Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19 juin 2010

Poésie contemporaine

ARNO CALLEJA / benjy


Quelques commentaires, entre parenthèses.O.




j'ai une hérédité de longue date qui me fait que jeune déjà je ressemble à un vieux. je porte. et les gènes et les gestes. tout ce qui use.

( utilisation particulière de la ponctuation et absence de majuscules : l'auteur porte  attention  aux conventions du langage. Avec esprit critique parfois.)



j'ai un besoin de compagnie. moins la compagnie humaine que celle des cailloux, des dalles, des fougères, des cloportes.

( Intéressant. l'attitude des exclus, des timides, des inadaptés. Rousseau, paranoïaque, se sentant rejeté par la société, devient un ami des arbres et des herbes...)




j'ai le goût de la compagnie de ce qui m'est autour et aussi de ce qui m'est quand je me penche. les cloportes les roseaux. quand je m'enfonce dans la forêt le lichen. je ne m'ennuie jamais si quelque part je suis à portée de caillou.

( le caillou ! comme objet - presque un être, pour celui qui parle), et aussi comme arme, confirmant l'attitude paranoïaque)



il me suffit de quelques heures pour le considérer en son vrai.

( communion intense avec le réel de la nature, comme chez les peuples isolés et proches du milieu naturel ( forêt, désert, banquise...)



rencontrer des gens, comme je fréquente le caillou, je ne suis pas contre, par principe, je n'ai d'ailleurs pas de principe.

( distance critique par rapport au langage : on dit machinalement "par principe", et on se demande quel principe ! )



et quand je m'essaye aux gens, bien entendu sans la moindre dialogation,

( appropriation du langage , allant jusqu'à la création de néologismes personnels - Artaud va jusqu'à un langage totalement inventé et incompréhensible)



je trouve cette compagnie moins plaisante que l'autre. j'ai hérité de mon grand-père une belle force et je suis toujours dehors à l'essayer. je n'aime pas être spectacle. mon organisation de vivre me porte au spectateur, et souvent je n'ai rien à voir chez les autres.

( la misanthropie se prolonge : "rien à voir chez les autres." Avec un refus de s'engager dans l'action : "mon organisation de vivre me porte au spectateur")



alors je me penche aux choses, caillou lichen roseau. si je me porte au gen souvent je n'apprends guère, souvent l'objet considéré me porte rapidement aux nerfs. quand il ne se moque pas directement de moi. ce besoin de solitude et de compagnie me rend habile au scoubidou.

( humour ! ce petit passe-temps gratuit et innocent, quelque peu absurde également, pourrait représenter métaphoriquement les jeux de la poésie contemporaine ! )



quand je tresse le plastic je me débrouille dans la société et je la plie à mon gré. la satisfaction morale que j'en tire, l'éloquence visible de mes doigts, me portent, m'élèvent. elles sont mon discours muet.

( discours muet : oxymore. Et encore une métaphore des expériences poétiques contemporaines)

Les cahiers de Benjy
http://www.over- blog.com/ recherche/ recherche- blog.php? ref=230695&query=Arno+Calleja
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepo etique.hautetfor t.com/
et son forum:
http://85945. aceboard. fr/index. php?login= 85945

Commentaires

Ce qu'Andrée Chédid écrit, affiché partout dans le métro parisien :



"Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui - sans parole aucune - se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à la voix d'un ami"

fait quand même réfléchir


C’est curieux ce statut poétique à part.

Pourquoi pas la peinture ? La danse ?

Pourquoi Andrée Chédid n'écrirait-elle pas :

Les habiles, les sculpteurs de gestes, sont plus éloignés de la danse (…) que cet homme etc.

Les habiles, les agenceurs de couleurs sont plus éloignés de la peinture (…) que cet homme etc.


dire à Andrée Chédid ceci :

“cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à un ami”

qui se défait de quoi au juste, quelle était cette journée


peut-être bien d’une journée épuisante, parce que justement c’est un poète :
une journée passée à poursuivre cet accord de mots, ce jonglage de syntaxe, cette habileté de paroles, ce rien dont un poème se fait entre l'impro et le calcul, l'un comme l'autre insaisissables

L'habileté et le jonglage sont respectables (cf l'art du cirque), ils peuvent être une jolie conquête, pourquoi leur maîtrise ne ferait-elle aussi bien partie de la quête poétique au service de l'émotion

Enfin, quant à celui qui se défait de sa journée et qui n’est pas forcément poète, alors…


Qu’il parle à un ami, premier apaisement, ou qu’il regarde un arbre, deuxième délivrance, peut-être aura-t-il une troisième joie encore, celle de trouver dans un poème, dans un bel accord de mots, la peine et le travail qu’il a dépensés dans sa journée, changés en grâce

si joliment qu'il n'y aurait jamais pensé, tout près de la poésie qu'il soit

Écrit par : sapphiae | 24 juin 2010

La parole du poète éveille de longs échos... Belle citation d'Andrée Chedid, qui nous incite à réfléchir et, si on a un peu tendance à se hausser du col, à regarder autour de nous et à reconnaître un peu partout nos frères en poésie. Car enfin, si le sentiment poétique n'était pas notre bien commun à tous, les poètes n'auraient plus de lecteurs - Quoique, en poésie contemporaine, il s'est fait rare, le lecteur ! Descartes a dit du bon sens que c'était "la chose du monde la mieux partagée". Je pense que c'est ce que nous dit du sentiment poétique Andrée Chedid, avec d'autres mots. Max Jacob est du même avis :



"Permettez-moi de vous dire que l'Epicerie n'a jamais empêché un poète de sentir et d'écrire.J'ai un ami chapelier qui fait des progrès dans l'art et aujourd'hui, à moins d'être un renard, on ne peut vivre de la littérature : cf la carrière de journaliste qui n'a rien à voir avec l'art ou le métier de romancier ou celui de dramaturge, métiers très spéciaux qui veulent de l'apprentissage et de la patte.On peut aussi être receveur des contributions, inspecteur des finances, médecin avec ou sans clientèle,entrepreneur des pompes funèbres, novice au couvent,agent de publicité, relieur, agent de terrains,banquier, fabricant de pipes ou bijoutier etc, et poète en plus. La poésie est un caractère, une vertu comme la gaîté, la danse ou l'avarice; ce n'est pas un métier, c'est un don comme la musique."

Esthétique. Lettres à René-Guy Cadou. p 23

C'était un commentaire que j'envoyais il y a quelques jours sur Poésie Libre Echange, à propos de Charles Pennequin, qui est poète et...gendarme ! Eh oui, la gendarmerie est son métier, la poésie son être, son sentir, son vécu.

Et merci pour votre intéressante contribution.

le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com/
et son forum:
http://85945.aceboard.fr/index.php?login=85945

Écrit par : orlando | 24 juin 2010

Les commentaires sont fermés.