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10 mai 2010

Retour sur la honte et les larmes.

Lun 10 mai 2010, 8h 10min 19s

Qu'est-ce qui compte vraiment, que Gunter Grass, à 17 ans - il était mineur ! - a combattu sur le front russe dans les rangs de la Waffen SS, ou que Heidegger, mandarin philosophique bardé d'honneurs, a pris sa carte au parti nazi, et ne l'a jamais déchirée? O.
NB : le traducteur de l'Agfa Box est Jean-Pierre Lefebvre, le même qui présente et traduit "Renverse du souffle", de Celan.
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Culture

Publié le 09/05/2010 à 12:18 Le Point.fr

AUTOBIOGRAPHIE

En filigrane de "L'Agfa Box", le mea culpa de Günter Grass

Par Jacques-Pierre Amette

En filigrane de

Günter Grass livre le deuxième volet de son autobiographie dans "L'Agfa Box" (Seuil) . ©JOERG FOKUHL/LAIF REA


Prix Nobel de littérature en 1999, Günter Grass fut longtemps l'auteur symbole de la littérature d'Allemagne occidentale, avec son prodigieux roman rabelaisien Le Tambour (1959). Il tomba de son piédestal en août 2006 en révélant dans son autobiographie, Pelures d'oignon ( lire notre critique ), qu'il avait combattu, à 17 ans, en 1944, dans les rangs de la Waffen-SS, sur le front russe. Cette tardive confession rédigée choqua l'opinion allemande.

Aujourd'hui, Grass nous donne un deuxième volet de son autobiographie. L'idée du livre est originale : il imagine un appareil photo qui a enregistré le quotidien de Günter Grass et de ses huit enfants. Comme toujours chez cet auteur, il y a un élément de conte fantastique, car l'appareil en question enregistre aussi bien des scènes de la vie familiale réelle que des scènes fantasmées. Ce qui est vrai, c'est que beaucoup furent prises par une femme, Maria Rama, amie de l'écrivain, qui exista vraiment. Elle ne cessa de "mitrailler" la tribu Grass. Les photographies font l'objet de commentaires plus ou moins goguenards des huit enfants. Nous sautons de Berlin-Est à une plage bretonne, de chemins forestiers en dîners d'anniversaire. Cette Maria photographiait aussi des chaussures, poissons, escargots, anguilles, goulaschs... qui devaient servir à inspirer le peintre et graveur qu'est également Grass. Soyons honnêtes : le livre reste confus, haché, voire effiloché. Le meilleur est dans le récit de l'épisode du pavillon de Berlin coupé en deux après une rupture avec une des épouses, les enfants remarquant que non seulement Berlin était coupé en deux, mais que la maison était, elle aussi, en pleine guerre froide conjugale, strictement divisée par l'escalier central. Le plus émouvant réside dans l'effort d'élucidation du vieux Grass sur son propre rôle familial en essayant de ne pas se donner le beau rôle et, sans doute, une ultime tentative de repentir, car un mea culpa, à demi-mot, traverse pas mal de lignes.

L'Agfa Box , de Günter Grass. Traduit de l'allemand par Jean-Pierre Lefebvre (Seuil, 230 pages, 19.50 euros).

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