19 décembre 2009

Jaccottet

La chronique poésie d’Alain Freixe

journal l'Humanité

La réalité ? On croit savoir. On en souffre. Voyez un peu ces derniers temps - je ne ferai l’injure à personne d’énumérer les malheurs des temps qui nous sont donnés à vivre ! La réalité ? Un poète l’exige. Encore et toujours. C’est même sa belle querelle. C’est elle qui se trouve au coeur de ces livres, Cahier de verdure (1990 )et Après beaucoup d’années (1994 ), réédités aujourd’hui dans la collection Poésie chez Gallimard.

La réalité, qu’est-ce sinon dans ce temps qui nous porte, ce qui du monde nous étonne encore ? Et qu’à côté de l’enfer - car c’est bien l’enfer, ce côté-ci du monde ? - il y ait toujours, après beaucoup d’années, cette leçon du Cahier de verdure, incroyable, intempestive, terriblement inactuelle, qu’il y ait de la beauté. Rendons grâce à Philippe Jaccottet de risquer ce mot aujourd’hui - mot si usé que plus personne n’ose l’utiliser ! - et d’en faire la leçon des fleurs des chemins, des arbres des vergers. Le poète de Grignan continue dans les basses à affirmer qu’il n’y a pas au monde que du malheur, que, devant nous, persiste toujours, indubitable, dans le cours même du monde, cette lumière " bien qu’invisible dans le bleu du ciel/ Aussi sûre que chose au monde que l’on touche ", lumière " qu’il faut à tout prix maintenir " et " transmettre (…) comme une étincelle ou une chaleur ". Philippe Jaccottet est le poète qui sait que, du côté des apparences, la poésie a peu de chances. Et certes toutes les apparences sont contre nous qui aimons la poésie. Mais c’est dans ce peu, ce rien, cette défection qu’il entend puiser l’espoir de les prendre en défaut. Il suffira alors d’un rien, du plus infime écart pour que pénètre en nous ce quelque chose qui échappe à notre pouvoir de nomination, ni " neige ", écrit Philippe Jaccottet, " Ni bannière blanche ou bleue/ Ni rien qu’on puisse vraiment déployer ". Et c’est merveille que de voir dans ses poèmes cette lumière inconnue comme traduite du silence passer vive et fraîche.

À quoi reconnaît-on les livres qui importent ? Aux " beaux chemins " qu’ils ouvrent en nous, chemins de vie où rayonne toute une " joie d’être ". S’ils ne consolent pas, s’ils ne guérissent rien de nos malheurs, ni de ceux effroyables de notre monde, au moins mènent-ils " un pas/ Au-delà des dernières larmes ".

A. F.

Philippe Jaccottet, Cahier de verdure, suivi de Après beaucoup d’années, NRF Poésie, Gallimard, 2003.

Nuages

Éditions Fata Morgana, 2002.

 

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La parution n'est pas de toute dernière fraîcheur, mais comme il s'agit de Jaccottet, un poète qu'on aime...O.

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25 novembre 2009

Jacques Dupin, poète de la fracture

Jacques Dupin
Descriptif

"DUPIN Jacques (né en 1927). Cofondateur en 1966 de la revue L’Ephémère avec Yves Bonnefoy, Paul Celan, Louis-René des Forêts, André du Bouchet, Michel Leiris et Gaëtan Picon, Jacques Dupin occupe une place majeure dans la poésie contemporaine dont son œuvre reflète depuis un demi-siècle les questionnements et les métamorphoses. Son écriture, d’une intensité souvent éprouvante et déconcertante, apparaît dominée par toutes les déclinaisons de la rupture."

Valéry Hugotte, extrait de l’article du "Dictionnaire des écrivains de langue française" (Larousse, 2001)


tableau : Francis Bacon, "Portrait of Jacques Dupin", 1990



Articles

après la parution de Coudrier, un entretien avec Jacques Dupin dans l’Humanité

Le poème en version bilingue, traduit en anglais par Paul Auster.

Les balises de Dupin sont clignotantes. Elles sont erratiques, s’éteignent pour s’allumer plus loin, changent de têtes. Elles ne se maîtrisent pas. Elles naissent pour se déplacer. Emmanuel Laugier

La lumière s’adresse, se fraie un accès au monde par la parole lorsque cette parole fonde, immense mobile, immense exclamation, le seul royaume possible, fût-il immensément vide...

 

http://remue.net/spip.php?rubrique90

un entretien entre Valéry Hugotte et Jacques Dupin pour la revue "Prétexte".

 

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22 novembre 2009

Chez nos amis belges...

Scène SLAM
http://www.mplf.be/agenda/evenement.php?id=581






Scène slam animée par enV.I.E.S., un collectif créé en 2008 par des habitués des scènes slam : 8 poètes montois d’âges et d’horizons divers, soucieux de pérenniser le slam dans la cité du Doudou. Une saison plus tard, le succès est au rendez-vous, au vu du nombre sans cesse croissant de participants (sur scène et dans la salle) et de l’ambiance chaleureuse et familiale qui se dégage des rencontres poétiques mensuelles. La recette : enV.I.E.S. ! Envie d’écrire, d’accueillir, d’écouter, de partager, avec pour maître mot la convivialité.





© GG-collectif enV.I.E.S.


Les scènes sont organisées sous forme de « tournoi », des notes étant attribuées à chaque poète par 5 membres du public. 3 minutes par poète, pas de déguisement, pas d’accessoire, pas de musique : les règles sont simples. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le but n’est pas de gagner (la devise du slam n’est-elle pas "le meilleur slameur ne gagne jamais" ?), juste de proposer un spectacle vivant, dynamique et de qualité, auquel chacun participe. C’est ainsi que le public est invité à essayer d’influencer (gentiment) les juges…

Outre l’animation des scènes slam proprement dites, le collectif a une philosophie basée sur la convergence des disciplines artistiques : enV.I.E.S., c’est avoir envie, rester en vie, mais aussi la rencontre de la Voix, de l’Image et du Son. Aux côtés des poètes Fleur, RachelmaRachel, Revolution Hair, Effel, Alain de l’ombre et Professeur V, on trouve en effet parmi ses membres un photographe (GG) et un musicien (Whisperz). De quoi ouvrir bien d’autres horizons. L’aventure continue !


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Le Centre Culturel Régional de Dinant organise prochainement 1 atelier Slam comprenant 16H00 d'ateliers étalées sur 2 WE en décembre et janvier avec une restitution tout public le 13 février.
Atelier uniquement sur inscription : 082/21.39.39 - dominique.theys@ccrd.be
de 15 à 25 ans - 13 places disponibles
Cette formation est entièrement gratuite.
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18 novembre 2009

Après l'amour, toujours, venait la peine...

Sous le pont Mirabeau, coulent des nouvelles...

Par Fabrice Gaignault, publié le 17/11/2009 à 15:02 - mis à jour le 17/11/2009 à 18:12
 

Apollinaire, Salinger, Annie Saumont. Un poète et deux nouvellistes qui paraissent en poche.

Il s'était donné pour devise "J'émerveille" et passa sa trop courte vie à habiller d'or et de rêves les mots qui couraient sous sa plume. Juste retour des choses, Guillaume Apollinaire, le plus grand poète français du XXe siècle avec Aragon, a aujourd'hui droit à un merveilleux Découvertes Gallimard signé Laurence Campa. Cet homme blessé à la guerre de 14 et qui mourut de la grippe espagnole, traversa son existence à la manière d'un somnambule qui aurait avancé hors des contingences de son temps. Il aima la peinture et en parla comme personne, la poésie dont il brisa les règles vieillottes, et les femmes dont il s'éprenait au premier regard sans être la plupart du temps payé en retour. Mais cette assiduité aux rôles d'amoureux malheureux lui donna des ailes pour faire jaillir toute la beauté du monde. La chanson du mal-aimé est en ce sens une splendeur indépassable. Ce petit ouvrage nous rend le poète dans sa singularité, avec sa tête ample et son regard triste, au milieu de ses amis de bohème et d'ailleurs, parmi ses dessins, ses calligrammes, ses photos, et ses mots comme ceux-ci : "Adieu Adieu il faut que tout meure"...

 

Apollinaire. La poésie perpétuelle par Laurence Campa, 128 p., Découvertes/Gallimard, 13.90 euros.

 

Lire la suite  :

 

http://www.lexpress.fr/culture/livre/apollinaire-la-poesi...

 

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20 octobre 2009

Chez nos amis belges...

Actualités poétiques... Cette semaine !
...
Mar 20 Octobre 2009, 10 h 18 min 02 s
De :
MPLF <info@maisondelapoesie.be>
...
Ajouter dans les contacts
À : jotapil@yahoo.fr


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À NAMUR

" Rétrospective de l’œuvre du poète
et académicien belge Jacques Crickillon "


Mercredi 21 octobre dès 19h
Vernissage de l'exposition de ses peintures suivi du spectacle
"La Ballade de Lorne Lorna Lherne"

Jeudi 22 octobre dès 19h
Table ronde critique autour de son œuvre suivie de la projection
du docufiction "Les 9 Cercles"


Plus d'infos...

***

" Ulysse, errant dans l'ébloui "

Vendredi 23 octobre à 20h


Monique Dorsel
donnera une lecture intégrale
de l'oeuvre récente du poète Éric BROGNIET
Plus d'infos...

***

Les " Musiques " de Ritsos
Samedi 24 octobre à 11h
En prélude à la remise des prix du 4e Concours de Poésie par SMS
ainsi qu'en parallèle à l'inauguration du Na-Mur
Sur invitation

*******************************

À PARIS

" Poésie is not dead "
L'association Poètes dans la Ville invite 21 poètes internationaux
pour 3 soirées de lecture-performance
Plus d'infos...

***

" KobaLt #4 "
HENOKIA présente 8 performances autour de FISSION
anthologie poétique en chaîne. Poésie, corps, danse, video, musique improvisée...
Plus d'infos...

*******************************


+++ Découvrez en images nos derniers évènements...
http://www.mplf.be/galerie/index.php


+++ Sources : Nouvelle chronique en ligne

Anne-Marie Derèse, Des pendus de brume ; par Roland Ladrière.
http://www.mplf.be/chronique/chronique.php?id=272

Maison de la poésie et de la langue française Wallonie -Bruxelles  http://www.maisondelapoesie.be
Le site de la maison de la poésie est hébergé et a été créé par Cyber-web.be


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10 octobre 2009

Le printemps, ça se prépare en automne !

Une info que nous devons à Ailen, sur Poésie Libre Echange
Actualité Printemps des Poètes : octobre 2009

12e Printemps des Poètes du 8 au 21 mars 2010 sur le thème

Couleur femme


Premières pistes et listes bibliographique

La Rentrée des Maisons de Poésie

Du 29 septembre au 14 novembre:
La Maison de la Poésie de Paris
propose plusieurs rencontres sous la direction de Jacques Darras, autour du thème "Les poètes inventent l'Europe"

A partir du jeudi 8 octobre:
La Maison de la Poésie de Saint-quentin-en-Yvelines entame
sa nouvelle saison dans l’humour avec un spectacle "Dédé n'a pas dit
son dernier mot", une exposition"l'itinérance en chapeaux végétaux" et
un atelier photographique…
Du 6 au 11 octobre 2009:
La Maison de la poésie de Nantes organisela 9ème édition du festival Midi Minuit Poésie: des lectures-concerts, des performances artistiques, des Brigades d'intervention poétique...

Du 23 septembre au 15 novembre :

La Maison de la Poésie de Rennes invite Magali Thuillier en résidence. Elle ira à la rencontre de publics divers et commencera l'écriture d'un texte de commande.


Du 20 au 24 octobre:
L'Espace Pandora organise à Lyon et Vénissieux, le festival Parole ambulante. A l'occasion du 50ème anniversaire du Ministère de la Culture, il prend pour thème "[Culture] pour tous, partout, tout temps.


A partir du 2 octobre:
Le Cipm de Marseille propose une exposition consacrée au travail de Pierre Albert-Birot.
Le vernissage aura lieu le 2 octobre à 18h30, il sera suivi d'interventions-lectures et de la présentation d'inédits sonores et visuels


Festival Les Ailleurs poétiques
Le Festival des Ailleurs poétiques se déroule du 16 au 25 octobre, à Charleville-Mézières. Cette année, les poètes étrangers, notamment de Belgique, sont privilégiés. A cette occasion, la Maison de la Poésie de Namur, a carte blanche pour la soirée du 20 octobre.

Rue des Poètes

Dans le cadre du Printemps des Poètes et après les rues Paul Eluard et René Char, la commune de Saint-Brice-en-Coglès en Ille-et-Vilaine a baptisé la rue Julien Gracq.
 

Actualité du Livre
Le 71ème Prix Guillaume Apollinaire sera remis le lundi 12 octobre à Jacques Ancet pour son recueil L'identité obscure, aux éditions Lettres vives.

Le 19e Salon de la Revue se déroulera les 16, 17 et 18 octobre, à l'Espace d'animation des Blancs-Manteaux à Paris.

 
Evénements poétiques : octobre - décembre
- Ailleurs, à Charleville-Mézières
-
Festival International de poésie : Enfance, proposé par la Maison De La Poésie Rhône Alpes

Actualité des poètes
Andrée Chedid - Claude Ber - Jean-Pierre Verheggen - Michel Thion - Christian Poslaniec - Éric Brogniet - Laurence Vielle - Béatrice Machet - Julien Blaine - René Daumal - Dominique Maurizi...

Nouveautés "livres de poésie"
- Ballast de Jacques Dupin (Gallimard)
-
La Belle mendiante de Gabrielle Althen (L'oreille du Loup)
-
La famille (Gallimard jeunesse)

Actualité du label "Sélection Printemps des Poètes"
- Boîtes de Lecture, passage entre la peinture et l'écriture
-
"Boxes" de Marie-NoëlleAgniau, mise en scène Laurent Bourdelas



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04 octobre 2009

Jacques Ancet

Un poète que nous avons lu sur Poésie Libre Echange

 

Un poète discret et exigeant, et le traducteur  d'Angel Valente, Antonio Gamoneda, Saint Jean de la Croix...

Cultures - Article paru
le 28 avril 2005

La chronique poétique d’Alain Freixe

http://www.humanite.fr/2005-04-28_Cultures_Jacques-Ancet-ou-la-memoire-de-l-oubli

Jacques Ancet ou la mémoire de l’oubli

« Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier (…). »

Rainer Marie Rilke

On croit que le récit est le lieu par excellence de la mémoire. On raconte, on conserve, ça paraît d’une rare exactitude. Tout y est organisé : lieux, espaces, personnages, destinées. Pures fictions,

bonnes à donner du rêve à consommer

aux anesthésiés que nous sommes.

Le poème éveille et tient éveillé.

Jamais, je ne l’ai autant éprouvé ces derniers temps qu’à la lecture de ces deux livres

de Jacques Ancet. L’auteur, on le sait, est auteur d’essais - on lui doit un Bernard Noël ou l’éclaircie (Opales, 2002) - et surtout l’incomparable traducteur des oeuvres de Jose Angel Valente et d’Antonio Gamoneda - on trouve ces auteurs au catalogue des Éditions Unes, Corti, Dana et Lettres vives - on connaît peut-être moins le poète rare qu’il est.

Deux livres, donc. Deux compositions au sens où on utilise ce mot pour parler des créations des musiciens. Aussi est-ce sur le timbre que

je voudrais attirer l’attention du lecteur, tant à lire ces deux livres de Jacques Ancet prennent corps les mots de Marina Tvetaeva : « Il y a quelque chose dans la poésie qui est plus important que le sens : la résonance. »

Un morceau de lumière a toutes les qualités des livres des Éditions Voix d’encre.

Alain Blanc, leur directeur, sait marier texte

et réplique plastique - ici, des dessins d’Alexandre Hollan, des vibrations de traits aussi bien. C’est un livre d’encre et de chair dont on tourne les pages. Entre elles, une lumière filtre et passe vibrante pour aller rayonner plus loin.

C’est cette lumière, celle qui d’être entre, fait tenir l’ensemble, que l’on rencontre dans

la Dernière Phrase. Ici, point d’image mais une étonnante architecture. Nous sommes dans ce livre sous la loi du nombre car « compter rassure », permet de souffler.

C’est de cette savante composition que naîtra la lumière. 27 poèmes de 9 vers dont le mètre est l’impair verlainien, l’ennéade de 9 syllabes pour le premier texte alors que le deuxième texte se compose de 9 parties de 9 neuvains chacune. Tout cela pour aider à « la recherche de quelqu’un », à la recherche de « la dernière phrase », celle que nous cherchons tous, celle en qui se résumerait « la perfection du fini ». Celle qui manque. Celle qui nous faut. Toujours.

Toutefois, si le 9 dit la fin d’un cycle -

et ce sont là, pour l’anecdote, des poèmes

de deuil - il est ici travaillé par le 3, ce nombre novateur, véritable commencement

de la numération. Ainsi la course, claudicante certes car toujours l’impair boite,

ne s’achève que dans le suspens d’un vide

déjà prêt à s’ouvrir, où l’on va pouvoir continuer à « chercher quelqu’un »,

un corps, « son passage insouciant, le sourire le geste », et c’est « un morceau de lumière »

et son vide qui nous restent. Dans cet abîme résonnent non les souvenirs, ces constructions qui toujours font écran, mais l’oubli,

cette faille où les vérités se terrent.

L’écriture de Jacques Ancet nous éveille à cette vérité que les poèmes prennent en charge pour devenir « la mémoire de l’oubli ».

C’est cela que l’on entend et moins

dans les mots qu’entre eux, dans ce timbre qu’ils ne disent pas mais transportent avec eux du fait de l’écriture même de Jacques Ancet, ses coulées, ses inflexions, ses ruptures de rythme - ah ! la césure de l’impair -

ses silences.

C’est cela qui résonant, dans cette demeure de l’oubli que sont les poèmes de Jacques Ancet, rayonne comme un fil de jour s’obstine à accompagner « ce qui s’en va », cette vie qui passe sans se retourner, » comme un passage d’oiseaux » éclaire le ciel, « comme le jour commence ».

Jacques Ancet, la Dernière Phrase, frontispice de Paul Hickin, collection « Terre de poésie, Lettres vives », 14 euros.

Jacques Ancet, Un morceau de lumière, dessins d’Alexandre Hollan, Voix d’encre.

 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour


09 septembre 2009

Rimbaud

 


 Sommaire n°489 septembre 2009

Sommaire n°489 septembre 2009

Le Journal de l’actualité

3 L’éditorial de Joseph Macé-Scaron
8 Enquête Je pense, donc j’écris, par Alexis Lacroix
12 Débat Atiq Rahimi, Eduardo Manet et Tahar Ben Jelloun : l’écrivain est-il toujours un exilé ?
16 Tendance Les nouvelles Indes, par Augustin Trapenard
18 Portrait Stéphanie Chevrier, par Hubert Prolongeau
19 Dialogue Yannick Haenel et Laurent Mauvignier
20 Écrits à l’écran Les Derniers Jours du monde
21 Trois questions à Geneviève Brisac
22 Idées neuves Hobbes selon Quentin Skinner
23 Sous la couverture Loin des bras, de Metin Arditi

Le Cahier critique

Romans français
24 Laurent Mauvignier, Des hommes
26 Marie NDiaye, Trois femmes puissantes
28 Frédéric Beigbeder, Un roman français
30 Bruno Tessarech, Les Sentinelles
32 Pascal Quignard, La Barque silencieuse
34 Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida

Romans étrangers
36 Joseph O’Neill, Netherland
38 Nadeem Aslam, La Vaine Attente
39 Sara Stridsberg, La Faculté des rêves
40 Mircea C˘art˘arescu, L’Aile tatouée
42 James Frey, L. A. Story

Essais
46 Claudio Magris, Loin d’où ?
47 Michelle Perrot, Histoire de chambres
48 Jerome Charyn, Tarantino


LePortfolio

52 Le Cid, de Pierre Corneille : variations sur l’imaginaire d’un texte par Vincent Huguet

Le Dossier

58 Arthur Rimbaud dossier coordonné par Maxime Rovere
60 Une introuvable version originale, par André Guyaux
63 À l’école de la parodie, par Bruno Claisse
65 Premier prix de latin et de vieux français, par Denis Hüe
66 Mythologies de « l’enfant prodige », par Alain Kerlan
68 Un Zutiste très actif, par Seth Whidden
70 Verlaine-Rimbaud : portraits croisés d’un piteux César, par Steve Murphy
73 Le poids des Illuminations, par Jacques Bienvenu
74 Plus linguiste qu’alchimiste, par Olivier Bivort
76 Une saison en enfer, champ de forces, par Yann Frémy
78 Dérégler les sens et la mesure, par Benoît de Cornulier
80 « J’ai voulu dire ce que ça dit », par Georges Kliebenstein
82 Les lettres invisibles du Voyant, par Jean-Luc Steinmetz
84 Poète blanc, coeur noir, par Claude Jeancolas
86 Ceci est son corps, par Georges Kliebenstein
87 Bibliographie, par Alain Bardel


Le Magazine des écrivains

90 Parce que c’est lui, parce que c’est moi Ingeborg Bachmann, par Cécile Ladjali
92 Itinéraire Walter Benjamin, par Lionel Richard
94 Archétype Le vagabond, par Arno Bertina
96 Grand entretien avec Colum McCann : « À New York, rien n’est jamais fi ni », propos recueillis par Minh Tran Huy
102 Pastiche À la manière d’Albert Cohen, par Stéphane Legrand
104 Rendez-vous
106 Le dernier mot par Alain Rey

 

05 juillet 2009

La poésie lettriste

« Il importait pour cela de les (les mots) soustraire à leur usage de plus en plus strictement utilitaire, ce qui était le moyen de les émanciper et de leur rendre tout leur pouvoir. Ce besoin de réagir de façon draconienne contre la dépréciation du langage, qui s'est affirmé ici avec Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé – en même temps qu'en Angleterre avec Lewis Carroll -, n'a pas laissé de se manifester impérieusement depuis lors. On en a pour preuves les tentatives d'intérêt très inégal, qui correspondent aux "mots en liberté" du futurisme, à la très relative spontanéité "Dada", en passant par l'exubérance d'une activité de "jeux de mots" se reliant tant bien que mal à la "cabale phonétique" ou "langage des oiseaux" (Jean-Pierre Brisset, Raymond Roussel, Marcel Duchamp, Robert Desnos) et par le déchaînement d'une "révolution du mot" (James Joyce, E.E. Cummings, Henri Michaux) qui ne pouvait faire qu'aboutir au "lettrisme". »
André Breton, Du surréalisme en ses œuvres vives, 1953

De Homère à Hugo : « la phase amplique »

Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique (1947) d'Isidore Isou distingue deux périodes dans l'évolution de la poésie. La phase amplique et la phase ciselante. Historiquement, le phase amplique prend sa source aux origines de la poésie en Grèce pour s'achever avec Victor Hugo.

L'amplique désigne l'amplification, la construction, le perfectionnement des procédés de versification et des thèmes du lyrisme poétique depuis Homère jusqu'aux œuvres romantiques : « La poésie amplique, parce qu'elle disposa de tous les éléments qui furent nécessaires, réussit à créer des œuvres immenses traitant de sujets larges et divers ».

Les grandes œuvres ampliques sont : L'Odyssée, l'Enéide, La chanson de Roland, La Divine comédie, les Sonnets pour Hélène jusqu'à La légende des siècles.

De Baudelaire à Tzara : « la phase ciselante »

A partir de Charles Baudelaire, la poésie s'engage dans une mutation profonde. Cette phase, dite ciselante, s'oppose à l'amplique pour se concentrer sur l'essence de la poésie qui procède par destruction, réduction, purification.

L'évolution spirituelle de la poésie
Fig. 1 - L'évolution spirituelle de la poésie.

Les sujets ou anecdotes sont éliminés progressivement au profit d'une recherche hermétique sur l'équilibre des vers et l'arrangement des beautés de la langue. Sous les métaphores, les images, les mots précieux et rares, se dégagent les lois d'une poésie qui se déconstruit.

L'évolution du matériel poétique
Fig. 2 - L'évolution du matériel poétique.

Pour cela, Isou trace une généalogie d'or. Baudelaire détruit l'anecdote pour la forme du poème. Verlaine détruit le poème pour le vers, Rimbaud détruit le vers pour le mot, Mallarmé perfectionne l'agencement du mot, Tzara et Breton finissent par en détruire la signification par le rien.

L'évolution de la sensibilité technique dans la poésie
Fig. 3 - L'évolution de la sensibilité technique dans la poésie.

Les grandes œuvres ciselantes sont : Les fleurs du mal, Les romances sans paroles, Les Illuminations, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, Les Lampisteries, Les champs magnétiques.

1946 La poésie lettriste, forme sonore

La dictature lettriste (1946) annonce la création d'une poésie qui brise le mot pour la lettre. Avec son Manifeste de la poésie lettriste (1942) publié plus tard dans l'Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique (1947), Isou lance la poésie alphabétique, débarrassée de son contenu signifiant.

De l'organisation savante des voyelles et des consonnes doit naître une autre manière de concevoir et de distribuer l'alphabet. Précisons qu'il ne faut pas confondre les poèmes lettristes avec ceux des futuristes et dadaïstes qui s'orientent uniquement vers une destruction du langage annonçant la fin du ciselant.

A l'inverse, Isou, lui, construit un nouvel amplique de plus en plus proliférant. La poésie alphabétique élargit son univers sonore pour intégrer tous les bruits que peut produire le corps humain (aspiration, expiration, soupir, applaudissements…). L'autre caractéristique de cette poésie, c'est qu'elle évolue selon les lois organiques de l'amplique et du ciselant. Enfin la poésie sonore entretient des liens très étroits avec la musique, développée parallèlement par le groupe lettriste.

1956 La poésie infinitésimale, forme virtuelle

Introduction à l'esthétique imaginaire (1956) révèle les possibilités d'une poésie infinitésimale ou imaginaire composée de phonèmes virtuels. Isou, en se fondant sur les théories infinitésimales de Leibniz et Newton, dépasse dans ses recherches, les données concrètes des lettres sonores pour embrasser l'infini : l'infiniment grand ou les multiplications infinies de la lettre (avec des puissances mathématiques du type a²) et l'infiniment petit ou les divisions infinies de la lettre (du type a/2 ou des racines comme √a). Par conséquent, cette poésie s'actualise par le biais d'une notation de signes concrets qui fonctionne comme une versification de virtualités.

Ces œuvres sont donc des partitions pour imaginer des éléments possibles voir mêmes inexistants. Le problème de la perception au-delà du concret pose la question des autres facultés perceptives, de leur mutation et même de la création de nouveaux sens au-delà des cinq déjà connus.

Cette poésie centrée sur la communication sensorielle forme une constellation d'élaborations mentales, purement conceptuelle ou imaginaire dans l'esprit du lecteur.

1959 La poésie aphoniste, forme silencieuse

En 1959, Isou codifie les principes d'une poésie aphoniste qui « consiste dans une récitation sans émission de son, muette. Le récitant ouvre et ferme la bouche, sans rien dire ». Contemporain de la poésie infinitésimale qui invente des particules imaginaires, l'aphonisme forme un secteur autonome, véritable négation du lettrisme sonore.

Concrètement, le poème se présente sous la forme d'une notation de signes ou d'un texte avec des consignes renvoyant à des mimiques buccales, faciales ou encore à des gestes à exécuter silencieusement. Le lecteur peut être également invité à réciter de mémoire un texte sans émettre de son. Dans ce cas, la récitation devient inaudible ou silencieuse bien que les éléments à prononcer puissent être d'origine mélodique : articuler les syllabes avec sa bouche et sa langue sans vibration sonore. Le poème devient dès lors une succession de postures de la bouche, du visage et du corps. Pure silence articulé et rythmé.

1960 Le cadre supertemporel, la poésie éternellement réalisée par tous

Dans ses Poésies II, Isidore Ducasse dit le Comte de Lautréamont, déclarait que « la poésie doit être faite par tous. Non par un ». En 1960, Isou invente le cadre supertemporel qui, pour la première fois dans l'histoire de la poésie, bouleverse, à la fois, le support matériel et l'intervention du lecteur dans le processus poétique.

Au-delà de la page du livre, le lyrisme infinitésimal ou à venir se déploie sur une infinité de supports vierges (objets, corps, nature…) sur lesquels le lecteur lui-même peut intervenir à son tour. Ces pages vierges ou ses surfaces vides fonctionnent comme des supports pour « works in progress » infinis.

Le cadre supertemporel accueille donc sur son plan tous les poèmes passés, présents et futurs écrits par des générations de lecteurs-poètes. Isou parle de « la dimension supertemporelle qui apporte la véritable éternité à l'esthétique, car sa jeunesse n'imite pas le passé, mais résulte d'un jet frais, perpétuellement rénové, d'éléments, d'auteurs et de styles constructifs ou destructifs ».

1991 La poésie excoordiste, forme coordonnable

Dans son Manifeste de l'Excoordisme ou du Téïsynisme mathématique et artistique (1991), Isou élargit l'art infinitésimal pour systématiser les extensions et coordinations concrètes et vastes des infiniment grands et des infiniment petits. L'infinitésimal s'occupait de l'imaginaire, l'Excoordisme considère l'au-delà de l'imaginaire, c'est-à-dire « l'inimaginable comme étant divers et varié, dans les expressions de ses contenants et de ses contenus ».

L'Excoordisme recherche donc l'infini des données coordonnables connus (de l'origine de la poésie à l'infinitésimal) et inimaginables. Encore jeune, cet art mystérieux est toujours en court de développement. Par conséquent, le corpus poétique excoordiste reste donc à la fois réduit mais toujours ouvert.

E. Monsinjon

Sélection bibliographique :

  • La Dictature Lettriste, n°1, Isidore Isou et collectif, 1946 (rééditée en 2000 par les Cahiers de l'Externité).
  • Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, Isidore Isou, Gallimard, 1947, (ouvrage de bibliophilie).
  • Précisions sur ma poésie et moi, Isidore Isou, Escaliers de Lausanne, 1950 (réédité en 2003 par Exils avec un entretien inédit de l'auteur avec Roland Sabatier).
  • La poésie Lettriste, Jean-Paul Curtay, Seghers, 1974, (ouvrage de bibliophilie).
  • Poèmes lettristes, aphonistes et infinitésimaux, 1981-1984, Isidore Isou, Publications Psi, 1984, (ouvrage de bibliophilie).

19 avril 2009

Ateliers et jeux d'écritures poétiques

Le groupe Poésie Libre Echange se consacre à la lecture, commentée, de la poésie (contemporaine et historique) mais aussi aux ateliers et jeux d'ecritures poétiques. Il peut se vanter de quelques belles réussites passées, et qui ne demandent qu'à revivre (eh oui, il suffit de demander...), telles que Martopikeur, Alfabulle, Ballade/balade en vers pensés...
 En ce moment même se déroule une de ces balades, moisson d'un séjour au mont Aigoual dans les Cévennes. Vous pouvez nous rejoindre...
 Dans quelque temps sera transmis un petit compte rendu.O.

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