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04 décembre 2009

J'emm...la reine d'Angleterre...!!!

Jeunesse intellectuelle turbulente et non-conformiste, dans une Angleterre qui sort à peine  de la pudibonderie victorienne... C'était juste avant la première guerre mondiale, la der des ders, et nous juste après on a eu le surréalisme... Lisez, le canular narré dans les premières lignes vaut le détour.O.
http://www.humanite.fr/2009-11-24_Cultures_Conversation-anglaise-autour-de-La-Piscine

Cultures -
Article paru
le 24 novembre 2009

culture

Conversation anglaise autour de La Piscine

À Roubaix, une exposition singulière retrace l’histoire du groupe de Bloomsbury autour de Virginia Woolf, Vanessa 
Bell, Duncan Grant ou encore John Maynard Keynes. Des artistes et intellectuels britanniques en liberté.

On peut commencer par un incroyable canular dans l’Angleterre de 1910. Le 10 février un certain Horace de Vere Cole envoie un télégramme au navire de guerre HMS Dreadnought, l’avertissant de la prochaine visite à son bord d’une délégation de la famille royale d’Abyssinie. Le navire, basé à Weymouth, va accueillir avec les honneurs la famille qui inspecte la flotte, distribue des décorations, échange des exclamations admiratives dans ce qui ressemble fortement à un latin de cuisine. Personne ne s’aperçoit que les six personnages se sont noirci la peau, que leurs costumes sont de pure fantaisie et qu’ils racontent n’importe quoi. La réussite du canular est telle que la Navy ne pourra en poursuivre les auteurs. Parmi ceux-ci, et c’est le piquant de l’affaire, Virginia Stephen, qui n’est autre que la future Virginia Woolf, son frère Adrian, le peintre Duncan Grant, futur compagnon de la propre sœur de Virginia Woolf, la peintre Vanessa Bell.

La farce est mémorable, en raison de son audace mais aussi parce qu’elle signe en quelque sorte les débuts d’une des belles aventures intellectuelles du XXe siècle autour d’artistes, d’écrivains ou même d’économistes comme le très célèbre John Maynard Keynes, une aventure connue comme celle du groupe de Bloomsbury et que La Piscine à Roubaix a décidé de faire découvrir.

Soit donc un jeune homme, Thoby Stephen et ses amis de Cambridge. Il a deux sœurs, Virginia et Vanessa, un jeune frère, Adrian. C’est autour des deux sœurs que va se constituer, à Londres, au 46 Gordon Square, une petite société, ouverte à tout ce qui se passe dans l’art de leur temps, et particulièrement en France. Les deux sœurs ne sont pas directement des militantes féministes mais elles sont des femmes libres, les hommes de leur entourage sont pour beaucoup d’une très grande liberté sexuelle. Keynes aura comme amant l’alpiniste George Mallory disparu en 1924 à l’assaut de l’Everest et dont le corps sera retrouvé en 1999, à quelques longueurs de corde du sommet. Ils ont de plus la guerre en horreur et sont pacifistes et objecteurs de conscience. Certains libéraux, d’autres d’inspiration socialiste. Un de leurs aînés, Roger Fry, va créer les ateliers Omega. Il s’agit, dans la continuité de William Morris et en parallèle avec en France l’art nouveau, avec le Bauhaus en Allemagne, de faire entrer l’art dans le quotidien. Roger Fry, qui fait découvrir en Angleterre le postimpressionnisme, sera le critique d’art le plus important de la scène anglaise. Vanessa Bell, pour être moins connue que sa sœur, est un grand peintre. Lytton Strachey l’un des membres les plus importants du cénacle, publie en 1918 une critique mordante du victorianisme, lequel, il faut s’en souvenir, avait envoyé Oscar Wilde en prison en 1895.

Le groupe toutefois, contrairement à d’autres à cette époque, ne peut être considéré comme une avant-garde. S’il a fait sens en Angleterre, c’est par la liberté et les œuvres de chacun. Sans doute se sont-ils inscrits en même temps et de fait dans une sorte de continuité d’une certaine intelligence britannique, de Thomas More à Lewis Carroll en passant par Swift, Byron, Shelley, qui tous à leur manière ont remis en cause l’ordre établi. D’où la tentation parfois, et en Angleterre même, de réduire Bloomsbury à une coterie d’oisifs excentriques. Une vieille ruse du conservatisme, esthétique, politique et social. Jusqu’au 28 février 2010.

Maurice Ulrich

Catalogue édité par Gallimard. 
260 pages. 39 euros.

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