Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 janvier 2015

Philippe Jaffeux : entretien (4)

7

Une multitude d’œuvres suscitent mon admiration, mais je ne m’inscris dans aucune filiation et mon travail ne fait référence ni à des artistes/écrivains, ni à aucun groupe. Dans le meilleur des cas, mon activité se situe à l’extérieur de la communication, des opinions ou des connivences. Je ne me sens pas concerné par ce qui peut relever de l’avant-garde, car on écrit toujours par rapport à quelque chose.

J'aime bien la contradiction chez Philippe Jaffeux, et la façon dont il l'assume, en bon dialecticien. La première phrase affirme qu'il ne s'inscrit dans aucune filiation, et la dernière au contraire qu' "
on écrit toujours par rapport à quelque chose." , ce quelque chose étant probablement ce qu'écrivent les autres. Eh oui, on n'invente pas à partir de rien, mais toujours dans un échange multiple avec les livres qu'on a lus, les paroles qu'on a entendues , et le plus souvent dans une opposition constructive. L'écriture de Philippe Jaffeux , reflétant une méditation profonde sur la condition humaine et son effort pour atteindre - ou créer- un absolu, même si elle s'appuie sur des techniques connues - la science des nombres, la valeur des lettres, les vertus du hasard et de la répétition lancinante ,est radicalement nouvelle : si ce n'est pas de l'avant-garde, ça y ressemble fichtrement, et même s'il ne se sent pas concerné !

 

 

8
Si les réflexions de Nietzsche sur Pythagore m’ont conduit à attribuer une valeur divine aux nombres, j’utilise aussi ces derniers comme les pièces d’un jeu qui essaient de traduire le lyrisme de l’électricité. Mon activité peut être définie comme une tentative de numérisation poétique et impersonnelle de l’alphabet.

Le "lyrisme de l'électricité" ! J'adore. Dufy avait chanté - en couleurs- les louanges de la "fée électricité", mais il n'avait pas pensé à son lyrisme. Et encore la contradiction : le lyrisme... mais impersonnel .Un peu comme de la neige chaude, de l'eau sèche ou une rapidité lente. Mais c'est vrai que l'écriture de Philippe Jaffeux, j'en ai déjà parlé, possède ces deux aspects : une apparente froideur, sous laquelle frémit un chant discret  et parfois poignant.

 

9

Contrairement aux idéogrammes, aux hiéroglyphes, aux lettres arabes ou hébraïques, notre alphabet phonétique et utilitaire, domestiqué par nos paroles, a perdu toute relation avec le sacré.

C'est vrai. Et rendons grâces à Philippe Jaffeux de nous emmener, avec lui, à la rencontre des sources perdues du sacré. Le devoir de tout poète.

à suivre

Commentaires

Mystère d'une révélation / Révélation d'un mystère.

Écrit par : COMPERE-DEMARCY Murielle | 23 mai 2015

Les commentaires sont fermés.