20 octobre 2009
Nobel de littérature
Le prix Nobel de littérature décerné à Herta Müller
Alors que l’on pensait les américains Joyce Carol Oates et Philip Roth grands favoris de ce prix Nobel 2009, la nomination de l’allemande Herta Müller peut apparaître comme une surprise.
Alors que l’on célèbre les vingt ans à la fois de la chute du mur de Berlin et de la fin du régime de Ceausescu, le sacre de cet écrivain née dans une famille souabe germanophone de Roumanie et aujourd’hui berlinoise semble au contraire particulièrement opportun. Succédant à J.M.G. Le Clézio, Herta Müller est d’abord une romancière de la résistance, dont l’oeuvre a souvent été censuré dans son pays d’origine, refusant de se soustraire et ceci jusqu’à aujourd’hui à la dictature. La Convocation (éd. Métailié), le dernier de ses livres traduits en français, évoque ainsi le parcours d’une ouvrière brimée par la Securitate, milice secrète roumaine, pour avoir envoyé en Italie un appel à l’aide brodé sur un drapeau. Ce prix Nobel est aussi révélateur d’un retournement : Herta Müller vient d’être nommée citoyenne d’honneur de sa commune natale, Nitchidorf, quelques heures à peine après avoir reçu son prix à Stockholm. Elle est aussi une sans-patrie, dont «l’intensité de la poésie et la franchise de la prose » se situent entre deux pays et plusieurs langues, un langage construit dans l’isolement et l’exigence d’un vocabulaire ôté des « concepts violés et souillés de la dictature». L’écrivain fait en cela partie de cette « Weltliterature », littérature monde, un monde dont le coeur s’est excentré, et qui dépasse en cela sans doute les luttes nationales du Prix Nobel. Herta Müller, enfin, est un auteur encore méconnu en France. Seuls trois de ses livres ont été traduits : hormis La Convocation, vous pouvez trouvez au Seuil Le renard était déjà chasseur et L’homme est un grand faisan sur terre, publié chez Gallimard. Cette dernière maison d’édition devrait palier à ce manque en publiant l’an prochain son dernier ouvrage, Atemschaukel, qui s’intitulera en français La balançoire du souffle.
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09 octobre 2009
On ne badine pas avec l'amour ( de Dieu)
> Thérèse s'adresse aux religeuses des couvents qu'elle a fondés, et particulièrement aux mères supérieures :
>
> " Du reste, si vous y prenez garde, vous verrez qu'en somme la plupart des monastères n'ont pas été fondés par les hommes, mais par la puissante main de Dieu. /.../ Et comment, je vous le demande, une petite femme comme moi, soumise à des supérieurs,ne possédant pas un maravedi , dépourvue de toute protection, aurait-elle pu accomplir des choses si difficiles? /.../ Voyez, mes filles, voyez l'action de Dieu. Suis-je, par hasard, de race illustre, et serait-ce à ce titre que l'on m'aurait fait honneur? Evidemment, non. De quelque manière donc que vous l'envisagiez, vous reconnaîtrez que l'oeuvre est de lui. Après cela, n'est-il pas raisonnable que nous la maintenions intacte, dût-il nous en coûter vie, honneur, repos? Et cela d'autant plus que nous trouvons ici tous les biens réunis. Vivre de manière à ne craindre ni la mort, ni les événements de ce monde,, goûter cette allégresse continuelle qui est votre partage à chacune,
> posséder cette prospérité, la plus grande de toutes, qui consiste à ne point redouter l'indigence, à la désirer au contraire : voilà qui s'appelle vivre. Car enfin, y a-t-il rien de comparable à cette paix intérieure et extérieure dont nous jouissons toujours ? Et il ne tient qu'à vous d'y vivre et d'y mourir, comme par le fait vous voyez expirer celles qui meurent parmi nous. Si vous demandez sans cesse à Dieu de vous continuer cette grâce, et si vous vous défiez entièrement de vous-mêmes, il ne vous déniera point sa miséricorde." p 159
> Oeuvres complètes.II. Les Fondations, Fayard, 1963. Traduction des Carmélites de Paris-Clamart
>
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>
> Un texte extraordinaire ! et qui appelle de nombreux commentaires...O.
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07 octobre 2009
De la lecture ...
Cultures - Article paru
le 5 février 2009
La chronique poésie d’Alain Freixe
La poésie, c’est pas ce que tu crois !
La poésie, mais qu’est-ce ? Une inconnue délaissée ?
Il faut dire qu’elle joue perdant. Rebelle à tous
les attributs dont on voudrait l’affubler, on ne peut
la saisir. Les poètes ne se sont pas privés de lui proposer, parfois de manière péremptoire, des définitions. Mais voilà, elle est toujours autre chose !
Oui, Gérard Pister a raison de rappeler le mot de Guillevic : « La poésie, c’est autre chose » et d’en faire le titre
de son anthologie où sont recensées « 1 001 définitions de
la poésie » (1). Bien sûr tout tient dans ce « 1 000 + 1 » qui maintient la voie ouverte vers quelque soleil futur !
C’est ce vacillement que nous donne à lire Gérard Pister.
On feuillettera ce livre comme on tournerait un cristal. Huit facettes, huit approches définitionnelles : Affirmation, Connaissance, Émotion, Licorne, Musique, Objet, Révélation, Vie. Le tout réunissant quelque 650 citations de quelque 250 auteurs d’époques, de langages et de sensibilités très divers. Les passionnés sont toujours passionnants !
Gérard Pister est de ceux-là ! Son livre aidera ceux
qui cherchent sur les routes de poésie repères et balises.
Georges Bataille poète ? On pensait que l’auteur de l’Érotisme, du Bleu du ciel, de l’Histoire de l’oeil, de Madame Edwarda, l’homme du Collège de sociologie et
de la Part maudite, de la Somme athéologique qui regroupe l’Expérience intérieure, le Coupable et Sur Nietzsche, bref l’inclassable, tout à la fois romancier, essayiste, philosophe, sociologue, ethnologue, penseur religieux… qui n’écrivait peut-être que toujours la même chose à propos de champs aux objets spécifiques,
cet homme toujours sulfureux n’avait que dégoût pour
la poésie !
On se souvient de
ses polémiques avec André Breton à propos du surréalisme, de l’accusation d’idéalisme qu’il lui portait alors et de son livre de 1947, Haine de la poésie.
Mais on avait peut-être oublié l’épisode de Carpentras entre mai 1949 et juin 1951, années durant lesquelles Georges Bataille, bibliothécaire à Carpentras, renforcera ses liens avec René Char, liens datant de 1946 alors que dans
la revue IIIe Convoi il dédie à René Char sa suite d’aphorismes, Apprendre ou à laisser.
On avait peut-être oublié cet Archangélique (2) que Bernard Noël nous avait donné à lire en 1967 au Mercure de France et qu’il reprend aujourd’hui, dans la collection « Poésie » Gallimard) augmenté « d’autres poèmes » et d’une préface, « Le bien du mal », si éclairante à partir de la lumière qui émane des questions qu’il nous offre à méditer, la moindre n’étant pas que « la poésie (soit) le contraire de ce qu’annonce le mot qui la désigne » !
On avait oublié que cette expression si souvent citée aujourd’hui encore, Georges Bataille l’avait très vite trouvée obscure. C’est que c’est moins le poème qu’il entendait contester (poème en lutte contre lui-même, sacrifiant ce qu’il pourrait y avoir de poétique en lui) que cette tentation du lyrisme où il est toujours menacé de se complaire ; aussi il lui substituera, quelques années plus tard, en 1962, le titre l’Impossible, manière de faire signe vers « ce qui restera hors d’atteinte », hors explication, irreprésentable, et qui cependant reste l’Orient de toute littérature et de cette poésie qui est « le contraire de ce qu’annonce le mot qui la désigne ». Révolte dans la langue à partir du désir et de la mort en vue d’une vérité qui serait « représentation de l’excès ».
Or l’excès n’est pas médiatisable. Il ne saurait loger dans les mots. Les articulations du langage les assèchent.
Les poèmes de l’Archangélique sont marche forcée dans l’impossible. Déchaînement, délit, crime : « Le couteau du boucher dans la langue (belle, noble, élevée) », écrit Michel Surya dans son Georges Bataille, la mort à l’oeuvre (Gallimard, 1992). À la voie icarienne surréaliste, à son « signe ascendant », Georges Bataille oppose le creusement de la « vieille taupe » entre pierres, racines, vieux os et vers. Là où ça peut germer !
D’aucuns saluaient en l’animal aveugle la révolution.
C’était hier. Et c’est demain !
(1) Sous la direction de Gérard Pister, La poésie, c ’est autre chose, collection « Les Cahiers d’Arfuyen », Arfuyen, 15 euros.
(2) L’Archangélique et autres poèmes, de Georges Bataille, préface de Bernard Noël, notes de Bernard Noël et Thadée Klossowski. « Poésie » Gallimard n° 419, 6,20 euros.
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05 octobre 2009
Toujours Lautréamont ! Isidore, j'adore...
Nouvelle édition des «Chants de Maldoror» Fou de Lautréamont, par Philippe SollersPar Philippe Sollers Longtemps incompris, l'auteur des «Chants de Maldoror», mort en 1870 à l'âge de 24 ans, est sorti du purgatoire grâce aux surréalistes. Voici une nouvelle édition de son oeuvre brève et fulgurante Vous ouvrez mécaniquement la nouvelle Pléiade consacrée à Lautréamont, vous croyez connaître l'auteur, depuis longtemps archivé parmi les grands classiques du XIXe siècle, vous jetez un coup d'œil sur le début des «Chants de Maldoror», et vous vous apercevez que, croyant les avoir lus autrefois, vous êtes saisi d'un léger vertige : «Plût au ciel que le lecteur enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit...» Ça y est, vous êtes pris, ou repris, vous voulez en savoir davantage, vous vous enhardissez, vous devenez féroce, ce qui vous change de la lourde torpeur agitée de l'actualité. Mais votre surprise augmente en découvrant que ce volume est suivi des principaux textes écrits sur les «Chants» et sur «Poésies» depuis cent quarante ans : Breton, Aragon, Artaud, Gracq, Blanchot et bien d'autres, un fabuleux roman. Court-circuit massif : après deux guerres mondiales, des massacres insensés et des tonnes de littérature, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, est plus présent, plus vif et plus énigmatique que jamais. DR Isidore Ducasse, alias le comte de Lautréamont, est né à Montevideo en 1846 et mort à paris en 1870. Il est l'auteur des "Chants de Maldoror", dont le "Premier Chant" aprut d'abord anonymement en 1868. Il meurt à 24 ans, quasiment inconnu, en 1870, pendant le siège de Paris. A peine quelques recensions pour les «Chants», rien sur «Poésies». Mais le feu couve sous la cendre, le fluide agit, la stupeur va se faire de plus en plus forte. C'est Léon Bloy d'abord, en 1890, dans une intervention intitulée «le Cabanon de Prométhée» : aucun doute, l'auteur est fou. «C'est un aliéné qui parle, le plus déplorable, le plus déchirant des aliénés.» C'est un génie, soit, mais avorté. Remy de Gourmont, l'année suivante, donne davantage de renseignements dans «le Mercure de France» et va même, le premier, recopier des extraits de «Poésies» à la Bibliothèque nationale (vingt et un ans après leur publication) , ce qui ne semble attirer l'attention de personne. Pour Gourmont aussi, Lautréamont est fou, mais d'une «folie lucide». André Gide, en 1905, note dans son «Journal» qu'il lit le sixième «Chant» à haute voix, visiblement séduit par l'atmosphère hautement pédérastique du livre. Il n'ira guère plus loin et évite, de façon étrange, de parler de l'aspect criminel de Maldoror. Valéry Larbaud, en 1914, reprend Gourmont, en moins bien. Le thème de la «folie» aura la vie dure, comme le prouve encore cette piteuse déclaration d'Albert Thibaudet en 1925 : «Lautréamont n'est assurément pas un de mes auteurs de chevet, et je persiste à penser qu'il y a dans son cas un élément de folie.» On me dit que Thibaudet a tendance à revenir ces jours-ci, comme quoi notre temps est bien celui d'une régression majeure. Enfin surgissent Breton et Aragon. Breton, d'abord, dans «Littérature», en 1919 : «A mon sens, il y va de toute la question du langage.» Et l'année suivante, en plein dans le mille : «Je crois que la littérature tend à devenir pour les modernes une machine puissante qui remplace avantageusement les anciennes manières de penser.» La littérature serait donc là pour penser ? Ce n'est pas ce qu'on nous dit tous les jours en réclamant du cinéma social réaliste, des romans familiaux et naturalistes. Le surréalisme révèle et célèbre Lautréamont et, en même temps, le voile. Breton a certes raison de dire qu'il est «l'expression d'une révélation totale qui semble excéder les possibilités humaines», mais la nouvelle raison qu'il représente avec Rimbaud, une raison qui englobe et dissout la déraison la plus violente, reste pour une part indéchiffrable. En 1947,Julien Gracq voit surtout dans «les Chants» une formidable révolte adolescente due à l'enfermement scolaire (Jarry en est un autre exemple singulier), et Lautréamont devient alors un «dynamiteur archangélique». Pour Artaud, qui le rapproche de Nietzsche, c'est un «poète enragé de vérité», et c'est vrai. Cependant, il faut attendre 1950, et le «Lautréamont et Sade» de Blanchot pour que les choses s'éclairent. Blanchot est en effet le premier à préciser que le personnage principal des «Chants» est le lecteur, le lecteur que devient Lautréamont lui-même en écrivant sa stupéfiante aventure. Il y a une «logique implacable» à l'œuvre dans les ténèbres du Mal comme il y aura bientôt une logique tout aussi implacable dans l'apologie du Bien. L'homme est mauvais, celui qui l'a créé est mauvais, toutes les strophes impeccablement fiévreuses des «Chants» nous le rappellent avec une maîtrise mathématique du délire, servie par un humour terroriste. Est-ce sérieux ? Oui, très. Est-ce comique ? Pas moins. Voilà de quoi désorienter à jamais l'être humain, ce «canard du doute».
On comprend que Camus, en 1951, dans «l'Homme révolté» ne soit pas d'accord. Pour lui, Lautréamont tombe dans une «tentation nihiliste» et il ne voit dans «Poésies» que des «banalités laborieuses», un «morne anticonformisme» et même un goût de «l'asservissement intellectuel» qui s'épanouit dans les totalitarismes du XXe siècle. Le commandeur Breton réagit immédiatement dans un article cinglant, «Sucre jaune», où il attaque aussi le «Baudelaire» de Sartre : «On ne saurait trop s'indigner que des écrivains jouissant de la faveur publique s'emploient à ravaler ce qui est mille fois plus grand qu'eux.» Le malentendu est total. Camus et Sartre parlent morale, Breton poésie. Mais poésie dans un sens tout autre que celui de «poète», de «poèmes», et c'est là le cœur de la question. Rien n'est plus «moral» que la logique de Lautréamont, mais pour une autre raison profonde et démonstrative qui n'a plus aucun rapport avec le poison de la «moraline» (selon le mot de Nietzsche). Lautréamont poursuit sa route. On le retrouve, en 1956, dans «Mode d'emploi du détournement» de Debord et Wolman, et on sait que toute l'œuvre de Debord est marquée par «Poésies», ce qui se laisse entendre dès «la Société du spectacle». Le «détournement» est une technique de guerre corrosive, de même que l'art, extrêmement difficile, de la citation. Debord a montré là une virtuosité décapante. Le surréalisme, le siruationnisme : comment comprendre le XXe siècle sans ces deux revendications passionnées de liberté ? ![]() En 1967, c'est l'année de la publication d'un livre qui redistribue les cartes, de façon claire et décisive, le «Lautréamont par lui-même», de Marcelin Pleynet. Un pas de plus dans l'établissement du lecteur et dans une absence de contradiction entre les «Chants» (le Mal) et «Poésies» (le Bien), donc relance de la question fondamentale promise à un grand avenir. Du coup Aragon, dans un double article retentissant, s'enflamme. A partir du livre de Pleynet, il revit sa jeunesse, sa rencontre avec Breton à l'âge de 20 ans, au Val-de-Grâce, leurs veilles de médecins auxiliaires au «quatrième fiévreux», chez les fous. Ils sont fous des «Chants de Maldoror», ils se les récitent à tue-tête pendant les bombardements allemands sur Paris. «Parfois, derrière les portes cadenassées, les fous hurlaient, nous insultant, frappant les murs des deux poings. Cela donnait au texte un commentaire obscène et surprenant.» C'est Breton, un peu plus tard, en 1919, qui ira recopier intégralement «Poésies» à la Bibliothèque nationale. Elles paraissent enfin dans la revue «Littérature» : le mouvement est lancé. Et il continue de plus belle, ces temps-ci, avec «Ligne de risque», la revue de Yannick Haenelet François Meyronnis. Comme quoi, Lautréamont avait raison de déclarer : «A l'heure où j'écris, de nouveaux frissons parcourent l'atmosphère intellectuelle ; il ne s'agit que d'avoir le courage de les regarder en face.» Ph. S. "Œuvres complètes", par Lautréamont, édition établie par Jean-Luc Steinmetz, Gallimard, La Pléiade, 848 p., 45 euros (39 euros jusqu'au 31 décembre 2009). ➦ Toutes les critiques de l’Obs ➦➦➦ Revenir à la Une de BibliObs.com Source: "le Nouvel Observateur" du 1er octobre 2009. Si d'ins del cor no mov lo chans Bernard de Ventadour |
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02 octobre 2009
Maldoror , le retour
Lautréamont et ses lecteurs
Etablie par Jean-Luc Steinmetz et publiée dans la collection de La Pléiade (Gallimard), la nouvelle édition des Œuvres complètes de Lautréamont donne à relire, au sens fort, un auteur qui a secoué toutes les notions permettant, à son époque, de penser la littérature. Nourrie de romantisme noir, sa prose poétique a suscité jusqu'à aujourd'hui autant de lectures que de lecteurs prestigieux, de Poulet-Malassis et Léon Bloy à André Breton et Le Clézio ou encore Philippe Sollers – qui évoquera lui-même quelques-uns de ses "passeurs" sans lesquels Isidore Ducasse serait peut-être resté plus longtemps lettre morte.
le 15 octobre 2009
Musée d'Orsay
auditorium niveau -2
Accès gratuit dans la limite des places disponibles
Entrée réservée porte C
Avec la participation de Jean-Luc Steinmetz, éditeur des Œuvres complètes de Lautréamont ; Philippe Sollers, écrivain ; Stéphane Guégan, musée d'Orsay
En partenariat avec les éditions Gallimard
jeu 15 octobre 2009 - 19h30
Musée d'Orsay
auditorium niveau -2
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25 septembre 2009
MH est-il un clone triste, ou un clown raelien?
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20 septembre 2009
Un 11 septembre qui a fait basculer l'Histoire...
Joseph O'Neill, Netherland, renaissance d'une nation
Récompensé par le PEN/Faulkner Award 2009, et félicité par Barack Obama à la BBC, le roman de Joseph O’Neill montre comme il est difficile de remonter la pente pour les Américains de l’après 11 Septembre.
Au mois de juin dernier, soit un an après sa sortie aux États-Unis, Netherland a bénéficié d’une publicité exceptionnelle, de celles dont rêvent tous les auteurs et éditeurs américains : interrogé sur ses lectures par la BBC, Barack Obama a répondu qu’il était en train de le lire, et qu’il le trouvait « excellent ». Pour autant, Joseph O’Neill n’avait pas attendu cette onction présidentielle pour être plébiscité : récompensé par le PEN/Faulkner Award 2009, ce roman avait déjà remporté tous les suffrages de la presse américaine lors de sa parution. Dans la prestigieuse New York Times Review of Books, qui lui avait consacré sa couverture, le journaliste Dwight Garner avait bien résumé les choses en écrivant que c’était la meilleure oeuvre de fiction sur la vie à New York et à Londres depuis la chute du World Trade Center.
Après le 11 Septembre, un débat s’était fait jour, parmi les intellectuels américains, sur le rôle de l’écrivain face à l’événement : la fiction avait-elle sa place sur les ruines des tours, ou devait-elle s’effacer devant les témoignages et le récit documentaire ? En quelques mois, le 11 Septembre est ainsi devenu une sorte de mythe littéraire moderne, un sujet sensible où les enjeux esthétiques rencontrent les questions éthiques, plus encore que la tuerie de Columbine qui, deux ans plus tôt, avait déjà inspiré de nombreux artistes. Tandis que certains, comme Norman Mailer et Paul Auster, choisissaient de renoncer à traiter le sujet, d’autres s’en sont immédiatement emparés, faisant du « roman sur le 11 Septembre » un genre en soi, partagé entre les textes sur l’attentat proprement dit ( Terroriste, de John Updike, Le Troisième Frère, de Nick McDonnell, The Last Days of Muhammad Atta, de Martin Amis, encore inédit en français) et ceux qui analysent le traumatisme des New-Yorkais (Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer, L’Homme qui tombe, de Don DeLillo) ou la manière dont la catastrophe a marqué un changement d’ère dans l’imaginaire américain (La Belle Vie, de Jay McInerney).
Netherland reprend toutes ces problématiques dans une perspective plus large : plus que le 11 Septembre lui-même, c’est l’atmosphère des années suivantes qui intéresse Joseph O’Neill, la manière dont les Américains ont vu leurs certitudes s’effriter et le retour massif des questions politiques dans leur vie. De ce point de vue, l’adoubement du livre par Obama est peut-être plus qu’une anecdote : d’une certaine manière, le cheminement moral qui a débouché sur son élection en 2008 est précisément le sujet du roman. Le héros, Hans Van den Broek, est un analyste financier d’origine néerlandaise qui vit dans un loft du quartier de TriBeCa en compagnie de sa femme Rachel et de leur fils Jake. Forcés de quitter leur logement après le 11 Septembre, ils s’installent temporairement dans un hôtel, où leurs problèmes vont commencer : Rachel, perturbée et inquiète, veut emmener leur fils en Angleterre, son pays natal, loin des États-Unis et du président Bush, qu’elle juge belliciste et dangereux. Le mariage du couple bat de l’aile ; après quelques mois de naufrage, Rachel rentre finalement à Londres, laissant Hans seul à New York. Désoeuvré et dépressif, ce dernier occupe ses dimanches sur les terrains de cricket, sport qu’il a pratiqué durant son enfance aux Pays-Bas. Là, parmi la faune bigarrée des immigrés indiens ou caribéens, il fait la connaissance de Chuck Ramkissoon, un sympathique selfmade man originaire de Trinidad qui, entre deux affaires louches, nourrit un projet pharaonique : créer le « New York Cricket Club », une organisation de prestige qu’il présiderait, installée dans un stade grandiose dont il a dessiné les plans et qui rendrait au cricket sa place parmi les sports historiques de l’Amérique…
À travers la culture alternative du cricket, Hans découvre une face cachée de New York, excentrique, colorée, interlope, loin des tours de bureaux, de leurs financiers en costume et de la classe moyenne traumatisée. Tout en conférant au texte une sorte de charme désuet, le cricket, sport aux règles ésotériques («Je ne peux compter le nombre de fois où j’ai essayé en vain, à New York, d’expliquer à un passant ébahi les bases du jeu se déroulant devant lui»), prend dans Netherland la portée symbolique d’une issue, d’une autre manière de regarder le monde, et finalement d’une métaphore de la reconstruction du rêve américain. Comme l’explique l’infatigable Chuck dans l’une de ses tirades, «les gens, tous les gens, les Américains comme les autres, c’est quand ils jouent au cricket qu’ils sont le plus civilisés. Quelle sera la première chose qui se passera quand l’Inde et le Pakistan feront la paix ? Ils joueront un match de cricket. Le cricket a une dimension morale. Avec le New York Cricket Club, on pourrait ouvrir un tout nouveau chapitre dans l’histoire des USA. Pourquoi pas ? Je vais nous ouvrir les yeux ».
Entre son mariage en déroute avec Rachel et les rêves délirants de Chuck, Hans traverse le roman dans un entredeux à travers lequel Joseph O’Neill restitue finement l’ambiance des années Bush et le vacillement des mentalités américaines, l’ébranlement du pays se reflétant dans celui de Hans. Perplexe et désorienté, ce dernier avoue d’ailleurs ne rien comprendre au monde dans lequel il vit : « Est-ce que je savais si la mort et la douleur causées par une guerre en Irak excéderaient ou pas les malheurs qui pourraient découler du fait de laisser Saddam Hussein au pouvoir ? Non. L’Irak possédait-il des armes de destruction massive représentant une menace réelle ? Je n’en avais aucune idée ; et, pour dire vrai, cela m’intéressait peu. J’étais un idiot politico-éthique. » Dense, intelligemment construit par associations d’idées, souvent drôle (le passage sur la validation du permis de conduire devant un bureaucrate kafkaïen est désopilant), Netherland n’est finalement pas tant un « roman sur le 11 Septembre » à proprement parler qu’un roman sur la période charnière que viennent de vivre les États-Unis. En traitant l’universel à travers le particulier, O’Neill donne un texte profond et captivant, soutenu par un suspense discret (on apprend dès les premières pages que Chuck a été retrouvé menotté au fond d’un canal, ce qui rend d’autant plus intrigants les souvenirs de Hans à son sujet). Qu’on aime ou pas Barack Obama, il faudra décidément lui reconnaître ceci à l’heure du bilan : toutes choses égales par ailleurs, il aura donné d’excellents conseils de lecture.
Le Magazine Littéraire
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16 septembre 2009
Céline, vu par Sollers
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14 septembre 2009
La Princesse de Clèves
On se souvient que notre président est passé pour un rustre, encore une fois, pour avoir déclaré sur un ton fracassant qu'on "n'avait pas besoin de la Princesse de Clèves", le chef- d'oeuvre de Mme de la Fayette.Ce qui a fait une belle levée de boucliers littéraires ! Sollers, sur son site, nous rappelle une des pages de son livre "Eloge de l'Infini" , et, on pensera ce qu'on veut de Sollers, sa prose est tout de même un régal :
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Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour
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08 septembre 2009
Les Onze, de Pierre Michon
Pierre Michon, les onze et la Révolution
Les Onze est un livre de Pierre Michon, sur une toile exposée au Louvre d’un certain François-Élie Corentin, représentant le Comité de salut public. Dans une langue droite, l’auteur de Vies minuscules parle de la Révolution, de la Terreur et des peintres de l’Histoire.
C’est à vous, Monsieur, que ce livre s’adresse. Personnellement. À vous qui n’avez jamais entendu parler du tableau monumental de François-Élie Corentin, exposé au Louvre, Les Onze, qui représente à lui seul, et lui seulement, le Comité de salut public au grand complet, à supposer que quelqu’un de votre sorte puisse encore exister. À vous aussi, Monsieur, qui le connaissez vaguement, par ouï-dire, ou qui avez eu sous l’oeil une vague reproduction, réduisant au format d’un livre une huile de plus de quatre mètres de large et plus haute qu’un homme debout, dressé, comme ces Onze qui firent terreur. À vous également, Monsieur, qui fréquentez le Musée, que vos pas ont mené «dans la chambre terminale du Louvre, le saint des saints, sous la vitre blindée de cinq pouces» (p. 114), vous qui recherchez le commerce de la beauté quand c’est l’Histoire et ses onze paires d’yeux qui vous dévisagent. À vous enfin, Monsieur, qui croyez savoir que ce tableau n’existe pas, vous que 144 pages de pure littérature viendront réveiller de votre savante suffisance.
Quant à vous, Madame, si le vocatif du texte de Pierre Michon vous épargne, ce n’est que par convention de style, par galanterie : ces « Monsieur ! » d’apostrophe qui relance la prose sont également à votre adresse, lorsqu’il écrit, parce qu’il faut bien les nommer : « Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les commissaires. Le grand comité de la grande Terreur » (p. 43), ce « Monsieur », Madame, c’est vous, et vous êtes sommée de les voir. Pierre Michon dit le peu de choses qu’on sait de l’apparence de François-Élie Corentin ; il dit qu’on ne lui connaît pas d’autoportrait, mais qu’on peut le voir en levant la tête « dans le portrait qu’aux plafonds de Wurtzbourg, précisément sur le mur sud de la Kaisersaal, dans le cortège des noces de Frédéric Barberousse, Tiepolo a laissé de lui quand le modèle avait 20 ans » (p. 11), il est blond. Il dit qu’on l’aperçoit peut-être parmi les témoins du Serment du Jeu de paume qu’en fit David, bien plus tard, sans âge et chapeauté, à moins que ce soit Marat. Son portrait tardif attribué à Vivant Denon est un faux. Mais, de cette courte lignée de Corentin, sur les trois générations connues, Michon refait le chemin, de la levée des bords de Loire, à Combleux, en amont d’Orléans, où le peintre naquit, on le sait, en 1730, jusqu’au Paris régicide qu’il lui faudra peindre. Son grand-père de besogne et de commerce frelaté, analphabète, son père poète de peu de vers anacréontiques et ces deux femmes qui l’élèvent jusqu’à l’étouffer d’amour, tout est dit : que Dieu est un chien, que les Limousins déportés comme des esclaves courtauds ont fait le lit de la Loire et les canaux qui la drainent. De cette courte lignée de Limousins et de huguenots apostats, de ces rares obscurs qui s’inventèrent la lumière, et même un peu de ces Lumières qui retournèrent le monde, de cette courte lignée surgit ce peintre éclairé et désabusé, et de sa main un chef-d’oeuvre, Les Onze. Voyez la liste étroite où Pierre Michon place son personnage à la page 66 : « Cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres – et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ; ils paraissent plus que peintres, ils sont plus qu’ils ne furent. »
Aussi, lorsque dans la nuit du 15 nivôse de l’an II, on frappa à la porte de Corentin, rue des Haudriettes, à Paris, pour lui commander Les Onze, c’est un homme fait, revenu de presque tout – il a 63 ans, ce qui, en « ces temps de douceur de vivre », n’est pas rien –, qui empoche la bourse d’or contre la promesse d’honorer une commande qui le rajeunit un peu : « Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre ? C’est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le coeur t’en dit. Peins Le Grand Comité de l’an II. Le Comité de salut public. Fais-en ce que tu veux : des saints, des tyrans, des larrons, des princes. Mais mets-les tous ensemble, en bonne séance fraternelle, comme des frères » (p. 90).
Corentin n’en fit pas des frères mais les peignit tels qu’il voyait les hommes, onze Limousins déguisés de cocarde, ou peut-être son père, onze fois le portrait de son père, enfoui sous les traits des onze commissaires qu’on se plaît à trouver ressemblants. Il les peignit comme une cène, où manqueraient un Christ et un Judas, en attendant que l’Histoire les dénonce, en ces temps de douceur de vivre, en ces temps où les dieux sont des chiens. Mais rien n’est jamais si simple, et voilà pourquoi ce livre s’adresse à vous, Monsieur, personnellement,car même si vous ne pouvez pas le voir en peinture, ce tableau, il se mêle d’histoire, de politique, il n’est que littérature, et vous l’avez sous les yeux. La commande contient de secrètes clauses que Corentin va respecter : « La seconde clause, c’est que les Robespierrots, Saint-Just, Couthon, Robespierre, doivent y être peints plus visiblement et centralement, plus magistralement que les autres personnages du Comité, qui devront y apparaître comme des comparses » (p. 109), voilà pour la politique, les commanditaires prennent un double pari sur l’avenir : si Robespierre l’emporte, le tableau saluera sa grandeur, s’il perd, on l’exhibera pour preuve de sa tyrannique ambition (« Eh oui, Monsieur, le tableau le plus célèbre du monde a été commandé par la lie de la terre avec les plus mauvaises intentions du monde, il faut nous y faire »).
La première clause se voulait également politique, et c’est elle qui convoque la littérature : « Ce tableau d’abord, il faudra le peindre dans le plus grand secret, comme on conspire, sans en aviser quiconque, et secrètement le garder jusqu’à ce qu’on lui réclame. » A-t-on le droit de penser qu’on ne le lui réclama jamais, et qu’il n’existe aujourd’hui que dans les douze pages que Jules Michelet lui consacra, que vous n’êtes pas près de relire, et que Michon lui chipote parce qu’il en sait bien plus long. Qu’il n’existe que dans cette grosse de pages de Pierre Michon qui l’invente, qui l’invente comme une découverte, comme un archéologue invente le gisement qu’il fouillera et dont l’existence est indiscutable, immarcescible.
Les Onze sont un livre de Pierre Michon, un livre de quatre mètres de haut, presque trois de large, un grand livre qui, d’une langue droite, fourbie au gueuloir, délivrée au monde après des années de gésine, dit l’histoire. L’histoire d’un monde naissant à coups de piques et de guillotine, et l’histoire d’un Limousin, élevé par des femmes, qui apprit le latin qu’on ne lui destinait pas, de toute urgence, comme on apprend à nager, et en fit de l’or. Tous les livres sont autobiographiques. Vous voyez le tableau.
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