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24 septembre 2013

L'Afrique pleure un poète

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Le Point.fr - Publié le24/09/2013 à 07:51- Modifié le24/09/2013 à 08:13

Parmi les victimes de la tuerie de Nairobi figure Kofi Awoonor, un poète ghanéen à qui Tahar Ben Jelloun tient à rendre hommage.

Kofi Awoonor. Kofi Awoonor. © Christian Thompson / AP, Sipa

Les poètes aussi font du shopping et meurent dans une prise d'otages. C'est ce qui est arrivé au grand poète ghanéen Kofi Awoonor. Son fils qui l'accompagnait a été blessé. Cet homme de 78 ans qui a été proche du premier président du Ghana Nkrumah et qui a été représentant de son pays aux Nations unies est considéré comme le poète de la dignité africaine. D'inspiration orale, sa poésie est très imagée, avec une préoccupation sociale et politique. Il regarde le pays et se sert de son paysage et son histoire pour le dire et s'adresser au peuple exploité et trahi par ceux qui prétendent faire son bonheur.

Promesse d'espoir est le titre de son dernier recueil à paraître en 2014. Il écrit en anglais. Voici une traduction d'un de ses derniers poèmes :

En traversant une nouvelle aube
Nous lisons parfois les lignes de la feuille verte
Nous passons nos doigts
Sur le bois lisse et précieux
Des arbres anciens
Il arrive que le coucher du soleil nous interpelle
Comme nous cherchons les lignes qui font voyager les nuages
Une trame avec toutes les couleurs
Telles que le premier artiste les a réunies

De nouveau ils dansent dans les rues
Le rire des enfants éclaire les maisons
Au bord de la mer
Les ruines des dernières tempêtes nous rappellent
La richesse de nos ancêtres
Richesse pillée, ravie, mise au mont de piété
Par un grand père irresponsable
Il vivait comme un seigneur
Jetant les générations futures vers le désespoir et la ruine
Mais qui dit que notre temps est fini ?
Qui dit que le fabricant de cercueils et le fossoyeur se concertent
Pendant que des curés éventent leurs habits ?
Le choeur et les tambours répètent

Non ; là où le ver mange
Une graine pousse et croît
Les Dieux conseillers
Ont mesuré le temps avec des arguties d'éternité
Longues et sinueuses
Et la mort quand elle frappe à la porte
Elle est munie d'une carte de visite inimitable
Elle trouve un foyer ressuscité
Grâce au rire et à la danse
Grâce à la fête de la chair de l'agneau
Et la bouillie rouge du blé nouveau

Nous sommes ceux dont les champs ont été envahis
Par de mauvaises personnes, des voyous
Ceux qui ont interrompu notre danse
Avec des chansons obscènes
Et des gestes déplacés

Quelqu'un a dit : un poisson malade a nagé jusqu'à notre lagune
Cherchant un territoire où déposer son fardeau
En accord avec le Plan Originel.

Maître, peux-tu conduire notre bateau ?
Fais-le s'il te plaît
Je te l'ai demandé il y a longtemps
À la maison
Là où le front de mer s'est rétréci au point de n'être
Que l'espace étroit de l'enfance

Nous disons bienvenue aux voyageurs
Rentrez à la maison
Sur le nouveau bateau fait avec le bois fraîchement coupé
De l'arbre qui reste debout.

 

Traduit de l'anglais par Christiane Kayser et Tahar Ben Jelloun.