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12 février 2010

Chessex : ce Suisse a un sexe, c'est sûr...

Cultures - Article paru
le 11 février 2010

La chronique littéraire de Jean-Claude Lebrun

http://www.humanite.fr/2010-02-11_Cultures_Jacques-Chessex-L-ultime-jet-de-soufre

 

Jacques Chessex.L’ultime jet de soufre.

Le dernier crâne de Sade, de Jacques Chessex. Éditions Grasset, 180 pages, 12 euros.

L’écrivain suisse de langue française, mort 
le 9 octobre dernier, a laissé derrière lui un roman qu’il venait tout juste d’achever, dans lequel son goût du sulfureux et sa soif d’absolu se donnent libre cours comme jamais peut-être auparavant. On pourrait être tenté d’y voir une sorte de testament, si l’on n’avait la certitude que Jacques Chessex n’en avait pas fini encore sur ce chemin d’exigence. Il est certes question de déchéance du corps et de désirs qui ne veulent pas s’éteindre, de textes à rassembler et préserver, 
de l’imminence de la mort. Mais tout autant d’une ardeur 
vitale et d’une acuité intacte de l’esprit critique. Jacques Chessex a entrepris de restituer les six derniers mois 
de la vie de Donatien Alphonse François, marquis 
de Sade, enfermé depuis onze ans dans un asile d’aliénés à Charenton. Même s’il dispose de sa bibliothèque, si sa maîtresse est autorisée à séjourner dans l’établissement et si chaque jour une jeune blanchisseuse vient se prêter à ses demandes. Fortement diminué après trente années de réclusions diverses, Sade n’a cependant renoncé à rien. 
Et sa chambre constitue 
une sorte de forge où 
il pousse tous ses feux. 
Ceux du corps et ceux de l’esprit. Chessex, qui le portraiture magnifiquement, y entend « une parole acérée malgré l’infirmité de la bouche » et y voit « un regard d’azur pur sur les mensonges du monde ». Il montre continûment le Divin Marquis à l’œuvre, dans sa recherche forcenée d’un absolu de la pensée et du plaisir. Dit tout, montre tout, ne s’interdit aucune audace. Dans une fidélité 
sans faille à celui que l’on peut considérer comme l’un de ses maîtres. Plusieurs romans récents montraient d’ailleurs une accentuation du côté sadien de 
son écriture. Le vendredi 2 décembre 1814, le corps tellement sollicité lâche après une courte agonie. Sade est enterré à Charenton, sous une croix, en une tentative d’exorcisme qui fera long feu. Quatre ans plus tard, 
la tombe est relevée et le crâne détaché du tronc. 
Le voici libre de circuler. Chessex imagine alors l’histoire incroyable de cet os semblant transporter encore l’esprit qui l’habitait. Telle une relique. Disparaissant pendant 
de longues périodes et réapparaissant sept fois en 
des lieux divers. Sur son passage, des désordres 
se créent, des plaisirs inédits s’éprouvent. 
Parce que Sade a définitivement bousculé la représentation du corps, l’a sorti du sacré pour le faire entrer dans le vivant. La seconde partie du récit se présente comme une libre illustration de cette pérégrination et de ce rayonnement, jusque dans 
le temps présent. L’écrivain montre ici sa différence 
avec les historiens qui « ignorent les murmures dans 
les parois, les souffles qui hantent les murs, les recoins, 
les resserres ». Lui-même traite de l’impalpable, 
des mouvements de l’ombre, de la diffusion par capillarité des idées neuves. Ce qu’on pourrait tout bonnement désigner comme une subversion qui emprunte les chemins de l’érotisme et de la scatologie. En Suisse, ce dernier roman de Jacques Chessex est aujourd’hui distribué sous cellophane, avec l’avertissement « Réservé aux adultes ». 
Hommage paradoxal à sa liberté d’écriture. Près de 
deux siècles après la mort du Marquis, oser figurer 
le corps au diapason des hardiesses de l’esprit, mais tout autant comme un morceau de chair voué à 
la corruption, provoque visiblement encore l’embarras.

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