25 novembre 2009

Jacques Dupin, poète de la fracture

Jacques Dupin
Descriptif

"DUPIN Jacques (né en 1927). Cofondateur en 1966 de la revue L’Ephémère avec Yves Bonnefoy, Paul Celan, Louis-René des Forêts, André du Bouchet, Michel Leiris et Gaëtan Picon, Jacques Dupin occupe une place majeure dans la poésie contemporaine dont son œuvre reflète depuis un demi-siècle les questionnements et les métamorphoses. Son écriture, d’une intensité souvent éprouvante et déconcertante, apparaît dominée par toutes les déclinaisons de la rupture."

Valéry Hugotte, extrait de l’article du "Dictionnaire des écrivains de langue française" (Larousse, 2001)


tableau : Francis Bacon, "Portrait of Jacques Dupin", 1990



Articles

après la parution de Coudrier, un entretien avec Jacques Dupin dans l’Humanité

Le poème en version bilingue, traduit en anglais par Paul Auster.

Les balises de Dupin sont clignotantes. Elles sont erratiques, s’éteignent pour s’allumer plus loin, changent de têtes. Elles ne se maîtrisent pas. Elles naissent pour se déplacer. Emmanuel Laugier

La lumière s’adresse, se fraie un accès au monde par la parole lorsque cette parole fonde, immense mobile, immense exclamation, le seul royaume possible, fût-il immensément vide...

 

http://remue.net/spip.php?rubrique90

un entretien entre Valéry Hugotte et Jacques Dupin pour la revue "Prétexte".

 

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24 novembre 2009

Tentative d'épuisement...

 Tentative d'épuisement d'un lieu parisien de Georges Perec. 

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Ce lieu : la place Saint Sulpice, bien connue des chalands du "Marché de la Poésie", et donc du petit groupe fondateur de la Micronésie Poétique, qui s'y sont retrouvés en... en... laissez, je vais retrouver la date, et même des photos.

Perec y est venu trois jours de suite en se donnant pour consigne de noter tout ce qu'il voyait . TOUT. Tentative d'épuisement. Perec est un maître de cette figure , la liste, l'énumération, l'accumulation. L'invité du Louvre, ces jours-ci, Umberto Eco, qui a choisi ce thème, ne l'a pas oublié.

Voici le début :

 

> Tentative d'épuisement de Tentative d'épuisement d'un lieu parisien de Georges Perec.
> ____________ _________ _________ __
>
> Il y a beaucoup de choses place Saint-Sulpice, par exemple : une mairie , un hôtel des finances , un commissariat de police , trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église à laquelle ont travaillé Le Vau , Gittard , Oppenord , Servandoni et Chalgrin et qui est dédiée à un aumônier de Clotaire Il qui fut évêque de Bourges de 624 à 644 et que l'on fête le 17 janvier, un éditeur , une entreprise de pompes funèbres, une agence de voyages, un arrêt d'autobus , un tailleur, un hôtel , unefontaine que décorent les statues des quatre grands orateurs chrétiens ( Bossuet , Fénelon , Fléchier et Massillon ) , un kiosque à journaux, un marchand d'objets de piété , un parking, un institut de beauté, et bien d'autres choses encore.
> Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l'on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n'a pas d'importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages .
> >
> > 
> 1
> >La date :18 octobre 1974
> >L'heure   10 h. 30
> >Le lieu   Tabac Saint-Sulpice
> Le temps : Froid sec.  Ciel gris.  Quelques éclaircies.
> > 
> Esquisse d'un inventaire de quelques-unes des choses strictement visibles :
> >- Des lettres de l'alphabet, des mots « KLM » (sur la pochette d'un promeneur), un « P » majuscule qui signifie « parking » « Hôtel Récamier », « St-Raphaël », « l'épargne à la dérive », « Taxis tête de station », « Rue du Vieux-Colombier », «Brasserie-bar La Fontaine Saint-Sulpice », « P ELF », «Parc SaintSulpice ».
> >- Des symboles conventionnels : des flèches , sous le « P » des parkings, l'une légèrement pointée vers le sol, l'autre orientée en direction de la rue Bonaparte (côté Luxembourg ), au moins quatre panneaux de sens interdit (un cinquième en reflet dans une des glaces du café).
> >- Des chiffres : 86 (au sommet d'un autobus de la ligne no 86, surmontant l'indication du lieu où il se rend : S aint-Germain- desPrés ) , 1 (plaque du no 1 de la rue du Vieux-Colombier ), 6 (sur la place indiquant que nous nous trouvons dans le 6e arrondissement de Paris).
> >- Des slogans fugitifs : « De l' autobus , je regarde Paris »
> >- De la terre : du gravier tassé et du sable.
> >- De la pierre : la bordure des

Lire le texte intégral :http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/perec/saint-sulpice.html

James Ensor, un génie de la comédie humaine

Artiste-peintre belge, James Ensor a adheré aux mouvements d'avant-garde du début du XXe siècle. Il a laissé une œuvre expressionniste et originale. James Ensor, L'Intrigue, 1890, Huile sur toile, 90 x 150 cm.

Artiste-peintre belge, James Ensor a adheré aux mouvements d'avant-garde du début du XXe siècle. Il a laissé une œuvre expressionniste et originale. James Ensor, L'Intrigue, 1890, Huile sur toile, 90 x 150 cm. Musée Royal des Beaux Arts, Anvers
Jusqu'au 4 février 2010, le musée d'Orsay propose une exposition de plus de 90 tableaux, dessins et gravures du Belge James Ensor (1860-1949), l'un des maîtres du modernisme en peinture.
Lire " Hanté par ses démons",un article de Véronique Prat :

23 novembre 2009

Umberto nous étonne toujours...

Umberto Eco a la passion des listes.

Le bric-à-brac d'Eco

Par Grégoire Leménager et Bernard Géniès

Alors qu'il sera le mois prochain le grand invité du Louvre, l'auteur du «Nom de la rose» publie un bouquet d'énumérations richement illustré qui donne le tournis

remy-de-la-mauviniere-ap-sipa.jpg
Remy de la Mauvinière-AP-Sipa

C'est le degré zéro de l'écriture : la liste. «La forme d'écrit la plus naturelle à l'homme», a noté Charles Dantzig avant d'en dresser l'inventaire sur 800 pages dans son « Encyclopédie capricieuse du tout et du rien ». Liste de mariage ou catalogue de bibliothèque, rien n'est plus plat. C'est un amas de choses qui n'ont même pas toujours grand rapport entre elles : pain, nouilles, beurre salé, dentifrice, cigarettes ; de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand... Rien de plus bête, et pourtant Umberto Eco n'a «pas hésité une seconde» quand le Louvre l'a invité à coorganiser un vaste cycle « de conférences, expositions, lectures publiques, concerts et autres projections » (1) : il a choisi « l'énumération, c'est-à-dire la liste ».

L'essai richement illustré qu'il publie à cette occasion est un stupéfiant cabinet de curiosités, un capharnaüm qui tient de l'étude théorique, du beau-livre et de l'anthologie des textes les plus embouteillés de la littérature occidentale. Car Eco en a collectionné, des morceaux de bravoure : les 350 capitaines de la flotte grecque cités par Homère ; la litanie des saints qui figure dans votre missel ; une ode au mot «couillon» dans «le Tiers Livre» ; la «Tentative d'épuisement d'un lieu parisien» réalisée par Perec le 18 octobre 1974 à 10h30 au Tabac Saint-Sulpice ; des poèmes de Prévert, Villon ou Rimbaud bourrés d'anaphores et d'asyndètes.

 

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com/20091015/15290/le-bric-a-brac-deco

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22 novembre 2009

Chez nos amis belges...

Scène SLAM
http://www.mplf.be/agenda/evenement.php?id=581






Scène slam animée par enV.I.E.S., un collectif créé en 2008 par des habitués des scènes slam : 8 poètes montois d’âges et d’horizons divers, soucieux de pérenniser le slam dans la cité du Doudou. Une saison plus tard, le succès est au rendez-vous, au vu du nombre sans cesse croissant de participants (sur scène et dans la salle) et de l’ambiance chaleureuse et familiale qui se dégage des rencontres poétiques mensuelles. La recette : enV.I.E.S. ! Envie d’écrire, d’accueillir, d’écouter, de partager, avec pour maître mot la convivialité.





© GG-collectif enV.I.E.S.


Les scènes sont organisées sous forme de « tournoi », des notes étant attribuées à chaque poète par 5 membres du public. 3 minutes par poète, pas de déguisement, pas d’accessoire, pas de musique : les règles sont simples. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le but n’est pas de gagner (la devise du slam n’est-elle pas "le meilleur slameur ne gagne jamais" ?), juste de proposer un spectacle vivant, dynamique et de qualité, auquel chacun participe. C’est ainsi que le public est invité à essayer d’influencer (gentiment) les juges…

Outre l’animation des scènes slam proprement dites, le collectif a une philosophie basée sur la convergence des disciplines artistiques : enV.I.E.S., c’est avoir envie, rester en vie, mais aussi la rencontre de la Voix, de l’Image et du Son. Aux côtés des poètes Fleur, RachelmaRachel, Revolution Hair, Effel, Alain de l’ombre et Professeur V, on trouve en effet parmi ses membres un photographe (GG) et un musicien (Whisperz). De quoi ouvrir bien d’autres horizons. L’aventure continue !


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Le Centre Culturel Régional de Dinant organise prochainement 1 atelier Slam comprenant 16H00 d'ateliers étalées sur 2 WE en décembre et janvier avec une restitution tout public le 13 février.
Atelier uniquement sur inscription : 082/21.39.39 - dominique.theys@ccrd.be
de 15 à 25 ans - 13 places disponibles
Cette formation est entièrement gratuite.
Plus d'infos...

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20 novembre 2009

Agnès Varda

Oscars : le documentaire d'Agnès Varda candidat aux nominations

AFP

Oscars : le documentaire d'Agnès Varda candidat aux nominations

Le documentaire "Les Plages d'Agnès" d'Agnès Varda, récompensé par un César en février dernier, est l'un des quinze films candidats aux nominations à l'Oscar du meilleur documentaire. C'est ce qu'a annoncé mercredi l'Académie des Arts et des Sciences du cinéma.

L'autoportrait de la réalisatrice de "Sans toit ni loi" est l'un des rares films non américains de la pré-liste sélectionnée par l'Académie parmi les 89 films qui lui avaient été soumis. "Burma VJ", un documentaire danois sur la répression des grandes manifestations de 2007 en Birmanie, et le film britannique "Mugabe et l'Africain blanc", qui retrace le procès intenté par un fermier blanc au président du Zimbabwe, font également partie des candidats à la prestigieuse statuette.

Pour le reste, les Etats-Unis dominent largement la sélection, avec notamment "The Cove, la baie de la honte", un film-choc encensé par la critique sur un massacre annuel de dauphins dans une ville côtière japonaise. "Valentino, the last emperor", consacré au grand couturier italien, ou "Food, Inc", portrait au vitriol de l'industrie agroalimentaire américaine, sont également parmi les candidats. Les nominations seront annoncées le 2 février prochain et la cérémonie des Oscars aura lieu le 7 mars, au théâtre Kodak à Hollywood.

http://www.lepoint.fr/culture/2009-11-19/cinema-oscars-le-documentaire-d-agnes-varda-candidat-aux-nominations/249/0/396595

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A propos, Agnès Varda présente une oeuvre intéressante à la Biennale, et Escandille l'a beaucoup aimée. Tu nous fais un petit compte rendu, Escandille? O.




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On n'arrête pas de l'embaumer...

Sarkozy: Albert Camus au Panthéon, un

Le président français Nicolas Sarkozy a affirmé jeudi à Bruxelles que "ce serait un symbole extraordinaire" de "faire entrer Albert Camus au Panthéon", un demi-siècle après la mort accidentelle du prix Nobel de littérature.

 

http://www.lepoint.fr/culture/2009-11-19/sarkozy-albert-c...

 

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Culture ou cuisine pré-électorale ? Quand les sondages sont au plus bas, on cherche quoi se mettre comme coussin sous le derrière .... Un écrivain politiquement correct, ça ne mange pas de pain...O.


 
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18 novembre 2009

Après l'amour, toujours, venait la peine...

Sous le pont Mirabeau, coulent des nouvelles...

Par Fabrice Gaignault, publié le 17/11/2009 à 15:02 - mis à jour le 17/11/2009 à 18:12
 

Apollinaire, Salinger, Annie Saumont. Un poète et deux nouvellistes qui paraissent en poche.

Il s'était donné pour devise "J'émerveille" et passa sa trop courte vie à habiller d'or et de rêves les mots qui couraient sous sa plume. Juste retour des choses, Guillaume Apollinaire, le plus grand poète français du XXe siècle avec Aragon, a aujourd'hui droit à un merveilleux Découvertes Gallimard signé Laurence Campa. Cet homme blessé à la guerre de 14 et qui mourut de la grippe espagnole, traversa son existence à la manière d'un somnambule qui aurait avancé hors des contingences de son temps. Il aima la peinture et en parla comme personne, la poésie dont il brisa les règles vieillottes, et les femmes dont il s'éprenait au premier regard sans être la plupart du temps payé en retour. Mais cette assiduité aux rôles d'amoureux malheureux lui donna des ailes pour faire jaillir toute la beauté du monde. La chanson du mal-aimé est en ce sens une splendeur indépassable. Ce petit ouvrage nous rend le poète dans sa singularité, avec sa tête ample et son regard triste, au milieu de ses amis de bohème et d'ailleurs, parmi ses dessins, ses calligrammes, ses photos, et ses mots comme ceux-ci : "Adieu Adieu il faut que tout meure"...

 

Apollinaire. La poésie perpétuelle par Laurence Campa, 128 p., Découvertes/Gallimard, 13.90 euros.

 

Lire la suite  :

 

http://www.lexpress.fr/culture/livre/apollinaire-la-poesi...

 

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17 novembre 2009

Lautréamont bouge encore !

Lautréamont best-seller !

publié le 16/112009 à 14:41 - mis à jour le 17/112009 à 09:44

 

Réunissant ses oeuvres complètes, le recueil posthume est un succès commercial.

Sorti il y a un mois et demi, le volume de la Pléiade consacré à l'auteur des Chants de Maldoror a fait un tabac : 7 000 exemplaires imprimés, 5 000 vendus. Un score inhabituel pour de la poésie, surtout si l'on songe que Lautréamont n'avait pas vendu un seul livre de son vivant.

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  Et si on rappelle que la Bien-Pensance patentée et décorée l'a réduit au silence pendant un demi-siècle ( ce sont les surréalistes qui l'ont ramené au jour...) il y a de quoi doublement fêter ça...

  A propos, qu'en pense aujourd'hui la Bien-Pensance? Et qui sont les Lautréamont d'aujourd'hui ? ( ne demandez pas la réponse à Philippe Sollers, ce papiste ...) O.


 

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Ton ombre est notre lumière...

  • Livre: Enquête sur Edgar Allan Poe
  • Auteur: Georges Walter
  • Editeur: Phébus

Dans l'ombre d'Edgar Poe

Par Tristan Savin (Lire), publié le 01/07/2009

 

2009 marque le bicentenaire de la naissance de l'auteur des Histoires extraordinaires, salué par plusieurs publications. Une biographie et un essai permettent de redécouvrir le poète célébré par Baudelaire et Mallarmé. Et deux romans, en forme d'hommage, démontrent que le génie foudroyé continue de faire des émules.

Le 3 octobre 1849, on trouvait un homme inanimé sur un trottoir de Baltimore, Maryland. Détail étrange, il portait des vêtements trop grands pour lui. Transporté à l'hôpital, il y succombait quatre jours plus tard, d'un mal inexpliqué.

On identifia la victime: le journaliste Edgar Poe, né à Boston en 1809, orphelin adopté par un riche esclavagiste de Virginie, John Allan, qui l'abandonna à son sort dès sa majorité. Ainsi, toute sa vie, l'infortuné Edgar «Allan» Poe fut en butte à un destin semblant s'acharner contre lui. Sa mort ne lui apporta pas plus de paix. Quatre personnes seulement assistèrent à ses funérailles, expédiées, sous la pluie. A peine enterré, il se trouva couvert d'opprobre par la presse nationale. On lui reprochait ses moeurs dissolues, son mauvais caractère et des textes trop noirs. On n'évoquait jamais un grand écrivain mais un être dépravé, alcoolique et drogué. «On décida de lui dédier un cénotaphe de granit et de marbre, mais ce ne fut que vingt-six ans plus tard», précise Georges Walter, auteur d'une Enquête sur Edgar Allan Poe, poète américain, rééditée à point nommé pour le bicentenaire du génie. Cette biographie, exemplaire, s'ouvre sur une carte du ciel à la naissance d'Edgar Poe, «prédisposition» zodiacale ainsi légendée: «presque toutes les planètes se trouvent sous l'horizon».

Ainsi naissait le prototype du poète maudit, auquel ses livres rapportèrent à peine trois cents dollars. «Frère spirituel» de Baudelaire, «ingénieur des lettres» pour Valéry, «cas littéraire absolu» selon Mallarmé, l'auteur du Corbeau devint, au regard de l'histoire des lettres, le grand maître du fantastique, l'inventeur du récit policier, le précurseur du roman scientifique, le rénovateur du conte, l'annonciateur de la psychanalyse. Pas moins. D'abord auteur de poèmes «cosmiques» inspirés des romantiques anglais, Poe a 18 ans quand paraît son premier recueil. Son seul roman, Les aventures d'Arthur Gordon Pym, sort en 1838, amputé du dernier chapitre par l'éditeur, et se solde par un échec. A 30 ans, il accouche d'un nouveau chef-d'oeuvre, La chute de la maison Usher. En 1841, devenu rédacteur en chef, enfin libre de publier ses propres textes, il connaît la période la plus faste de sa vie et livre quantité de contes et de nouvelles. Parmi eux, Double assassinat dans la rue Morgue marque la naissance d'un genre: l'enquête policière, reprise avec un succès retentissant par ses disciples d'outre-Atlantique, Gaston Leroux, Conan Doyle et Agatha Christie.

Indigent, il inonde les journaux de ses histoires courtes
Dans son essai Avec Poe jusqu'au bout de la prose, Henri Justin nous éclaire sur l'oeuvre à travers une minutieuse analyse des textes - hélas peu didactique pour le néophyte. Ce spécialiste, déjà auteur de Poe dans le champ du vertige (1991), apporte également des précisions sur la vie de l'artiste maudit. Selon lui, «Poe se voulut poète». Il écrivait lui-même que «Edgar A. Poe» aurait dû s'écrire «Edgar, a Poet». Mais il manquait une lettre... Empêtré dans un lyrisme souvent morbide, il passe au conte, «persuadé que le poétique veille au coeur de toute littérature». Toujours en mal d'argent, il inonde les journaux de ses histoires courtes et aborde de nouveaux genres: comique, satirique, dramatique, merveilleux scientifique. Traumatisé par la disparition de sa jeune épouse, il vit dans l'indigence. Jusqu'à sa fin tragique, à seulement quarante ans. Georges Walter nous en apprend plus sur les circonstances de sa mort: «Aucune plainte ne fut déposée qui provoquât une enquête policière.» Pourtant, tout laisse penser qu'il fut dévalisé, sinon enivré et drogué, «voire l'un et l'autre», poursuit le biographe. Quand Poe arriva à Baltimore, une campagne électorale battait son plein. Or, la technique des agents électoraux de l'époque «consistait à neutraliser leurs proies avec un mélange de whisky et de narcotique pour les traîner de bureau de vote en bureau de vote». Selon un journaliste présent, cette méthode avait «dépassé la mesure» cette année-là... Mais dans la bonne société conservatrice du Maryland, «le crime, aux yeux de plus d'un, prit figure de juste châtiment». Pourtant, selon Henri Justin, «Poe ne prit jamais d'opium» (contrairement à une idée répandue) et, probablement diabétique, ne supportait pas l'alcool. Qu'importe la vérité: sa réputation fut salie par une génération de gens de lettres haineux, jaloux de son talent et il fallut un demi-siècle pour démasquer les mensonges. Walter avance une raison: «Il fallait expliquer la bizarrerie de l'oeuvre par l'immoralité de l'auteur.»

L'écrivain américain Matthew Pearl, déjà remarqué pour son formidable Cercle de Dante (Robert Laffont, 2004), a eu l'heureuse idée de poursuivre l'enquête, de manière romanesque. Il se base sur les nombreux mystères entourant la fin misérable du poète: pourquoi passe-t-il la soirée à Baltimore alors qu'il se rendait pour affaires à New York? Pour quelle raison la maison où il s'est rendu ce jour-là a-t-elle brûlé? Et qui est ce Reynolds dont le nom revient sans cesse au cours des délires de l'écrivain à l'hôpital?

Le héros de Pearl, jeune avocat admirateur de l'oeuvre de Poe, assiste par hasard à l'enterrement. Peu de temps avant, le poète l'avait chargé de prendre sa défense contre les calomniateurs. Décidé à réhabiliter la mémoire du «Sauveur de la littérature américaine», Quentin Hobson Clark entreprend des recherches, malgré les menaces d'un inconnu aux airs de fantôme et les sages conseils de son entourage bourgeois. La folie dont on accuse son écrivain modèle s'avère contagieuse. Il délaisse sa future épouse, abandonne la clientèle de son cabinet. Et n'hésite pas à se rendre à Paris pour retrouver le chevalier Dupin. Seul le plus célèbre détective de l'époque - héros de plusieurs histoires de Poe - peut l'aider à résoudre l'énigme.

Utiliser un personnage imaginaire pour enquêter sur la disparition de son créateur - par ailleurs père du roman policier -, il fallait oser! Le talentueux Pearl tient sa promesse. Diablement mené, ensorcelant dès les premières lignes, L'ombre d'Edgar Poe baigne dans une brume inquiétante, digne des Histoires extraordinaires.

Fabrice Bourland a eu une idée similaire. Avec La dernière enquête du chevalier Dupin, court roman historique écrit dans le style de l'époque, on retrouve l'ancêtre de Sherlock Holmes, chargé d'un cas tout aussi mystérieux: celui d'un autre poète, retrouvé pendu dans une ruelle: Gérard de Nerval. Les écrivains maudits n'ont pas fini de hanter leurs lecteurs.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/dans-l-ombre-d-edgar...

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