Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 juin 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye (1.36)

Je relis une dernière fois l'extrait donné par Poezibao : commentaires entre parenthèses

 
1
 
CENDANT allègres en avant arpentant portant pas lourd
    plaquant pente laissant (divers jeux sur les sonorités, (il y en a beaucoup d'autres que je vous laisse le plaisir de débusquer... -ant, mots en "a" en contrepoint de l'absence (?) du "a" dans le mot initial : "(as)cendant ? -Ensuite, un peu de "couleur locale" avec "la kirke") la kirke (l’église trad.) empruntant Moldeli
    etikett rang de jaune forsythia les cerisiers au point de fleurir
    grimpant rue Langmyr (Je n'ai pas trouvé "la Molde", que PBV semble traiter comme le nom d'une rivière. Mais "Molde" est le nom d'une ville norvégienne située au bord d'un fjord du même nom  au climat assez doux - d'où les noms de fleurs printanières) jusqu’au pont à main gauche bonbons ifa
    enfilant la lente sente en blancs bouleaux remontant
    la Molde virulente ("la Molde" serait un torrent impétueux ? Je n'ai pas trouvé d'indice d'une telle interprétation.Les mots en capitales - Moldeli ETIKETT, BONBONS IFA, etc... ) semblent des inscriptions -notamment publicitaires- lues par Schwitters au cours de sa promenade aux confins de la ville et de la campagne. "La longe crescente" mérite un arrêt. La longe est la corde qui sert à guider un cheval au manège - qui le force donc à rester dans une aire limitée. Or Schwitters est à peu près dans cette situation, en Norvège, par rapport à la menace nazie. Quant à "crescente", je ne vois que "cescendo". Schwitters se permettrait donc un élargissement de son aire de liberté...)
 
la longe crescente début ultimes maisons sur la butte pakett
    de sigarette prince rain primes violette sous émondes ( les "émondes" sont le résultat d'un émondage, donc les branches tombées à terre. "Rain", la pluie? "Primes", qui évoque "primevères", est ici tout simplement "premières". Deux lignes plus bas, "bronde" est donné comme une contraction de "brune' et 'blonde" en haute coiffure, ici cela semble une bière entre brune et blonde, mais est-ce que le néologisme existait au moment où PBV écrit? )
    avant-bois abords tout droits avant que s’effiloche le milieu du temps
    noisetiers à gauche du sentier halte pour une bronde fraîche
    un bon bâton de marche pointu – année de noisettes
    année de fillettes – c’est parti voilà l’autre monde plume de
    geai (stries du geai noir blanc bleu ourlé de blanc) l’ombre
    respirée sous bouleaux et sapins l’eau en contrepoint
    entendue bien entendu au fond à main droite anémones
    en fleurs massifs à brimbelles de part et d’autre en avant
en avant un chablis barre le chemin ensuite un caus brisé rachié (Cascade de mots étranges, brimbelles, chablis, caus, rachié...Le premier est un nom de l'airelle ou myrtille. Le second un arbre arraché, racines en l'air, comme on en voit après le passage d'une tornade. "Caus" semble désigner aussi quelque chose comme un arbre, mais je n'ai rien trouvé dans ce sens. Quant à "rachié" ( rachis? rachitique? une sonorité qui évoque aussi "arraché" ) je donne ma langue au chat.)
    « une cathédrale » dans la cathédrale tout un arbre momie une
    âme d’arbre « une cathédrale » – non disdon une domkirke –
    blanc de bouleau croisée de grapillons les chemins se
    bifurquent sous Damefallet (la cascad des dames trad.) (la cascade)
    forêt réitérée le raidillon se dilate graniteux racineux
    d’ossements de monts arrêt cœur battant qui bat qui bat en
    arrière rien encore à venir là-devant Høyer-Finn ressemblant
    au héron – Héron-Fin – imitant la scie Schwitters si taillant
    sa baguette de noisetier la cernant ziuu ennze ziuu ennze
    (prouesse) plus haut le flanc dégarni reprise des deux jøtuls
    de plus belle Schwitters chancelant sa proue de semelle
    gauche décollée sous cuir rouge cette fois pas de liant à collage
    (eau + farine huile sucre café ne se conservent pas l’hiver)
les bruyères (Erika, trad.) substituées aux brimbelles les bouleaux
    au fur ( je ne connais qu'un autre emploi de "au fur", c'est de Perec dans 'la Disparition", s'interdisant l'emploi du "e" et ne povant écrire "et à mesure") plus malingres – brohons – blocs de pierre
    heurtant les pieds les écoules obligeant aux écarts le cœur
    qui va qui va vitesse grand V doublevant essoufflement
    émouvement – c’est quoi un paysage émouvant ? – les
    dégoulines assoiffent la montagne transpire blouse de boue
    bleue du gris granite filets layons d’eau chuinteuse qui
    sourdent de trous d e vie renouveau vigueur du printemps  ( quand on s'est promené en montagne au moment de la fonte, dans un printemps ruisselant d'eaux courantes, on reconnaît la justesse du tableau.  Ensuite, le jeu de mots "humilité /humus, ou plus bas tour:contour est un peu facile et gratuit !) )humilité
    issue de l’humus eau touchant terre et touchant air à son tour
    sans contour la Molde oubliée revient en force bien entendue
    (à la rigueur) le chemin s’en rapproche grave
    traversée pierre par pierre elle rhée ( langue au chat. Il y a bien "Rhéa", déesse-mère primitive de la mythologie grecque, mais c'est difficile à intégrer...) avec fermeté le flanc
    s’est dénudé le ru (ruisseau, dans un registre  un peu archaïque ou dialectal) roule en spirale les r de roches (accent hanovrien)
    e relief reparaît asséché Schwitters en arrêt
    etourné tout retourné contemplant son île –/ i /reflet du je
    au Romsdal – le galbe à son aile droite d’un iota cachée
    par l’arête au premier plan
[…]

 
Patrick Beurard-Valdoye, Le Narré des îles Schwitters, Al Dante, 2007, p. 39

  Je ne nierai pas un certain plaisir dans la lecture de cette prose poétique, mais sans aller jusqu'à l'enthousiasme poezibaien ou sitaudisien.  Un texte qu'on doit lire le dictionnaire à la main ne peut pas être autre chose qu'un divertissement élitiste.
  A bientôt pour de nouvelles lectures contemporaines.
 
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com/

Les commentaires sont fermés.