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28 mai 2014

Dialogue (5)

sur sitaudis

 

La danse d'Echo. par Oscarine Bosquet

Narcisse t'a laissé une voix pour que résonne
chacun de ses mots
fait ton corps
écho
le rythme
de ses tendres ordures articule
les os de ton squelette
décale aux hanches tes pas
tu boîtes
sans comprendre
les mots que tes os
dansent pour lui.


Escandille
C'est là ou on se sépare de son image..le corps est en dissonance avec le mental?
La composition du poème est bien structurée,avec un rythme dynamique comme une boucle parfaite. Le poème est plein d'allégresse pour "une danse" des os qui n'est pas" macabre".



Orlando
Oui, l'idée du corps est centrale, mais je n'y vois pas une dissonance, plutôt une relation de communication : le texte nous dit que les os sont chargés de traduire en mots  la parole de Narcisse. Mais cet effort ne va pas sans... dissonance, puisque "tu boîtes", puisque cette "voix"  "décale aux hanches tes pas" . Chez Bernard Noël on trouve cette même relation très marquée du poème au corps, et surtout aus os .
  Noter aussi que le poème est un rapport du Moi à lui-même (Narcisse) , ce qui pourrait faire une bonne définition de la poésie lyrique.

 

 

 

E.

Voici en écho le poème de Juan Gelman dont on avait parlé il y a quelque temps:

Verdad es
 
Cada día
me acerco más a mi esqueleto.
Se está asomando con razón.
Lo metí en buenas y en feas sin preguntarle nada,
él siempre preguntándome, sin ver
cómo era la dicha o la desdicha,
sin quejarse, sin
distancias efímeras de mí.
Ahora que otea casi
el aire alrededor,
qué pensará la clavícula rota,
joya espléndida, rodillas
que arrastré sobre piedras
entre perdones falsos, etcétera.
Esqueleto saqueado, pronto
no estorbará tu vista ninguna veleidad.
Aguantarás el universo desnudo.
 
Juan Gelman


O.
Je tente une traduction - sans dico- comptant sur Escandilla pour guider mes pas hésitants :
 

 



C'est vrai

Chaque jour davantage
J'approche de mon squelette
il se montre avec raison
je l'ai mis dans les bonnes et dans les moches sans jamais rien lui demander
et lui toujours en train de me questionner sans voir
comment était la chance ou la malchance
sans se plaindre, sans
distances éphémères de moi.
Maintenant qu'il ôte presque
l'air tout autour,
que pensera la clavicule cassée,
bijou splendide, genoux
que j'ai déchirés sur des pierres
entre de faux pardons, etcetera.
Squelette sorti, rapidement
aucune velléité ne troublera ta vue.
Tu saisiras l'univers nu.


( quelques erreurs, sans doute. Mais c'est magnifique ! )

 

le blog de la Micronésie poétique
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27 mai 2014

Chaque jour

 

 

[Ils ont dit à Leda]

 

 

 


Ils ont dit à Léda qu'elle n'aurait pas dû serrer ainsi le cou de son amant ; elle a dit
qu'elle n'en était pas sûre mais qu'il lui semblait bien qu'il le lui avait demandé.
C'est absurde ! N'était-il pas bon avec vous, ne venait-il pas vous voir
chaque soir et...? – Oui, justement, je me souviens, il parlait de tout et de rien,
de cyclones et d'anticyclones, d'élections et de corruption, de séduction, de reddition,
de seins en silicone, de la mafia, du F.M.I. des défilés de mode et de la fin du monde,
de haute technologie, des naissances en série, de milices, de missiles, de crack, de clones,
de sondage, de son et d'image et, tiens, c'est là, je me souviens, quand il a parlé d'

 

IMAGE,
il a eu ce regard qui me suppliait de l'aider et son cou s'est tendu pour appeler mes mains ;
 ou bien c'est peut-être juste avant, quand il a remué ses ailes et que trois plumes
sont retombées mollement sur mes bas. (Après, il avait l'air soulagé.)

Florence Pazzottu

 sur Lyrikline
 
 

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26 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye.(1.34)

Suite du commentaire
(un bilan provisoire : Nombreux effets poétiques, mais la trame narrative est trop forte pour que le discours puisse être tenu pour autre chose que du récit , du roman - poétique, à la rigueur... )



à l'abri des
tempêtes du monde sa prescience lui indique qu'il portraiture
Helma pour la dernière fois une tension silencieuse les unit
autant qu'elle s'acharne à les éloigner un silence du même
ordre que le mutisme de la nuit dissimulant un secret toute île
est mystère épié espionné par d'étranges vaisseaux d'invisibles
sous-marins sur quoi il vaut mieux fermer les yeux (PBV s'efforce de créer une atmosphère mystérieuse et menaçante... Je trouve ses efforts un peu laborieux, mais c'est peut-être seulement mon sentiment...)

le tablier d'Helma par-dessus le damier du chemisier mains jointes
posées sur les genoux que fixe-t-elle absente regarde-t-elle
la cahute ? rien n'est plus proche que le monde intérieur
noué débordant d'indicible à l'orée de la mélancolie Helma
miroir du dedans tout le reste hormis la cahute empli du
mutisme cette colère du hors d'eux assourdie par
la pluie le soleil est bien de leur côté l'île-du-cœur (la métaphore de l'île s'enrichit d'un élément : le coeur) demeure un soleil
tant qu'Helma reste ici rien n'arrivera tant qu'il peint son aura
au bord de la fenêtre tant que le cœur tient d'ailleurs
bon signe le chat est encore monté sur ses genoux ce matin
à cette même place quand on songe que l'auguste et
dégénéré W s'est assis là et qu'à présent c'est le peintre-princier
qu'on traite de dégénéré là-bas Schwitters trempe le pinceau dans
un peu de rouge pour signer en bas à droite KS 39 ( nous voilà renseignés sur l'année : 1939 )


bon bain bon repas à l'hôtel Alexandra le dimanche le tout
troqué en tableaux mais d'abord la correspondance en attente
les bavardages avec Rasmussen bons contacts avec
touristes copie de poèmes sur papier à entête et le soir
rendant visite à ses amis Schwitters s'y rase et mange les
harengs marinés au vinaigre de madame Falkenthal dont il
raffole (tableau intimiste : un exil qui ressemble à des vacances...) le voilà hors de lui affolé rumeurs : serait un espion
allemand Falkenthal l'a entendu dire [Schwitters] Tu me crois
espion ? [madame Falkenthal] Si tu l'étais ça ne se verrait
pas sur ton visage c'est vrai un espion ne ressemble
jamais à un espion mais s'il s'agit de Schwitters ne pas se
faire de bile plutôt voir avec le chef de la police comment
couper court à ce bruit
la police l'avait déjà soupçonné mais Falkenthal Hoel H¯yer-Finn
et d'autres avaient témoigné - une expérience
enrichissante - Nous jouons nous jouons le gros lot est un
élégant lion (???) ou une convocation au poste(Comment peut-on qualifier "une convocation au poste" de "gros lot" ? ) Nous jouons
jusqu'à ce que la mort nous emporte

Résultat : A mon avis, le bilan provisoire se confirme : nous sommes dans un roman ( ou une biographie, une biographie romancée... ) teinté de notes poétiques. O.



 

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25 mai 2014

Chaque jour

La danse d'Echo. par Oscarine Bosquet

Narcisse t'a laissé une voix pour que résonne
chacun de ses mots
fait ton corps
écho
le rythme
de ses tendres ordures articule
les os de ton squelette
décale aux hanches tes pas
tu boîtes
sans comprendre
les mots que tes os
dansent pour lui.

 
 
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24 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye (1.34)

 

Eh bien donc, en chasse ! Pointer et identifier les "effets poétiques"  ( qui peuvent aussi bien être d'ordre syntaxique que lexical, rhétorique ou même visuel...) - commentaires dans le texte.

quant au portrait d'une dame davantage de risques toujours des
difficultés des imprévus Schwitters plus à l'aise (absence de ponctuation. Ce sont les poètes du début du XXème siècle , Apollinaire notamment, qui ont introduit cet "effet")avec les
hommes des ils sinon l'île  ( jeu sur "ils/île) sur Hjert¯ya  (étrangeté du nom -toponyme?- avec le tiret "perché" ) l'alchimie aurait dû
prendre le secret  (étrangeté de l'expression : on dit habituellement "dévoiler le secret", ou "découvrir le secret" )d'une île c'est le secret de l'espace mêlé à
celui des femmes (métaphore : île = femme) Schwitters n'a jamais pu peindre qu'Helma
elle le comprend elle le pressent Assieds-toi là au bord  (toujours l'absence de ponctuation, avec ici un problème à résoudre : le changement de locuteur , de l'auteur au personnage - Schwitters-. PBV le résout avec la majuscule : Assieds-toi...)
de la fenêtre incline la tête vers le dehors légèrement
haut de chambranle vert amande dominé de rose bas de
chambranle jaune de naple traînée rose derrière la chevelure
dans l'entre-deux un tournesol soleil d'Helma - l'île
est un soleil que l'espace inattentif écrase en absence
d'Helma (métaphore complexe, île, soleil, tournesol, bonheur -amour? ) - tache vanille dans le creux du menton et pointe
de vert dans l'iris encore au coin de l'œil Schwitters en
blouse blanche si proxime (étrangeté du vocable) la présence d'Helma imprimée
sur contreplaqué  (on passe de la présence vraie à la présence représentée dans une sorte d'oxymore où l'absence devient présence), au rythme de l'averse mordant sans
désemparer le bois de la maison Hoel isolant la chambre la
séance de peinture isolant l'île  (jeu sur île / isolement - en Italien, île = isola-, rappelant que cet isolement est une protection - Schwitters pourchassé par le nazisme, réfugié en Norvège - mais que les îles sont assiégées par les tempêtes ) reliée au continent par un
mystérieux cordon ombilical que la tempête tente de rompre
comme si le combat vivant entre terre et mer se ravivait
rappelant les origines que se prépare-t-il pendant notre
sommeil quelles eaux démentielles s'annoncent ?
se pourrait-il que Schwitters peigne l'ultime portrait d'Helma ? ( dramatisation : une issue fatale n'est pas exclue)
tant qu'il œuvre rien d'autre ne surviendra le peintre-princier
ne réside pas sur une île déserte il n'a planté aucun
drapeau dès accostage l'île qui est manque n'est jamais
oubli Hjert¯ya est habitée de mémoires d'hommes - même
de l'auguste et altier W. aujuste ( mystérieux personnage, qui se révélera inquiétant - et mystérieux vocable : aujuste?  est-ce une coquille d'impression pour "au juste" ? Mais on dirait plutôt "tout juste". ) descendu de son yacht -
chaque île traversée d'un langage prétendu dissonant  (ici se renforce  l'opposition île /continent, de même que l'opposition des langages , le "langage prétendu dissonant" désignant sans doute ce que les nazis qualifiaient d' "art dégénéré")   sur le
continent à l'image de ses narrés grotesques l'île fréquentée
par un créateur l'île est le créateur Schwitters sans traquer le
mythe de l'origine poursuit une neuvoie ( le mot le plus mystérieux de la page ! Littré lui-même ne le connaît pas. je l'ai trouvé seulement dans un

Dictionaire françois de la langue oratoire et poétique, suivi d'un vocabulaire de tous les mots qui appartiennent au langage vulgaire

édité en 1822.Dans un exemple, lui-même assez obscur,l'auteur laisse deviner un sens qui pourrait être "chercher à donner l'apparence de...". Ici, PBV semble nous dire  que l'oeuvre présentée est radicalement neuve . Est-ce qu'il faut y voir le mot allemand "neu" (nouveau) ? On pense aussi à une strophe de neuf vers, un neuvain...)

A suivre

à l'abri des
tempêtes du monde sa prescience lui indique qu'il portraiture
Helma pour la dernière fois une tension silencieuse les unit
autant qu'elle s'acharne à les éloigner un silence du même
ordre que le mutisme de la nuit dissimulant un secret toute île
est mystère épié espionné par d'étranges vaisseaux d'invisibles
sous-marins sur quoi il vaut mieux fermer les yeux

le tablier d'Helma par-dessus le damier du chemisier mains jointes
posées sur les genoux que fixe-t-elle absente regarde-t-elle
la cahute ? rien n'est plus proche que le monde intérieur
noué débordant d'indicible à l'orée de la mélancolie Helma
miroir du dedans tout le reste hormis la cahute empli du
mutisme cette colère du hors d'eux assourdie par
la pluie le soleil est bien de leur côté l'île-du-cœur demeure un soleil
tant qu'Helma reste ici rien n'arrivera tant qu'il peint son aura
au bord de la fenêtre tant que le cœur tient d'ailleurs
bon signe le chat est encore monté sur ses genoux ce matin
à cette même place quand on songe que l'auguste et
dégénéré W s'est assis là et qu'à présent c'est le peintre-princier
qu'on traite de dégénéré là-bas Schwitters trempe le pinceau dans
un peu de rouge pour signer en bas à droite KS 39

bon bain bon repas à l'hôtel Alexandra le dimanche le tout
troqué en tableaux mais d'abord la correspondance en attente
les bavardages avec Rasmussen bons contacts avec
touristes copie de poèmes sur papier à entête et le soir
rendant visite à ses amis Schwitters s'y rase et mange les
harengs marinés au vinaigre de madame Falkenthal dont il
raffole le voilà hors de lui affolé rumeurs : serait un espion
allemand Falkenthal l'a entendu dire [Schwitters] Tu me crois
espion ? [madame Falkenthal] Si tu l'étais ça ne se verrait
pas sur ton visage c'est vrai un espion ne ressemble
jamais à un espion mais s'il s'agit de Schwitters ne pas se
faire de bile plutôt voir avec le chef de la police comment
couper court à ce bruit

la police l'avait déjà soupçonné mais Falkenthal Hoel H¯yer-Finn
et d'autres avaient témoigné - une expérience
enrichissante - Nous jouons nous jouons le gros lot est un
élégant lion ou une convocation au poste Nous jouons
jusqu'à ce que la mort nous emporte

 

 

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dialogue (4)

 Escandille

C'est intéressant de voir l'évolution à chaque époque.

 

Orlando

Oui, un peu triste aussi. Quand on songe au triomphe de la poésie lyrique  il n'y a pas si longtemps, avec les Hugo, Lamartine, Musset, Nerval, Baudelaire, Rimbaud et tant d'autres, et à ce qu'elle est devenue aujourd'hui ! Il n'y a plus qu'un Jean-Michel Maulpoix pour brandir encore le pavillon de la poésie lyrique, faisant penser bien davantage au radeau de la Méduse qu'au Porte-avions Charles de Gaulle !

23 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye (1.33)

 " C'était un vaste royaume, divisé en trois principautés : poésie épique, poésie lyrique, et poésie dramatique. Molière, Racine Corneille étaient des poètes dramatiques ( tragiques ou comiques)."

  Petite correction : chez Aristote - et chez Boileau itou - la poésie lyrique n'était qu'une modeste baronnie. Il n'y a qu'à regarder au XVII ème siècle la place qui lui est accordée : un strapontin, alors que la poésie dramatique se pavane en fauteuil pullman .

  Ironie de l'histoire (littéraire) ,après un passage au purgatoire ( le XVIII ème siècle ) où elle paye d'un long oubli le dédain où l'ont tenue les classiques, elle triomphe au XIXème avec les Romantiques, les Symbolistes et toutes les petites écoles qui foisonnent en fin de siècle. De dernière, elle devient première ! Le XX ème voit bouillonner l'invention, avec de nouveaux langages poétiques et le brassage de la prose et du vers. Le sonnet de papa, c'est bien fini , malgré les louables efforts d'une poignée de nostalgiques !

22 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye (1.32)


" Nous sommes devant un ouvrage qui semble plus proche du roman, ou de la biographie romancée, que du poème..", disais-je...
 
  Mais qu'est-ce qu'un poème? Eternel débat.
Ajoutons-y notre grain de sel.
Aujourd'hui, les auteurs intitulent souvent leurs recueils "poèmes". Plus guère "poésies", comme il y a peu. Mais les écoliers disent encore "poésies" : "Je dois apprendre ma poésie".
  Pour y voir un peu clair, il faut remonter à Aristote, et à notre XVII ème siècle, qui ne jurait que par ce philosophe grec. Eh bien, qu'était la poésie pour Aristote, et pour Boileau ?
  C'était un vaste royaume, divisé en trois principautés : poésie épique, poésie lyrique, et poésie dramatique. Molière, Racine Corneille étaient des poètes dramatiques ( tragiques ou comiques). 
  Si nous suivons cette classification, Baudelaire, Rimbaud sont des poètes lyriques, Beckett et Ionesco sont des poètes dramatiques et ... Ronsard, Voltaire se sont essayés à la poésie épique ;mais leurs Henriade et autres Franciades, conçus sur le modèle de l'Enéide, sont aujourd'hui bien oubliées. On dit que "les Français n'ont pas le tête épique". 
  Cette vision aristotélicienne est totalement dépassée, par l'apparition  de formes nouvelles dans la littérature : le Roman, le Récit, la Nouvelle, la Biographie, l'Essai et bien d'autres... Et nos auteurs semblent se faire un malin plaisir à brouiller les frontières : la poésie vient se mêler au roman  (l'Ecume des jours, par exemple ) et on trouve de plus en plus d'ouvrages en prose qui se présentent sous le label "poésie" alors qu'on n'y trouve pas l'ombre d'un vers, d'une rime, d'une image poétique. Mais... est-ce bien certain? De la Poésie ne se cacherait-elle pas sous cette Prose?
  Ce sera le sujet de notre prochaine causerie. A bientôt.
 
 

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21 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye (1.31)

La biographie de Schwitters nous apprend qu 'il était peintre, sculpteur et poète, qu'il a participé à la naissance du mouvement dada en Allemagne dans les années 20 puis qu'il a créé son propre mouvement d'avant-garde, Merz . Dans les années trente, considéré comme un "artiste dégénéré" (ainsi que tous les créateurs contemporains) par les nazis, il se réfugie en Norvège (1937), puis lorsque ce pays est envahi par la peste brune, en Angleterre (1946) où il meurt en 1948.

  Dans ce premier extrait, Patrick Beurard-Valdoye ( PBV) nous montre l'artiste au travail, avec son modèle, dans un cadre apparemment paisible (soleil, couleurs...) mais qu'on devine miné par une sourde inquiétude ( isolement, îles battues des tempêtes) De même ; l'entourage humain est apprécié, ou aimé ( Helma, Rasmussen, Mme Falkenthal) sauf pour l'inquiétant W, venu sans doute à bord d'un yacht. . A mesure qu'on avance dans la lecture, le climat est de plus en plus inquiétant, et le danger devient imminent. La signature qu'il appose au bas du tableau ( KS,39) nous apprend qu'il est en Norvège depuis deux ans. C'est un réfugié politique , et son inquiétude se comprend aisément, pour nous qui assistons de nouveau à la montée des pulsions de haine.

  La progression dramatique est bien menée, mais... est-ce qu'on peut parler de poésie? L'auteur lui-même ne semble pas y penser, puisqu'il intitule son livre "Narré" (comme on disait au Moyen Âge "Dict" , ou "Devisement", ou "Kitab" ( livre) comme disent les Arabes.Nous sommes devant un ouvrage qui semble plus proche du roman, ou de la biographie romancée, que du poème...O.

 
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19 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye.(1.30)

Un premier travail d'approche donne des résulttats plutôt décevants.Les recherches sur les noms propres (à part Schwitters, bien connu) ne donnent rien de précis. Qui est Helma? Peut-être sa femme, mais elle peut aussi bien être sa fille, sa soeur, une amie... Qui est Rasmussen? Peut-être l'explorateur danois, qui a contribué à faire connaître les esquimaux...Qui est madame Falkenthal, qui est l'auguste et dégénéré W, mystère.. Ce qui reste, c'est l'impression d'avoir lu un fragment romanesque, où un peintre nommé Schwitters peint le portrait d'une femme dans une île ou dans un pays touristique  parsemé d'îles assiégées de tempêtes, tout en mangeant des harengs marinés au vinaigre... C'est un peu maigre, mais une analyse plus fouillée nous en apprendra peut-être plus...O.
 
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Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye.(1.29)

et voici l'extrait n° 1, sur sitaudis :
 





quant au portrait d'une dame davantage de risques toujours des
difficultés des imprévus Schwitters plus à l'aise avec les
hommes des ils sinon l'île sur Hjert¯ya l'alchimie aurait dû
prendre le secret d'une île c'est le secret de l'espace mêlé à
celui des femmes Schwitters n'a jamais pu peindre qu'Helma
elle le comprend elle le pressent Assieds-toi là au bord
de la fenêtre incline la tête vers le dehors légèrement
haut de chambranle vert amande dominé de rose bas de
chambranle jaune de naple traînée rose derrière la chevelure
dans l'entre-deux un tournesol soleil d'Helma - l'île
est un soeil que l'espace inattentif écrase en absence
d'Helma - tache vanille dans le creux du menton et pointe
de vert dans l'iris encore au coin de l'œil Schwitters en
blouse blanche si proxime la présence d'Helma imprimée
sur contreplaqué au rythme de l'averse mordant sans
désemparer le bois de la maison Hoel isolant la chambre la
séance de peinture isolant l'île reliée au continent par un
mystérieux cordon ombilical que la tempête tente de rompre
comme si le combat vivant entre terre et mer se ravivait
rappelant les origines que se prépare-t-il pendant notre
sommeil quelles eaux démentielles s'annoncent ?
se pourrait-il que Schwitters peigne l'ultime portrait d'Helma ?
tant qu'il œuvre rien d'autre ne surviendra le peintre-princier
ne réside pas sur une île déserte il n'a planté aucun
drapeau dès accostage l'île qui est manque n'est jamais
oubli Hjert¯ya est habitée de mémoires d'hommes - même
de l'auguste et altier W. aujuste descendu de son yacht -
chaque île traversée d'un langage prétendu dissonant sur le
continent à l'image de ses narrés grotesques l'île fréquentée
par un créateur l'île est le créateur Schwitters sans traquer le
mythe de l'origine poursuit une neuvoie à l'abri des
tempêtes du monde sa prescience lui indique qu'il portraiture
Helma pour la dernière fois une tension silencieuse les unit
autant qu'elle s'acharne à les éloigner un silence du même
ordre que le mutisme de la nuit dissimulant un secret toute île
est mystère épié espionné par d'étranges vaisseaux d'invisibles
sous-marins sur quoi il vaut mieux fermer les yeux

 

le tablier d'Helma par-dessus le damier du chemisier mains jointes
posées sur les genoux que fixe-t-elle absente regarde-t-elle
la cahute ? rien n'est plus proche que le monde intérieur
noué débordant d'indicible à l'orée de la mélancolie Helma
miroir du dedans tout le reste hormis la cahute empli du
mutisme cette colère du hors d'eux assourdie par
la pluie le soleil est bien de leur côté l'île-du-cœur demeure un soleil
tant qu'Helma reste ici rien n'arrivera tant qu'il peint son aura
au bord de la fenêtre tant que le cœur tient d'ailleurs
bon signe le chat est encore monté sur ses genoux ce matin
à cette même place quand on songe que l'auguste et
dégénéré W s'est assis là et qu'à présent c'est le peintre-princier
qu'on traite de dégénéré là-bas Schwitters trempe le pinceau dans
un peu de rouge pour signer en bas à droite KS 39

 

bon bain bon repas à l'hôtel Alexandra le dimanche le tout
troqué en tableaux mais d'abord la correspondance en attente
les bavardages avec Rasmussen bons contacts avec
touristes copie de poèmes sur papier à entête et le soir
rendant visite à ses amis Schwitters s'y rase et mange les
harengs marinés au vinaigre de madame Falkenthal dont il
raffole le voilà hors de lui affolé rumeurs : serait un espion
allemand Falkenthal l'a entendu dire [Schwitters] Tu me crois
espion ? [madame Falkenthal] Si tu l'étais ça ne se verrait
pas sur ton visage c'est vrai un espion ne ressemble
jamais à un espion mais s'il s'agit de Schwitters ne pas se
faire de bile plutôt voir avec le chef de la police comment
couper court à ce bruit
la police l'avait déjà soupçonné mais Falkenthal Hoel H¯yer-Finn
et d'autres avaient témoigné - une expérience
enrichissante - Nous jouons nous jouons le gros lot est un
élégant lion ou une convocation au poste Nous jouons
jusqu'à ce que la mort nous emporte
 
 
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Chaque jour

 

éclats d'éveil par Julien Blaine

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Le commentaire de sitaudis.fr Extrait choisi (et trop mal reproduit) dans l'un des très petits opuscules que le grand poète phocéen publie régulièrement depuis sa "sortie de quarantaine".

Le commentaire d'Orlando
Enfin, un texte facile à mémoriser !
Julien Blaine marque sans doute ainsi son dédain pour l'écrit. Sa prédilection va plutôt à l'oralité et, surtout, à la performance, qu'il a d'ailleurs abandonnée il y a quelques années. L'une de ses dernières consista à se laisser rouler du haut en bas de l'escalier monumental de la gare Saint Charles à Marseille.

  Le microcosme de la poésie française contemporaine est périodiquement agité par la guéguerre entre les inconditionnels de la poésie écrite et les fanatiques de l'oral et de la performance multi-arts, dont Julien Blaine est un des chefs de file.

18 mai 2014

Lectures contemporaines : Patrick Beurard-Valdoye.(1.28)

  La présentation;sur Sitaudis ( dithyrambique, il faut dire... Mais celle de Poezibao l'est encore plus !) d'un livre assez  récent (2007) de Patrick Beurard-Valdoye. Nous disposons de deux extraits, assez longs, que nous étudierons sous toutes les coutures . Je les ai lus, et je reconnais que ça me semble très prometteur...)

Le Narré des îles Schwitters de Patrick Beurard-Valdoye, extrait

"Ni fiction ni récit ni essai biographique, le narré est un dispositif susceptible d'arracher l'écriture au référent d'archives ou d'enquête, les fondements de l'ouvrage, pour lui conférer l'autonomie et la verticalité des arts poétiques : en prose, en prose cadencée, en versets, en vers, jusqu'au poème visuel et aux "récitclages".
C'est ainsi, on ne peut plus clairement et sur la 4° de couverture, que Beurard-Valdoye présente son art du Narré.
Il faut ajouter qu'il nous offre là un livre majeur, d'une très grande beauté et qu'il maîtrise une puissance d'évocation sans équivalent aujourd'hui.
Kurt Schwitters y devient le Héros persécuté mais non magnifié du seul récit épique possible, celui que l'auteur arrache aux failles de l'histoire.
Nous remercions l'auteur et l'éditeur de nous permettre de publier l'extrait ci-dessous.

(à suivre)

Lectures contemporaines : Philippe Beck .( 8.27)

Pour en finir (provisoirement) avec Philippe Beck, je reviens (brièvement) sur cette comparaison entre  Lyre d'& (le plus récent) et Dans de la nature (le plus ancien).
 
Pour le plus ancien (2003)  la technique de lecture requise n'est pas très différente de celle mise en oeuvre pour lire un sonnet de Mallarmé : Un professeur, préparant des candidats à l'agrégation," traduisait" littéralement, dans  "Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui"
 
le cygne : le poète
la blancheur de la glace : la feuille blanche
"l'horreur du sol où le plumage est pris" : le poète paralysé devant la feuille blanche
"les vols qui n'ont pas fui" : le reproche que se fait le poète de n'avoir pas répondu à l'appel de l'aventure ( "Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres..." )
et ainsi de suite. 
 
  Et ,ma foi, il n'avait pas tort, puisque tout dans cette poésie "hermétique"  semble nous mettre au défi de "donner un sens plus pur aux mots de la tribu" ("tombeau d'Edgar Poe") : pour chaque image, un sens . On pourrait presque faire un dictionnaire pour "traduire le mallarmé" 

  Dans Lyre d'& (2009), le "dictionnaire mallarmé" ne fonctionne plus, la technique de composition du texte a changé, la lecture doit changer aussi. Le poète -philosophe met en oeuvre les concepts derridiens de déconstruction-dissémination  pour mettre en demeure devant la "catastrophe" : le texte a été mis en pièces, il s'agit de le reconstruire , et pour cela de rassembler les morceaux épars. Sans compter  que ce n'est pas seulement un puzzle, puisqu'il reste de nombreux éléments qui n'entrent pas dans la cohérence reconstruite, mais qui jouent un rôle d'accompagnement, de mise en harmonie. On a l'impression d'une recherche tentant de reconstituer le fonctionnement de la pensée.
  Une conception du texte, et donc de la lecture , radicalement nouvelle !

 



 

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16 mai 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (8.26)

  Une comparaison intéressante avec le précédent, "Lyre d' &". Ici, le "matériel" semble beaucoup moins riche,  et  surtout le discours plus linéaire. Une signification assez claire se laisse deviner, alors que dans le précédent les fusées éclataient partout, et généraient des bouquets de possibles. Un espace à deux dimensions, après n dimensions. Ce qui n'est pas étonnant, si on remarque que "Dans de la nature" est de 2003, alors que "Lyre d' &" est daté 2009 : la lyre du poète s'est dotée de plusieurs cordes supplémentaires !
 

   "Une signification assez claire" ? allez-vous objecter avec moue sceptique... Bon, je donne mon interprétation, en reconnaissant qu'on peut la juger discutable :
  Il y a deux ou trois indices au départ , notamment dans ces deux vers :

l'arbre monétaire visible :
le poteau aux 10 000 écus actualisés ici.


  Le mot "monétaire" doit nous faire dresser l'oreille : il s'agit d'actualité, et d'actualité économique et politique. D'autre part, "visible" ou "vaste étendue" s'oppose à "apparence" , "heureuse" à "malheur", "refus" à "viabilité chantée". Egalement "arbre" opposé à "poteau", comme "nature" à "culture" on comme tradition  (gingko biloba, l'arbre aux mille écus, doté de mille pouvoirs plus ou moins imaginaires, et le "poteau " bien réel, avec ses "dix mille écus" qui ne sont pas de poétiques feuilles mortes mais des capitaux bien serrés dans des coffres forts)Les "chamanologues" sont les prétendus sorciers économiques du monde médiatique , ceux qu'on nous présente comme des "experts", toujours les mêmes, et qui chantent toujours la même chanson : économiser, travailler,réformer (pour le plus grand bien  de ceux qui ont déjà tout), rembourser la dette. On devine deux mondes parallèles : Le "Secteur Froid" , monstre économique qu'on a appelé aussi "monstre froid" ( parce qu'il ne connaît ni sentiment ni morale), et le "Grand Frigo inconscient", les peuples - vile plèbe à l'intelligence gelée (voir "les paroles gelées" chez Rabelais) -ici , "les yeux en pannes" - qu'on traite en peuplade crédule en lui faisant gober les salades des "chamanologues" : et en avant vers "la guerre des Andouilles" (encore Rabelais). O.
 

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15 mai 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (8.25)

Un dernier de PB, avant d'aller chercher un autre auteur

Dans de la nature

 par Philippe Beck

Chamanologues s'occupent d'Apparence
heureuse. Heureuse :
qui a du maintien exact.
Apparence heureuse dans le camp
ou la Vaste Etendue, Steppe
où se chamanisent les cris,
c'est-à-dire Secteur de transformation
des Refus en Viabilité chantée.
Solutions dans l'oxygène, le vert et le blanc.
Chamanologues s'efforcent
de tracer la silhouette statique
des " postes frontière " qui doivent empêcher
déséquilibre
et répondre à malheur insupporté.
Or, Secteur Froid diffère du Grand Frigo Inconscient
où les yeux en pannes
traversent le toit du hêtre,
l'arbre monétaire visible :
le poteau aux 10 000 écus actualisés ici.
Quand la nuque s'incline en arrière,
elle est le manche de l'oeil prometteur.
En haut, il y a les pièces éclairées
comme la description.

 

sur Sitaudis

Le recueil qui porte ce titre, "Dans de la nature", est de 2009

14 mai 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (7.24) Dialogue, 4

Chantal :/.../...c'est un paysage mais j'ai l'impression qu'il décrit un tableau..

Orlando : En effet, beaucoup de visuel dans le texte. Peut-être même une allusion à la peinture classique flamande, vers la fin. Mais comme on l'a remarqué, les références à la musique s'y trouvent aussi. Et puis il y a un tel brassage (littérature, mythologie, actualité...) qu'il me semble difficile de rester dans un tableau : c'est beaucoup plus dynamique, le cadre éclate, on est dans l'imaginaire poétique, la pensée en liberté, une expérience que nous faisons tous quotidiennement : s'il était possible d'enregistrer les pensées, sensations , images qui traversent l'esprit simplement en une minute, on obtiendrait... de l'Hyper-Beck !

Lectures contemporaines : Philippe Beck (7.24)

Et en revenant au titre , on retrouve régularité et rupture :

LYRE D' &

qu'on doit  lire.. comment?  Le "&" se lit "et", mais le signe qui représente ce mot est l' "esperluette". Ce qui est le nom du signifiant, alors que "et" est le signifié. Comment lire, donc, "Lire d'et" ou "Lyre d'esperluette" ? En tout cas, "Lyre", avec sa référence un peu vieillotte à la poésie "lyrique" , est nettement régularité, , tandis que "d'&" est rupture !

12 mai 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck .(7.23)

La question qui se pose maintenant est : de quel lieu s'agit-il? 
Trasimène évoque la campagne romaine, Planica les montagnes de Slovénie. Mais le géant aux cent mains, c'est la mythologie grecque, l'Île Sonnante la fantaisie rabelaisienne, corde et grille font se dresser la potence et l'ombre de la prison pour Villon le voyou cependant que Hermès-Villon évoque un curieux article signé Hermès, du collège François Villon à Chartres; et les "quatre fleuves de paradis" une mosaïque ancienne trouvée à Die (communication d'Escandille). Nous voilà perdus ! S'agirait-il d'un voyage aux nombreuses étapes, dans l'espace et le temps; dans la réalité et les chimères? Ou bien faut-il penser que Philippe Beck nous "balade" ? Une balade  non désagréable...O.
 

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11 mai 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck .(7.22)

 Régularités et Ruptures sont les deux clés ouvrant l'accès à un texte moderne.Les Régularités sont le fil d'Ariane rattachant le texte à la culture : ses règles, ses traditions, ses pratiques... Un texte sans régularités n'est pas un texte, c'est une suite de non-signes puisque les marques censées le constituer ne signifient pas. Inversement , un texte sans ruptures n'est pas moderne : non innovant, non créatif, il n'est que répétition du connu,  c'est à dire déchet. Les ruptures forcent l'émergence du nouveau, de la signification. Ce qui exige un travail de construction, puisque les ruptures sont déconstruction .
  Le repérage des régularités et des ruptures est  donc une bonne voie, mais il en est une autre aussi importante et à utiliser conjointement : c'est la répétition des lectures. Lire, relire et rerelire. Ainsi commence à se dessiner une silhouette, qui peu à, peu se précise pour donner sens au texte. Dans notre cas, il y a une phrase qui  avait échappé, et qui maintenant apparaît en pleine lumière :

Le plaisir non petit
de décrire ce paysage


  Elle dit avec évidence le sujet du poème : c'est un paysage. le plan du texte apparaît maintenant, son thème principal est le paysage, et tous les autres fonctionnent comme des harmoniques, en accompagnement, à l'instar de ce que nous avons vu pour Prologue.
A suivre !

 

 
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