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19 janvier 2010

Aimer, toujours aimer...

La chronique PHILO de Cynthia Fleury

Aimer

Avec la nouvelle année s’amoncellent les bonnes résolutions et les espoirs existentiels : avoir la santé 
et la richesse, mieux la fortuna – comme dit Machiavel –, et bien sûr l’amour. Tomber amoureux ou le rester, rencontrer l’être aimé ou garder assez d’inspiration 
et de courage pour continuer de l’aimer. L’amour 
qui vient et l’amour qui dure. La durée de l’amour, tel est un des objets du dernier entretien d’Alain Badiou avec Nicolas Truong (1). « Dans l’amour, la fidélité désigne cette longue victoire  : le hasard de la rencontre vaincu jour après jour dans l’invention d’une durée, dans la naissance d’un monde. » L’amour ou la fixation du hasard, la découverte 
de l’éternité. « Oui, le bonheur amoureux est la preuve que le temps peut accueillir l’éternité. » L’énigme 
de la pensée de l’amour, « c’est la question 
de cette durée qui l’accomplit ».

Il faudrait alors simplement se souhaiter, à la nouvelle année, un peu de « deux ». Non pas des choses pour soi mais le « deux » qui vient. La « scène du deux » comme accès au réel et à la grâce. La scène du deux, comme le lieu où se construit une certaine expérience de la vérité. « Une procédure de vérité », toute amoureuse en somme. Car l’amour est cette alchimie qui transforme le hasard en vérité et point d’appui fondamental. Et voilà que 
le « je t’aime » est 
le véritable fiat lux.

Véritable commencement des choses si l’amour n’est pas réduit à la vision sécuritaire que l’on peut
 en avoir. Or la modernité aime à être tranquillisée. L’amour oui, mais au prix du non-risque. L’amour sans
la souffrance et ses péripéties. L’amour sans l’autre 
en somme. L’amour comme le nom plus acceptable 
de la jouissance du moi.

Certains penseront cet échange bien loin 
des considérations politiques de Badiou. Et pourtant 
il existe un lien subtil entre la politique, procédure 
de vérité portant sur le collectif, et l’amour, procédure 
de vérité issue du deux. De quoi le collectif est-il capable  ? De même que la reproduction de l’espèce n’est pas le but de l’amour, de même le pouvoir n’est pas le but du collectif. La création de l’égalité est ainsi 
le geste amoureux du collectif. Il y a dans la politique 
ou dans l’amour un surcroît. À la recherche 
de ce surcroît, la nouvelle année peut être dédiée.

L’amour serait en ce sens communiste. Mais l’amour crée-t-il plus du singulier, de l’exceptionnel, de l’unique que de l’égal  ? Dans l’amour, s’agit-il de don ou de réciprocité  ? Par ailleurs, de nouveau Badiou confirme la nécessité de « l’hypothèse communiste », comme ce qui détient « les formes à venir de la politique d’émancipation ». On perçoit tous ce à quoi il aspire. Seulement comment appeler hypothèse ce qui a été 
si dramatiquement contre validé par l’histoire  ?

L’intérêt de l’éthique de Badiou, c’est de donner tort 
aux moralistes sceptiques. Le pessimisme est finalement un geste théorique court. L’amour n’est pas une ruse, la politique, pas une duperie. Non pas qu’il n’y ait pas d’épreuves ou d’ennemis. Sans cesse, il faudra vaincre à l’intérieur de moi-même, ou à l’extérieur, ce qui préfère l’identité à la différence. Car l’amour et le politique 
sont cette confiance faite à la différence et au hasard. 
Pas de place ni pour le soupçon ni pour la nostalgie. 
De même qu’il faudra sans cesse re-déclarer l’amour, 
il faudra sans cesse refaire le pacte. Allez, « dis-moi encore que tu m’aimes », comme un serment du Jeu de paume.

(1) Éloge de l’amour, Flammarion, 2009.

 

http://www.humanite.fr/2010-01-13_Editorial_Aimer

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