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12 janvier 2010

saint Martin a partagé son manteau avec un pauvre

Une lettre ouverte d'Atiq Rahimi

Comment peut-on être Afghan à Paris

Par Atiq Rahimi (Écrivain)

Ce dimanche 10 janvier, sur le bord du Canal Saint-Martin, plusieurs centaines de personnes se sont réunies pour réclamer des mesures en faveur des nombreux Afghans sans-abri qui campent dans cette partie de Paris. La chanteuse Jane Birkin était présente, mais aussi l'écrivain Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008, qui avait publié cette lettre ouverte en fin de semaine. Parmi ses premiers signataires figurent Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Patrice Chéreau, Marjane Satrapi, Charlotte Gainsbourg. Elle reste d'actualité, la voici

Paris, Canal St Martin, 7 janvier 2010

Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente. Les plus chanceux ont une écharpe et un bonnet. Presque pas un n'a de gants. Le thermomètre pointe zéro. Qu'est-ce que ça change ? De toute façon, ce n'est pas le maigre brasier, deux planches minables, quatre cageots humides qui vont les réchauffer.

Ils sont cent cinquante à peu près. Cinq cents dans tout Paris, à marcher dans des tennis troués, à tourner, sans trouver où s'arrêter au chaud.

Ils sont Afghans.

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(c)Jobard-Sipa
Sans-abris afghans au Square Villemin, à Paris, à deux pas du Canal Saint-Martin.

Ils ont lâché leur vie, leur famille, leurs amis, leur pays. La plupart viennent de régions contrôlées par les talibans. D'autres non. Quelle importance. Des bombes sautent à Kaboul. C'est tout le pays qui s'abandonne à la guerre.

La France, c'est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c'est aux barbus qu'on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.

Souvenez vous de ce temps : on appelait encore un mineur un enfant. Aucun ministre alors ne se serait permis de nous laisser croire qu'il est bon de laisser un enfant l'hiver dans la rue. Même étranger.

Et il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s'il était sans papier.

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©H.Bamberger. D.R.

Atiq Rahimi

Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l'espoir d'échapper à la violence. D'étudier. De mener une vie paisible. D'être dignes. Ce ne doit pas être trop demander.

Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre.

Atiq Rahimi

Agenda : ce mercredi 13 janvier, projection/débat du film «In this World» avec des responsables d'ONG et des Afghans qui témoignent. Au Comptoir des mots, 80 quai de Jemmapes, 75010 Paris.

Pour signer l'appel d'Atiq Rahimi

Besson: «Tout mineur étranger doit être accueilli»
 

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/20100111/16919/comment-peut...

 

 

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