographique :
- La Dictature Lettriste, n°1, Isidore Isou et collectif, 1946 (rééditée en 2000 par les Cahiers de l'Externité).
- Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, Isidore Isou, Gallimard, 1947, (ouvrage de bibliophilie).
- Précisions sur ma poésie et moi, Isidore Isou, Escaliers de Lausanne, 1950 (réédité en 2003 par Exils avec un entretien inédit de l'auteur avec Roland Sabatier).
- La poésie Lettriste, Jean-Paul Curtay, Seghers, 1974, (ouvrage de bibliophilie).
- Poèmes lettristes, aphonistes et infinitésimaux, 1981-1984, Isidore Isou, Publications Psi, 1984, (ouvrage de bibliophilie).
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19 avril 2009
Ateliers et jeux d'écritures poétiques
En ce moment même se déroule une de ces balades, moisson d'un séjour au mont Aigoual dans les Cévennes. Vous pouvez nous rejoindre...
Dans quelque temps sera transmis un petit compte rendu.O.
02:03 Publié dans Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28 mai 2005
Marie-Claire Bancquart
Sur Poesielibree4, nous commentons en ce moment l'oeuvre de Marie-Claire Bancquart. Voici l'introduction présentée par Orlando.
Marie-Claire Bancquart est née en 1932. Elle a fait une brillante carrière universitaire, a écrit cinq romans et une bonne vingtaine de livres de poésie. Elle collabore à la revue Europe et à d'autres, est couverte d'honneurs et de distinctions. Et réjouissez-vous, charmantes damoiselles et gentes dames, cette dame est une des voix les plus considérables de cet entre-deux siècles, une voix qui me touche très fort comme elle saura j'espère vous toucher.( La brillante carrière universitaire ne doit pas impressionner: Beaucoup de poètes contemporains sont des universitaires, mais pas tous. Et tous les profs ne sont pas poètes, loin de là. Verlaine n'était qu'un obscur employé aux écritures, Rimbaud un collégien perdu (comme Lautrréamont) puis un aventurier, Eluard n'avait qu'une instruction primaire.)
Elle a réuni des extraits de l'ensemble de son oeuvre poétique dans une anthologie personnelle, Rituel d'emportement, Poèmes 1969-2001,336 pages, Ed. Obsidiane-leTemps qu'il fait, mars 2001. Avec une photo de l'auteur et une fiche bio-bibliographique. C'est ce livre dont j'achève la lecture et dont je vais vous parler.
Ce qui frappe dès les premières pages, c'est la présence du sujet, non par une banale affirmation narcissique du moi, mais par la force de la parole, l'unité de la pensée à travers la diversité des expressions, les réseaux denses d'images qui se reprennent, se répondent et se réfléchissent, la délicatesse de sensibilité.Vous lisez une page de MC B, et vous savez que vous êtes devant un vrai poète.
Après cent ou cent cinquante pages, je commençais à avoir quelques soupçons sur la créativité formelle, ou sur son apparente absence. MC B utilise le vers libre, avec des variations de rythmes assez marquées par l'alternance de vers courts , une à trois ou quatre syllabes, et de vers plus longs, jusqu'à quatorze, quinze syllabes...Les poèmes sont presque tous courts, entre une demi page et une page, presque jamais plus. C'est à peu près tout, pendant les cent premières pages. Par la suite , on voit apparaître le verset, et enfin la prose. Et on voit se présenter des poèmes substantiels, de plusieurs pages. On voit aussi de plus en plus des mélanges prose et vers, comme dans la "Saison en Enfer", et des variations typographiques par les italiques.Les audaces syntaxiques sont présentes du début à la fin, elles ne sont pas trop fréquentes mais se retrouvent régulièrement. On voit donc que , du point de vue formel, on est dans un cadre assez classique : une prosodie qui n'a pas vraiment bougé depuis les surréalistes, une syntaxe presque toujours académique... L'innovation , car il y a innovation, est ailleurs : il y a un renouvellement du matériel imaginaire, à travers une continuité qui assure la cohérence : l'arbre, le corps, les plumes, l'oiseau, l'animal sont présents d'un bout à l'autre. Mais les thèmes évoluent, s'approfondissent, s'amplifient... Toute une période voit revenir la peur obsessionnelle de la mort, avec la menace de la maladie. Puis l'interrogation sur l'identité, le doute existentiel. Puis le vertige métaphysique, avec l'intrusion de l'histoire et des mythes au milieu de l'actualité dans ce qu'elle a de plus brutal. Tout cela, je n'hésite pas à le répéter, à travers une continuité imaginaire qui affirme bien mieux le sujet que toutes les rodomontades narcissiques. Et un ton surprenant, de plus en plus ferme, affirmé. Le poète est maître de son instrument.
A suivre
( Je ferai prochainement un petit état des lieux de l'imaginaire de MC B
15:37 Publié dans Chantier - Poesie Contemporaine, Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cinq exercices poétiques
Sur Poesielibree4, Orlando nous propose en ce moment cinq exercices poétiques. En ce moment, nous en sommes à un exercice très intéressant qui est le déca-mental. Qu'est-ce que c'est ? Avant de vous en parler, voici le petit programme concocté par Orlando :
1. Le mot.
2.Les rimes.
3. Assonances,contre-assonances, consonances.
4.Mètre.
5.Le mot, les phrases.
Ce ne sont que des titres, bien sûr. Je vous donne un aperçu du 4.
Choisissons un mètre glorieux, mais un peu délaissé aujourd'hui, le décasyllabe. Son rythme classique est croissant, 4+6. Mais le rythme décroissant existe, 6+4. Quant au rythme équilibré, 5+5, que Bonaventure des Périers appelle plaisamment "tara tantara", il est plutôt réservé à la poésie légère, fantaisiste, satirique.
L'exercice peur se décliner en plkusieurs variantes.
A. Sans se soucier de signification, mais seulement de rythme, écrire un décasyllabe classique : le forgeron dans l'atelier ombreux.
Puis un autre. Encore un autre. Sans rapports entre eux. Durée trente minutes.
B. Version orale. Même démarche. Si possible en marchant (par exemple, promenade dans la nature pour être tranquille) ou pendant une période d'oisiveté forcée (salle d'attente, train, métro...)
C. Version surréaliste: Même démarche qu'en A (écrit) ou B (oral), mais en recherchant les images surprenantes.
Chacune de ces séances suivie d'un compte rendu, notant ce qui s'est passé dans l'esprit, les difficultés, les évolutions, les résultats. Ont peut couronner le tout par l'écriture d'un ou plusieurs poèmes en décasyllabes. Et on peut faire ce genre d'exercices avec les autres mètres, il y a de quoi faire !
Les autres exercices sont également prompetteurs. Le 3 est un continent à explorer. Bon, je prépare un peu tout ça avant de vous le soumettre ( je teste les jeux -exercices sur moi-même ! ) A bientôt ! O.
Et voici le déca-mental :
Partir pour une balade d'une heure environ, en choisissant un itinéraire tel que vous ne risquez pas d'être dérangé ou distrait. Pendant la balade, composez mentalement le plus possible de décasyllabes , sur les sujets qui vous passent par la tête. Ne vous préoccupez pas trop du sens ni de la syntaxe, le but principal étant de suivre le rythme classique 4+ 6 ( et non 6+4 comme je l'ai écrit par erreur il y a quelques jours).
Au retour, rédigez un compte rendu de l'exercice en une ou deux pages, en citant quelques-uns de vos décasyllabes;
Dépôt des compte rendus "déca-mental" à partir de vendredi midi. O.
PS: on peut imaginer des variantes: déca-mental dans une salle d'attente, en train, en métro... ou à plusieurs, en une sorte de dialogue de décas... C'est peut-être très bien, mais je n'ai expérimenté que la balade en solitaire .
15:35 Publié dans Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25 février 2005
Daniel Biga
Dans le groupe Poesielibree4, nous échangeons en ce moment autour de Daniel Biga. Et il est étonnant de lire les réactions face à chacun de ses poèmes présentés, comme nous dit Hélène : "j'ai l'impression qu'il a plusieurs façons d'écrire"
Voici la petite présentation D'Orlando :
Le meilleur instrument pour découvrir ce poète, c'est son anthologie personnelle, "Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale", Le Castor Astral / Ecrits des Forges, juin 2003. Se lit très facilement, comme un "journal". C'est ce qu'on est en train de voir de plus en plus nettement, chaque poète a son écriture, et conséquemment chacun a sa lecture.On ne lit pas Mallarmé comme Saint-John Perse, Supervielle comme Reverdy, Valéry comme Max Jacob... Roche comme Gaspar. Eh bien Biga c'est un autre monde, ouvert, refusant toute contrainte, goulu, passionné, torrentueux, quelque peu débraillé mais si généreux... On pense à Walt Whitman.
Escandille, dans sa première approche, n'a pas trop aimé. Moi non plus d'ailleurs. Du texte spontané, pas travaillé, braillard, amateur d'effets faciles, faisant trop penser aux écrits de potaches déchaînés...C'est la première impression. Mais il faut insister, trouver la bonne respiration, le bon rythme de lecture, et on commence alors à être pris par cette parole si humaine. C'est dire que le "morceau choisi" est l'ennemi mortel de cette poésie. J'ai découvert Biga dans une anthologie de poésie contemporaine et dans des revues, et je peux dire que j'en ai eu une piètre opinion. La lecture des 200 pages de son bouquin a changé tout cela. Voilà pourquoi je n'arrive pas à me décider à vous copier un poème de Biga, j'aimerais que vous lisiez le livre comme je l'ai fait. Tiens, c'est les vacances en Rhône-Alpes, je vais partir jouer aux échecs, je ne vais pas trop me manifester pendant deux semaines, eh bien si vous le pouvez, achetez ou empruntez le livre, on en reparlera à la rentrée.
Bon, quelques vers quand même. Biga se refuse au vers classique, mais à part ça a tout essayé, du vers libre à la prose, prose rythmée ou prose prosaïque, vers court, vers long, verset... Ses domaines de prédilection sont le vers libre et la prose, mais il a eu un période "haïku" - conçu très librement, va sans dire ! En voici qq uns, nous rappelant que Biga, ce méridional, est devenus nantais :
gentil petit matin
les poissons sautent
sur la Loire
longtemps sur la rivière froide
une corneille chasse une mouette
puis réciproquement
(extraits de Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale)
Et aussi quelques extraits que nous avons échangé :
BALCON EN FORET
petits au profond du ravin
les pins sont comme une forêt d'asparagus
en pleine croissance
trois grands oiseaux avec leurs cris de femmes
tournoyent dans le ravin dessous
puis montent lentement vrillant l'air
bien au-dessus de mon regard levé
ce même paysage ces montagnes d'enneigement
ce soleil tant d'autres regards l'ont vu
depuis la Genèse
ce n'est que cela
l'immortalité la terre le ciel ce soleil
ces regards qui voltigent éphémères multiples
sont le même toujours unique Regard
(Stations du chemin, édition le dé bleu page 49)
On vit on fait un trou on plante un arbre
on épluche des légumes on cuit un ragoût un pot au feu
le soir on suggère à sa copine de nous sucer la pine
parfois on fait une prière - un peu d'émotion
on reçoit du courrier
(on ne peut pas parler de désert)
on ne répond qu'à une ou deux lettres
on prend de l'Ignatia I5 CH du gelsémium de l'oscillococi-
num
l'hiver est long la ville est grise le bitume pluvieux
on vit dit-on
(...)
on va au travail
on a du mal à simuler
on s'habille sans se doucher
- ou on se douche sans s'habiller -
on se change sans se raser
on baîlle on raille on caille on taille on rote on pète
on jure à mi-voix "crénom de..."
on chie de travers et on a mal au cul
on se lave les mains dans la salade
on dort bouche ouverte en ronflant
etc. etc.
on vit dit-on
(Le poéte ne cotise pas à la sécurité sociale, édition le castor astral page 155-156)
AUX PORTES DE LA VILLE
Il a neigé jusqu'aux portes de la ville
jusqu'à la naissance de la mer
quelque ébauche de joie de paix de ferveur même
s'est alors infiltrée jusqu'au coeur
du plus épais parmi les hommes
sur la noirceur le tintamarre la crasse le plomb
avec son poids léger son silence son calme
presque un jour durant la neige a tenu bon
ainsi parfois la neige arrive-t-elle aux portes de la ville
quand le monde est en danger
In "Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale"
19:40 Publié dans Poésie libre échange | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 février 2005
Lorand Gaspar
Sur le groupe PoesielibreE4, nous poursuivons notre étude de la poésie contemporaine. Cette semaine Orlando nous a proposé Lorand Gaspar. Dans ses textes, des thèmes apparaissent comme fondamentaux. Notamment la prière, l'angoisse et le sensualisme.
voici donc un extrait de Patmos et autres poèmes, poésie / Gallimard, mars 2004 proposé par Orlando.
ma langue natale comme tu sais te taire
sur les pierres noires de nuit
la seule lueur est ce battement
dans la gorge dont on ne sait
si c'est angoisse, prière ou accord -
mais où est la ligne de partage
entre ce rien qui coule sans bouger
une feuille et la houle qui emporte
la nuit, la maison, le nageur?
(page 110)
Orlando nous ouvre toujours des portes pour nous permettre une lecture optimale des poèmes proposés... Voici par exemple ici les pistes proposées :
- la ponctuation ( comment ? pourquoi ? )
-les majuscules ( comment ? pourquoi ? )
-les thèmes (notamment ceux déjà vus dans les textes précédents)
Les échanges autour de Lorand Gaspar sur PoesielibreE4 ont encore été une fois très riche. Bientôt, nous parlerons de Daniel Biga, puis d'Antoine Emaz. Le programme s'annonce riche.
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