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24 novembre 2014

Devoirs de Retraite

 
  Mon père se souvient de son grand père maternel
 
  " Un mot sur mon grand père maternel. Quand on demandait à ma mère de quoi il était mort, elle répondait invariablement : " de dolor de costas" ( de douleurs au côté.) C'est assez dire qu"aucun médecin ne fut appelé à son chevet. Pourtant, mon grand père n'était pas n'importe qui. Faute d'un arbre généalogique prestigieux ou d'une grosse fortune, il avait quand même un exploit guerrier à son actif. Enrôlé dans les troupes gouvernementales lors de la dernière guerre carliste, il enleva un drapeau à l'ennemi, ce qui lui valut l'octroi d'un bureau de tabac.Mais il faut croire que ce guerrier était plus doué pour le maniement des armes que pour le commerce, car le bureau de tabac ne fit pas long feu.
  Quant au frère de ma mère, il eut une jeunesse aventureuse, assez digne de celle de son père.Il travailla aux mines de Linarès puis s'en fut s'acquitter de son devoir militaire. N'ayant pas tiré le bon numéro, il en prit pour sept ans.C'était trop à son gré. Il déserta et passa en Algérie.Ma mère et sa jeune soeur durent économiser sur leurs maigres ressources pour payer les faux papiers d'identité et le billet d'embarquement /.../ Il débarqua donc à Oran sous le nom de Roeda qu'il avait troqué contre le sien, Romacho. Il dut aussi trimer pour économiser une première mise pour son commerce de moutons.../.../ Puis, il rencontra une veuve chargée de trois filles et d'un garçon mais, heureusement , propriétaire d'un matériel de transport : chariots, mulets, etc..."
 
  Et voilà donc l'oncle de mon papa à la tête d'une entreprise de transport et... d'une famille presque nombreuse.
 
à suivre

23 novembre 2014

Devoirsde Retraite

 

 

 "Devoirs de Retraite". C'est ainsi que mon père a intitulé son autobiographie.Modestement. Car il aimait insister sur sa modestie - peut-être pour que son orgueil passe inaperçu...
  Sa famille paternelle est originaire d'un modeste village andalou perché à un peu plus de 1000 m d'altitude sur les flancs de la Sierra Nevada, Alcudia - mot d'origine arabe signifiant "la colline"- province de Guadix. Son grand père, prénommé Blas comme tous les aînés mâles de  la famille - c'est aussi le prénom de mon père- était forgeron, d'où son sobriquet de "Chispas" ("étincelles" ) , ce qui lui valait une "honnête aisance", le statut de notable de son village, le fauteuil de maire et la fonction de chantre de son église.Son fils aîné (oncle de mon père) fut envoyé étudier à Grenade. Las, pour une raison mystérieuses, les affaires de la forge périclitèrent  et tout dégringola.
  Mais... donnons la parole à Blas Rodriguez, mon papa :

  Je ne sais pourquoi, le curé du village fut tenu pour responsable de ce naufrage.Un après-midi, l'ex-étudiant noyait probablement ses regrets devant un comptoir, en compagnie de jeunes assez narquois devant les propos, peut-être inconsidérés, de ce "senorito" frustré de ses illusions et sans fortune.Il ne parlait en effet de rien moins que de tuer le curé...qui vint à passer. Et Juan de tirer. Il était armé, évidemment, comme tous les jeunes Espagnols à l'époque.Le curé fut assez grièvement blessé et Juan alla passer la huit en prison, à Guadix. Il y resta sept ans.

  Sa peine purgée, Juan émigra en Algérie, qui devait être la terre promise  des miséreux du sud de l'Espagne, il s'établit à Tiaret, ville des Hauts Plateaux, elle aussi perchée à 1000 m, il fonda une fabrique d'espadrilles ( d'où son sobriquet d' Alparguetero ), fit de bonnes affaires et fit venir ses jeunes frères. Et voilà pourquoi je suis né à Tiaret !

à suivre.O.

20 novembre 2014

Une voix du passé

OMBRE

   Des passants. On ne nous reverra pas sur ces routes,/ pas plus que nous n'avons revu nos morts / ou seulement leur ombre...

                       Philippe Jaccottet
                   A la Lumière d'hiver,
Poésie / Gallimard p 117


  Pas plus que nous n'avons revu nos morts...
  Et pourtant...

  J'ai ouvert un gros cahier. Mon père y a couché ses souvenirs.Son histoire. Ses pensées.
  Il a écrit soigneusement, comme toujours. Son écriture patiente et régulière d'instituteur du vieux temps.
  218 pages. Recopiées avec soin, patiemment, en plusieurs exemplaires. Toujours 218 pages, sauf pour quelques cahiers, sans doute des ébauches, qui en comptent un peu moins.
  J'en ai lu quelques passages.Il a écrit pour nous, ses enfants et petits-enfants.J'ai lu, et il était là. Mon père était là, à côté, ou derrière mon épaule.J'entendais sa voix. La voix d'une ombre, une ombre qui parle.
  Je vais lire les 218 pages.Et puis je vais les distribuer à celles et ceux qui l'ont connu. C'est ce qu'il aurait voulu.

         27 août 2014