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07 octobre 2009

De la lecture ...

Cultures - Article paru
le 5 février 2009

La chronique poésie d’Alain Freixe

La poésie, c’est pas ce que tu crois !

La poésie, mais qu’est-ce ? Une inconnue délaissée ?

Il faut dire qu’elle joue perdant. Rebelle à tous

les attributs dont on voudrait l’affubler, on ne peut

la saisir. Les poètes ne se sont pas privés de lui proposer, parfois de manière péremptoire, des définitions. Mais voilà, elle est toujours autre chose !

Oui, Gérard Pister a raison de rappeler le mot de Guillevic : « La poésie, c’est autre chose » et d’en faire le titre

de son anthologie où sont recensées « 1 001 définitions de

la poésie » (1). Bien sûr tout tient dans ce « 1 000 + 1 » qui maintient la voie ouverte vers quelque soleil futur !

C’est ce vacillement que nous donne à lire Gérard Pister.

On feuillettera ce livre comme on tournerait un cristal. Huit facettes, huit approches définitionnelles : Affirmation, Connaissance, Émotion, Licorne, Musique, Objet, Révélation, Vie. Le tout réunissant quelque 650 citations de quelque 250 auteurs d’époques, de langages et de sensibilités très divers. Les passionnés sont toujours passionnants !

Gérard Pister est de ceux-là ! Son livre aidera ceux

qui cherchent sur les routes de poésie repères et balises.

Georges Bataille poète ? On pensait que l’auteur de l’Érotisme, du Bleu du ciel, de l’Histoire de l’oeil, de Madame Edwarda, l’homme du Collège de sociologie et

de la Part maudite, de la Somme athéologique qui regroupe l’Expérience intérieure, le Coupable et Sur Nietzsche, bref l’inclassable, tout à la fois romancier, essayiste, philosophe, sociologue, ethnologue, penseur religieux… qui n’écrivait peut-être que toujours la même chose à propos de champs aux objets spécifiques,

cet homme toujours sulfureux n’avait que dégoût pour

la poésie !

On se souvient de

ses polémiques avec André Breton à propos du surréalisme, de l’accusation d’idéalisme qu’il lui portait alors et de son livre de 1947, Haine de la poésie.

Mais on avait peut-être oublié l’épisode de Carpentras entre mai 1949 et juin 1951, années durant lesquelles Georges Bataille, bibliothécaire à Carpentras, renforcera ses liens avec René Char, liens datant de 1946 alors que dans

la revue IIIe Convoi il dédie à René Char sa suite d’aphorismes, Apprendre ou à laisser.

On avait peut-être oublié cet Archangélique (2) que Bernard Noël nous avait donné à lire en 1967 au Mercure de France et qu’il reprend aujourd’hui, dans la collection « Poésie » Gallimard) augmenté « d’autres poèmes » et d’une préface, « Le bien du mal », si éclairante à partir de la lumière qui émane des questions qu’il nous offre à méditer, la moindre n’étant pas que « la poésie (soit) le contraire de ce qu’annonce le mot qui la désigne » !

On avait oublié que cette expression si souvent citée aujourd’hui encore, Georges Bataille l’avait très vite trouvée obscure. C’est que c’est moins le poème qu’il entendait contester (poème en lutte contre lui-même, sacrifiant ce qu’il pourrait y avoir de poétique en lui) que cette tentation du lyrisme où il est toujours menacé de se complaire ; aussi il lui substituera, quelques années plus tard, en 1962, le titre l’Impossible, manière de faire signe vers « ce qui restera hors d’atteinte », hors explication, irreprésentable, et qui cependant reste l’Orient de toute littérature et de cette poésie qui est « le contraire de ce qu’annonce le mot qui la désigne ». Révolte dans la langue à partir du désir et de la mort en vue d’une vérité qui serait « représentation de l’excès ».

Or l’excès n’est pas médiatisable. Il ne saurait loger dans les mots. Les articulations du langage les assèchent.

Les poèmes de l’Archangélique sont marche forcée dans l’impossible. Déchaînement, délit, crime : « Le couteau du boucher dans la langue (belle, noble, élevée) », écrit Michel Surya dans son Georges Bataille, la mort à l’oeuvre (Gallimard, 1992). À la voie icarienne surréaliste, à son « signe ascendant », Georges Bataille oppose le creusement de la « vieille taupe » entre pierres, racines, vieux os et vers. Là où ça peut germer !

D’aucuns saluaient en l’animal aveugle la révolution.

C’était hier. Et c’est demain !

(1) Sous la direction de Gérard Pister, La poésie, c ’est autre chose, collection « Les Cahiers d’Arfuyen », Arfuyen, 15 euros.

(2) L’Archangélique et autres poèmes, de Georges Bataille, préface de Bernard Noël, notes de Bernard Noël et Thadée Klossowski. « Poésie » Gallimard n° 419, 6,20 euros.

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