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28 mars 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (11)

 

UNE lecture du chapitre J
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et d'abord, une lecture de la page A du chapitre J
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  Dans l'expression "une lecture", l'indéfini UNE est souligné pour indiquer l'indéfinition du nombre de lectures possibles : c'est UNE lecture parmi une multiplicité de possibles.
  Tout d'abord, on note des récurrences : celles de "une abcdefghij" et de "encre" sont les plus remarquables. La première revient trois fois, la seconde cinq fois. Elles sont à chaque fois accompagnées d'un qualificatif différent :
 
  un abcdefghij singulier
une encre inspirée
une encre émerveillée
un  abcdefghij hypnotique 
l'encre d'un écrivain (?)
une encre ordinaire
un abcdefghij géométrique
une encre théorique

  Les occurrences sont relevées dans l'ordre de leur apparition.Les espaces qui les séparent pourraient être interprétés.
  Il faut noter une occurrence qui se singularise, "l'encre d'un écrivain", d'abord par le déterminant défini, contrairement à tous les autres, indéfinis,et ensuite par la qualification donnée par un groupe nominal (d'un écrivain) alors que, pour tous les autres, c'est un adjectif.
  Une autre singularité : "une encre théorique". Ce sont les derniers mote de la page. Et ils occupent à eux seuls la dernière ligne. On notera au passage la façon spécifique à Alphabet  dont le sens se forme : l'adjectif ne qualifie nullement le nom auquel il se rapporte, comme le veut habituellement la syntaxe, mais il entre en résonance avec tout le texte, et même avec le hors-texte.Ici, nous découvrons le sens en examinant la suite des qualificatifs, la structure de cette suite, et en tenant compte de la situation particulière de l'auteur, de ce qu'il en a lui-même révélé dans son entretien , publié ici-même.
  Observons donc  ces qualificatifs  :
 
singulier/inspirée/émerveillée/hypnotique/d'un écrivain/ordinaire/géométrique/théorique

  La liste se scinde en deux parties, subjective  (les quatre premiers mots) et objective (les trois derniers) , l'expression atypique "l'encre d'un écrivain" faisant office de pivot, comme il se doit.
  Les qualificatifs subjectifs donnent un tableau des sentiments ressentis à la lecture, par l'auteur d'abord, par le lecteur ensuite :
1-singulier : une singulière entreprise en effet, que cet ouvrage !
2- inspirée : le qualificatif du lyrisme. Cette écriture, froide en apparence, est en réalité un chant du coeur.
3- émerveillée : l'auteur d'abord, le lecteur ensuite, est empli d'un étonnement admiratif devant la complexité de cette machine ( au diable la modestie, il faut dire les choses comme elles sont !)
4- hypnotique : c'est "l'effet mantra", produit par la longueur similaire des  phrases, et par la répétition lancinante des mots et des structures.
5-d'un écrivain : on bascule vers le versant objectif. L'écrivain  est conscient de sa position centrale, et de sa fonction créatrice. Mais il est discret, ne dit pas JE -seulement JEU :
"L'écho d'un jeu illisible", à la cinquième ligne, avec le doute sur l'intérêt de son travail : "illisible".
6-ordinaire : après les bouffées d'orgueil, le retour de la modestie ! Qui a le dernier mot !
7- géométrique : c'est le premier aspect de l'ouvage qui apparaît ; On pense à Spinoza : Ethica more geometrico demonstrata. "...à la manière des géomètres.
8-théorique : comme toute théorie, Alphabet est vide - ou se prétend tel - mais il est riche d'un immense potentiel

Avec Philippe Jaffeux, on le voit, rien n'est laissé au "hasart".
  Le chaos apparent révèle son sens profond, ses significations foisonnantes, c'est la marque de la vraie littérature, empreinte humaine, source inépuisable de rêve...

à suivre
 
 
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com

26 mars 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (10)

 

  Intéressons-nous au chapitre J   (je dis "chapitre"   - PJ dit "lettre J - afin d'éviter toute confusion avec la lettre J ou la page J  - les 26 pages du chapitre étant paginées de A à Z - mais ce risque de confusion est certainement voulu ! ). Pourquoi le chapitre J ? Et pourquoi pas? C'est la méthode de lecture choisie qui le veut : une page  ou un chapitre au hasard. Mais, hasard, pas tout à fait. J étant l'initiale de JE, de JEU et aussi de JAFFEUX, il peut y avoir anguille sous roche !
 
  Comme je disais à propos du 8 ième extrait, chacun des quatorze chapitres ( et non treize, comme je l'écrivais par erreur) est suivi d'une courte note explicative, en deux parties intitulées Notes, et Précisions. Bien qu'elle soit placée à la fin, il vaut mieux la lire avant le texte, elle peut apporter des lumières utiles. Voici donc celle qui suit le chapitre J .
 
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  La lettre J est en couleurs (1) sur  http://wwwphilippejaffruc.com/
 
-notes : La lettre J s'intitule " Trichro mie" car elle est écrite avec trois couleurs : un rouge (650 nanomètres (2)), un vert (530 nanomètres) et un bleu (470 nanomètres)(3). Chacune des longueurs d'ondes mesure successivement le nombre de mots contenus dans les 26 pages (4). Trois espaces (5) ponctuent les 26 phrases de chaque page , dont le texte est centré, mais selon la disposition des phrases, les marges peuvent aussi servir de blancs. Dans une page renversée (6), la dernière phrase se termine sur un carré noir afin d'annoncer la lettre K.
 
-précisions: la couleur de la pagination s'accorde à celle de chaque page. La page J est écrite en noir, à l'exception du dernier mot, écrit en rouge. La mise en page de J est centrée. Les mesures récapitulatives dans J , écrites en toutes lettres, sont des : mots et pages (7). La 25 ième ligne de la page Z récapitule 14380 mots dans la lettre J.(8)
 
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 1 Il s'agit du chapitre. Il n'a pu être réalisé en couleurs, mais il est visible sur le site.
2 nanomètre, abréviation nm. C'est la milliardième partie du mètre.
3 les pages se succèdent donc en couleurs et dans cet ordre : Rouge, Vert, Bleu et ainsi de suite, sauf la page J qui est imprimée en noir - à l'exception du dernier mot, écrit en rouge .
4 chaque page comporte donc le nombre de mots indiqué par la longueur d'onde de sa couleur en nanomètres.
5 J'avoue que je n'ai pas trouvé ces trois espaces.
6 C'est la dernière page (la page Z) du chapitre, dont les lignes sont verticales.
7 Encore une indication énigmatique.
8 C'est le total des mots du chapitre.
 
  Un vrai jeu de piste ! J'aborderai la lecture de la page... prochainement/
à suivre
 
 
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com/

05 mars 2015

Philippe Jaffeux : Hasart objectif

  Un hasard objectif (notion soulignée par André Breton, notamment dans son livre Nadja) est la rencontre non nécessaire de deux items semblables, mais appartenant à des suites causales indépendantes.
  Pensant au livre de Philippe Jaffeux, Alphabet, je me disais qu'il s'agissait d'une véritable Odyssée intérieure : un voyage extraordinaire , aussi étrange et mouvementé que celui d'Odysseus, mais qu'on ferait sans quitter son fauteuil , et dont les personnages ne seraient pas Circé, Nausicaa, Polyphème, les Lestrigons et les Lotophages, Charybde et Scilla, mais l'Alphabet et le troupeau des lettres, les chiffres, les couleurs, les lignes et interlignes, les pages, les octets, l'électricité. Quant à la mer "aux flots vineux" (Homère), ce serait la pâle lueur de l'écran.
  Or donc, ouvrant un autre ouvrage du même auteur, Courants blancs, à la page 9 (un nombre qui n'est pas innocent), la première phrase qui se présente à mes yeux ne laisse aucun doute :

"L'immobilité de son corps voyageait dans son âme car il était étranger aux frontières de sa pensée." (première ligne)

  Tout y est ! L'immobilité du corps meurtri, l'arrachement de l'être à lui-même, l'immensité du pays intérieur !
  Intuition renforcée par les lignes 25 et 26 (chaque page comporte 26 lignes)

"Il se perdait à l'extérieur du temps pour trouver l'espace d'une fuite intérieure à son corps. L'électricité illumine la forme interlinéaire d'une page avec les courants de fond d'un nombre écumant."

  où la négativité s'impose à l'existence (se perdait à l'extérieur du temps) qui ne s'avoue pas vaincue pour autant (trouver l'espace d'une fuite intérieure) La "forme interlinéaire"  rappelle une fois de plus au lecteur trop pressé ou superficiel qu'il faut lire entre les lignes , et les derniers mots de la page évoquent par trois fois la présence puissante de la mer : courants, fond, écumant.

  Bon voyage, ô Philippe, Odysseus électrique !

Philippe Jaffeux : Hasart objectif

  Un hasard objectif (notion soulignée par André Breton, notamment dans son roman Nadja) est la rencontre non nécessaire de deux items semblables, mais appartenant à des suites causales indépendantes.
  Pensant au livre de Philippe Jaffeux, Alphabet, je me disais qu'il s'agissait d'une véritable Odyssée intérieure : un voyage extraordinaire , aussi étrange et mouvementé que celui d'Odysseus, mais qu'on ferait sans quitter son fauteuil , et dont les personnages ne seraient pas Circé, Nausicaa, Polyphème, les Lestrigons et les Lotophages, Charybde et Scilla, mais l'Alphabet et le troupeau des lettres, les chiffres, les couleurs, les lignes et interlignes, les pages, les octets, l'électricité. Quant à la mer "aux flots vineux" (Homère), ce serait la pâle lueur de l'écran.
  Or donc, ouvrant un autre ouvrage du même auteur, Courants blancs, à la page 9 (un nombre qui n'est pas innocent), la première phrase qui se présente à mes yeux ne laisse aucun doute :

"L'immobilité de son corps voyageait dans son âme car il était étranger aux frontières de sa pensée." (première ligne)

  Tout y est ! L'immobilité du corps meurtri, l'arrachement de l'être à lui-même, l'immensité du pays intérieur !
  Intuition renforcée par les lignes 25 et 26 (chaque page comporte 26 lignes)

"Il se perdait à l'extérieur du temps pour trouver l'espace d'une fuite intérieure à son corps. L'électricité illumine la forme interlinéaire d'une page avec les courants de fond d'un nombre écumant."

  où la négativité s'impose à l'existence (se perdait à l'extérieur du temps) qui ne s'avoue pas vaincue pour autant (trouver l'espace d'une fuite intérieure) La "forme interlinéaire"  rappelle une fois de plus au lecteur trop pressé ou superficiel qu'il faut lire entre les lignes , et les derniers mots de la page évoquent par trois fois la présence puissante de la mer : courants, fond, écumant.

  Bon voyage, ô Philippe, Odysseus électrique !