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19 décembre 2009

Jaccottet

La chronique poésie d’Alain Freixe

journal l'Humanité

La réalité ? On croit savoir. On en souffre. Voyez un peu ces derniers temps - je ne ferai l’injure à personne d’énumérer les malheurs des temps qui nous sont donnés à vivre ! La réalité ? Un poète l’exige. Encore et toujours. C’est même sa belle querelle. C’est elle qui se trouve au coeur de ces livres, Cahier de verdure (1990 )et Après beaucoup d’années (1994 ), réédités aujourd’hui dans la collection Poésie chez Gallimard.

La réalité, qu’est-ce sinon dans ce temps qui nous porte, ce qui du monde nous étonne encore ? Et qu’à côté de l’enfer - car c’est bien l’enfer, ce côté-ci du monde ? - il y ait toujours, après beaucoup d’années, cette leçon du Cahier de verdure, incroyable, intempestive, terriblement inactuelle, qu’il y ait de la beauté. Rendons grâce à Philippe Jaccottet de risquer ce mot aujourd’hui - mot si usé que plus personne n’ose l’utiliser ! - et d’en faire la leçon des fleurs des chemins, des arbres des vergers. Le poète de Grignan continue dans les basses à affirmer qu’il n’y a pas au monde que du malheur, que, devant nous, persiste toujours, indubitable, dans le cours même du monde, cette lumière " bien qu’invisible dans le bleu du ciel/ Aussi sûre que chose au monde que l’on touche ", lumière " qu’il faut à tout prix maintenir " et " transmettre (…) comme une étincelle ou une chaleur ". Philippe Jaccottet est le poète qui sait que, du côté des apparences, la poésie a peu de chances. Et certes toutes les apparences sont contre nous qui aimons la poésie. Mais c’est dans ce peu, ce rien, cette défection qu’il entend puiser l’espoir de les prendre en défaut. Il suffira alors d’un rien, du plus infime écart pour que pénètre en nous ce quelque chose qui échappe à notre pouvoir de nomination, ni " neige ", écrit Philippe Jaccottet, " Ni bannière blanche ou bleue/ Ni rien qu’on puisse vraiment déployer ". Et c’est merveille que de voir dans ses poèmes cette lumière inconnue comme traduite du silence passer vive et fraîche.

À quoi reconnaît-on les livres qui importent ? Aux " beaux chemins " qu’ils ouvrent en nous, chemins de vie où rayonne toute une " joie d’être ". S’ils ne consolent pas, s’ils ne guérissent rien de nos malheurs, ni de ceux effroyables de notre monde, au moins mènent-ils " un pas/ Au-delà des dernières larmes ".

A. F.

Philippe Jaccottet, Cahier de verdure, suivi de Après beaucoup d’années, NRF Poésie, Gallimard, 2003.

Nuages

Éditions Fata Morgana, 2002.

 

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La parution n'est pas de toute dernière fraîcheur, mais comme il s'agit de Jaccottet, un poète qu'on aime...O.

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