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03 septembre 2009

Picasso ne sera jamais qu'un esprit superficiel doublé d'un pitre. Un pitre fade, de surcroît ( y cause bien, Houellebecq)

Préface du livre de Tomi Ungerer
par Michel Houellebecq

"Pourquoi est-ce que je préface ce livre? J'adore le sexe, mais le SM me dégoûte, aussi bien moralement que physiquement ( à supposer qu'il y ait une différence). D'un autre côté, les dessins de Tomi Ungerer comptent parmi les plus beaux du monde. Débat éthique/esthétique, bien connu, mal tranché. Le plus souvent, je tranche en faveur de la morale. Cependant, j'ai fait le choix inverse ; dans ce cas. Je ne l'aurais certainement pas fait pour une action artistique appartenant au domaine de la performance ; ma répugnance pour les actionnistes viennois reste entière.

Plus les créations sont atroces, plus l'auteur est adorable : Tomi Ungerer représente un cas humain extrême de cette opposition classique, qui s'explique aisément si l'on veut bien considérer que l'art fonctionne ; c'est-à-dire que la création artistique nous permet réellement d'exprimer le mal qui est en nous, et de nous en débarrasser.

Une troisième raison me pousse à écrire cette préface. Un soir de juillet 2000, après une rencontre à la FNAC de Monaco, une lectrice me proposa de me ramener à la gare. Elle portait un corset analogue à celui de la page 159. Dans la voiture, elle me proposa de passer la nuit avec elle. Avant d'accepter je précisai que je détestais souffrir, que mes goûts personnels me portaient uniquement vers le plaisir, donné ou reçu. Elle me rassura tout de suite : elle était exactement dans le même cas ; pour elle, le SM était uniquement une source de fantaisies visuelles. Si elle portait des corsets et des cuissardes, c'était pour mettre en valeur sa chatte et son cul ; grâce à ces accessoires, j'aurai plus d'énergie pour l'enculer et la baiser ; elle ajouta, ce qui finit de me convaincre, qu'elle réussissait très bien les fellations. Pendant les trois heures qui suivirent, je pus constater qu'elle avait dit vrai sur tous les points.

Vers minuit, elle dut me quitter pour aller à son travail au casino de Monte-Carlo, me laissant en présence de la plus riche bibliothèque érotique que j'aie pu voir chez un particulier. Il y avait aussi des photographies et des films. Je me souviens d'avoir tourné les pages d'un album d'Helmut Newton, posé sur un pupitre ; je me souviens de m'être ennuyé un peu. Certains dessins de Tomi Ungerer traitent de thèmes proches : pourquoi provoquent-ils une émotion artistique incroyablement plus violente ? Aucun album-photos de la collection ne parvint réellement à me convaincre. Il y a des photographes simplement nuls, comme Larry Clark ; certains peintres, à vrai dire, ne sont pas très brillants non plus ; par quelque bout qu'on le prenne, Picasso ne sera jamais qu'un esprit superficiel doublé d'un pitre. Un pitre fade, de surcroît, Bettina Rheims, au moins, est excitante, on peut réellement se branler sur ses photos ; mais ont-elles une valeur artistique ? Je n'en étais pas tout à fait sûr, celle nuit-là, et c'était très troublant. Car pourtant la photographie est un art, je n'ai jamais eu le moindre doute là-dessus ; et d'ordinaire, lorsque je me branle en utilisant un livre ou un film, ça me paraît plutôt un bon indice de leur qualité artistique.

Un dessin est-il toujours plus fort qu'une photo ? Dans le domaine du portrait, ce n'est pas sûr ; je ne connais aucun portrait de Baudelaire qui soit à la hauteur de ses photographies les plus célèbres. Mais il semble bien, en effet, y avoir quelque chose dans l'émotion sexuelle qui reste très difficile à capturer par la photographie, ou par le film. Quelque chose aussi, et c'est encore plus troublant, qui rend la peinture inutile. On pourrait pourtant croire que le rendu sensible d'un mamelon, d'un buisson pubien, d'une vulve ajoute à la charge sexuelle d'une oeuvre ; il n'en est rien. Et, dans ce domaine, ce qui n'ajoute pas retranche. Alors que le nu est depuis toujours un des thèmes majeurs de l'art pictural, rares sont les peintres, attirés par l'érotisme, qui ont estimé nécessaire de dépasser le stade du dessin au trait.

Là où les arts réalistes, ou riches, tournent autour du sujet sans l'atteindre, ces disciplines acérées que sont la littérature et le dessin parviennent directement à leur but. Disposant des mots, qui permettent (assez difficilement tout de même) d'exprimer certaines sensations, la littérature peut s’approcher de la jouissance réelle. Mais le dessin? Quelques traits de crayon, du noir, du blanc. Une lumière simple ou pas du tout. Pas de couleurs, peu de valeurs. Et pourtant beaucoup de femmes rêveront, comme l'Ondine de la page 332/333, du butiner au milieu d'une forêt de bites ; alors qu'aucun film pornographique n'aurait su éveiller en elles le même désir. Pourquoi, exactement ? Je pourrais arrêter ici cette préface en avouant que je n'en sais rien.

De fait, je n'en sais pas grand-chose ; encore quelques mots, pourtant. Si la fellation est la figure reine du cinéma porno, ce n'est pas seulement parce que les hommes adorent cette caresse ; c'est aussi que parfois, lorsque la caméra reste longtemps en gros plan sur le visage de la femme, captant à la fois son regard et les mouvements de sa langue, on sent passer quelque chose de son émotion, de sa gourmandise ; et qu'il est par contre impossible de filmer ces minimes resserrements ou élargissements de la chatte et du cul qui donnent à la bite tant de bonheur. On peut filmer la joie qui illumine les traits du visage de l'amante ; mais l'essentiel, le noyau invisible de la sexualité, reste inaccessible à la représentation. Et dans le domaine de l'érotisme, du fantasme, le dessin est décidément supérieur. Peut-être un lecteur, méditant sur les dessins de Tomi Ungerer, découvrira-t-il pourquoi. Ce serait une découverte artistique et humaine considérable."

01 août 2009

Nouvelle critique et vieilles barbes

La plupart de nos lecteurs sont trop jeunes pour avoir connu cette époque épique... Celle ou Barthes , au nom de la "nouvelle critique" faisait exploser les fusées de son style et de ses vues originales, au nez et à la barbe des momies universitaires. Quelques nouvelles de cette polémique, dont les braises ne sont pas complètement éteintes :
 
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30 juillet 2009

    Il faut savoir en finir avec une polémique, comme Maurice Thorez invitait à le faire avec une grève. Pourtant, dans certains débats d’idées, on a parfois le sentiment que le temps ne fait rien à l’affaire et que certains continuent post mortem même si l’autre bretteur n’est plus de ce monde. Comme s’ils entendaient le poursuivre jusqu’à la consommation des siècles et que rien ni personne pouvait définitivement vider la querelle. Le phénomène est assez extravagant. J’y repensais l’autre jour en m’emparant du livre que René Pommier m’a fait tenir Le “Sur Racine” de Roland Barthes (490 pages, 80 madrid1955ingemorath.1248982732.jpgeuros, Eurédit). Vous vous souvenez peut-être de la controverse qui agita fort les milieux intellectuels au milieu des années 60 : le Sur Racine de Roland Barthes ayant connu un vif succès, Raymond Picard, éminent racinien de la Sorbonne et de la Pléiade, attaqua le livre et son auteur dans un pamphlet au vitriol Nouvelle Critique ou Nouvelle Imposture ? On s’en doute, leur différend ne tarda pas à dépasser la seule question de l’homme racinien pour se métamorphoser en un affrontement entre intelligensia de gauche et intellectuels de droite.

    On dira que depuis le temps, l’affaire est classée, d’autant que les protagonistes ne sont plus de ce monde. Or René Pommier veille. En 1986, ce spécialiste du XVIIème siècle avait consacré l’essentiel de sa thèse de doctorat d’Etat au sujet. Il l’a donc reprise en ligne et en édition papier, revue, corrigée et augmentée, un pavé au seuil duquel il n’est question que des “contradictions”, des “contre-vérités”, des “fariboles”, de “la nullité intellectuelle”, des “sornettes”, des “sottises”, des “balivernes”, des “absurdités”, de l’”ineptie”, des “âneries”, des “foutaises”, entre autres gracieusetés, du pape de la nouvelle critique.      ”… C’est dans doute d’un polémiste que les études raciniennes ont le plus besoin aujourd’hui où Racine est devenu un “alibi” pour les fariboles d’un Roland Barthes et tant d’autres aliborons, j’ai voulu que ce livre sur le Sur Racine, fût aussi, contrairement au Sur Racine, un livre sur Racine” écrit-il en conclusion de sa conclusion.

   Tout cela parce que René Pommier reproche à Barthes une réelle inintelligence des textes, une faculté à faire dire à Racine ce qu’il n’aurait pas voulu dire et une capacité à prêter à l’homme racinien “des sentiments que non seulement aucun personnage de Racine, mais sans doute aucun homme n’a jamais éprouvé”, et tout cela du seul point de vue  tout aussi arbitraire et subjectif de M. Pommier à la suite de M.Picard ? M’est avis que le livre sur cette passionnante querelle de tonnerre de Brest reste à écrire. Mais dans un autre esprit. Qui rapporte une polémique sur le ton de la polémique se condamne à n’être pas crédible. L’analyse d’une disputatio de cette envergure peut tout se permettre sauf d’ajouter la violence à la violence.

(”Basta avec la polémique !” Madrid, 1955, photo Inge Morath)


 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

30 juillet 2009

Mères et filles, ah là là...

jeudi 30 juillet 2009

Mères et filles, tout une histoire!


Ce recueil de nouvelles est comme une conversation à deux voix: celles de la mère et de la fille. Deux mondes tellement proches qu'ils en deviennent parfois un peu étranger l'un à l'autre. Au cours de ces dix-neuf nouvelles, des moments tendres et des vérités difficiles à accepter s'egrennent et offrent au lecteur une partie de palette plus sombre qu'arc-en-ciel de l'âme humaine et notamment de l'âme féminine. Des récits qui émeuvent et qui souvent dérangent, laissant un drôle de goût, comme une amertume délétère.
Ce recueil, je l'ai lu il y a quelques mois et lorsque j'eus terminé l'ultime nouvelle, j'éprouvai un certain effroi et un grand malaise. Les situations dramatiques, comme celle de la mère qui reste spectatrice, consentante?, du trop plein de tendresse paternelle déversé sur la petite fille du couple ("insecte"). Des vérités tues qui tuent à petit feu. La chute abandonne le lecteur en pleine perplexité: la frontière entre réalité et imagination reste délibéremment floue, une opacité voulue par l'auteure afin que le lecteur soit libre de son interprétation...enfin une liberté bien encombrante et très déstabilisante mais d'une grande richesse émotionnelle orchestrée de main de maître!
Les relations mère/fille sont et seront toujours d'une extrême complexité: entre désir d'identification et jalousie inavouée (dans un sens comme dans l'autre); c'est ce que décortique, avec une minutie digne d'un naturaliste ou d'un entomologiste, Claire Castillon. Sans relâche, elle nous renvoie à nos hontes comme à nos instants intenses de complicité et de bonheur; sans cesse, elle remue le couteau dans la plaie et très vite panse les plaies mises à vif...l'absolution prend des détours inattendus plus souvent qu'on ne le pense. Claire Castillon balade son lecteur dans les méandres d'un cordon ombilical toujours difficile à couper - d'ailleurs le coupe-t-on vraiment un jour? - surtout lorsque le deuil, la dépendance affective ou l'adolescence s'invitent au cours de ces introspections. Une balade en rien reposante car elle titille, là où cela fait le plus mal, les émotions scellées au plus profond de notre moi.
En peu de mots, en quelques images, Claire Castillon met en scène de multiples mondes, celui de l'intime, celui du quotidien, celui de l'imaginaire, celui des peurs, mondes qui embrasent la lecture, mondes qui virevoltent telles les phalènes, le soir, autour d'une lumière tremblotante et incertaine, et qui prennent corps grâce à la force évocatrice de son écriture, toujours juste, toujours percutante.
"Insecte" fut une lecture poignante, émouvante et déroutante qui non seulement m'a perturbée au point de mettre tout ce temps à écrire mes ressentis mais encore et surtout m'a transportée avec bonheur dans l'univers de cette auteure que je découvrais! Un recueil que l'on garde à portée de main pour relire une ou deux nouvelles avec un plaisir renouvelé malgré le contexte violent de l'éventail de sentiments: oui, parfois une fille peut avoir honte de sa mère; oui, elle peut être énervée au plus haut point par cette dernière, qui ne la laisse jamais respirer comme elle le souhaiterait; oui, elle peut la détester d'être malade car elle a une peur viscérale de la perdre irrémédiablement (cette nouvelle "Un anorak et des bottes fourrées" m'a bouleversée); oui, une fille peut ressentir tout cela à la fois et aimer éperdument celle à qui elle restera toujours attachée, quoiqu'il arrive.... ce sont toutes ces contradictions qui tissent, en mailles serrées, les relations terriblement fascinantes mère/fille!




Le site de l'auteure ICI
 

 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

 

11 juillet 2009

Agonie ?

Le début d'un passionnant article, qu'il faut lire en entier et méditer
 
Olivier Bessard-Banquy

Du déclin des lettres aujourd’hui



1Depuis que le président de la République a décidé de s’en prendre à la princesse de Clèves, la question de la place des lettres dans la société est en quelque sorte devenue d’une actualité brûlante. Ceux qui, comme Antoine Compagnon, comme Tzvetan Todorov, comme Richard Millet, comme beaucoup d’autres, avaient, bien avant l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’État, l’impression que les humanités étaient menacées, sont aujourd’hui convaincus que la menace la plus directe vient désormais du pouvoir politique lui-même. Cette aigreur face à ce qui ressemble à un mépris des sciences humaines et de la spéculation intellectuelle explique pour beaucoup la vivacité avec laquelle les membres de la communauté académique réagissent contre les projets de réforme du gouvernement dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement.

2Ce n’est pas là notre sujet. Et pourtant la question du déclin des lettres et celle de la refonte des enseignements généraux de l’autre, on le devine, ont partie liée. Depuis quelques années, de nombreux prophètes de la fin des humanités unissent leurs voix pour déclarer impossible toute écriture de recherche ou de création dans une démocratie gagnée par l’horizontalité. L’idée depuis quelque temps fait son chemin que la littérature ne peut plus avoir de place dans un monde libéral hanté par le culte de la performance. Certains font le constat de l’essoufflement du roman français qui, depuis Perec, ne semble plus en mesure d’accoucher d’œuvres d’importance, capables comme Voyage au bout de la nuit de dire le monde, d’offrir une traversée du siècle en modèle réduit (c’est, pour aller vite, ce que l’on peut appeler « la tendance Jourde et Naulleau »). D’autres avec morgue nient que la littérature puisse dire quoi que ce soit de l’univers « hypermoderne » et qu’elle puisse y avoir une fonction (c’est « la tendance Richard Millet »). Les derniers écrits sur ces questions, ceux d’Antoine Compagnon, de Tzvetan Todorov, parmi d’autres, obligent peut-être à prendre au sérieux les évolutions de cette ancienne pensée1. D’où viennent les discours sur la fin des lettres depuis les années 1980 ? Que nous disent-ils sur l’état de la littérature dans le monde d’aujourd’hui ? Sur sa production économique et culturelle ? Sur ses forces et ses faiblesses ? C’est à ces quelques questions que l’on propose d’apporter de modestes éléments de réponse.

 

  Réagissez ! O.
 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

 

02 juillet 2009

"des troubadours aux grands débats actuels"



L’humanisme occitan de Robert Lafont

Cet esprit universel a partagé tous les grands combats pour l’émancipation culturelle et le progrès social de son temps.

Robert Lafont, linguiste, historien, écrivain occitan, est décédé le 24 juin 2009, à l’âge de quatre-vingt-six ans, à Florence (Italie) où il résidait depuis 1985. Né le 16 mars 1923 à Nîmes il y étudie puis enseigne les lettres françaises. Tout jeune, il s’engage dans la Résistance dans les maquis des Cévennes. À la Libération, en 1945, il fonde l’Institut d’études occitanes, aux côtés de Max Rouquette (décédé en 2005), Tristan Tzara ou Jean Cassou. De là date un compagnonnage sans concession avec l’intelligentsia de gauche, dont les communistes. Lafont est d’ailleurs dans les années 1950 le responsable nîmois des Amis des Lettres françaises et correspond avec Lacôte, Aragon ou Éluard. Très tôt, il nourrit une passion pour la langue et les lettres d’oc auxquelles il consacre sa vie d’écrivain, de chercheur et d’enseignant. D’abord professeur de collège et lycée, il entre à la faculté des lettres de Montpellier où il rejoint son maître Charles Camproux, autre grand résistant, et où il exerce jusqu’en 1984, fondant trois équipes de recherche (le Centre d’estudis occitans, une équipe de sociolinguistique et un groupe d’études praxématiques) et créant une section propre d’enseignement de l’occitan. À la fin des années 1950, il élargit l’action occitaniste au terrain économico-politique, soutient les luttes des mineurs de Carmaux, comme il sera dix ans plus tard au côté des paysans du Larzac, fonde le Comité occitan d’études et d’action qu’en 1972 il transforme en Lutte occitane et, à ce titre, devient en 1974 candidat des « minorités nationales » à la présidence de la République ; cette candidature invalidée par le Conseil constitutionnel, ses comités de soutien se transforment en un mouvement autonome Volèm viure al païs. Son compagnonnage avec les communistes et le mouvement syndical reprend lors des manifestations de 1976, du manifeste « Mon pais escorjat » (1977), des luttes des mineurs de Ladrecht à côté d’Alès. Lafont met toute la force de son intelligence hors du commun à bâtir la notion d’espace occitan, loin des enfermements identitaires, dans ses rapports dialectiques avec la France et l’Europe. Lafont a acquis une stature d’humaniste européen. Ses voyages, son réseau de relations en Catalogne, en Italie, en Allemagne, en Autriche en témoignent : c’est l’Europe des langues et des peuples qui constitue l’horizon de sa réflexion, des troubadours aux grands débats actuels. Sa culture très vaste et plurielle, sa force de travail hors du commun lui ont permis de bâtir une oeuvre immense - une centaine de livres et un millier d’articles - qui, loin de se limiter à la littérature, emmenait ses lecteurs dans les chemins de critique et de l’histoire littéraire, de la linguistique, de l’histoire, de l’économie, de la politique. Dans tous ces domaines, il ouvrait portes et fenêtres, conjuguant engagement militant et réflexion permanente. Les 26 et 27 septembre prochain, à Nîmes, un colloque organisé par Gardarem la Terra traitera des écrits politiques et historiques de Robert Lafont, c’est-à-dire de plus de vingt ouvrages foisonnants qui témoignent d’une pensée tonique et de la haute conscience de l’histoire dont il a éclairé son époque (http://www.felco-creo.org/).

Marie-Jeanne Verny, enseignante à l’université Paul-Valéry de Montpellier

 

http://www.humanite.fr/2009-06-29_Tribune-libre_L-humanis...


 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

30 juin 2009

Atelier d'écriture...

1994 : atelier d’écriture interactif, première

avant le projet BNF...
Pas facile de se discipliner à travailler, l’été, quand on se met hors connexion. Se laisser glisser vers un peu plus de lecture, de prise de notes, de pistes pour d’éventuelles constructions de textes. Et pourtant s’atteler à ce qui se profile en septembre, grosse vague de textes pour publie.net, et, parmi les projets qui commencent à prendre de la place sur la ligne d’horizon, l’atelier en ligne Ecrire la ville avec la BNF.

Bien sûr, dès que c’est prêt, on en parle en détail ici. En gros : quatre « univers » de cinq propositions d’écriture, soit vingt au total, qui s’activeront progressivement, dans un degré de complexité accrue, d’octobre à avril. Pour chaque proposition d’écriture, le texte d’appui et la consigne principale, mais aussi les différentes variantes pour utilisation selon les différents publics. Mais l’équipe de la BNF (merci Françoise Juhel et Arnaud Laborderie, collaboration aussi du graphiste Jef Aérosol) proposera chaque fois une vidéo d’un auteur contemporain (nous solliciterons aussi bien Jacques Roubaud et Valère Novarina que Gwenaëlle Stubbe ou Charles Pennequin, Pierre Bergounioux, Chloé Delaume etc).

D’autre part, même principe que pour Ecrire la mer en 2004, les propositions sont rendues accessibles par avance à différents groupes ou enseignants pratiquant déjà les ateliers d’écriture, et leurs séances serviront de pilotes et d’appui à ceux qui nous rejoindront en ligne.

Un « wiki » sera mis en place qui permettra, avec la plus grande facilité, aux enseignants et groupes de présenter et mettre en ligne, proposition par proposition, les travaux réalisés. Nous serons bien sûr présents pour les y aider.

Déjà de nombreux partenaires : des réseaux d’ateliers d’écriture (Cherbourg, Lisieux…) un foyers de jeunes travailleurs en périphérie bordelaise, des établissements scolaires, collèges, lycées professionnels de Pau à Sélestat, ou bien sûr mes propres interventions à Bagnolet ou avec Noirlac. Mais aussi – nous en sommes très heureux – des départements de français d’universités étrangères (Rome, Tokyo, Kiel…), ou le réseau d’enseignants des lycées français d’Asie et Pacifique, qui mettra parallèlement en place un blog audio. Dès à présent, signalez-vous (mail TL) pour recevoir la lettre d’info.

le projet "L’atelier" de 1994
Alors, à qui s’adresse le texte ici présenté, et quel rapport ? Aucun. Juste que ce site devient progressivement pour moi, à mesure qu’il devient l’expérience d’écriture en temps réel, le lieu aussi des archives, du chemin. Je n’avais jamais réouvert ce fichier depuis très longtemps. C’est en faisant du nettoyage d’été dans le disque dur que j’ai voulu l’éliminer, et que, finalement, il viendra prendre sa place, ici, dans le site.

En 1994, l’Internet existe, bien sûr, mais pas pour moi. Encore 2 ans avant la première connexion. Mais j’ai déjà un ordinateur portable (mon premier, un MacIntosh PowerBook 145, écran noir et blanc, disque dur 45 Mo), et je viens d’y adjoindre le ronflement d’un lecteur externe de CD-ROM.  Je manipule correctement mon traitement de texte Word (qui a si peu évolué depuis), mais je découvre les possibilités sur le Mac des « piles » Hyper-Card. Je me procure le logiciel de référence pour les bases de données, 4D First. Les premières expériences sont démoralisantes : on ne voit rien du résultat, on nage. Un peu comme en ce moment dans l’apprentissage InDesign. Mais, quelques semaines plus tard, j’amorce deux « bases » de ressources avec mots-clés et liaisons transverses : une incluant les propositions d’écriture que j’utilise, une autre constituée de citations de Saint-Simon.

A l’époque, mon expérience principale en ateliers d’écriture (merci Line Colson et Nadine Etchéto), c’est la Boutique d’écriture de Montpellier-La Paillade. Mais je collabore tous les ans avec le Salon du Livre de jeunesse de Montreuil (merci Henriette Zoughebi), et je commence mes premiers stages d’enseignants (à Tramelan, en Suisse, merci Deta Hadorn-Planta). J’ai bossé des nuits et des nuits sur ce mince projet de 32 pages dans sa version initiale. J’étais en colère contre un CD-ROM vendu par Microsoft sous le titre L’écrivain en herbe, et en même temps très excité par les réalisations scientifiques, CD-ROM de découverte de l’espace…

Je l’ai présenté d’abord aux éditions Hatier, avec qui j’avais réalisé deux livres, puis fait pas mal circuler. On ne s’est pas moqué de moi parce qu’on n’ose pas, mais aucune réponse. L’informatique, comme on disait avant de dire le numérique provoquait plutôt méfiance et crainte.

Ça n’a pas été du travail perdu : en 2000, paraîtrait la première édition de Tous les mots sont adultes, et sa réédition augmentée en 2005 (4ème tirage à ce jour), ou les prolongements et accompagnements rassemblés en ligne dans Apprendre l’invention. Si je mets ce texte en ligne, c’est pour la curiosité que c’est, à distance, de constater le temps que mettent les idées à mûrir. La permanence de ce qu’on formule d’un côté, la complexité accrue qu’on développe de l’autre.

Ainsi, j’utilise sans doute moins de propositions d’écriture (ma base de 1994 en comptait 80…) mais mieux organisées pour aller vers des systèmes d’écriture plus complexes. Par contre, la façon dont sur ce CD-ROM imaginaire s’associaient les propositions, les textes d’appui, les ressources complémentaires, les textes produits, c’est déjà l’amorce de ce que nous permettrait Internet.

de l’utilité des archives, ou archéologie de soi-même
Si je mets cela en ligne, donc, c’est plutôt pour cette surprise : en quoi nous étions prêts à Internet avant sa possibilité technique. C’est un débat d’aujourd’hui, notamment pour ce qui concerne le livre numérique. Le texte intégral de ce projet, juste remis en forme pour lisibilité écran, via feuilletoir ci-dessus, et l’archive : télécharger L’Atelier, projet interactif, dans son exacte présentation de 1994 (il y a même mon adresse d’alors et mon téléphone, quand je me servais encore du téléphone).

Si tout ça ne vous intéresse pas plus que ça, pardonnate mi disait Rabelais, et revenez quand même sur tiers livre pour autre chose : là c’est juste de l’archive perso, pour seul plaisir de notre archéologie numérique. Petit regret : ne pas avoir rencontré à l’époque les bonnes personnes, par exemple Alain et Virginie qui travaillaient dans ces directions chez Hachette…

Et rendez-vous à tous bientôt pour l’atelier Ecrire la ville avec la BNF.

© François Bon, le blog|journal _ 10 août 2008

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1363

28 juin 2009

Aimez-vous Perec?

Moi, j'adore. Ci-dessous, le début d'un article, avec une magnifique reproduction qu'on aimerait bien voir en plus grand ! Lire tout l'article :
 
Manet van Montfrans / Georges Perec: visite au cabinet du falsificateur

 

 

retour remue.net
retour pages Perec de remue.net


"Cabinet d'amateur", de Guillaume van Haecht - une tradition picturale sur laquelle s'est appuyé Perec pour le tableau imaginaire de 1913 élaboré pour Un cabinet d'amateur: Perec le trouve dans un livre de 1957 présentant 200 tableaux du même type - mais une description écrite des toiles exposées fait que ce tableau devient une clé référentielle pour la fausse collection Raffke: c'est tout l'intérêt de l'enquête de Manet van Montfrans, entre le dossier génétique de La Vie mode d'emploi et celui du Cabinet d'amateur - une incursion en profondeur dans l'invention de Georges Perec

Manet van Montfrans enseigne à l'Université d'Amsterdam. Le texte ci-dessous est paru sous le titre : Georges Perec, d'un cabinet d'amateur à l'autre dans : Etudes romanes no 46, Georges Perec et l´histoire. Actes du colloque international, Université de Copenhague (du 30 avril au 1er mai 1998), Steen Bille Jørgensen et Carsten Sestoft (éds.), Copenhague, Museum Tusculanum Press, 2000, 105-129. Merci à Hans Peter Lund, directeur des Etudes Romanes, de son autorisation pour la reprise de ce texte.

Cet article est une version réduite du chapitre concernant Un cabinet d'amateur de la thèse de doctorat de Manet van Montfrans, publiée sous le titre Perec, La Contrainte du réel, sur site des éditions Rodopi (et possibilité de le commander).

à lire sur le Net : épuisement du roman et expérience du temps dans Un cabinet d'amateur, par Christelle Reggiani

on rappelle que les Entretiens et conférences de Georges Perec, dont plusieurs sont cités ci-dessous, sont parus en 2003 aux éditions Joseph K., en 2 volumes, édition critique établie par Dominique Bertelli et Mireille Ribière

contact avec Manet van Montfrans via le site

 

24 juin 2009

Connaissez-vous Marc Levy ?

Dimanche 21 Juin 2009
> L'homme qui valait des millions
> Par Soazig QUEMENER
> Le Journal du Dimanche
>  Chaque année, il déboule au printemps. Barbe de trois jours surune éternelle dégaine de gentleman farmer, le mastodonte de l'édition, Monsieur "au moins 400 000 ventes en France" est arrivé à Paris cette semaine. Marc Levy y accompagne la sortie de son neuvième roman, Le Premier Jour, qu'il lâchera en pâture à ses fans jeudi. Lui que ses plus fervents contempteurs reconnaissent "timide", avoue son "trac".
>
>
> Le Premier jour, le dernier roman de Marc Levy sort jeudi en librairie. (Maxppp)
> Sur le même sujet
> Ceinture verte verte
>
> Trac devant ses lecteurs, mais aussi appréhension de se présenter une nouvelle fois devant ce pays qui le plébiscite sans savoir vraiment l'apprécier. Quand ils ne l'ignorent pas, les critiques ne sont jamais vraiment tendres avec cet ancien architecte, auteur à 38 ans d'un premier livre, Et si c'était vrai..., repéré avant sa parution par Steven Spielberg. Une comédie fantastique très grand public, phénomène éditorial puisqu'elle sera le roman le plus vendu en France l'an 2000! Entre-temps, Marc Levy a publié sept romans qui tirent leur popularité d'un savant dosage entre dialogues (fréquents), descriptions (succintes) et rebondissements (multiples). Clé du succès qui lui a ouvert les pages people des magazines. On y découvre que l'homme est pudique, qu'il a épousé en secondes noces une jeune journaliste française, qu'il adore le jus de tomate...
>
> Les curieux repasseront, le romancier n'aime décidément pas se livrer. Sur la naissance de sa vocation tardive, alors qu'il occupait sa vie professionnelle à l'agencement de bureaux, il sert toujours la même histoire. A la virgule près. Celle d'un papa qui voulait laisser un souvenir à son fils, un roman qu'il lirait quand il serait grand. Il se met à écrire. Sur les conseils de sa soeur scénariste, il expédie son manuscrit chez Robert Laffont... On connaît la suite.
>
> Son père était un dirigeant de la CGT: "Il m'a appris que ego et humour cohabitaient mal"
>
> A 48 ans, Marc Levy est devenu, au même titre que Johnny Hallyday, l'un des monuments français. "Chaque année, note l'écrivain et critique Philippe Besson, il vend 500 000 exemplaires de son livre grand format, et l'année suivante, il en écoule autant en poche. Normalement, un best-seller en littérature, c'est 30 000 exemplaires. Tous les ans, il reproduit, version papier, le succès de Bienvenue chez les Ch'tis!" Lors de la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy avait d'ailleurs demandé à rencontrer le conteur, balançant cette réplique qui allait faire les riches heures de L'Aube, le soir ou la nuit, le roman de la dramaturge Yasmina Reza: "Moi, je regrette, un type qui vend des millions d'exemplaires cela m'intéresse. Si je lis pas Marc Levy, si je regarde pas le Tour de France, je fais un autre métier."
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> Monument? L'intéressé secoue la tête. "Mon père m'a appris que ego et humour cohabitaient mal, affirme-til. Or l'humour, c'est ce qu'il y a de plus important dans la vie. Pour moi, tout cela, c'est juste un grand bonheur." Figure écrasante de Raymond Levy, 85 ans aujourd'hui, autrefois colleur d'affiches pour Henri Krasucki, ancien directeur de La Vie ouvrière, dirigeant de la CGT jusqu'en 1992. Un père si discret sur son passé de résistant que son fils a dû reconstituer lui-même son histoire dans un roman: Les Enfants de la liberté. Marc Levy clôt le chapitre: "Je n'ai pas été élevé dans la culture du compliment."
>
> Ce sont donc ses groupies qui les lui servent. Sur les forums, ses lectrices comptent les jours avant la sortie de son prochain livre ou guettent ses monstrueuses séquences de dédicaces en province. Né à Boulogne-Billancourt, le romancier se fait en effet assez rare sur le sol français. Après neuf années passées à Londres, il vient de poser ses valises à New York. Parce qu'il avait "envie de changer". Parce que l'Atlantique n'était pas de trop entre lui et ce qu'il appelle "le microcosme". Aux Etats-Unis, il assume sans complexes son statut d'écrivain mondial, traduit en 41 langues. Un auteur qui selon les calculs d'un de ses amis, appliquant le coefficient multiplicateur de trois lecteurs par livre, a déjà touché 51 millions de personnes dans le monde! Dans son pays natal, c'est une autre affaire. Marc Levy le constate, lucide: "Ici, être écrivain, c'est un titre. Et un titre, lâche-t-il comme un appel du pied, on ne se l'accorde pas à soimême!" Philippe Besson, reconnaît l'injustice: "Son succès le condamne pour toujours à l'ostracisme de la critique littéraire. Pour elle, il est uniquement un vendeur de livres."
>
> "Pour la critique litéraire, il est uniquement un vendeur de livres"
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> Preuve que cela le travaille, Marc Levy en a d'ailleurs parlé - entre world writers on se comprend - avec Paulo Coelho, l'auteur, entre autres, de L'Alchimiste, qui a fêté en octobre dernier son cent millionième livre vendu à travers le monde. "C'est tout le problème de l'image, expose-t-il. Chaque roman que j'écris est différent et pourtant on continue à dire que je ne fais que des comédies romantiques!" S'intéresse-t-il aux critiques ? Oui, si elles ne l'éreintent pas trop. Il dit se "marrer" quand elles le massacrent. "Einstein disait qu'il est plus difficile de se débarrasser d'un préjugé que d'une maladie", confie-til en soupirant. Puis il s'emporte: "En même temps, il y a une hypocrisie extraordinaire. S'il n'y avait pas tous ces auteurs de littérature ordinaire, les maisons d'éditions couleraient." Histoire dramatique qui pourrait tenir lieu de pitch à l'un de ses romans. Celle d'un auteur qui a le monde à ses pieds mais auquel la rive gauche parisienne résiste.
>
> Un Saint-Germain-des-Prés honni qui, pourtant, ne cesse de l'aimanter. Quand Marc Levy revient dans la capitale, il déjeune dans l'un des QG de Bernard-Henri Lévy et Philippe Sollers, à deux pas de l'auguste maison Gallimard. Comme s'il cherchait sinon à goûter au plaisir de plastronner au coeur de la République des lettres, du moins à celui de ne pas renoncer. Jouer à "Et si c'était vrai..."Dans le scénario, cet auteur aurait un concurrent de plus en plus sérieux. Car oui, un caillou s'est glissé cette année dans la Clarks de l'auteur de Vous revoir (700 000 exemplaires en France). La bouille ronde de Guillaume Musso se profile. A 35 ans, ce professeur d'économie lui vole depuis quelques mois (avec Abus de pouvoir, de François Bayrou), la première place des ventes. Magnanime, Levy se réjouit du succès de son challenger mais regrette néanmoins "l'obsession mimétique de son éditeur", qui a choisi, pour le dernier Musso, "la même vaseline" que celle de son avant-dernier-livre, Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites.

23 juin 2009

On a raté ça !

 

 

Comme on en a raté d'autres ! on va essayer d'être plus vigilants, promis ! O.

 

 

Festival du premier roman nouvel opus, nouvelle formule, nouveau succès.

Chambéry a connu quatre jours d’une intense animation autour du livre, de la lecture, de l’écriture de romans par la présence de dix-sept nouveaux auteurs et le retour de quatre écrivains confirmés. Présence aussi de plus de mille jeunes lecteurs, collégiens et lycéens, avides de rencontrer ces auteurs avec lesquels ils avaient correspondu pendant l’année scolaire.
Echos musicaux de jazzmen parisiens, et non des moindres, sur la scène du théâtre Charles Dullin venus étonner les oreilles d’un public amené à entrer en littérature par un « jazz poem » écrit par l’invité d’honneur Enzo Cormann. Plus étonnants encore les smarties peints au sol et autres mots croisés éphémères brillamment réalisés par les plus jeunes qui ont guidé les pas d’un nombre record de lecteurs venus échanger à Chambéry avec leurs auteurs sur les romans lus dans l'année.

Quatre jours qui ont rempli une vingtaine de lieux publics dans Chambéry des échos d’échanges passionnés autour de la création littéraire, quatre jours qui bousculent, qui interpellent, quatre jours de pérégrinations littéraires dans la ville,
Quatre jours de fête de la Soute au Parc de Buisson rond, quatre jours d’expositions, de rencontres thématiques où chacun aura trouvé matière à satisfaire son goût pour les livres et les rencontres.

Véronique Bourlon, directrice du Festival

voir le diaporama photo

Retour en images
sur le Festival du premier roman de Chambéry-Savoie qui s'est déroulé du 14 au 17 mai 2009
site cataluna 2009 - images le cicero

05 juin 2009

Elle cul Erre

Novlangue tentaculaire

Ancien chirurgien, éditeur, écrivain, amoureux de Paris, Eric Hazan a donc pris son bistouri à plume pour ouvrir le corps du langage dominant (politique, médiatique, publicitaire, etc.) : l’opération chirurgicale est réussie, il ne lui restait plus qu’à recoudre et à fabriquer son livre sur « la propagande du quotidien » (Editions Raisons d’agir, 6 euros).

La LQR est le nom du symptôme mis à jour : Lingua Quintae Republicae, formé sur celui de la LTI, Lingua Tertii Imperii, la langue spécifique du Troisième Reich, analysée dans son journal, de 1933 à 1945, par Viktor Klemperer, « professeur juif chassé de l’université de Dresde ».

Or, la LQR est, pour Eric Hazan, un ensemble de concepts, idiomes, expressions, métaphores, euphémismes, « mots-masques », destinés à camoufler, transformer, dévier, faire glisser les intérêts du système néolibéral qui ne saurait entendre, voir ou lire les mots bruts de décoffrage de la réalité sociale.

« Dans le succès de la novlangue, la concentration des principaux « outils d’opinion » français entre très peu de mains - quatre ou cinq bétonneurs, marchands d’armements, avionneurs, grands financiers - a certes son influence, mais l’explication n’est pas suffisante. »

Car l’on décèle une « communauté d’intérêts » et « de formation » où le langage libéral - disons alors la novlangue tentaculaire - est l’instrument lui-même de la soumission imposée au plus grand nombre.

« Une réforme est souvent présentée comme le moyen de sortir d’une crise. Cet autre mot-masque est issu du vocabulaire de la médecine classique : la crise est le bref moment - quelques heures - où les signes de la maladie (pneumonie, thyphoïde) atteignent un pic, après quoi le patient meurt ou guérit. Etendu à l’économie et à la politique, le terme de crise a longtemps désigné à juste titre un épisode grave mais limité dans le temps : la crise de 1929, si paradigmatique qu’on l’appelle encore parfois « La Crise », fut un moment d’exception où l’on vit des banquiers sauter par les fenêtres - ce qui ne s’est malheureusement jamais reproduit. »

L’emploi du mot « post » est à cet égard très pratique : « Selon la vulgate néolibérale, nous vivons dans une société post-industrielle. Faire disparaître l’industrie a bien des avantages : en renvoyant l’usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard aux archaïsmes, on accrédite le mythe d’une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins. »

Eric Hazan s’amuse alors au chamboule-tout : les directeurs du personnel devenus DRH, directeurs des ressources humaines, « parenté curieuse entre les théories néolibérales du « capital humain » et la brochure de Staline longtemps diffusée par les Editions Sociales, L’Homme, capital le plus précieux », débusque « l’essorage sémantique » et la prolifération des locutions adoucissantes du genre médiation sociale, cohésion sociale, chantiers sociaux (traduire « licenciements »)...

Dans le domaine artistique, Eric Hazan cite Jean Clair stigmatisant l’atelier d’André Breton comme image de la déroute d’un savoir « qui avait, en Occident, pendant quatre siècles, lentement ordonné l’art et ses productions ».

Ainsi, « dans la novlangue la plus distinguée, la boucle est bouclée. Comme l’écrit Lyotard, il y a « dans les invitations multiformes à suspendre l’expérimentation artistique, un même rappel à l’ordre, un désir d’unité, d’identité, de sécurité, de popularité » (Le postmoderne expliqué aux enfants, Paris, Galilée, 1988, Le Livre de poche, Biblio essais, p.13.). L’art, c’est l’art occidental, représentatif et transcendantal. Pas question de descendre dans la rue avec les nègres et les aliénés. »

La politique n’est pas épargnée par ce jeu de massacre : « Villepin, auteur d’un livre que la critique aux ordres a qualifié d’humaniste (Le Requin et la Mouette, Paris, Plon, 2004), souhaite parvenir à « 20 000 éloignements (admirez l’euphémisme) d’étrangers en situation irrégulière en 2005 » et insiste pour que les préfets s’assurent de « la validité des certificats d’hébergement » (Le Monde, 10 décembre 2004). Ma famille et moi-même devons notre survie à des fonctionnaires de la mairie de Marseille qui ont pris le risque, en 1943, de ne pas obéir à pareilles injonctions. »

Grâce à trois modes opératoires du système mis sous la lumière de son scialytique implacable par notre chirurgien « expressionniste » : l’évitement des mots du litige, le recollage permanent des morceaux, le recours à l’éthique, la manœuvre est éventée, même si les supports et les « victimes » de la LQR demeurent innombrables.

« Cohérente et mégaphonique, cette langue souffre pourtant d’un lourd handicap, écrit encore Eric Hazan : elle ne doit surtout pas apparaître pour ce qu’elle est. L’idéal serait même que son existence en tant que langage global ne soit pas reconnue. »

Alors, comment s’en débarrasser ?

Dominique Hasselmann - 20 mars 2006

04 juin 2009

J'aurais voulu être égyptien

 

Le Marathon des mots - 10 au 14 juin 2009 - Toulouse

Présidé par Olivier Poivre d’Arvor, le Marathon des mots de Toulouse, qui se déroulera du 10 au 14 juin 2009, consacre sa 5e édition à la vitalité littéraire des villes du Caire et d’Alexandrie. Le festival propose un parcours, entre rêverie et réalité, rythmé par des lectures, des rencontres et des débats autour des éditeurs et auteurs égyptiens. Parmi eux, l’écrivain Alaa El Aswany qui publie J’aurais voulu être égyptien, aux éditions Actes Sud.

Rens : Le Marathon des mots,
4 rue Clémence Isaure,
31000 Toulouse.
Tél : 05 61 99 64 01.
Pour en savoir plus : www.lemarathondesmots.com

 
Source :
 
 

 

03 juin 2009

Vieux motard que j'aime, hé !

 

Les Assises internationales du roman, du 25 au 31 mai 2009

 

Le roman : hors frontières. Comment le roman nous parle-t-il du monde ? De quelle façon la littérature peut-elle non seulement refléter la réalité, mais aussi, pourquoi pas, la transformer ? Les Assises internationales du roman se sont dessinées autour de ces questions, et de ce constat : le roman n’est pas mort, ni même agonisant, mais vivant, vivace et indispensable, tant du point de vue esthétique que politique, au sens large du terme. Car la littérature ne se contente pas de représenter le monde, elle l’éclaire et tente d’en percer les mystères. Elle en fait saillir les paradoxes, les profondeurs inattendues, les contradictions et les douleurs, plus clairement que beaucoup de traités. Outil de compréhension, en même temps que support de rêve, le roman est un lieu de liberté.

 


Voir aussi

Commentaire d'Orlando : Ce qui est dit ci-dessus du roman est vrai pour la poésie, pour le théâtre, pour la philosophie...pour la littérature.

Et ça se passait chez moi ! Grrr !!! Allez voir la villa Gillet.

 

29 mai 2009

" Ecriture spermatique..."

Cabine double de Bruno Fern

Cabine double de Bruno Fern par Dominique Quélen

Cabine double de Bruno Fern

Saine entreprise que celle de dégripper la langue en ces temps porcins. C’est ce à quoi s’attelle Bruno Fern depuis ses 111 points de contrôle (Voix éditions, 2007), par fragments toujours précis. Il le fait en douce et en provoquant des dérèglements de toutes sortes, comme le plombier subversif de Brazil.
Dérégler les sens, beaucoup s’y sont employés et s’y emploient encore. Une certaine communauté de langue unit l’auteur à ceux qu’il cite dans le corps de son texte. Qu’est-ce qui peut alors faire la singularité de sa voix ? C’est sans doute la tension qu’il instaure entre le ramassé de la forme et la prolifération joyeuse du cut-up (ou la mise en pratique de l’adage mallarméen : toujours couper le début et la fin de ce qu’on écrit). Moins une tension qu’un écartèlement où, sans jamais se laisser déborder par le procédé, il reste froid et minutieux, desserrant (car il convient de mettre du jeu) ou resserrant ici tel boulon, là telle vis comica.
Car effet comique il y a. Il surgit d’abord d’un manque. Ce sont par exemple des prédicats sans thèmes – « de quoi s’y tenir la langue » (p.23) – ou simplement ambigus et féminins, dès l’entame : « l’oblige à regarder à entrer » (p.11), ou encore :

la force l’emporte pièce
par pièce le morceau la
soulève le tissu qui s’interpose la syntaxe à rebrousse
poil sans laquelle la pâleur ne fait qu’accroître
la rage l’arrache
à ses pensées l’y replonge illico faisant ployer la nuque (p.11)
chantait Bashung. Aussi B.F. huile-t-il et soigne-t-il les « mots de liaison » (p.22), les « connecteurs (p.23), les « points d’attache » (p.48), et n’hésite pas à faire donner et rendre la langue pour que tout soit en mouvement. Par tout, on entend cette absence que l’écriture fait surgir et qui emplit l’espace du poème.
En même temps, ce sont des « miniatures » (p.40), des « perles serties » (p.41). On les verrait bien orner les lames de tel éventail symboliste. Chacune est un « bibelot entre les cuisses une expérience sans inanité » (p.15), « an exciting game murmure bijou » (p.21). Bijoux indiscrets mais aussi dans l’acception linguistique, non séparés : cabine double. A quoi l’écriture spermatique de B.F., « d’un seul jet sonore » (p.46), ajoute ironiquement, méthodiquement, on ne sait quoi d’interruptus. Car en poésie aussi, sans doute, la bêtise consiste à vouloir conclure.
Le corps se joue en ses bijoux, en sa nudité. Lutte charnelle, acharnée, décharnée, où l’on est « fouillée de fond / en comble » (p.22), « [fouaillée] jusqu’au sens » (p.14). B.F. n’hésite pas à aller chercher le poncif pour le poncer et le limer. Parfois même – friandise – il en remonte deux d’un coup : « mon petit doigt me dit qu’on n’a pas encore touché le fond » (p.45). La langue – ou ce qu’elle désigne ici... – est « enfilée / comme perle » (p.50) et plus rien ne sépare le mot de la chose, scotchés l’un à l’autre et en tirant une jouissance à la fois rigoureuse, joyeuse et précieuse :

dans l’intimité latérale d’un long Et caetera (P.V.) glissent
des chaussures à noirs
lacets puis le peu baissé paupières sans or
bite laissant paraître l’engouement fait
par simple afflux parler avec ça dans
la bouche s’avère pourtant une nécessité
(p.28)

Les « parties charnues / de l’écriture » (W.C.W., p.54) sont empoignées dans un kama-soutra qui explore « toutes les positions ou presque » (p.53) et « n’épargne aucune nouvelle posture » (p.51), y compris celle où tombant du lit on se « délite » (p.50), on se défait, oui, car tout ce mouvement, tout ce pointilleux délire est un étonnement continuel, au sens où l’on parle de l’étonnement d’une roche ou d’un arbre. B.F. entre son coin (vocable de forestier) dans la langue et sa langue dans les coins (on serait cuistre qu’on dirait : comme une tmèse), il écarte pour qu’on voie mieux – mais on ne sait jamais vraiment ce qu’on voit, si ce n’est « un bon aperçu de la dissolution en cours » (p.43) :

dressée entièrement tourne
livre ses recoins ses
vaisseaux verdâtres présagent
qu’elle en contient bien plus qu’elle
sécrète sa propre fin
(p.36)

Non sans douleur, donc. Il s’agit de forer, de forcer, forcer le corps, « forcer l’ouverture des phrases » (C.R., p.52), culbuter cette langue qui fourche et retombe un peu de guingois, « une partie des jambes / en l’air » (p.38). Jusqu’à son terme, car B.F. ne se contente pas de faire « voir la p. en petite tenue » (p .48) : la langue une fois mise à nu par son possesseur (corps qui l’abrite et locuteur) même :

nue debout et
saisissante par l’anneau qui se prête à tout
un simple clic et le tour
est joué qui croyait a beau
se débattre la langue
montre son anatomie si ça lui chante
(p.35),

il révèle par des trouées dans « la peu vierge mais vive » (p.43), par des audaces de corps béant – même si c’est d’aise –, l’écorché de son texte : « le squelette s’y trouve déjà / enfoui vivant qui n’attend pas son heure » (p.54). Il est au travail là-dedans, et la cabine double est pour un aller simple.

Il faut la faire mouiller la machine,

 

Le commentaire de sitaudis.fr

éd. Ragage, 2009
58 p.
14 €

27 mai 2009

Yasmina Khadra

 

Le romancier d’origine algérienne

Yasmina Khadra

sera

Jeudi 28 mai à 19h 30
à l’auditorium du Centre culturel
Jean-Cocteau
Les Lilas (93)

[|

source : http://www.humanite.fr/rencontre-avec-KHADRA

24 mai 2009

Sollers commente (?) Rimbaud

 




« Encore les soldes ? Oui — encore. »

Solde

À vendre ce que les Juifs n’ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n’ont goûté, ce qu’ignorent l’amour maudit et la probité infernale des masses ; ce que le temps ni la science n’ont pas à reconnaître ;
Les voix reconstituées ; l’éveil fraternel de toutes les énergies chorales et orchestrales et leurs applications instantanées ; l’occasion, unique, de dégager nos sens !
À vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant à chaque démarche ! Solde de diamants sans contrôle !
À vendre l’anarchie pour les masses ; la satisfaction irrépressible pour les amateurs supérieurs ; la mort atroce pour les fidèles et les amants !
À vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et conforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l’avenir qu’ils font !
À vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïs. Les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate,
Élan insensé et infini aux splendeurs invisibles, aux délices insensibles, — et ses secrets affolants pour chaque vice — et sa gaîté effrayante pour la foule —
À vendre les Corps, les voix, l’immense opulence inquestionable, ce qu’on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas à bout de solde ! Les voyageurs n’ont pas à rendre leur commission de si tôt !

Rimbaud, Illuminations.

Solde est cité intégralement par Sollers dans Illuminations — A travers les textes sacrés. Sollers le commente brièvement ainsi :

« Ce texte est évidemment ironique : que pourrions-nous acheter de cet inventaire ? À vendre " ce qu’on ne vendra jamais ", " les voyageurs n’ont pas à rendre de commission de si tôt ". Beau défi à l’ordre qui se met en place. Supposons que l’Église catholique vende un jour tous ses biens, architecture, peinture, sculpture, orfèvrerie, bâtiments divers. Imaginez le résultat immédiat : crise de l’économie mondiale. » (Folio, p.106).

À noter que cette illumination est intégrée chez Sollers dans un commentaire sans cesse relancé d’une autre illumination de Rimbaud : Génie.

(Source : http://www.pileface.com/)

 

 

 

 

15 mai 2009

Littérature, peinture, révolution...

Un article du Magazine Littéraire ( lire la suite sur le site

http://www.magazine-litteraire.com/content/critiques/article.html?id=13153 )

 

Pierre Michon, les onze et la Révolution

 

Les Onze est un livre de Pierre Michon, sur une toile exposée au Louvre d´un certain François-Élie Corentin, représentant le Comité de salut public. Dans une langue droite, l´auteur de Vies minuscules parle de la Révolution, de la Terreur et des peintres de l´Histoire.

 

 

C´est à vous, Monsieur, que ce livre s´adresse. Personnellement. À vous qui n´avez jamais entendu parler du tableau monumental de François-Élie Corentin, exposé au Louvre, Les Onze, qui représente à lui seul, et lui seulement, le Comité de salut public au grand complet, à supposer que quelqu´un de votre sorte puisse encore exister. À vous aussi, Monsieur, qui le connaissez vaguement, par ouï-dire, ou qui avez eu sous l´oeil une vague reproduction, réduisant au format d´un livre une huile de plus de quatre mètres de large et plus haute qu´un homme debout, dressé, comme ces Onze qui firent terreur. À vous également, Monsieur, qui fréquentez le Musée, que vos pas ont mené «dans la chambre terminale du Louvre, le saint des saints, sous la vitre blindée de cinq pouces» (p. 114), vous qui recherchez le commerce de la beauté quand c´est l´Histoire et ses onze paires d´yeux qui vous dévisagent. À vous enfin, Monsieur, qui croyez savoir que ce tableau n´existe pas, vous que 144 pages de pure littérature viendront réveiller de votre savante suffisance.

12 mai 2009

André Gide dans la Pléiade

André Gide a été considéré pendant un demi-siècle comme le pape des lettres françaises (l'Humanité du 7 avril 2009)
Les oeuvres de fiction et le théâtre de l'auteur des "Caves du Vatican" paraissent dans leur ordre chronologique au sein de la prestigieuse collection de chez Gallimard

ROMANS ET RECITS,OEUVRES LYRIQUES ET DRAMATIQUES, d'André Gide.Tomes 1 et 2, la Pléiade, NRF,Gallimard.

André Gide (1869-1951)

gide2.jpg (42166 octets)

"On a beaucoup ri d'un télégramme que Mauriac a reçu peu de jours après la mort de Gide et ainsi rédigé : " Il n'y a pas d'enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel. Signé André Gide" Julien Green, Journal 28 février 1951

 

Le site des fans de Gide (malheureusement pas très à jour, puisqu'ils ignorent la dernière parution dans la Pléiade !) :

 

http://www.gidiana.net/

28 avril 2009

Arthur et Georges

Puisqu'on parlait de Sherlock Holmes sur PROSES, voici des nouvelles de Sir Arthur Conan Doyle dans ce délectable roman ( un chef d'oeuvre d'humour british,aussi, c à d très pince sans rire, ce que ne dit pas la critique) de julian Barnes que je lis en ce moment :

 

Arthur & George
La note evene : 5/5La note evene : 5/5

Arthur & George

de Julian Barnes

[Littérature étrangère XXIe]

Arthur & George

Editeur : Mercure de France
Publication : 18/1/2007

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Conseillez le livre "Arthur & George" à un ami


« Si la justice se fourvoie, il semble que chacun sur terre se tourne instinctivement vers Holmes et son créateur »


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Résumé du livre

'Arthur & George' raconte l'histoire de deux garçons aux caractères très différents : le premier est vif, énergique, casse-cou, le second plus réservé, calme et posé. Dans l'Angleterre de cette fin du XIXe siècle, ces deux protagonistes n'auraient jamais dû se rencontrer. Pourtant, quand George, d'origine indienne, fait l'objet d'une terrible erreur judiciaire, il fera appel à Arthur pour prendre sa défense. Médecin, ce dernier est également un écrivain célèbre, en effet il a créé le personnage d'un certain Sherlock Holmes...

La critique [evene]
La note evene : 5/5La note evene : 5/5 par Thomas Flamerion

Julian Barnes travaille en orfèvre. Les pièces qu'il assemble s'imbriquent au millimètre près, pour former les rouages d'un mécanisme d'une précision implacable. Oui, Barnes fait dans le polar, mais dans le polar distingué, subtil. L'amoureux éperdu des lettres flaubertiennes continue son exploration fascinée de l'univers de ses pairs et emprunte, cette fois, au maître du roman policier britannique, Sir Arthur Conan Doyle. Audacieux, il vêt le complet du docteur ès mystères et le lance dans une affaire délicate. A l'image de son héros à la loupe, il devra défendre l'avoué George Edalji, injustement accusé, emprisonné et abandonné par la justice.
Richement documenté, ciselé au scalpel, 'Arthur & George' est une belle réussite, un récit dense et savant qui recèle les facultés happantes des histoires de Doyle. Réaliste jusque dans le plus petit élément de décors, profond jusqu'à l'âme de ses personnages, Barnes n'oublie rien, ne laisse rien au hasard. Tout est "under control", et sans conteste, on ne s'y perd pas. Les trajectoires diamétralement opposées d'Arthur Conan Doyle et de George Edalji se rejoignent pour donner une intensité renouvelée à ces aventures. La société victorienne s'en trouve toute dépoussiérée, et nos amours avec le détective se renouent instantanément.
A couvert, Sherlock Barnes jette une belle volée de bois vert aux puristes du genre anglo-saxon, une belle leçon de respect et d'humanité, qui malgré son contexte "historique", respire dangereusement l'actualité. Voilà un roman construit de chapitres solidement ancrés, d'un abord facile et d'une lecture délectable. Là réside l'art du romancier : le dur labeur de composition disparaît derrière l'élégance et la fluidité. Pas si élémentaire, mais proprement admirable.

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Un magazine littéraire disparaît...

Le "Mensuel littéraire et poétique", dernière

Le Mensuel littéraire et poétique baisse le rideau

Mensuel littéraire et poetique Dans l’éditorial du Mensuel littéraire et poétique d’avril, Monique Dorsel annonce qu’il s’agit du dernier numéro. Sans autre explication. Au moment où le Théâtre-Poème (Bruxelles) vient de faire peau neuve, non sans difficultés, on peut croire à des problèmes financiers. La perte, en tout cas, est cruelle. Et l’histoire de ce mensuel trop longue pour ne pas mériter un dernier hommage. N é en décembre 1968, au moment même où le Théâtre-Poème s’installait au 30, rue d’Écosse, cette adresse qu’il n’a plus quittée depuis, ce petit journal connut, au fil des années, des présentations diverses jusqu’en 1986 où Emile Lanc lui donna sa mise en page actuelle, reconnaissable entre toutes. S’il n’a jamais cherché à briller par des goûts de luxe, Le Mensuel littéraire et poétique a su privilégier son amour des textes littéraires, relayé en cela par l’admirable travail du Théâtre-Poème. La poésie y trouva un asile sûr, largement ouvert à tous les passionnés. Les premières pages du mensuel livraient chaque mois de multiples articles critiques ainsi que des notes de lecture consacrées aux dernières publications poétiques. Les meilleurs critiques belges et français collaboraient régulièrement au journal. Le plus étonnant, outre la périodicité mensuelle de cette publication, une gageure assurée par des bénévoles, reste ce tirage affiché de 12 600 exemplaires. Quand on sait qu’une revue de poésie dépasse rarement les 300 exemplaires, on peut être admiratif. Oui, Le Mensuel – les « habitués » abrégeaient ainsi son titre –, après plus de 40 ans de bons et généreux services à la création poétique, va laisser un grand vide. Peut-être la « retraite » annoncée de Monique Dorsel, cheville ouvrière du journal, y est-elle pour quelque chose ? Sur la couverture, son portrait apparaît, avec dans le regard cette luminosité rayonnante qui sait insuffler la vie au texte dit sur scène. Mais Le Théâtre-Poème continue de plus belle, affichant une programmation toujours aussi dense. Il propose d’ailleurs, en clôture de saison, une journée « portes ouvertes » le samedi 13 juin. À partir de 10h 30, après un colloque consacré à l’écriture à haute voix, une succession de spectacles gratuits illustrera quelques unes des « très riches heures » du théâtre. À ne pas manquer.

Contribution d’Alain Helissen

27 avril 2009

Edgar Allan Poe

l » Essais

C'est le bicentenaire de la naissance d'Edgar Poe

Coup de Poe, par Philippe Sollers

Par Philippe Sollers

Ecrivain absolu, maître de l'horreur, démoralisateur professionnel, astrophysicien annonçant l'apocalypse, Edgar Poe est plus que jamais notre contemporain. Explications

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AP/Sipa
Edgar Poe

Né à Boston le 19 janvier 1809, l'inquiétant, magnétique et vertigineux Edgar Poe a aujourd'hui 200 ans. Il a beau être mort à 40 ans, en 1849, à Baltimore, dans une crise de delirium tremens dû à son alcoolisme compulsif, il se porte à merveille, il est plus que jamais en activité invisible dans le tourbillon de l'époque. Un amateur inspiré, Henri Justin, rouvre aujourd'hui son dossier, et c'est immédiatement passionnant.

Il est américain comme personne, Poe, et ce sont des Français comme personne qui perçoivent son onde de choc. Baudelaire d'abord, qui éprouve en le lisant une «commotion singulière». «Savez-vous pourquoi j'ai patiemment traduit Poe? Parce qu'il me ressemblait. La première fois que j'ai ouvert un livre de lui, j'ai vu, avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant.» Les traductions de Baudelaire sont célèbres, on peut y relever des erreurs de détail, mais la transfusion spirituelle est flagrante, intense, cas de gémellité inouï. Et c'est aussitôt Mallarmé, pour qui Poe est un «aérolithe», un événement «stellaire, de foudre», «le cas littéraire absolu». Dans son «Tombeau d'Edgar Poe», Mallarmé célèbre «le triomphe de la mort dans cette voix étrange», Poe devenant un «calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur». Valéry, enfin, emboîte le pas, mais plus froidement, en admirant l'analyste fabricateur plutôt que le romancier fantastique et métaphysique. Voilà la légende.

Les Américains, eux, n'aiment pas ça, et quant aux Français d'aujourd'hui, comme leurs homologues yankees, ils sont loin, désormais, de se poser des questions de fond sur le génie de la perversité, le mal radical, la mort, l'infini ou la poésie intime des galaxies. Poe, qui s'est battu toute sa vie pour essayer de fonder un mensuel littéraire, voulait «établir en Amérique la seule indiscutable aristocratie, celle de l'intellect». Il a cette formule étonnante au parfum sudiste (il est virginien par toutes ses fibres): «Dans les lettres, comme dans la politique, nous avons besoin d'une Déclaration d'Indépendance, et surtout - ce qui serait mieux - d'une déclaration de guerre.» Guerre splendide de l'intelligence, perdue d'avance, contre le réalisme platement social, le naturalisme borné, la psychologie routinière, et surtout la morale. On comprend comment le courageux Lacan, rectifiant le déluge psychanalytique de Marie Bonaparte, a fait de «la Lettre volée» (ou plutôt dérobée, détournée, retournée) le blason de sa recherche.

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Poe est très clair: la police ne voit rien, n'imagine rien, et nous sommes tous, plus ou moins, des policiers aveugles. En revanche, Auguste Dupin, le génial déchiffreur d'énigmes, à mille lieues du fade Sherlock Holmes, devine la vérité parce qu'il est simultanément mathématicien et poète. Surprenants, ces noms français qui apparaissent sous la plume de Poe (qui n'est jamais venu en France): Dupin, Legrand, Montrésor (un criminel, celui-là). Pour quelle ténébreuse raison le Français, poussé à bout, serait-il un révélateur de terreur, un virtuose du décryptage? Vous ouvrez «Double Assassinat dans la rue Morgue», «le Scarabée d'or», «le Cœur révélateur», «le Chat noir», «le Démon de la perversité», et tant d'autres contes, et vous êtes aussitôt saisi, mis sous hypnose, branché sur vos contradictions secrètes, par un narrateur qui, en première personne, vous impose ses passions et ses déductions. Vous êtes détective, mais aussi assassin (jamais policier puisque vous êtes éveillé, ou plutôt «veilleur du dormir»). Mieux: vous pouvez assister à un mort qui vous parle depuis l'au-delà, vous balader, après la fin du monde, dans les étoiles, ressentir l'horreur d'un pendule qui va, en descendant lentement sur vous dans un puits, vous trancher la tête, vous retrouver, avec Arthur Gordon Pym, dans une navigation mystérieusement mystique, descendre dans un maelström et apprendre comment vous en tirer (thème très actuel), réfléchir sur le pouvoir des mots, et bien d'autres choses encore.

Une littérature qui pense ?

De toute façon, vous aurez toujours l'impression de lire un manuscrit trouvé dans une bouteille, le récit d'une expérience plutôt folle racontée avec une extrême précision. C'est là que Poe vous tient sous sa coupe, beaucoup mieux qu'un roman policier banal, ou des péripéties de science-fiction genre Lovecraft. Ils ont tous lu Poe, les spécialistes de l'inquiétante étrangeté, de l'horreur, de l'enquête, mais aucun n'arrive à donner au sujet qui parle cette force de conviction. C'est que, Poe, Henri Justin le sent admirablement, «pense de tout son corps», ce qui met le lecteur en demeure d'avoir un corps vibrant au même rythme. Baudelaire a bien défini son écriture:

«Son style est serré, concaténé, la mauvaise volonté du lecteur ou sa paresse ne pourront pas passer à travers les mailles de ce réseau tressé par la logique. Toutes les idées, comme des flèches obéissantes, volent au même but.»

Une littérature qui pense? Qui oblige le lecteur à penser? Mais qu'est-ce que vous nous racontez là? A quoi bon? Pour quoi faire? Avec ses paradis artificiels, ses traductions de De Quincey et de Poe, Baudelaire est un grand pervers, aussi dépassé aujourd'hui que, par exemple, «la Princesse de Clèves».

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Non seulement Poe est un démoralisateur professionnel, mais, figurez-vous, il pense de plus en plus large. Et là nous arrivons à l'incroyable «Eurêka» de la fin de sa vie. «J'ai trouvé», dit-il. Quoi? La clé de l'univers lui-même. Rien que ça. Le livre porte en sous-titre: «Essai sur l'univers matériel et spirituel». Aucun succès, bien entendu, mais œuvre grandiose (et merci Baudelaire de l'avoir sauvée d'un probable oubli). Le partenaire à analyser ici n'est autre que Dieu lui-même. Sartre a eu tort en prétendant que Dieu n'était pas romancier: c'en est un, et même un poète supérieur à tous les poètes. Poe résume ça à sa façon: «L'univers est une intrigue de Dieu.» Déjà, on pouvait lire dans «Révélation magnétique»: «Dieu, avec tous les pouvoirs attribués à l'esprit, n'est que la perfection de la matière.» (On était brûlé autrefois pour moins que ça.) Le plus étrange est que, traitant d'astrophysique et de forces d'attraction et de répulsion, Poe s'approche des hypothèses les plus sophistiquées de la physique moderne, entre big-bang et trous noirs. Il veut décrire «le processus tout entier comme une fulguration unique et instantanée». Il envisage en effet une ultime catastrophe en forme de feu d'artifice, une apocalypse comme apothéose. Il écrit calmement:

«Dans les constructions divines, l'objet est soit dessein soit objet selon la façon dont il nous plaît de le regarder, et nous pouvons prendre en tout temps une cause pour un effet et réciproquement, de sorte que nous ne pouvons jamais, d'une manière absolue, distinguer l'un de l'autre.»

Henri Justin, dans son commentaire d'«Eurêka» écrit: «Poe semble avoir eu conscience, très tôt, d'une matière infinie, d'une matière de l'infini, d'un infini matériel palpable.» Voilà, en tout cas, une leçon de littérature absolue.

Darwin et Poe sont contemporains, et l'évolution est très loin d'avoir dit son dernier mot. Mais quand Poe meurt, on se dit que personne ne reprendra le flambeau. Erreur: c'est en 1851 qu'un jeune auteur de 32 ans publie sa bombe: Herman Melville, «Moby Dick».

Ph. S.

«Avec Poe jusqu'au bout de la prose», par Henri Justin, Gallimard, «Bibliothèque des Idées», 416 p., 29,50 euros.

Lire aussi les premières pages de «L'Ombre d'Edgar Poe»

et Bon anniversaire, Edgar Allan Poe!

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Source: "le Nouvel Observateur" du 9 avril 2009.