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15 mars 2010

Lis, lisons, lisez...


Le texte est instructif (la citation de Goncourt, sa vision de la femme du peuple, de la prostituée...), la photo documentaire : l'érotisme visuel à la fin du XIX ème siècle...O.


Lectures

samedi 13 mars 2010
L’histoire de la littérature laisse souvent de côté un corolaire pourtant capital, primordial, passionnant, tout aussi rocambolesque, qui est l’histoire de la lecture. L’une ne va pourtant pas sans l’autre. Philippe Sollers dit souvent que pour savoir écrire, il faut savoir lire, et que pour savoir lire, il faut savoir vivre. Petit florilège paresseux, au fil de mes lectures récentes, de la saveur de lire, du goût d’écrire et de l’amour du livre.

Alberto Manguel décrit précisément ce plaisir solitaire sans nul autre pareil (Une histoire de la lecture, Actes Sud) : « Moi aussi je lis au lit. Dans la longue succession des lits où j'ai passé les nuits de mon enfance, dans des chambres d'hôtel inconnues où les phares des voitures balayaient en passant le plafond de lumières étranges, dans des maisons dont les odeurs et les bruits ne m'étaient pas familiers, dans des villas de vacances poisseuses d'écume marine ou dans des chalets où l'air des montagnes était si sec qu'on plaçait à côté de mon lit un bassin fumant de vapeur d'eucalyptus afin de m'aider à respirer, la combinaison du lit et du livre me procurait une sorte de foyer où je savais pouvoir revenir, soir après soir, sous n'importe quels cieux. Personne ne m'appellerait pour me prier de faire ceci ou cela ; immobile sous les draps, mon corps ne demandait rien. Ce qui se passait se passait dans le livre, et c'était moi qui racontais l'histoire. La vie se déroulait parce que je tournais les pages. Je ne crois pas pouvoir me rappeler joie plus grande, plus complète, que celle d'arriver aux quelques dernières pages et de poser le livre, afin que la fin ne se produise pas avant le lendemain, et de me renfoncer sur l'oreiller avec le sentiment d'avoir bel et bien arrêté le temps. »
Plus encore : « La lecture est l'apothéose de l'écriture. »

Cette liberté de lire, ce regard bienveillant posé sur celui qui lit, qui s’évade, qui s’édifie, n’alla pas toujours de soi. À certaines époques, pas si éloignées, d’aucuns considéraient que la littérature nuit gravement à la santé du lecteur et à celle de son entourage. Pour preuve, ces quelques lignes au détours d’un roman d’Edmond de Goncourt, La Fille Élisa (1877) et qui se passeraient presque de commentaires :
« Chez la femme du peuple, qui sait tout juste lire, la lecture produit le même ravissement que chez l’enfant. Sur ces cervelles d’ignorance, pour lesquelles l’extraordinaire des livres de cabinet de lecture est une jouissance neuve, sur ces cervelles sans défense, sans émoussement, sans critique, le roman possède une action magique. Il s’empare de la pensée de la liseuse devenue tout de suite, niaisement, la dupe de l’absurde fiction. Il la remplit, l’émotionne, l’enfièvre. Plus l’aventure est grosse, plus le récit est invraisemblable, plus la chose racontée est difficile à accepter, plus l’art et le vrai sont défectueux et moins est réelle l’humanité qui s’agite dans le livre, plus le roman a de prise sur cette femme. Toujours son imagination devient la proie pantelante d’une fabulation planant au-dessus des trivialités de sa vie, et bâtie, fabriquée dans la région supérieure des sentiments surnaturels d’héroïsme, d’abnégation, de sacrifice, de chasteté. De chasteté, ai-je dit, surtout pour la prostituée, la femme chez laquelle la science médicale a signalé la pureté des songes et l’espèce d’aspiration inconsciente de son être souillé vers l’immatérialité de l’amour.
Le roman ! qui en expliquera le miracle ? Le titre nous avertit que nous allons lire un mensonge, et au bout de quelques pages, l’imprimé menteur nous abuse comme si nous lisions un livre "où cela serait arrivé".
Nous donnons notre intérêt, notre émotion, notre attendrissement, une larme parfois à de l’histoire humaine que nous savons ne pas avoir été. Si nous sommes ainsi trompés, nous ! comment l’inculte et candide femme du peuple ne le serait-elle pas ? Comment ne croirait-elle pas à sa lecture avec une foi plus entière, plus naïve, plus abandonnée, plus semblable à la foi de l’enfant qui ne peut lire un livre sans se donner à lui et vivre en lui ?

Lire la suite :
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Commentaires

L'ami Léon m' a incité, comme il sait si bien le faire, à venir flâner dans vos parages. Et déjà l'envie d'y revenir. Souvent.

Écrit par : rugbymane | 23 mars 2010

merci Rugbymane, te lire souvent sera un plaisir !

Écrit par : Orlando | 23 mars 2010

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