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29 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (5.17)

Quelques commentaires :





XXI. Job fume d’impatience fleurie.

  le sans reproche ;
« également partagés d’ombre et d’immensité » (Faulkner) //

Le titre est un bel exemple de déconstruction; en même temps que de syncrétisme : des éléments venus d'isotopies diverses se recombinent, pour former une image apparemment dépourvue de signification mais non de charme.Le "sans reproche"  pourrait faire signe au "chevalier sans peur et sans reproche", mais Job n'est pas dispensé de la peur, et on ne voit pas ce que Bayard vient faire dans ce tableau biblique.Belle citation de Faulkner , participant à un décor d'images somptueuses (comme
Job est un château en Espagne aux bords de falaise. (En l’air du rebord.)
ou
La gratuité ? L’amour gratuit à bouche d’épée ? )
Noter l'interrogation, figure très souvent mise en oeuvre dans ces poèmes, comme pour nous signifier qu'il faut chercher, que l'auteur n'en sait pas plus que nous.


Un tas de rose fume. 
Un tas d’érable pilé fume. 
Un tas de fumées en éprouvante

déconstruction : les tas matériels ( de rose, d'érable...) deviennent "tas de fumées"
syncrétisme lexical : le mot-valise



écarte des cinq cents paires de bovins, 
sept mille ovins, trois mille chameaux, 
cinq cents ânesses. 
Et une domesticité fort nombreuse.


Job était très riche, puis il a tout perdu, y compris sa famille, se retrouvant pauvre et abandonné


Et une domesticité fort nombreuse. 
Et une solidité nombreuse,  
une limpidité solide,


Le suffixe "ité" semble faire le lien.
Glissement déconstructif : on passe d'un assemblage plausible ( domesticité nombreuse) à d'autres parfaitement improbables.



Et un fort à fumet de rose. 
Un frémissement gratuit ? 
La gratuité à vie de prier, de ne pas craindre l’écart ? 
La gratuité ? L’amour gratuit à bouche d’épée ? 
Je parlais de l’humilité déraisonnable 
à vouloir engloutir le fadeur de la rose gratuitement. 
Mais elle doit jeter de la poussière sur la rose


Ici c'est la gratuité qui fait le lien. Interrogations. Image fulgurante.

Les paupières de l’aube, les paupières 
de l’aspiration à mieux que des arbres et des derricks. 

Encore une très belle image. Chez Homère, c'est "l'aurore aux doigts de rose".  Choc du mot technique  et de la chronologie : avec "derrick", on fait un bond des temps bibliques à ceux des barils de brut ! Les arbres sont peut être ceux que les monarchies pétrolières font pousser à grands frais dans le désert. C'est peut-être là que tombe en ruines le rêve biblique.


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Lectures contemporaines : Philippe Beck (5.16)

Dialogue (2)


Chantal

j'aime beaucoup ce texte même si plein de zones obscures subsistent, mais il me parle vraiment. D'accord avec toi pour langage primitif dans l'absence de déterminants mais aussi cela crée des entités qui correspondent à l'imagerie du conte.Et colle aussi à notre imaginaire. J'adore "terribilité"! Par contre je ne comprends pas:"Durabilité de la neige demande une critique?" Est-ce que là on revient au monde adulte?...

72. Neige

 par Philippe Beck

Hiver descend de la neige.
Masse de neige antique.
Elle est réchauffée lentement.
C'est un blanc froid.
Avec les terribilités.
Une beauté à distance.
Dehors, bois de chauffage
que demande la Vie Dedans.
Luge porte le bois.
Actionnée.
Loisir polit
bouton de rose
ou double surface dans le jeu,
et le pont du souvenir
de silences d'enfance.
Futur jouet est courbé.
L'Impossibilité Jouet.
Il avance dans des rudesses.
Vers maison.
Joujou du pauvre
au pays de la neige constante.
Durabilité de la neige
demande une critique ?
Luge porte aliment du feu utile.
Avant l'huile de pierre.
Matière chauffe matière.
Elle éclaire.
Bois et fer lugent le bois.
L. est besoin dans vie rude.
Froid arrête dehors,
là où continue Limpidité
parfois.
Un homme fait un feu intermédiaire.
Dans l'air sec et dur.
Homme enlève de la neige
en chemin.
Il critique la neige ?
Dessous, il y a une clé d'or.
Comme sous le champ au printemps ?
La serrure est loin dans l'apparence.
C'est une clé seule en hiver.
Homme creuse dans de la terre.
Il y a une cassette de fer.
Montagne miniature.
Serrure est dure à voir.
Des yeux doivent s'employer.
Serrure est discrète d'un côté.
La clé aime le côté.
Tour de clé infini
se précise.
Rhumain trouve la manière
de tourner la clé.
Chercherie en hiver.
Eté fait oublier la clé ?
Et le vent sévère ?
Pronom Personnel est dedans.
Il est quelqu'un ou la clé ?
Conte est la serrure infinie
maintenant.
D'où son entretien.


D'après « La clef d'or »


Orlando

Cette phrase en effet nous pose des problèmes, comme beaucoup d'autres d'ailleurs - comme toutes, j'ai envie de dire... Je crois qu'en lisant Philippe Beck, il faut oublier Descartes. En bons rationalistes, nous voulons un sujet, un verbe, un complément, qu'une phrase suive la précédente et que tout soit logique. Mais notre poète casse le fil narratif ou descriptif, embrouille les fils de l'ouvrage et laisse son tableau se former au sein d'une sorte de brouillard. C'est un philosophe de formation, et là manifestement on est en pleine "déconstruction" (concept hérité de Heidegger et développé par Derrida). Je pense qu'il faut lire le poème plusieurs fois, goûter les effets - au besoin les noter- et dégager la ligne principale : un bonhomme tire une luge avec un chargement de bois de chauffage. Tout le reste fonctionne en "harmoniques" - touches colorées ou sonores accompagnant le propos et le mettant en valeur. L'effet est intéressant...
 

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Lectures contemporaines : Philippe Beck (5.15)

Un nouveau poème. C'est extrait d' une réédition d'un livre aujourd'hui introuvable. Toujours sur Poezibao

XXI. Job fume d’impatience fleurie.
 
 
Le sans faute ; le sans reproche ; le peureux, d’autres hommes, « également partagés d’ombre et d’immensité » (Faulkner), mais peureux. Voilà une liste d’hommes différents de Job. Job est un château en Espagne aux bords de falaise. (En l’air du rebord.). Il est bourrelé d’un remords incompréhensible. 
 
Un tas de rose fume. 
Un tas d’érable pilé fume. 
Un tas de fumées en éprouvante 
écarte des cinq cents paires de bovins, 
sept mille ovins, trois mille chameaux, 
cinq cents ânesses. 
Et une domesticité fort nombreuse. 
Et une solidité nombreuse,  
une limpidité solide, 
un appétit nullement fantasque. 
Et un fort à fumet de rose. 
Un frémissement gratuit ? 
La gratuité à vie de prier, de ne pas craindre l’écart ? 
La gratuité ? L’amour gratuit à bouche d’épée ? 
Je parlais de l’humilité déraisonnable 
à vouloir engloutir le fadeur de la rose gratuitement. 
Mais elle doit jeter de la poussière sur la rose 
entassée, mais plus brisée en verre, en émotion limpide 
et discontinue. 
Les paupières de l’aube, les paupières 
de l’aspiration à mieux que des arbres et des derricks.  
 
(L’ardeur met à mort le niais, Job, 5,2. L’ami n’est, donc, ni ardent, ni faible.) 
 
Philippe Beck, extrait de Chambre à roman fusible (1997) in Poésies Premières, 1997-2000, Flammarion, 2011, p. 37

27 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck .(5.14) Dialogue

Escandille

"Boeuf médusé"pour commencer et "boeuf Peuplé" pour clore le poème! Avec ce ton déclaratif: "Je veux parler de..." Cela me laisse perplexe.
les procédés sont les mêmes: les entités nommées avec une Majuscules, protagonistes du poème en quête de sens(enfin ça c'est moi plutôt!), "Question", Silhouette", Passé", "Paysan Dominant", Sphère"
Et puis les mots qui ricochent comme nous l'avons déjà soulignés comme un jeu:

"
Silhouette nourrit
les vers à soie de Passé. 
Et Passé éprouve un besoin hérité 
de retourner 
la terre versée en l’absence 
de Paysan Dominant. 
Car absence est ici 
présence concentrée et déléguée."

 et le "racadémique", procédé déjà vu aussi


Variation XIII 
Je veux parler du Bœuf médusé. 
Il est renversé. 
Un mobilier impressionné. 
Il s’appelle un poète ? 
Question. 
Silhouette nourrit 
les vers à soie de Passé. 
Et Passé éprouve un besoin hérité 
de retourner 
la terre versée en l’absence 
de Paysan Dominant. 
Car absence est ici 
présence concentrée et déléguée. 
Terre est posée en tournant  
sur la Sphère. 
Charrue d’époque, racadémique, commande 
le discours du Bœuf Peuplé. 
(…)



Orlando

Perplexe . Oui, moi aussi , un peu. Comme tu l'as bien vu, on retrouve des procédés déjà vus, mais justement un peu trop "procédés", un peu trop "déjà vus". L'humour rattrape un peu la sauce " Boeuf médusé", "il s'appelle un poète?"... mais enfin, c'est un peu maigre.Les phrases déconcertantes ne semblent déboucher sur rien.Disons à la décharge de PB que ces vers datent de 2001, alors que Prologue; qui nouq a bien plu, est de 2009 : peut-on considérer qu'en 8 ans, le poète a amélioré sa technique?
 

Escandille

Je trouve que c'est jargonnant. La fin peut être ouvre sur une idée qui reste à développer..
"Le Non
au pur devoir de diversion
est un problème musical.
De la médecine musique."
------------------------------------------------------
 
Et la prose
 
Prose :
de la masse absorbante
supposant trop les nerfs
fragiles de l’enfantine poésie ?
De la poésie enfantine d’aujourd’hui ?
Véhicule insouciant
véhiculé.
Ce qui est serré
et qu’aère la poésie,
ou la trame sérieuse
de la vie dont les mailles
sont assouplies ou bien relâchées
par de la poésie oxygénée ?
 
La vertu est prose,
et l’innocence est poésie ?
Hum.
Le monde des corps est prosaïque
et l’espace est poème du commencement,
puis, quand formé, p. de la fin ?
Donc, la santé vraie est prose ?
Et la poésie médicament ?
Mais la santé absolue
est absolument prosaïque,
et il n’y a plus la poésie
si tout est santé
paradisiaque (hypothèse d’alcool),
car les divertissements règnent
là-bas, sans délai.
Là-bas = absolu pays des jouets.
Des poupées.
Le Non
au pur devoir de diversion
est un problème musical.
De la médecine musique.
 
Philippe Beck, Poèmes didactiques, Théâtre typographique, 2001, p. 119.
 
 

Orlando
Jargonnant? Je ne trouve pas... Mais ânonnant, rabâchant, divaguant, oui. Une poésie parlant de la poésie, c'est un serpent qui se mord la queue, une page blanche prise de vertige devant le reflet de son vide. Meschonnic, dans un livre brillant mais très controversé, "Célébration de la Poésie", et aux vues souvent justes, dit ceci (je cite de mémoire) : 
 
"Aujourd'hui le poème meurt d'amour de la poésie".
 
  Quelques bonheurs d'écriture tout de même ; comme 
 
Mais la santé absolue
est absolument prosaïque,
et il n’y a plus la poésie
si tout est santé
 
ou
 
car les divertissements règnent
là-bas, sans délai.
Là-bas = absolu pays des jouets.
Des poupées.
 
  Mais c'est peu !
--------------------------------------------------------------

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26 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck .(5.13)

Et encore un (toujours sur poezibao) dans lequel on aura plaisir à retrouver des thèmes déjà vus

Et la prose
 
Prose :
de la masse absorbante
supposant trop les nerfs
fragiles de l’enfantine poésie ?
De la poésie enfantine d’aujourd’hui ?
Véhicule insouciant
véhiculé.
Ce qui est serré
et qu’aère la poésie,
ou la trame sérieuse
de la vie dont les mailles
sont assouplies ou bien relâchées
par de la poésie oxygénée ?
 
La vertu est prose,
et l’innocence est poésie ?
Hum.
Le monde des corps est prosaïque
et l’espace est poème du commencement,
puis, quand formé, p. de la fin ?
Donc, la santé vraie est prose ?
Et la poésie médicament ?
Mais la santé absolue
est absolument prosaïque,
et il n’y a plus la poésie
si tout est santé
paradisiaque (hypothèse d’alcool),
car les divertissements règnent
là-bas, sans délai.
Là-bas = absolu pays des jouets.
Des poupées.
Le Non
au pur devoir de diversion
est un problème musical.
De la médecine musique.
 
Philippe Beck, Poèmes didactiques, Théâtre typographique, 2001, p. 119.

25 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (13)

Cette omission des déterminants est remarquable et semble évoquer un langage primitif. de même la logique chaotique de certaines propositions ,( le premier vers par exemple), de même les néologismes,( 'terribilités", par exemple, ou Rhumain, qui rappelle Roubli , vu dans Prologue). Le vers "Bois et fer lugent le bois. " est  frappant : on dirait qu'on recherche l'expression la plus condensée, le plus de contenu dans le moins de mots ! Dès le début, on est dans une vision enfantine, confirmée par le surgissement d'éléments de conte..
 En allant un peu plus loin, on peut se demander ce qui peut bien se cacher sous cette façon d'expression... Une parole divergente, qui cherche autre chose que le parler-tout-le-monde, comme celle  de

-Mallarmé : l'hermétisme, le langage initié
-Denis Roche : la provocation, pour épater le bourgeois , et attirer les projecteurs
-Artaud , avec les "glossolalies : la véhémence accusatrice, d'autres disent la folie

 -Dada : le non sens protestataire, principalement contre l'atrocité de la "grande guerre"
-Michaud : l'invention d'un langage ("le Grand Combat" ), comme pour repartir de zéro.
-Ghérassim Luca : La litanie, l'incantation presque primitive, à la limite du bégaiement.
-Céline : l'anarchisme tous azimuts
-Valérie Rouzeau : le ressourcement dans l'enfance ( dans "Pas revoir" par exemple, après la mort de son père. ) Notre amie Cécile Guivarch a été un peu dans cette veine je crois.


  On voit que, souvent, le parler poétique remet en question le langage usuel, portant atteinte à la syntaxe, et/ou au lexique. Mais pas toujours : le langage d'un Lautréamont, d'un Bonnefoy, d'un Jaccottet, d'un Goffette  est tout ce qu'il y a de plus sage dans sa forme : ce qui ne signifie pas qu'il ne cache pas une révolte !
  Et notre Philippe Beck, dans tout ça ? Eh bien, dans 72.Neige, on perçoit clairement le retour à l'univers de l'enfance; mais, à la différence de Valérie Rouzeau, sans mimétisme du langage enfantin.

 

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22 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (4.12)

Un nouveau poème de Philippe Beck. L'édition est de 2007, alors que celle de "Prologue" est de 2009

72. Neige

 par Philippe Beck

Hiver descend de la neige.
Masse de neige antique.
Elle est réchauffée lentement.
C'est un blanc froid.
Avec les terribilités.
Une beauté à distance.
Dehors, bois de chauffage
que demande la Vie Dedans.
Luge porte le bois.
Actionnée.
Loisir polit
bouton de rose
ou double surface dans le jeu,
et le pont du souvenir
de silences d'enfance.
Futur jouet est courbé.
L'Impossibilité Jouet.
Il avance dans des rudesses.
Vers maison.
Joujou du pauvre
au pays de la neige constante.
Durabilité de la neige
demande une critique ?
Luge porte aliment du feu utile.
Avant l'huile de pierre.
Matière chauffe matière.
Elle éclaire.
Bois et fer lugent le bois.
L. est besoin dans vie rude.
Froid arrête dehors,
là où continue Limpidité
parfois.
Un homme fait un feu intermédiaire.
Dans l'air sec et dur.
Homme enlève de la neige
en chemin.
Il critique la neige ?
Dessous, il y a une clé d'or.
Comme sous le champ au printemps ?
La serrure est loin dans l'apparence.
C'est une clé seule en hiver.
Homme creuse dans de la terre.
Il y a une cassette de fer.
Montagne miniature.
Serrure est dure à voir.
Des yeux doivent s'employer.
Serrure est discrète d'un côté.
La clé aime le côté.
Tour de clé infini
se précise.
Rhumain trouve la manière
de tourner la clé.
Chercherie en hiver.
Eté fait oublier la clé ?
Et le vent sévère ?
Pronom Personnel est dedans.
Il est quelqu'un ou la clé ?
Conte est la serrure infinie
maintenant.
D'où son entretien.


D'après « La clef d'or »

 

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Lectures contemporaines : Philippe Beck (3.11)

Trois remarques sur le dernier paragraphe :

1- "une voie possible dans l'impossible régnant"
Philippe Beck parle ici du discours de Lacoue_Labarthe, mais il se trouve que cela va très bien à sa propre forme de discours dans "Prologue". On y arrive à identifier ce que j'ai appelé des hyperthèmes  (la musique, la navigation (autour du monde); l'écriture; la relation avec l'autre...) sans qu'aucun soit prédominant : ils formeraient plutôt un tout; l'être même de l'auteur, se détachant sur des impressions isolées, idées adventices; bruits parasites, images adjacentes qui viennent troubler le déroulement ordonné d'une pensée, ou d'un récit. Le possible face à l'impossible.

2-"un appel ferme et silencieux au lecteur, à chacun, qui doit tirer la conclusion des conclusions."
D'autres mots pour désigner la même réalité : la conclusion; le possible, l'idée que chacun est appelé à se former du "sens" du texte; ce qui doit rester face aux "conclusions", le paysage textuel avec ses bruits parasites .Et c'est au lecteur de faire ce travail.



3-" Chacun est renvoyé à ses décisions, et aux décisions communes, aux apories du sentiment de sa propre insuffisance dans l'inconscience des forces de l'histoire"
Où l'on retrouve la même opposition sous un autre habillage ( on a vu que le discours beckien fonctionne fréquemment sur le mode binaire);ses décisions face aux décisions communes ; ses insuffisances face à l'inconscience des forces de l'histoire. Le sens qu'il construit  face au bruit de la vie.

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Lectures contemporaines : Philippe Beck (3.10)

La fin d'un long texte philosophique  de PB en hommage à Philippe Lacoue-Labarthe qui venait de mourir. Nous intéresse parce qu'il donne des clés pour lire PB.( sur sitaudis)
 
/.../ Le sens de la phrase, la passion des phrases ondoyantes comme une rêverie historienne - Lacoue-Labarthe confie qu'il n'est pas un penseur spéculatif, malgré l'aveu d'avoir la « tête philosophique » - reposent sur un tact, la notion des éléments rythmiques et antirythmiques dans la syntaxe de la pensée ou élaboration des conditions pour une réponse. A cet égard, il n'y a pas de différence fondamentale entre les essais et les poèmes en vers libres, dont ceux de « Phrase », précisément.
Il s'agit de frayer une voie possible dans l'impossible régnant. Et d'un appel ferme et silencieux au lecteur, à chacun, qui doit tirer la conclusion des conclusions. Chacun est renvoyé à ses décisions, et aux décisions communes, aux apories du sentiment de sa propre insuffisance dans l'inconscience des forces de l'histoire
.Philippe Beck
 

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20 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (2.9)

À PoesieLibreE4@yahoogroupes.fr

 

 

 

Aujourd’hui à 3h16 PM
 
 

  Un texte apparemment plus simple que "Prologue" : relevant d'un genre estimable mais plutôt modeste, le "poème de circonstance". Ici, une saynète malicieuse et pleine de vie : le "Salon du Livre", où l'on croque sur le vif le poète, son éditeur et "l'ambitieux". Les traits humoristiques foisonnent : l'Ambitieux Simplifié, Ali Baba Federman, Raymond-Césame (le mot magique d'Ali Baba s'écrit "sésame".),pas de piédestal, l'âne-avion...

 

Po. à Federman par Philippe Beck

Au Salon, voici, assis
près de l'éditeur
("Qu'est-ce qu'un éditeur?"),
un qui boit le café-sourire.
En face, Ambitieux Simplifié.
Le sourire dit : "Au revoir Bagdad".
Les forces d'Ali Baba Federman
pour faire une histoire
occidentale-orientale
ont beaucoup, beaucoup d'intérêt
pour les ambitieux d'ici.
Il n'y a pas de piédestal.
Il continue et continue,
synthèse unique et
presque facile,
pierrerie
de moi-je et de non-moi-je.
Raymond-Césame.
Séduction arrêtée ou vie.
Les forces disent : "A bientôt".
Vive des pierres qui avancent.
Corail ou train de pensées.
L'âne-avion sert à les porter aussi.
Et l'écran-quotidien.


  On remarque le goût de PB pour les noms composés : café-sourire, écran-quotidien... Ils fonctionnent comme des raccourcis syntaxiques, faisant l'économie de mots que le lecteur peut aisément imaginer... Cette recherche de vitesse, de concentration sémantique, semble un souci constant de PB. Une prédilection aussi pour les apparitions par paires :l'éditeur, le sourire, à deux vers d'intervalle , l'ambitieux, à 7 vers, les pierreries-pierres (les pierres "qui avancent" réfèrent peut être à la pierre qui ferme la grotte d'Ali baba et que répond au nom magique de "Sésame" ). Quelquefois la paire est donnée immédiatement par la répétition : beaucoup, beaucoup d'intérêt ; il continue et continue.


A suivre.

Lectures contemporaines : Philippe beck (2.8)

Raymond Federman est un écrivain franco-américain qui a eu une existence très aventureuse. Il a commencé en échappant à la rafle du Vel d'Hiv grâce à sa maman qui l'a poussé dans un placard en lui disant de la fermer. Elle, elle n'en est pas revenue, de même que toute sa famille. Raymond Federman est mort en 2009, encore trop peu connu en France. Poezibao nous donne un bon dossier sur lui, et Sitaudis quelques textes. Voici un poème de Federman n sur Poezibao:

 

Anthologie permanente : Raymond Federman

Poezibao se permet aujourd’hui une petite facétie pour rendre hommage à Raymond Federman. Je conseille vivement la lecture de sa fiche biographique ainsi que les compte rendus des deux beaux dossiers que lui ont respectivement consacrés le magazine Le matricule des Anges et la revue Fusées.

Le musée des culs imaginaires
(traduction Christian Prigent)

 
Quand on pense aux millions et aux millions de gens
qui ont rêvé devant la Joconde,
on peut imaginer leur sourire si Léonard avait peint
son cul plutôt que son visage.
De tous temps, le cul a fasciné les artistes et,
dans leurs tentatives pour saisir les délices de sa forme
éternellement changeante,
ils nous ont donné une stupéfiante
collection de culs. Par exemple
:


Les culs ténébreux de Rembrandt
Les culs en celluloïd de Rubens
Les culs piriformes et pleurnichards de Cranach
Les culs parallélépipédiques du Picasso cubiste
Les longs culs flexibles de Modigliani
Les culs exotiques et bien roulés de Gauguin
Les culs malicieux de Fragonard
Les culs morbides de la Résurrection de Signorelli
[... et 26 vers plus tard]
Les culs minuscules des miniaturistes
Les culs compliqués des peintres baroques
Les postérieurs puritains de Copley
Les derrières élégants de Tissot
Et toutes les glorieuses et anonymes fesses des apocryphes

Raymond Federman, in 
revue Fusées n° 9, p. 44.

 

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19 avril 2014

Lectures contemporaines: Philippe Beck (2.7)

Un deuxième poème de PB. Où l'on retrouve l'amusant âne-avion !

Po. à Federman par Philippe Beck

Au Salon, voici, assis
près de l'éditeur
("Qu'est-ce qu'un éditeur?"),
un qui boit le café-sourire.
En face, Ambitieux Simplifié.
Le sourire dit : "Au revoir Bagdad".
Les forces d'Ali Baba Federman
pour faire une histoire
occidentale-orientale
ont beaucoup, beaucoup d'intérêt
pour les ambitieux d'ici.
Il n'y a pas de piédestal.
Il continue et continue,
synthèse unique et
presque facile,
pierrerie
de moi-je et de non-moi-je.
Raymond-Césame.
Séduction arrêtée ou vie.
Les forces disent : "A bientôt".
Vive des pierres qui avancent.
Corail ou train de pensées.
L'âne-avion sert à les porter aussi.
Et l'écran-quotidien.

 

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Lectures contemporaines: Philippe Beck (6)

Relisons le poème en essayant de trouver des fils ( des ficelles, des cordes...) reliant des éléments entre eux, pour faire apparaître si possible des pans de signification ( de "contenance", dit le poème; les linguistes parlent de "contenu")

 
 

 

PROLOGUE
    
Voici des lyres dures
ou des poèmes cordés.
Durs par fermeté
et contenance de sentiment
ou constance de musique.
Constance de fonds.
La grosse corde y musique
par des ragages
et des stries.
Le plumage sonore
se tresse
comme un thyrse de plumes,
puis
lisse ou flatte une grosse caisse
inverse,
fleur-baguette sur la Harpe
Discontinue
(cette peau aérienne et tombante
appelée vie),
et reprose les ficelles
p.
Emma les dicte
et la grosse plume
âne-avion
comme la voile
qui dit le bateau
note les instructions
continues.
Un arc tend les amusements
et emploie l’époque.
Et les barrages poids.
Vision-Manganelli
scintille muette
comme un Cheval.
Chevalinité ignore
eau et boue.
Robustesse Abstraite.
Assis ou debout dans l’oubli ?
Non.
Assis ou debout, peu couché
à Mémoire, Pays de Roubli
et Provision.
Roubli, maison de marais prévenu
par la nuit de brume sentie,
et transformation.
Le Mandat du Marécage,
et les rosages,
le bateau fumée du Gabon,
plongé à Nuit Relative −,
je les vois
comme l’Acte Marital du monde.
Mosaïque safran, bois brésil
de Ceylan.
Et sérendipité de toi.
      
Philippe Beck, Lyre Dure, éditions Nous, 2009, p. 9

  Trois hyperthèmes  semblent surgir, celui de la musique ( instruments, orchestre), celui de la navigation (bateau, voile , ragage; voyage autour du monde) et enfin celui de l'écriture et du poème (lyre, dicte...)
  Il y en a un, qui est tout de même la voie royale de la poésie, celui de l'amour, qui semble absent. Mais... est-ce que plutôt il ne serait pas caché, courant secrètement sous les mots? Or, justement, deux mots, l'un en ouverture, l'autre en clôture, suggèrent très fortement ce qu'on attend : "sentiment", au vers 4, et "sérenpidité de toi" , qui sont les derniers mots, avec ce mot rare qui agit comme un révélateur...et qui désigne la découverte inattendue, quelque chose comme le coup de foudre...
  De très nombreux éléments poétiques ne se rattachent à aucun des hyperthèmes relevés, comme dans le quotidien sans doute, où des images, des sons, des paroles viennent se greffer ou se superposer au récit principal, ou comme en musique ; où le chant principal est souvent accompagné d'une ou plusieurs lignes harmoniques.
 
  Et maintenant, un autre poème de Philippe Beck (à suivre)
 
 
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18 avril 2014

Lectures contemporaines : Philippe Beck (5)

À PoesieLibreE4@yahoogroupes.fr
 

  Le problème, avec ce genre d'écriture, c'est que l'auteur semmble collectionner les effets poétiques comme d'autres des timbres ou  des papillons, mais il nous les livre en vrac, à charge pour le pauvre lecteur de monter le meuble, genre ikéa, quoi ! Tecnnique artistique très en vogue dans tous les domaines, roman, peinture, cinéma... Dans tel film de Scorsese revu récemment, c'était tout à fait ça : il n'y avait pas de lien visible entre les séquences, il fallait faire travailler ses méninges pour construire l'histoire ! (voir les impressionnistes, et encore plus les pointillistes...)

O.

Lectures contemporaines : Philippe Beck (4)

Essayer de relever quelques trucs poétiques, par exemple

Thématiques ( quelques unes) :

-la musique
-l'antiquité (lyre, thyrse)
-Le bateau

-cordes, cordages (lyre, harpe , bateau, ragage)
-l'écriture (plume)
-l'oiseau (plumage)
-le marais, ou marécage
-le monde  Brésil, Ceylan, Gabon = Amérique, Asie, Afrique
-nombreux jeux sur les sonorités, par exemple les "s"




comme un thyrse de plumes,
puis
lisse ou flatte une grosse caisse
inverse,
fleur-baguette sur la Harpe
Discontinue


-ambigüités : contenance / constance
-On a noté la dynamisation de "musique", devenu verbe. Même chose avec "reprose" ( et ambigüité potentielle reprose / repose)
-l'émergence d'entités mystérieuses, grâce aux majuscules, et à la création de noms composés, comme fleur-baguette, âne-avion

O.

Lectures contemporaines : Philippe Beck (3)

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Merci d'attirer notre attention sur ce mot rare ! Horace Walpole (voir ce nom)est l' inventeur du mot

Question d'art poétique : est-ce que l'emploi des mots rares donne de la valeur, est-ce que "sérenpidité"  est un plus poétique? Certains poètes affectionnent les mots rares (Mallarmé, Deguy...) d'autres les pourchassent... Je serais plutôt de ce deuxième parti. Cela dit, il faut bien regarder dans le contexte.

Bon exemple aussi :

"La grosse corde y musique

par des ragages..."

où "musique" est employé comme un verbe

"Ragage" est principalement un terme de marine : usure d'un cordage frottant contre un corps dur. .O.

Lectures contemporaines: Philippe Beck (2)

 

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Tout d'abord l'occasion de découvrir le mot "sérenpidité" qui a l'air de faire fureur dans les sciences humaines!
La construction est en arborescence, cela crée une dynamique,les mots échappent à la norme:
"La grosse corde y musique
par des ragages..."
On dirait la création aléatoire d'un monde avec l'apparition du "j" et du "toi" à la fin

Escandille

Lectures contemporaines : Philippe Beck

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Philippe Beck est un des auteurs les plus en vue de la (jeune) poésie contemporaine .
 
 
PROLOGUE
    
Voici des lyres dures
ou des poèmes cordés.
Durs par fermeté
et contenance de sentiment
ou constance de musique.
Constance de fonds.
La grosse corde y musique
par des ragages
et des stries.
Le plumage sonore
se tresse
comme un thyrse de plumes,
puis
lisse ou flatte une grosse caisse
inverse,
fleur-baguette sur la Harpe
Discontinue
(cette peau aérienne et tombante
appelée vie),
et reprose les ficelles
p.
Emma les dicte
et la grosse plume
âne-avion
comme la voile
qui dit le bateau
note les instructions
continues.
Un arc tend les amusements
et emploie l’époque.
Et les barrages poids.
Vision-Manganelli
scintille muette
comme un Cheval.
Chevalinité ignore
eau et boue.
Robustesse Abstraite.
Assis ou debout dans l’oubli ?
Non.
Assis ou debout, peu couché
à Mémoire, Pays de Roubli
et Provision.
Roubli, maison de marais prévenu
par la nuit de brume sentie,
et transformation.
Le Mandat du Marécage,
et les rosages,
le bateau fumée du Gabon,
plongé à Nuit Relative −,
je les vois
comme l’Acte Marital du monde.
Mosaïque safran, bois brésil
de Ceylan.
Et sérendipité de toi.
      
Philippe Beck, Lyre Dure, éditions Nous, 2009, p. 9