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30 avril 2010

Mon royaume contre un peu de poésie !


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LA CHRONIQUE POéSIe DE FRANÇOISE HàN


Habiter ce monde

Terre énergumène,

de Marie-Claire Bancquart. Édition Le Castor Astral, 2009, 140 pages, 13

 

 

Les poètes n’ont pas le pouvoir de changer le monde par des incantations, mais ils nous aident à ne pas l’accepter tel quel, à mettre en oeuvre nos forces contre les malheurs de toute origine.

Comment faut-il entendre le titre, Terre énergumène, du dernier livre paru de Marie-Claire Bancquart ? Rien dans celui-ci ne nous incline à opter pour le sens originel, théologique, du mot énergumène : « possédé du démon ». Plutôt, le sens courant, qui désigne un individu en proie à une exaltation violente peut s’appliquer à une planète livrée à la folie, telle qu’elle apparaît dans certaines pages. L’auteur s’emploie à découvrir une façon de l’habiter : aimer les choses les plus infimes à partir d’elles, élargir sa vision du monde, élancer sa vie dans un outre-espace.

Nous la retrouvons ici confrontée à la mort inéluctable, suivie du néant qui dicte d’employer intensément la brève durée de l’existence. Cela peut se dire dans une langue orale qui souligne l’urgence : « Rencontre, écris, baise, hâte-toi, / aime l’odeur des rues, traîne partout, désire, / t’as plus grand temps ! » On aura relevé « écris ». Pour le poète, c’est l’impératif premier : « Ce qui me reste : l’âpre et courte délectation / d’une pierre aux contours inattendus / le goût des rutilances sous la pluie, / l’amour, / la certitude / que la mort me prendra bientôt. / C’est plus que suffisant / pour mesurer les mots au plus juste de leur présence. » Son sort s’oppose ainsi à celui de la Parque - la troisième, celle qui dans la mythologie grecque coupe le fil de l’existence - vue ici comme ne pouvant ouvrir les lèvres pour proclamer son horreur d’un destin non choisi. Derrière la « malheureuse immortelle » se tiennent les dieux, qui n’ont guère souci des hommes, pas plus que le dieu chrétien. L’ange qu’il a envoyé avertir Marie sanglote avec elle au pressentiment du fils condamné et crucifié, cependant que Dieu a affaire ailleurs.

Les constructions des humains les plus ambitieuses sont, comme eux, mortelles. Alors, à quoi se raccrocher ?

M.-Cl. Bancquart ne propose pas le roc en sa dureté, la nature en son renouvellement perpétuel. Plutôt un morceau de savon, dont elle sait qu’il peut se dissoudre entre ses doigts, mais qui, à l’instant donné, symbolise l’éternité d’une seconde : « Grâce à lui je me sens vivante / malgré les tremblements de terre et la chute de Babylone. » Le cosmos non plus n’échappe pas aux disparitions, le soleil, un jour, s’éteindra. Cependant, « une jacinthe […] ou la trace brillante d’un escargot sur une feuille » apprennent à « vivre avec le provisoire ». Il ne faut pas considérer cette sagesse comme une façon de fermer les yeux sur les malheurs du monde. Si M.-Cl. Bancquart se défend d’être imprécatrice, elle n’en dénonce pas moins les massacres, les guerres partout, les mauvaises façons d’habiter la terre, les parcs à touristes bétonnés aux bords occidentaux de la Méditerranée, les horizons fourmillant d’antennes, nos organes conditionnés. Elle interroge : « Ce monde / l’ingérer tel quel ? » Tout le livre dit que non, qu’il est possible d’y trouver l’énergie de se défendre, de tout remettre en question. Par l’écriture ou la désécriture ? Aux dernières pages, c’est celle-ci qui permet à M.-Cl. Bancquart d’entrevoir, « dans les nervures d’un chêne / dans l’odeur profonde des truffes », le mot cherché.

L’amour traverse ces poèmes, avec discrétion, par un regard, un sourire, une pression de main. Il fait partie d’un amour multiplié qui relie le poète à toutes choses, à tous êtres dans l’univers et lui permet parfois de vivre « sur un bord heureux du temps ».

 

http://www.humanite .fr/2009- 10-03_Cultures_ LA-CHRONIQUE- POeSIe-DE- FRANCOISE- HaN-Habiter- ce-monde

Marie-Claire Bancquart, une auteure que nous connaissons bien à PLE - nous avons lu  et commenté un de ses livres.O.
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