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28 août 2010

vive la poésie

 

 

Pour une fois que la poésie est héroïne de film !

 

Culture

Poetry. Lee Chang-dong « Je pose et me pose des questions sur la vie »

Avec son film Poetry, qui met en valeur la comédienne 
Yun Jung-hee, le réalisateur coréen Lee Chang-dong avait obtenu le prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Depuis ses débuts, il y a quatorze ans et quatre films (Green Fish, Pepermint Candy, Oasis, Secret Sunshine), nous avons suivi le travail de Lee Chang-dong. Et voici que Poetry emporte le prix du scénario à Cannes. Rencontre.

 

Quelle est la genèse 
de Poetry ?

Lee Chang-dong. C’est en écrivant le scénario de Secret Sunshine que m’est venue l’idée de ce film. Le scénario se déroule dans une petite ville de la province du Gyeonggi (NB : celle qui entoure la capitale) dont le nom est lié à un grand scandale depuis qu’une collégienne y a été victime d’un viol collectif. Une polémique s’est amplifiée, pas tant à cause du drame que du traitement qu’en ont donné les médias et de l’attitude des protagonistes. Secret Sunshine posait la question de savoir comment on peut être sauvé dans notre vie et j’avais le sentiment de faire un film surréaliste. Là, je voulais changer de direction. J’ai tenu bon et, plus tard, j’y ai repensé, me demandant comment traiter mon sujet de façon différente. C’est à ce moment qu’a surgi le titre et le film est né ainsi. J’allais faire un film sur la poésie.

 

Vous sentez-vous des affinités avec la ville dans laquelle vous avez transposé l’action, qui nous apparaît à l’image si douce et si paisible ?

Lee Chang-dong. Je suis né et j’ai grandi dans une ville plus grande (NB : Daegu, 3e plus grande ville sud-coréenne), mais située à seulement une heure de voiture de celle que vous voyez. Elle a un nom poétique alors qu’elle est très banale. Je me suis toujours demandé pourquoi.

 

Avoir déjà une œuvre derrière vous paraît-il être plutôt un avantage ou une contrainte ?

Lee Chang-dong. Plutôt une contrainte car je pose et me pose des questions sur la vie. Je m’intéresse plus aux situations qu’à l’anecdote. Quand je fais un film, la question qui me taraude, quel que soit le personnage ou l’événement, est l’idée du film. Ici, la question est : jusqu’à quel point une ligne de texte peut-elle changer la réalité ? Je me la pose depuis que j’ai voulu être écrivain. Donc, cela entraîne la question de savoir quelle est l’utilité de la poésie, du chant, du cinéma. Il y a en Corée une expression qui dit : « Est-ce que cela nous nourrit ? » Mais ce n’est pas comme le pain. En ce qui concerne le cinéma, le cinéma de divertissement apporte du divertissement. Mais les films comme les miens, qui s’intéressent aux questions que j’ai transposées, quelle est leur utilité ? Je ne peux pas et ne veux pas apporter de réponse à cette question, c’est au public de le faire. De toute manière, les films qui tentent de répondre à ce genre de questions apportent des réponses fausses. Prenez les films hollywoodiens, la justice sort toujours victorieuse. Ce n’est pas avec ce genre de films que la justice peut progresser. Je ne suis pas sûr de ce que je veux vraiment. Que le public qui rencontre le film sorte transformé même si c’est de façon minuscule et invisible. Qu’il n’oublie pas le film et que celui-ci le travaille, même si ce n’est qu’un petit peu.

 

Vous avez été primé à Cannes au titre du scénario. Pensez-vous que c’était la qualité que le jury devait distinguer, plutôt que l’image, le son ou autre chose ?

Lee Chang-dong. Quand on a un film sélectionné à Cannes, à part une personne tous les gens sont déçus. Les remetteurs sont sur scène et les postulants dans la salle espèrent qu’ils ne seront pas appelés, donc appelés en dernier. Lors de la soirée de clôture, mon fils, qui a une vingtaine d’années, m’a dit que je n’étais pas très « remerciant ».

 

Excusez-moi, je ne pensais pas à la palme d’or…

Lee Chang-dong. Quant à ma personne, je suis maladivement timide et introverti dès l’écriture du scénario. Je ne suis jamais content de ce que j’en fais. Les acteurs me disent que je m’auto-mutile. Quant à Cannes, j’aurais voulu que soit reconnu le titre. À chaque fois que je propose un titre, les gens trouvent que c’est une drôle d’idée. La pire réaction, ce fut pour Poetry. Peut-être est-ce dû à mon passé d’écrivain, mais je veux que le scénario soit abouti à la perfection jusqu’au moindre petit détail. Ensuite, je change beaucoup de choses lors du tournage. Ce n’est pas sur l’essentiel que je passe le plus de temps et c’est pour cela que l’équipe du film a du mal à me suivre. Au tournage, mon plus grand souci est de détruire ce qui pourrait être beau cinématographiquement parlant. Il ne faut pas enjoliver. Ce qu’on voit sur l’écran est ce qu’il y a de plus proche de ce qu’on voit dans la réalité. Surtout ici, dans ce film qui s’appelle Poetry, je ne pouvais pas montrer une beauté et la vie de tous les jours. Il fallait montrer qu’il y a, dans la nature par exemple, des beautés invisibles.

Entretien réalisé par Jean Roy

 

http://humanite.fr/24_08_2010-poetry-lee-chang-dong-%C2%A...
 
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19:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

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