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04 octobre 2009

Jacques Ancet

Un poète que nous avons lu sur Poésie Libre Echange

 

Un poète discret et exigeant, et le traducteur  d'Angel Valente, Antonio Gamoneda, Saint Jean de la Croix...

Cultures - Article paru
le 28 avril 2005

La chronique poétique d’Alain Freixe

http://www.humanite.fr/2005-04-28_Cultures_Jacques-Ancet-ou-la-memoire-de-l-oubli

Jacques Ancet ou la mémoire de l’oubli

« Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier (…). »

Rainer Marie Rilke

On croit que le récit est le lieu par excellence de la mémoire. On raconte, on conserve, ça paraît d’une rare exactitude. Tout y est organisé : lieux, espaces, personnages, destinées. Pures fictions,

bonnes à donner du rêve à consommer

aux anesthésiés que nous sommes.

Le poème éveille et tient éveillé.

Jamais, je ne l’ai autant éprouvé ces derniers temps qu’à la lecture de ces deux livres

de Jacques Ancet. L’auteur, on le sait, est auteur d’essais - on lui doit un Bernard Noël ou l’éclaircie (Opales, 2002) - et surtout l’incomparable traducteur des oeuvres de Jose Angel Valente et d’Antonio Gamoneda - on trouve ces auteurs au catalogue des Éditions Unes, Corti, Dana et Lettres vives - on connaît peut-être moins le poète rare qu’il est.

Deux livres, donc. Deux compositions au sens où on utilise ce mot pour parler des créations des musiciens. Aussi est-ce sur le timbre que

je voudrais attirer l’attention du lecteur, tant à lire ces deux livres de Jacques Ancet prennent corps les mots de Marina Tvetaeva : « Il y a quelque chose dans la poésie qui est plus important que le sens : la résonance. »

Un morceau de lumière a toutes les qualités des livres des Éditions Voix d’encre.

Alain Blanc, leur directeur, sait marier texte

et réplique plastique - ici, des dessins d’Alexandre Hollan, des vibrations de traits aussi bien. C’est un livre d’encre et de chair dont on tourne les pages. Entre elles, une lumière filtre et passe vibrante pour aller rayonner plus loin.

C’est cette lumière, celle qui d’être entre, fait tenir l’ensemble, que l’on rencontre dans

la Dernière Phrase. Ici, point d’image mais une étonnante architecture. Nous sommes dans ce livre sous la loi du nombre car « compter rassure », permet de souffler.

C’est de cette savante composition que naîtra la lumière. 27 poèmes de 9 vers dont le mètre est l’impair verlainien, l’ennéade de 9 syllabes pour le premier texte alors que le deuxième texte se compose de 9 parties de 9 neuvains chacune. Tout cela pour aider à « la recherche de quelqu’un », à la recherche de « la dernière phrase », celle que nous cherchons tous, celle en qui se résumerait « la perfection du fini ». Celle qui manque. Celle qui nous faut. Toujours.

Toutefois, si le 9 dit la fin d’un cycle -

et ce sont là, pour l’anecdote, des poèmes

de deuil - il est ici travaillé par le 3, ce nombre novateur, véritable commencement

de la numération. Ainsi la course, claudicante certes car toujours l’impair boite,

ne s’achève que dans le suspens d’un vide

déjà prêt à s’ouvrir, où l’on va pouvoir continuer à « chercher quelqu’un »,

un corps, « son passage insouciant, le sourire le geste », et c’est « un morceau de lumière »

et son vide qui nous restent. Dans cet abîme résonnent non les souvenirs, ces constructions qui toujours font écran, mais l’oubli,

cette faille où les vérités se terrent.

L’écriture de Jacques Ancet nous éveille à cette vérité que les poèmes prennent en charge pour devenir « la mémoire de l’oubli ».

C’est cela que l’on entend et moins

dans les mots qu’entre eux, dans ce timbre qu’ils ne disent pas mais transportent avec eux du fait de l’écriture même de Jacques Ancet, ses coulées, ses inflexions, ses ruptures de rythme - ah ! la césure de l’impair -

ses silences.

C’est cela qui résonant, dans cette demeure de l’oubli que sont les poèmes de Jacques Ancet, rayonne comme un fil de jour s’obstine à accompagner « ce qui s’en va », cette vie qui passe sans se retourner, » comme un passage d’oiseaux » éclaire le ciel, « comme le jour commence ».

Jacques Ancet, la Dernière Phrase, frontispice de Paul Hickin, collection « Terre de poésie, Lettres vives », 14 euros.

Jacques Ancet, Un morceau de lumière, dessins d’Alexandre Hollan, Voix d’encre.

 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour


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