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30 septembre 2009

Art Contemporain à Lyon : Salut les gones !

Jusqu'au 3 janvier 2010, la Biennale d'Art Contemporain de Lyon ouvre ses portes au public ! Notre MicPo y dépêche deux envoyés spéciaux, Orlando et Escandille , qui  enverront des aperçus et impressions régulièrement, sur ArtsPoésieMouvement. En attendant, si vous voulez vous faire une idée par vous-même, c'est ici :
 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

12:33 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

29 septembre 2009

chez nos amis d'outre-Quiévrain...

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Détails | Info
"Cabaret des Fêtes de Wallonie 2009"


un relooking de Ciné Massacre pour les cinquante ans de la disparition

de Boris Vian.


Il avait écrit : Étant donné trois planches, quatre chiffons et six bonshommes, en faire voir au spectateur dix fois plus qu’il n’en verra jamais place de l’Opéra.

Avec un tel programme, la scène du plus petit café-théâtre peut devenir le plus grand plateau de cinéma du monde, sans que les acteurs ne doivent quitter le zinc auquel ils sont accrochés. Ils y puiseront aussi la force d’interpréter les chansons les plus connues de l’auteur – sans oublier les spectateurs, qui auront le privilège d’être servis par les interprètes !


Un cabaret renouvelé de l’Atelier poétique de Wallonie, sous la direction de Francis Dony (mise en scène). 

Avec : Laetitia Avenière, Nicolas Bruno, Christine Durant, Sophie Evrard, Annie Godessart, Catherine Haupert, Jean-Marie Rau et Laurence Renoir.

Musique : Boris Vian … et Gilles Boonen.

Affiche : Boris Dambly.

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À 16 h les 19, 20, 27 septembre et 4 octobre ;
À 19 h le samedi 19 septembre ; 
À 20h30 les 18, 21, 24, 25, 26 septembre et les 1er, 2, 3 octobre.

Tarif plein : 10€
Tarifs réduits (seniors et groupes à partir de 12) : 7€
Juniors, étudiants : 5€
Article 27
--------------------

Avec l'aide de

pour les décors



vendredi dimanche
18 au 04
septembre octobre

Heure :


Lieu:
Maison de la Poésie
28 rue Fumal
5000 Namur


Information:
0473 38 48 94

Réservation :
0473 38 48 94

27 septembre 2009

Lève l'ancre pour une exotique nature ! (Mallarmé)

Les matins sont des voiliers prêts à appareiller, cap sur de nouveaux mondes ! Voici une artiste dont j'apprécie les oeuvres , dont j'ai déjà parlé ici :
 

S.Boudet
Peintures originales sur toile - Provence

ENTREZ dans le site http://sylvieboudet.free.fr

http://sylvieboudet.free.fr
SYLVIE BOUDET Peinture en Provence - France
-
Création originale de tableaux,
art contemporain

A la frontière de l'art figuratif et de la peinture abstraite, le peintre trouve son chemin dans l'agencement recherché des vibrations de couleurs. Entre elles les couleurs vibrent, s'effacent ou s'opposent pour trouver leur place.Dans l'espace d'un rêve, c'est la découverte, le cheminement vers la recherche de l'équilibre et de l'harmonie. Le tableau se révèle dans une ambiance de lumière de provence. Laisser une fenêtre ouverte à l'instant privilégié de l'imaginaire, dont le langage ne s'exprime pas avec des mots.

 

Expositions de peintures dans le Sud de la France PROVENCE :
Uzès, Castillon-du-Gard, Avignon et autres villages de vaucluse, Saint-Remy-de-Provence, Marseille, Lyon, Paris, Valence, Cluny
Expositions à l'étranger Belgique, Grand duché, Suisse


Paintings from Provence SYLVIE BOUDET / original paintings, contemporary art on www.sylvieboudet.com - the south of france color

In the space of a dream my painting is standing between representative and abstract art, trying to find the balance between shapes and colours, in the space of the movement. The main subject, of colours and textures is made with oil painting technology combined with intense and various elements of pigments. Mixed media on paper or cardboard. Palet knives, brushes, different implements to model and transform the original matter, between engraved elements or sweetness areas of breathing. The Time of painting, successively, layer by layer, the canavas is emerging, little by little, creation is emerging, painting's living. What kind of alchemy is leading us throw the life ?

Reproduction et utilisation des images interdites, tous droits réservés.


 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

09:54 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (2)

26 septembre 2009

Du nouveau sur la MicPo !

  La Micronésie Poétique a, depuis l'origine, le projet d'être un magazine électronique de poésie, littérature, arts, constitué de groupes de discussion (wanadoo au début, yahoo en ce moment...) , et dont les lecteurs seraient en même temps les auteurs.
  Nous avons traversé récemment des turbulences, au cours desquelles nous avons perdu une petite partie de nos activités. Nous allons donc les recréer, avec du nouveau si possible.
  Ainsi, nous redonnerons vie au "Par Coeur" et au "Coup de Coeur", ainsi qu'au haïku, dans une nouvelle rubrique intitulée "Formes brèves". D'autre part, nous attendons avec impatience que Cécile rouvre "Voix du Monde", la dimension mondiale de la voix poétique étant un souci permanent de la Micronésie Poétique : il ne faut pas la laisser s'éteindre.
  Enfin, une idée qui nous tient à coeur depuis longtemps et que nous allons essayer de mettre en mouvement : la poésie conçue comme une gymnastique ! une activité bonne pour la santé, qu'on peut muscler, grandir, tonifier ! Une série d'exercices poétiques -écriture et lecture, de tous niveaux, à investissement variable - de quelques minutes à plusieurs heures, jours, mois... Puisqu'il faut nommer pour s'y retrouver, cette rubrique sera le "Mouvement de Gymnastique Poétique", fermez le ban !
 
  Pour ce qui est de l'organisation des groupes, on ne touchera pas à ce qui marche . Poésie Libre Echange garde la poésie contemporaine ( mais avec les troubadours, ça fait un peu beaucoup , et un peu disparate : on songe à déménager  nos poètes médiévaux sur un nouveau groupe, d'Histoire Poétique...), Toujours La Poésie garde l'Ouvroir, qui a toujours beaucoup de succès, PROSES le prose, Voix Du Monde les poètes du monde entier. Les Formes Brèves ( et la "Balade en Vers Pensés" est une forme brève...) ainsi que le Par Coeur, le Coup de Coeur et le Mouvement de Gymnastique Poétique trouveront place sur Arts,Poésie,Mouvement, groupe qui se veut dynamique et pétant la forme, mais qui se trouve plutôt somnolent depuis sa création. Je vous invite à le rejoindre !
  Ce pauvre ArtsPoésieMouvement va se trouver surchargé de rubriques, lui qui est si léger en effectifs ! Il faut donc recruter, et songer à mieux répartir les activités en créant un ou des groupes nouveaux. Je songe en particulier à Histoire Poétique, et à un Agir Poétique où se retrouveraient le Mouvement et les ateliers d'écriture et/ou de lecture... mais pour cela, ON DEMANDE WEBMASTERS ! Personnes intéressées, dynamiques, disponibles... si vous en connaissez, ne manquez pas de nous les adresser !
  A bientôt toutes et tous .O.
 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

11:28 Publié dans Micronews | Lien permanent | Commentaires (0)

25 septembre 2009

MH est-il un clone triste, ou un clown raelien?

Houellebecq est-il...
Vendredi, 25 Septembre 2009, 12h38mn 00s
De :
Orlando Erre <jotapil@yahoo.fr>
Afficher les détails de ce contact
À : PROSES@yahoogroupes.fr

... un clone raelien , ou un clown mine de rien ? Lire l'article ci-dessous, extrait du blog de Sollers

 

Houellebecq dans "une vie divine"

Daniel-Michel

Sous le prénom de Daniel, Sollers brosse un portrait au vitriol de Michel Houellebecq dans "Une vie divine". Cryptage transparent : même finale du prénom, la secte de Raël favorable au clonage devient l’EVU (Eglise de la Vie Universelle), idées pour lesquelles Daniel-Michel a quelque sympathie.

 

Michel Houellebecq jeune
Une fois à Paris, j’ai rendez-vous, en fin d’après-midi, au bar du Lutétia, avec mon vieil ami Daniel, cinéaste [1] désormais mondialement célèbre, comme le prouve son dernier grand entretien dans Destroy. Il a l’air à la fois en pleine forme et très déprimé, résultat probable des tranquillisants et des somnifères qu’il absorbe à haute dose. Il boit des alexandras, parle peu, savoure le triomphe de son dernier film, La Vie éternelle (accueil mitigé en Asie, gros succès, en revanche, à Berlin, Madrid, San Francisco et Toulouse). Il glisse, les larmes aux yeux, sur la mort de son chien adoré, Trott, le seul grand amour de sa vie. Daniel est le type même du nihiliste actif et professionnel d’aujourd’hui, pornographe et sentimental. Il reste obsédé par la baise, frémit à la vue de la moindre jeune salope locale, a peur de vieillir, poursuit un rêve d’immortalité génétique, et a même donné son ADN, pour être cloné, à l’Eglise de la Vie Universelle (l’EVU), laquelle est partie à l’assaut des comptes en banque des déprimés du monde entier, tentés par le suicide et la réincarnation corporelle. La vie humaine, on le sait, n’est qu’une vallée de larmes, et la science en a établi la vérité fatale. La chair, pour finir, est triste, les livres sont inutiles, on ne peut fuir nulle part dans un horizon bouché, l’argent permet de vérifier tout cela, et le cinéma, lui-même inutile, l’exprime. Où sont passés Dieu, l’espoir d’une vie éternelle, toute la salade de jadis ? Les religions sont balayées, vous qui entrez laissez toute espérance, faites-vous prélever pour plus tard, mais sans garantie absolue, car il se pourrait bien que le vieux Dieu demi-mort irascible, qui a déjà confondu les langues au moment de la Tour de Babel, reprenne du poil de la bête, et utilise un jour des terroristes pour foutre le bordel dans les laboratoires, mélanger et brouiller les codes sinistres tarés du futur.

 

Daniel souffre, et il lui sera donc beaucoup pardonné socialement (c’est-à-dire fémininement), « à la chrétienne », comme d’habitude. Nous n’allons pas recommencer notre ancienne polémique vaseuse pour savoir s’il faut préférer Schopenhauer (lui) ou Nietzsche (moi). De toute façon, la question est réglée : Schopenhauer a vaincu, Nietzsche est définitivement marginal. Il me demande quand même si je crois à la vie éternelle, et il sait que je vais lui répondre bof, que c’est là encore un fantasme humain, trop humain, que l’éternel retour est tout autre chose, qu’il vaudrait mieux parler d’éternité vécue. Il me jette un drôle de regard, à la fois plombé, apeuré, vide. Je ne suis même pas digne d’être un chien, pense-t-il comme un banal humaniste, non, je ne suis même pas digne d’être un chien, et il n’a pas tort. Allez, encore un alexandra pour lui, un whisky pour moi [2], et basta. On ne parle même pas de l’objet du rendez-vous pris par son agent : une petite évaluation philosophique de son oeuvre, par mes soins, mais sous pseudonyme, dans une revue confidentielle et radicale, douze lecteurs pointus, un record [3]. Il est vrai que la pige aurait été misérable. Il est vrai aussi que je n’en ai pas envie. J’ai été content de revoir Daniel, son courage et sa détestation provocatrice, glauque, drôle et fanatique du genre humain. Mais précisément : humain, trop humain...

 

Une vie divine, Plon, 2006, p. 348-350.

Nota : C’est Saneptia sur le blog être vivant qui a attiré mon attention sur le rapprochement Michel-Daniel. Vous recommande vivement ce blog littéraire qui contient de nombreux autres extraits de "une vie divine", mais pas l’extrait des pages 356-357 qui suivent où l’on retrouve le personnage de Daniel :

Je repense à Daniel, son cas est révélateur. Mauvaise enfance, corps peu désirable, intenses masturbations, premières relations féminines peu enthousiasmantes, découverte tardive de partenaires plus jeunes attirées par sa célébrité et son argent et, à ce moment-là, sentiment de vieillissement, satisfactions combattues par la jalousie et le manque - donc douleur. Dans ces histoires, il faut commencer très tôt, enfance vicieuse, action dualisée vers 13-14 ans avec des professionnelles de 30 ans [4],connaissance approfondie de la chose (putes, partouzes, énamorations, illusions magiques et désillusions), bref être immunisé à 35-40 ans, blindé à 50, dégagé ensuite. On est sur la rive, on regarde les bateaux appareiller [5] , pavoiser, faire la fête, se mélanger, pavoiser, se saborder, couler. Être fasciné par la jeunesse, vouloir la posséder, la poursuivre, est un fantasme de vieux qui a toujours été vieux. On peut mettre ici dans même sac pédophiles, homos, nymphomanes frigides, séniles coureurs, c’est-à-dire un fonds de population indéfiniment renouvelable, obsédé par la jenèse non vécue à temps. Un petit Bédouin affole les uns, la jeune salope en fleur terrasse les autres, le bétail s’agite et se vend, changements d’acteurs et d’actrices, disparition vers la Vallée de Larmes. Heureusement, j’ai mon chien, il comprend tout, il est innocent et fidèle, sa mort me bouleverse davantage que celle d’aucun être humain.

Une vie divine, Plon, 2006, p. 356-357
 

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Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

24 septembre 2009

Ces généraux de l'an II qu'a chantés Hugo...

Portrait. 220 ans après la révolution française
Lazare Hoche, général républicain
Article paru le 31 août 2009
1768-1797 . Louis Lazare Hoche est le symbole même des généraux de vingt ans placés à la tête des soldats de l’an II. Il incarne l’élan national et républicain des armées victorieuses de la Révolution. Autodidacte, passionné d’art militaire, fort, courageux et réfléchi, bel homme plaisant aux femmes, amant comme tant d’autres de Joséphine de Beauharnais, marié à Adélaïde Dechaux, jolie Thionvilloise qu’il laissera veuve à vingt ans, pacificateur de la Vendée, le vainqueur au Geisberg meurt phtisique en (…)

Lire la suite : http://www.humanite.fr/+-Revolution-francaise-220-ans-apres-+

03:51 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

23 septembre 2009

Collage, cut up, kezaco ?

Thé au Riz, T'es que nique...
Mercredi, 23 Septembre 2009, 15h11mn 01s
De :
Orlando Erre <jotapil@yahoo.fr>
Afficher les détails de ce contact
À : PLE4 <PoesieLibreE4@yahoogroupes.fr>; ToujoursLaPoesie3@yahoogroupes.fr

Adeline voudrait quelques indications sur le cut up. Voici quelques notes très brèves, qui pourront être développées sur demande.
 
Je dirai que l'ancêtre du cut up ( mot utilisé par Burroughs et les poètes de la Beat Generation dans les années 50 du siècle dernier) est le collage, utilisé en poésie par les surréalistes et en peinture par les cubistes. Et l'inventeur  du collage est certainement Lautréamont, dans les "Chants de Maldoror". Brève ( et peut-être un peu approximative) chronologie :
 
vers 1870 : Lautréamont inaugure la technique dans les "Chants de Maldoror" en insérant , dans son texte épico-lyrico-narratif, des extraits d'ouvrages scientifiques, par exemple d'un traité de zoologie. L'un des plus célèbres collages est celui du vol des grues. Les critiques à courte vue parlent de plagiat, alors qu'il s'agit d'un procédé révolutionnaire de contestation- renouvellement de l'art et de la littérature.
 
  Avant la première guerre mondiale, les cubistes intègrent dans leurs tableaux des éléments extérieurs collés : fragments de journaux, de tapisserie, de tissus, de broderies, de bois...Avec une visée différente : il ne s'agit pas de provoquer un choc de l'insolite - encore que... - mais d'intégrer le "réel" dans l'image ; le fragment de journal représente vraiment un journal posé sur la table... Comparez avec la citation de Lautréamont ci-dessous !
 
  Les poètes de cette époque , Apollinaire, Cendrars, expérimentent des techniques du même genre.
 
vers 1920, André Breton porte en triomphe les "Chants...", qui avaient été complètement étouffés. Il donne les "beau comme" de Lautréamont comme exemples de l'image surréaliste, et notamment " beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie. " . Or il se trouve que ces expressions maldororiennes sont aussi des collages. Ici un peu de théorie est indispensable :
 
Qu'est-ce qu'un collage ? En visuel, c'est la technique consistant à juxtaposer des images ne présentant aucun lien entre elles .Claude Pélieu, le poète, qui a introduit la poésie de la beat generation en France, était aussi plasticien et a fait des expositions de ses collages. Prévert a également utilisé la technique.
  En littérature, cela consiste à juxtaposer également des fragments sans liens entre eux. On voit tout de suite que l'image maldororienne en est un parfait exemple. Le "cadavre exquis" des surréalistes joue lui aussi sur l' "effet collage".
 
Un deuxième point théorique , c'est que le collage, et plus tard le cut up, comporte deux valeurs fondamentales, la volonté contestataire, dynamique, bouleversante d'une part, et d'autre part la dimension esthétique, soft, consensuelle. Les images de Lautréamont sont vivement chargées de la première valeur, exprimant une contestation de l'hypocrisie sociale,politique, esthétique, du ronron académique. Le tort de Breton est sans doute de las avoir édulcorées, de leur avoir rogné les griffes et de les avoir assagies en beaux objets poétiques inoffensifs.
 
 
 Après la deuxième guerre mondiale, le vent de la nouveauté semble venir d'outre-atlantique ! Burroughs, l'un des chefs de file de la Beat Generation, "invente" le cut-up et en fait un usage intensif.
 
  Aujourd'hui, l'effet "cut up" , ou "effet collage" , est devenu un lieu commun de la littérature et de l'art, voire même du désign, de l'architecture , de la publicité. On peut dire qu'il est parfaitement digéré et fait partie de l'expression contemporaine, débarrassé en grande partie de ses vertus corrosives, contestataires, révolutionnaires.
 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

21 septembre 2009

Les papys ont la frite...

 

samedi, 19 septembre 2009

Julien Blaine

blaine-nuenmouvement.jpgJulien Blaine (Christian Poitevin pour l’état-civil) né le 19 septembre 1942 à Rognac dans les Bouches-du-Rhône, vit à Ventabren, non loin de Marseille, et nomadise le plus possible.  La clinique où il est né est devenue une bibliothèque ce qui n’est évidemment pas pour lui déplaire.
Créateur des revues les Carnets de l’Octéor, Appproches, Robho, Gérarnonymo, Gang, Doc(k)s, il organise festivals, rencontres, expositions (Gogolin, Allauch, Tarascon, Marseille, Ventabren, Lodève) et crée en 1989 le Centre international de poésie Marseille (cipM).
Poète, performer, artiste graphique, il explore inlassablement, toutes les formes que la poésie prend (langue, forme…). Son œuvre généreuse, quel qu’en soit le support, démontre cette infinie curiosité.
Il abandonne la performance en 2005, lors d’une grande tournée “Bye-bye la perf”  qui l’entraîne de Marseille à Bordeaux, de Paris à l’île de la Réunion, de Nantes à Toulouse, de Lyon à Périgueux… Aujourd’hui il présente son travail dans des “déclaractions”.
Actuellement un choix de son travail est présenté au [mac] (Musée d’art contemporain de la ville de Marseille), 69, avenue d’Haïfa  — 04 91 25 01 07.
Parmi ses innombrables livres, il ne faut pas manquer :
13427 poëmes métaphysiques, édit. Évidant, 1986, Bimot,  édit. Évidant, 1990, Calmar, Spectres Familiers, 1993, Du Sorcier de V. au Magicien de M., Roger Pailhas, 1997, L’Arc c’est la Lyre, Al Dante, 1998, Pagure, Al Dante, 1999, La fin de la chasse, Al Dante/Safaribooks, 1999, Se constituer vrai/ment Grand Père, le bleu du ciel, 2003, Bye-bye la perf, livre + CD audio, Al Dante, 2007, Poëmes Vulgos, Al Dante, 2008, les Cahiers de la 5ème feuille, 1 à 8, Al Dante, 2001-2009…

Pour en savoir plus on se reportera avec profit au considérable catalogue qui a paru à l’occasion de l’exposition au [mac], Blaine au Mac un Tri, Al Dante, 21x28 ; 288 p. ; ill. ; 39 € ou au petit livre d’entretiens avec Agnès Olive, Julien Blaine, aux éditions la Belle bleue, 12x20 ; 96 p. ; 14,90 €. On peut l’entendre sur : http://www.ubu.com/sound/blaine.html

* * *


ecritureori-perf1-1.jpg« Trop marché dans la montagne ?
Trop bu de café ?
La côte, bien que courte,
trop raide pour mes vieux mollets sur le pédalier du jeune vélo ?

Puis le sommeil m’a capturé
jusqu’à 3 h 50,
m’a ressaisi jusqu’à 7 h 05
et, à 7 h 50, j’ai commencé à écrire ça
sur mon iBook,
le livre de « je ».

À cet âge :
le bonheur de les voir
s’accompagne
de la douleur d’être.

Lassé de la route,
je regarde mes mains sur le volant :
ce sont des mains de grand-père,
les mains de mon grand-père…

Heureusement pour s’amuser
l’aïeule m’a verni l’ongle du petit doigt de la main gauche
en or.
Ainsi mes mains,
surtout la gauche se distinguent.

On reconnaît un grand-père à ses petizenfants
& à
ses pieds :
tant de peau morte sur les talons
tant de peau morte à l’angle extérieur et inférieur des orteils.

On reconnaît un grand-père à ses petizenfants
& à
ses veines vert-clair et serpents bleus sous la peau.

On reconnaît un grand-père à ses petizenfants
& à
les îles roses, mauves et violettes, dessins de ses veinules et de ses artérioles,
qui éclatent sous la peau.

On reconnaît un grand-père à ses petizenfants
& à
les minuscules  fissures interdigitales, les ondulations originales de certains ongles

On reconnaît un grand-père à ses petitzenfants
& à la faune et la flore microscopique qui essaie de l’envahir
pour creuser des rides fragiles

On reconnaît un grand-père à ses petizenfants
& à »


Se constituer vrai/ment grand-père, le bleu du ciel, 2003

 

blaine.jpg

Photos : Faire la bombe, 2007, photographie Joan Casellas
La Pythie claustrophobe 1998, Villa Waldberta-Feldafing, Allemagne, Photographie D.R.

 

http://www.unnecessairemalentendu.com/

Willy Ronis nous regarde de là-haut...

Nouvelobs.com > Arts & Spectacles > Je me souviens de Willy Ronis

La mort d'un grand photographe

Je me souviens de Willy Ronis

 

Génie de la photographie humaniste, il avait reçu Bernard Géniès chez lui, l'hiver dernier, pour parler de ses premières photos, du regard émerveillé d'un enfant, de ses engagements

 

Sur le palier du sixième étage, la porte de Fappartement était entre- bâillée. Lors d'une précédente rencontre, deux ans auparavant, Willy Ronis était venu m'ouvrir. Mais en ce jour de Fhiver dernier, j'avais dû entrer seul dans Fappartement et, guidé par le tic-tac d'une vieille horloge, me dinger vers la pièce de droite où je savais qu'il se tenait. Assis derrière un bureau encombré de livres et de dossiers, il m'avait salué, s'excusant de ne pouvoir se déplacer. Pas un mot sur la maladie ni les séances de dialyse qui l'epui- saient. J'étais venu Finter- viewer à Foccasion de la publication d'un livre de ses photos de nus préfacé par Philippe Sollers. Comment un vieil homme de 98 ans al- lait-il pouvoir parler de ces images de belles femmes ? II s'était exprimé comme à son habitude, avec des mots simples, précisant que le nu n'avait pas été son métier, et qu'il ne Favait pratiqué que de temps à autre, au hasard des rencontres, des occasions. Des rencontres ? C'etait celle d'Isabelle, employée de Fambassade de France qui, lors du vernissage d'une exposition à New York, lui avait demandé de la photographier nue. Le hasard ? C'était celui qui Favait conduit à prendre ce «Nu provengal» qui allait faire le tour du monde : un matin de soleil dans la maison familiale de Gordes, Ronis voit sa femme en train de faire sa toilette. «Je suis allé chercher mon RoEeiflex qui était sur le buffet. f'ai pris, quatre photos. Pas une de plus.» Willy Ronis aimait raconter ses photographies. Cha- cune était liee à une mstoire, un épisode, vision d'un couple d'amoureux, d'un enfant au regard illuminé ou de piétons de Paris. Fils d'immigrés juifs (son père était origi- naire d'Odessa, sa mère de Lituanie), né à Paris le 14 août 1910, il rêvait de devenir compositeur. La mort prématurée de son père Favait contraint à prendre la suite de son affaire, un studio de photographie. Malicieux, il m'avait glissé : «Qa ne m'intéressait pas de rester dans une boutique.» Alors il avait raconté ses premiers enthousiasmes, les défilés du Front popu, Fengagement politique à gauche, ses longues marches dans les quartiers de Paris - «sauf le 16e, je m'ennuie dans les quartiers chics !»
Quand je lui avais demandé si l'expression de «photographie humaniste» caractérisait son travail, il m'avait répondu oui parce que «j'ai toujours voulu photographier des êtres humains». En 2002 , il avait renoncé à la photographie : son dernier cliché, nous avait-il dit, était un nu féminin. En éprouvait-il des regrets ? Non : «Après bossé pendant soixante-quinze ans et fait des milliers de photos, je peux m'arrêter !» Membre de l'agence Rapho, il avait fait don de ses photos à l'Etat frangais en 1983. Ces dernières années, il avait exposé à la Bibliothèque nationale de France, à la Mairie de Paris, au Jeu de Paume et, cet été, aux Rencontres d'Arles. Modeste, toujours prêt à répondre aux nombreuses sollicitations dont il était désormais l'objet, Willy Ronis, grand visi- teur du Louvre dans sa jeunesse, appréciait la peinture : «Une photo réussie, c'est une photo qui ressemble à un tableau.» II m'avait dit avoir pleuré devant un tableau de Bruegel, «tellement il était beau, avec son lac gelé et ses patineurs». Son regard s'était tourné vers la fenêtre. Dehors, on apercevait des arbres et ran- gée d'immeubles. «fe regrette de ne plus pouvoir marcher dans les rues. fe me console à ma façon. La vue depuis ma fenetre est superbe, j'ai beaucoup d'air et de lumière. Quand le soleil éclaire les façades des immeubles en face, c'est magni- fique», avait-il murmuré. Là, peut-être, était le secret du photographe Willy Ronis : il aimait s'emerveiller de la vie.


Bernard Géniès

Le Nouvel Observateur - 2341 - 17/09/2009

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20 septembre 2009

Un 11 septembre qui a fait basculer l'Histoire...

Joseph O'Neill, Netherland, renaissance d'une nation

Récompensé par le PEN/Faulkner Award 2009, et félicité par Barack Obama à la BBC, le roman de Joseph O’Neill montre comme il est difficile de remonter la pente pour les Américains de l’après 11 Septembre.

Au mois de juin dernier, soit un an après sa sortie aux États-Unis, Netherland a bénéficié d’une publicité exceptionnelle, de celles dont rêvent tous les auteurs et éditeurs américains : interrogé sur ses lectures par la BBC, Barack Obama a répondu qu’il était en train de le lire, et qu’il le trouvait « excellent ». Pour autant, Joseph O’Neill n’avait pas attendu cette onction présidentielle pour être plébiscité : récompensé par le PEN/Faulkner Award 2009, ce roman avait déjà remporté tous les suffrages de la presse américaine lors de sa parution. Dans la prestigieuse New York Times Review of Books, qui lui avait consacré sa couverture, le journaliste Dwight Garner avait bien résumé les choses en écrivant que c’était la meilleure oeuvre de fiction sur la vie à New York et à Londres depuis la chute du World Trade Center.

Après le 11 Septembre, un débat s’était fait jour, parmi les intellectuels américains, sur le rôle de l’écrivain face à l’événement : la fiction avait-elle sa place sur les ruines des tours, ou devait-elle s’effacer devant les témoignages et le récit documentaire ? En quelques mois, le 11 Septembre est ainsi devenu une sorte de mythe littéraire moderne, un sujet sensible où les enjeux esthétiques rencontrent les questions éthiques, plus encore que la tuerie de Columbine qui, deux ans plus tôt, avait déjà inspiré de nombreux artistes. Tandis que certains, comme Norman Mailer et Paul Auster, choisissaient de renoncer à traiter le sujet, d’autres s’en sont immédiatement emparés, faisant du « roman sur le 11 Septembre » un genre en soi, partagé entre les textes sur l’attentat proprement dit ( Terroriste, de John Updike, Le Troisième Frère, de Nick McDonnell, The Last Days of Muhammad Atta, de Martin Amis, encore inédit en français) et ceux qui analysent le traumatisme des New-Yorkais (Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer, L’Homme qui tombe, de Don DeLillo) ou la manière dont la catastrophe a marqué un changement d’ère dans l’imaginaire américain (La Belle Vie, de Jay McInerney).

Netherland reprend toutes ces problématiques
dans une perspective plus large : plus que le 11 Septembre lui-même, c’est l’atmosphère des années suivantes qui intéresse Joseph O’Neill, la manière dont les Américains ont vu leurs certitudes s’effriter et le retour massif des questions politiques dans leur vie. De ce point de vue, l’adoubement du livre par Obama est peut-être plus qu’une anecdote : d’une certaine manière, le cheminement moral qui a débouché sur son élection en 2008 est précisément le sujet du roman. Le héros, Hans Van den Broek, est un analyste financier d’origine néerlandaise qui vit dans un loft du quartier de TriBeCa en compagnie de sa femme Rachel et de leur fils Jake. Forcés de quitter leur logement après le 11 Septembre, ils s’installent temporairement dans un hôtel, où leurs problèmes vont commencer : Rachel, perturbée et inquiète, veut emmener leur fils en Angleterre, son pays natal, loin des États-Unis et du président Bush, qu’elle juge belliciste et dangereux. Le mariage du couple bat de l’aile ; après quelques mois de naufrage, Rachel rentre finalement à Londres, laissant Hans seul à New York. Désoeuvré et dépressif, ce dernier occupe ses dimanches sur les terrains de cricket, sport qu’il a pratiqué durant son enfance aux Pays-Bas. Là, parmi la faune bigarrée des immigrés indiens ou caribéens, il fait la connaissance de Chuck Ramkissoon, un sympathique selfmade man originaire de Trinidad qui, entre deux affaires louches, nourrit un projet pharaonique : créer le « New York Cricket Club », une organisation de prestige qu’il présiderait, installée dans un stade grandiose dont il a dessiné les plans et qui rendrait au cricket sa place parmi les sports historiques de l’Amérique…

À travers la culture alternative du cricket, Hans découvre une face cachée de New York, excentrique, colorée, interlope, loin des tours de bureaux, de leurs financiers en costume et de la classe moyenne traumatisée. Tout en conférant au texte une sorte de charme désuet, le cricket, sport aux règles ésotériques («Je ne peux compter le nombre de fois où j’ai essayé en vain, à New York, d’expliquer à un passant ébahi les bases du jeu se déroulant devant lui»), prend dans Netherland la portée symbolique d’une issue, d’une autre manière de regarder le monde, et finalement d’une métaphore de la reconstruction du rêve américain. Comme l’explique l’infatigable Chuck dans l’une de ses tirades, «les gens, tous les gens, les Américains comme les autres, c’est quand ils jouent au cricket qu’ils sont le plus civilisés. Quelle sera la première chose qui se passera quand l’Inde et le Pakistan feront la paix ? Ils joueront un match de cricket. Le cricket a une dimension morale. Avec le New York Cricket Club, on pourrait ouvrir un tout nouveau chapitre dans l’histoire des USA. Pourquoi pas ? Je vais nous ouvrir les yeux ».

Entre son mariage en déroute avec Rachel et les rêves délirants de Chuck, Hans traverse le roman dans un entredeux à travers lequel Joseph O’Neill restitue finement l’ambiance des années Bush et le vacillement des mentalités américaines, l’ébranlement du pays se reflétant dans celui de Hans. Perplexe et désorienté, ce dernier avoue d’ailleurs ne rien comprendre au monde dans lequel il vit : « Est-ce que je savais si la mort et la douleur causées par une guerre en Irak excéderaient ou pas les malheurs qui pourraient découler du fait de laisser Saddam Hussein au pouvoir ? Non. L’Irak possédait-il des armes de destruction massive représentant une menace réelle ? Je n’en avais aucune idée ; et, pour dire vrai, cela m’intéressait peu. J’étais un idiot politico-éthique. » Dense, intelligemment construit par associations d’idées, souvent drôle (le passage sur la validation du permis de conduire devant un bureaucrate kafkaïen est désopilant), Netherland n’est finalement pas tant un « roman sur le 11 Septembre » à proprement parler qu’un roman sur la période charnière que viennent de vivre les États-Unis. En traitant l’universel à travers le particulier, O’Neill donne un texte profond et captivant, soutenu par un suspense discret (on apprend dès les premières pages que Chuck a été retrouvé menotté au fond d’un canal, ce qui rend d’autant plus intrigants les souvenirs de Hans à son sujet). Qu’on aime ou pas Barack Obama, il faudra décidément lui reconnaître ceci à l’heure du bilan : toutes choses égales par ailleurs, il aura donné d’excellents conseils de lecture.

 

Le Magazine Littéraire

19 septembre 2009

Patrimoine, mon cul...ture

PATRIMOINE

Frédéric Mitterrand ironise sur les Journées du Patrimoine

NOUVELOBS.COM | 19.09.2009 | 09:26

En marge d'une manifestation syndicale, le ministre de la Culture a ouvert les Journées Européennes du Patrimoine en ironisant sur un "monument du patrimoine français: les gens qui râlent".

Frédéric Mitterrand (Reuters)

 

Frédéric Mitterrand (Reuters)

 

Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui inaugurait vendredi 18 septembre une exposition en plein air organisée au pied du ministère, a plaisanté en ouvrant les journées du patrimoine, qui rassemblent "deux monuments du patrimoine français, les cathédrales d'un côté et les gens qui râlent de l'autre".

1.000 suppressions d'emplois


Une cinquantaine de manifestants, à l'appel de la CGT, ont manifesté derrière les grilles du Palais Royal pendant le discours du ministre, criant des slogans comme "Vacataires en colère, on veut être titulaires", et dénonçant "l'envers du décor" du patrimoine, avec "1.000 emplois annoncés en moins pour le ministère et ses établissements", selon la CGT. Malgré les remous, le ministre  a improvisé un rapide discours traduit en langue des signes,  et a indiqué que l'accessibilité au patrimoine, thème de ces journées, était une "priorité de l'action gouvernementale".Accessibilité pour les handicapés mais aussi "pour ceux qui n'osent pas venir car ils sont intimidés socialement", a ajouté le ministre qui entend "réduire autant que possible cette intimidation sociale".

La 26e édition des Journées du Patrimoine


Quelque 15.000 églises, châteaux, thermes, parcs, sites archéologiques et même cette année le cabaret le Moulin Rouge ouvrent leurs portes samedi et dimanche en France pour la 26e édition des très populaires Journées du Patrimoine. Le ministre de la Culture accueillera samedi matin les premiers visiteurs à son ministère, où sera exceptionnellement exposé pendant le week-end le buste en marbre de Jules César découvert en 2007 dans le Rhône et abrité d'ordinaire par le musée d'Arles.

(Nouvelobs.com avec AFP)

18 septembre 2009

Danton, la Révolution et les Communistes

Danton et la Révolution
Vendredi, 18 Septembre 2009, 12h17mn 09s
De :
Orlando Erre <jotapil@yahoo.fr>
Afficher les détails de ce contact
À : PROSES@yahoogroupes.fr

Paru dans le journal l'Humanité le 1er septembre.Intéressant, car d'habitude les communistes sont pour Robespierre, contre Danton, qu'ils considèrent comme traître à la Révolution, coupable de complot contre-révolutionnaire et d'entente avec l'étranger.Or, l'auteur de l'article semble ruiner la thèse du complot et réhabiliter Danton! SCOOOP ! - il est vrai que c'est une tribune libre...O.

 

Portrait. 220 ans après la révolution française

Danton, le verbe chevillé au peuple

1759-1794. Orateur brillant, parfois opposé abusivement à Robespierre, Georges Danton est autant le symbole des « indulgents » que le partisan résolu du tribunal révolutionnaire. Un complot imaginaire « vendu » à Robespierre et Saint-Just par Barère de Vieuzac scellera sa chute, et le mènera tout droit à l’échafaud.

Jusqu’au pied de l’échafaud, le grand orateur de la Révolution française aura gardé le sens de la formule, à moins que la postérité ne l’ait affublé à tort de cette pirouette bravache : « Allons bourreau, fais ton métier, et ne manque pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine ! » Quelques instants plus tôt, l’homme au visage grêlé depuis l’enfance par la vérole tentait de consoler Camille Desmoulins, et lançait à l’aide qui tentait de les séparer : « Tu n’empêcheras pas nos têtes de s’embrasser dans le panier ! » En ce début du mois d’avril 1794, depuis trois jours, Georges Danton et le célèbre journaliste du Vieux Cordelier doivent répondre de « conspiration » et de « friponnerie » devant le tribunal révolutionnaire, sans pouvoir réellement ni se défendre ni s’exprimer. Barère de Vieuzac et Vadier ont habilement convaincu Saint-Just de la véracité d’un rapport fabriqué accusant Danton d’appartenir à un vaste complot de l’étranger orchestré par Londres et Vienne. Coupable de « modération contre-révolutionnaire », de vouloir arrêter la guerre avec les États disposés à reconnaître la République française, d’enrichissement, aussi, dans le cadre de ses missions en Belgique, Danton est en réalité perdu avant même d’avoir été jugé. Minoritaire au sein des comités de salut public que Danton menace d’accuser à la Convention de malversation et de tyrannie, Robespierre a bien tenté de s’opposer à l’arrestation de son ex-camarade et à celle de son « ami » Desmoulins. Il n’obtiendra rien, et un décret voté en urgence empêchera Danton de produire ses témoins et, surtout, de faire de son procès une ultime tribune… La même qu’il utilisa pour déclarer, prémonitoire, à la Convention : « Oui, nous devons réunir nos efforts pour faire cesser l’agitation de quelques ressentiments et de quelques préventions personnelles, plutôt que de nous effrayer par de vains et chimériques complots dont on serait bien embarrassé d’avoir à prouver l’existence. Je provoque donc une explication franche sur les défiances qui nous divisent (…). Je le déclare nettement, parce qu’il est temps de le dire : tous ceux qui parlent de la faction Robespierre sont à mes yeux ou des hommes prévenus ou de mauvais citoyens. »

L’avocat entré au panthéon révolutionnaire grâce à son verbe aurait donc pu y poursuivre sa critique d’une Terreur dont il avait, dans d’autres circonstances, approuvé la vertu. Bien qu’ayant participé aux réunions du district des Cordeliers, avec Camille Desmoulins et Marat, son rôle dans la Révolution n’a certes pas été prépondérant. Élu président dans ce même district en octobre 1789, sa renommée va en revanche grandir au rythme de ses discours remarquables et remarqués. La popularité de ce bon vivant apologue inspiré du pavé leur doit beaucoup : le peuple, la patrie, Danton les célèbre en plaçant le civisme, l’honnêteté et le courage au-dessus de tout. Il affiche volontiers un mépris de la rhétorique, assumant une réputation de jouisseur, que ses ennemis ont parfois travesti en matérialisme, voire en grossièreté : « Je porte dans mon caractère une bonne portion de gaieté française », répondait ce magistrat étranger au jargon des juristes. Fils de petits-bourgeois, s’est-il enrichi ? Loin de récuser sa bonne fortune, il s’en lavait les mains à sa manière, comme lors de ce discours à la Convention, le 10 mars 1993 : « Messieurs, quand l’édifice est en feu, je ne m’attache pas aux fripons qui enlèvent les meubles, mais j’éteins l’incendie ! (…) Le peuple n’a que du sang et il le prodigue. Alors, misérables, prodiguez vos richesses ! (…) Vos discussions sont misérables. Je ne connais que l’ennemi, battons l’ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie comme traîtres à la patrie, je vous mets tous sur la même ligne. Que m’importe ma réputation, que la France soit libre et que mon nom soit flétri ! Que m’importe d’être appelé buveur de sang, oui, buvons s’il le faut le sang des ennemis de la liberté, mais combattons et conquérons la liberté ! »

Modéré, Danton ? Aurait-il rejeté toute responsabilité dans les massacres de septembre 1792, lorsque, comme l’écrit Jean Jaurès, « la Révolution sent pour ainsi dire au visage l’haleine des chevaux prussiens » ? À la Commune, relève l’adversaire résolu de la guerre de 1914, « l’exaltation patriotique est admirable, et je crois bien que c’est sans calcul et avec l’élan d’une foi sublime qu’elle se dresse la première pour organiser la défense ». La parole de Danton, déclare encore Jaurès avec admiration, « fut humaine aussi et sans mélange de passions troubles », avant de célébrer cet éloge du sacrifice populaire, face à l’avancée des armées contre-révolutionnaires : « Les commissaires de la Commune vont proclamer d’une manière solennelle l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la défense de la patrie (…). Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes soit puni de mort. (…) Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la France est sauvée. »

Jean Jaurès voit dans l’image du tocsin une mise en garde, une « merveilleuse image » d’un homme qui cherche « à épurer la sonnerie terrible et triste qui va sonner sur Paris de ce qu’elle pouvait avoir d’inquiétant et d’énervant, pour ne lui laisser que son accent héroïque ». Tout le parcours de Danton est peut-être condensé dans cette oscillation permanente entre les nécessaires violences révolutionnaires, qu’il approuve, et son aversion de la Terreur dans son expression la plus brutale. Entré le 6 avril 1793 au Comité de salut public, ses positions modérées, son refus de la guerre totale vont provoquer la rupture, définitive, avec Barère de Vieuzac. Danton, qui avait voté la mort de Louis XVI, s’oppose au renvoi de Marie-Antoinette devant le tribunal révolutionnaire, qui allait mettre fin aux négociations de paix, notamment avec la Prusse et l’Espagne. Pour lui, la Terreur prônée par Barère ne sert qu’à rendre la République « hideuse », d’empêcher sa reconnaissance et de maintenir son isolement. Il le fait savoir à voix haute, et son éloquence relayée talentueusement par Camille Desmoulins va les mettre tous les deux dans la ligne de mire des « Exagérés »

Tous deux Montagnards unis contre les Girondins durant les premiers mois de la Convention, Danton et Robespierre ont souvent été abusivement opposés, l’un figé en caricature du « bourgeois modéré », l’autre dans celle de l’incorruptible froid, sanguinaire et impopulaire. Idéalistes et pragmatiques, ils l’étaient, au fond, chacun à leur manière. Contrairement au premier, propriétaire aisé peu sensible aux idées socialistes défendues par un Hébert, Robespierre ne s’est certes pas enrichi. Mais sa popularité auprès des sans-culottes parisiens n’avait rien à envier à celle de Danton. Robespierre affirmait l’immortalité de l’âme comme une vérité définitive, éternellement nécessaire aux hommes, quand le « Dieu de l’univers » invoqué par Danton ne serait qu’une étape entre l’antique foi et la liberté nouvelle. Le peuple, pense-t-il, doit voir ses habitudes religieuses ménagées… Tenant d’un modérantisme utopique, à l’heure où Robespierre tente de maintenir l’équilibre politique de son gouvernement, déchiré par les complots et dominé par les radicaux, « l’indulgent », devenu hostile à la Terreur, se sait-il condamné ?

Retiré le 12 octobre 1793 dans la maison de sa mère, sa mise en cause dans l’affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes le fait revenir précipitamment à Paris. Avant d’être définitivement privé de parole et de voir sa langue coupée sur le billot, il livrera cette ultime harangue, dans un mélange de résignation et de panache : « Ma voix, qui tant de fois s’est fait entendre pour la cause du peuple, pour appuyer et défendre ses intérêts, n’aura pas de peine à repousser la calomnie. Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m’attaquer en face ? Qu’ils se montrent, et bientôt je les couvrirai eux-mêmes de l’ignominie, de l’opprobre qui les caractérisent. (…) Ma demeure sera bientôt le néant, quant à mon nom, vous le trouverez bientôt dans le Panthéon de l’histoire. Ma tête est là, elle répond de tout. La vie m’est à charge, il me tarde d’en être délivré ! »

Marc de Miramon


 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

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16 septembre 2009

Céline, vu par Sollers

 

Philippe Sollers


Relire Céline


Picasso Rembrandt

Picasso, Rembrandt et Saskia, 13 mars 1963


- Où placez-vous Céline dans votre Panthéon littéraire ?

- Le Panthéon, ce sont les dieux ... Je place Céline très haut. La campagne d’oblitération de Céline a échoué, et il est désormais d’autant plus au Panthéon qu’on voulait l’empêcher d’y entrer. Lorsque j’ai préfacé, en 1991, les Lettres à la NRF de Louis-Ferdinand Céline, que n’ai-je pas entendu! Aujourd’hui, cela paraîtrait absolument normal. Le premier texte que j’ai écrit sur lui date de 1963, dans le Cahier de l’Herne qui lui était consacré à l’époque.
On « bloque» surtout Céline dans la période d’avant- guerre et de guerre, et il est très rare de rencontrer quelqu’un qui ait lu les livres à proprement parler admirables qu’il a écrits par la suite. Je pense à Féerie pour une autre fois, D’un château l’autre, Nord ou Rigodon. Il y a très peu d’écrivains, d’intellectuels qui aient lu ces grands chefs-d’œuvre dans lesquels il a complètement renouvelé, et en profondeur, non seulement sa vision des choses mais son art littéraire. Ce sont de grands livres. Et l’un des plus grands, que je ne peux pas relire sans mourir de rire toutes les trente secondes, car il relève d’un génie comique considérable, est Entretiens avec le professeur Y.


Un jour, Nimier a écrit à Céline: “ Gaston ne reçoit plus de lettres d’insultes de vous. Ça lui manque. “ C’est tout à fait l’esprit de la maison Gallimard, hanté par des fantômes considérables, beaucoup plus vivants que la plupart des vivants d’aujourd’hui. C’est le grand jeu.
Je le place donc très haut, avec Proust pour le XXe siècle. Je crois que là-dessus, il n’y a pratiquement plus personne pour vraiment dire le contraire ou s’acharner encore dans une polémique vaine.



- Reste encore la question de l'antisémitisme ...

- Maintenant, on peut se pencher sur la polémique idéologique et sur la question de l'antisémitisme. Il n'est pas question de l'écarter, mais je me demande les intérêts que cela sert si l'on ne parle que de cela. Je me méfie toujours des campagnes, plus ou moins intéressées, pour empêcher de lire quelqu'un. J'ai été habitué à ce genre de choses …


Aujourd'hui, en regardant exactement ce que Céline a pu faire en «voltairisant » - pour reprendre sa propre expression - sa prose, dès les carnets de prison, on voit à quel point il se tourne de plus en plus, lui qui est extraordinairement novateur, vers des classiques français comme des garanties. Il cite Sévigné, Voltaire, La Bruyère, Saint-Simon, Chateaubriand… Voilà quelqu'un en plein registre dramatique, en même temps extraordinairement comique, et qui se repose sur les classiques qu'il sait, d'une façon évidemment non académique, respirer en profondeur. C'est une grande nouveauté, car c'est le contraire du nouveau, c'est le comble du nouveau. Ce n'est pas le nouveau roman, ce n'est pas le temps chronologique qui voudrait qu'automatiquement, ce qui vient d'arriver est supérieur à ce qu'il y avait avant. C'est tout le contraire. Et que dit-il de ces écrivains? Qu'ils ont « un goût qui reste ». Une très belle expression. Le temps passe, le mauvais goût triomphe à chaque instant, mais ces écrivains ont un goût qui reste. Il va même beaucoup plus loin puisqu'il dit qu'ils ont" une couleur absolue", C'est ce qu'il recherche. Cela aide à le comprendre mieux, sans oblitérer la question du totalitarisme du XXe siècle - qui s'est exprimée de façon effarante dans le mauvais goût criminel et dans l'absence de couleur, c'est-à-dire dans le goulag et Auschwitz. Comme l'a dit Stendhal: « Le mauvais goût conduit au crime. »


Il faut peut-être mettre maintenant l'accent sur la façon dont on parlait en Russie en 1947 de Céline: « Une nullité littéraire et un criminel fasciste. » Cela fait beaucoup pour un seul homme. Aujourd'hui, « criminel fasciste » pourrait peut-être encore passer dans les esprits plus ou moins arriérés qui n'auraient jamais lus de livres. Mais « nullité littéraire », ça ne passe plus. Donc c'est raté. Mais pour le coup, « criminel fasciste » devient un concept classiquement distribué, y compris sous la forme du mot « terroriste ». Il faut se méfier de cela, et aller aux textes pour voir comment ils résonnent, s'il y a un goût qui reste et s'il y a une couleur absolue. Tout simplement.


- Les cahiers de la NRF proposent une nouvelle édition des Lettres à Albert Paraz. On y trouve un autre Céline que celui des romans ou des pamphlets.

- Il faut souligner à quel point Céline était un épistolier de génie. C'est immédiat. Comme les lettres de Voltaire ou les mémoires de Saint-Simon que l'on peut ouvrir à peu près au hasard. Dans une de ses lettres, Céline dit ceci: « Il nous appartenait de connaître le sérieux des choses ... l'horreur pas en carton... Lucifer et ses vraies tenailles. » Le diable est ce qui s'opposerait au rythme, à la musique, à la langue vivante; c'est ce qui empêcherait de transposer en chant intime. La transposition en chant intime, c'est ce qu'il appelle le « rendu émotif intime ». Cela donne l'impression de quelque chose entre l'écrit et le parlé, entre la lecture et l'audition, une façon de parler à voix basse.


On voit très bien dans les lettres à Paraz ce qui tombe dans le vocabulaire emprunté de l'époque. Il y est toujours question des juifs dont il pense qu'au fond, ils sont comme lui: messianiques, mystiques et curieux. Alors que chez les aryens, il n'y a que des « abrutis de souche ». Brusque revirement. Ce terme d'« abrutis de souche »me plaît beaucoup, et je reconnais avoir affaire, sans arrêt, à des abrutis de souche… notamment de cette région maléfique qu'il faut appeler le centre de l'Hexagone. Le terme « aryen» me fait rire car il est tiré d'une conception très dix-neuvièmiste. Que cela ait été popularisé comme étant un terme pouvant être mis en balance avec le mot « juif », c'est vraiment une très grosse erreur d'oreille, de vocabulaire et même de connaissance. De toute façon, l'antisémitisme est une connerie.

- Diriez-vous de Céline qu'il est visionnaire?

- Céline, avec ses derniers livres, prend de plus en plus conscience de l'ampleur de la catastrophe générale ... Les Chinois vont nous envahir, mais s'arrêteront en Champagne. Tout cela est risible. Céline dit que la seule vraie catastrophe est le temps perdu. On perd du temps en polémiques, en bavardages, en papotages… C'est effrayant mais on ne peut pas l'éviter. Selon lui, ce serait «tenter de remonter le Niagara ». La vision s'élargit.
Il y a le diable, Lucifer, Satan. « Moi, dit-il, et le Prince des Ténèbres, on s'évite! » Autour de lui, qui se considère comme le « Père Sperme » il n'y a en quelque sorte que des ratés. Par exemple: « Ils en crèvent tous dans la clique NRF d'avoir raté le Voyage. » Chaque fois qu’il en arrive là, c’est de la faute à Gide.
Et le seul écrivain correct, finalement, serait Gide. En réalité, le problème est la fréquence sur laquelle on capte le langage. La surdité générale l'a rendu furieux. Cela ne veut pas dire que Céline aurait pu aller vers une dimension orchestrale non furieuse. Il y a des choses qui l'ont rendu fou. D'abord le voyage en URSS. Et le texte Mea culpa reste un texte essentiel.
Langue morte. Le temps du « traduit du... » est venu. L'américain est pour lui comme une langue morte. C'est une polémique incessante: les Américains et leurs imitateurs français sont des arriérés naturalistes, etc. On est alors aux antipodes de la chanson de geste et donc du rendu émotif intime. C'est comme si en somme il n'y avait plus d'histoire intérieure, que des films à faire, Et s'il y a une vie intérieure, elle est dans un tel embarras, notamment sexuel ... Céline, médecin, est très cru sur ce plan il faut lire ses lettres à ses amies - et aborde la chose avec un cynisme particulier. C'est le diagnostic. Si le « traduit du ... » l'emporte, cela veut dire qu'il n'y a jamais eu Voltaire, Chateaubriand et les autres,

-Donc, relire Céline, différemment...

- La question Céline doit être à mon avis abordée comme le contraire de l'académisme réactionnaire. Il dit qu'une lettre de Madame de Sévigné pourrait « faire bander un débardeur » - c'est-à-dire qu'elle a dans son rythme même une force érotique considérable. Parlant de Voltaire, Céline souligne le nombre d'écrivains français persécutés par les leurs parce que les Français n'aiment pas leurs écrivains, justement par ce qu'ils ne sont pas des leurs. Cela fait des exilés de l'intérieur au centre d'un pouvoir qui ne peut être reconnu ni par les esclaves dudit pouvoir ni par le pouvoir lui-même. Céline n'est pas absolument dans ce cas.
Le moment est donc venu de relire Céline de fond en comble .

Philippe Sollers

Propos recueillis par Joseph Vebret

Le Magazine des Livres, juillet/août 2009

 

14 septembre 2009

La Princesse de Clèves

On se souvient que notre président  est passé pour un rustre, encore une fois, pour avoir déclaré sur un ton fracassant qu'on "n'avait pas besoin de la Princesse de Clèves", le chef- d'oeuvre de Mme de la Fayette.Ce qui a fait une belle levée de boucliers littéraires ! Sollers, sur son site, nous rappelle une des pages de son livre "Eloge de l'Infini" , et, on pensera ce qu'on veut de Sollers, sa prose est tout de même un régal :

Philippe Sollers

Le secret de Mme de La Fayette

Poussin Sainte Cecile

POUSSIN, Sainte Cecilia, 1627-28

La Princesse de Clèves doit son succès inébranlable à la description de la passion impossible. C'est le roman des vaincus de la Fronde et du jansénisme, le chef-d'œuvre brûlant et sombre du sacrifice et de la renonciation. Plus explicite, entre les lignes, sur les émois et les délices du masochisme féminin, tu meurs. On meurt d'ailleurs beaucoup dans la Princesse : une mère, un roi, un mari, l'héroïne elle-même. Grandeur et malheur de la vertu: celle-ci doit comporter un plaisir profond, supérieur à tous les autres, une vibration essentielle, une extase qu'on appellera « devoir» et aussi « repos». Il n'y a même pas besoin de Dieu pour être entraîné dans cet abîme, en apparence absurde, de la jouissance la plus intime. Je pourrais connaître le bonheur, je le refuse, je choisis l'abstention et le retrait, non sans avoir goûté toutes les sensations de la faute possible. Le désir demeure désir inaccompli, voilà de l'érotisme autrement satisfaisant que celui des libertins qui, déjà, pullulent (le siècle suivant leur appartient). La marquise de Merteuil sera l’anti-Princesse. Mais que n'aurait pas été la vie de Mme de Clèves si elle avait basculé? On n'ose pas l'imaginer, mais en tout cas plutôt Juliette que Justine. Le moment ne s'y prêtait pas, voilà tout.

Dans la France « d'avant», celle de la vraie noblesse frondeuse (celle dont Mme de La Fayette et son ami La Rochefoucauld portent le deuil), tout était jeu, magnificence, galanterie, plaisirs. Tout le monde était beau, et on se mariait pour mieux faire. « Il y avait tant d'intérêts et tant de cabales différentes, et les dames y avaient tant de part, que l’amour était toujours mêlé aux affaires et les affaires à l'amour.» Pas d'ennui, pas d'oisiveté: «On était toujours occupé des plaisirs ou des intrigues. » Dans ce tourbillon, une star masculine: Nemours. Il traîne tous les cœurs après lui, il lui suffit de paraître. La Princesse, elle aussi, est une star, mais son corps, si on peut dire, est en retard sur elle. Elle se marie mais sans être « touchée ». Son mari, en somme, remplace sa mère. Il est irréprochable, mais il ne plaît pas. Nemours, lui, séduit d'emblée: « Les paroles les plus obscures d'un homme qui plaît donnent plus d'agitation que les déclarations ouvertes d'un homme qui ne plaît pas.» Passion, donc, et réciproque. Mais c'est là où Mme de La Fayette invente la violence singulière du sado-masochisme «exquis», qui nous en apprend davantage sur les passions religieuses que bien des traités mystiques. L'impossible, c'est mieux. Le refus de jouir est plus électrisant que l'acte. Sévigné (qui n'est pas sans adopter la même stratégie) a eu un mot cruel sur sa consœur : « Jamais femme sans sortir de sa chambre n'a fait de si bonnes affaires.» Ce sera donc non, et non. Mais comme les aventures du non sont plus excitantes que celles du oui! C'est du moins ce que Mme de La Fayette veut nous faire entendre. Il ne faut donc pas s'étonner que son livre soit un hymne au voyeurisme, comme à toutes les subtilités du discours indirect. Que fait Mme de Clèves, seule dans son petit pavillon de campagne, observée par Nemours caché la nuit dans le jardin? Il fait chaud, « elle n'a rien sur sa tête et sur sa gorge que ses cheveux confusément rattachés ». Eh bien, elle fait des nœuds, avec des rubans, sur une « canne des Indes fort extraordinaire»... Après quoi, elle va contempler, un flambeau à la main, le portrait de son amour mis au mur. Triomphe de l'auto-érotisme et du narcissisme. Proust, c’est évident, s’est souvenu de cette scène dans sa fameuse révélation de Montjouvain. Un pas de plus, donc, et nous en saurions davantage ... Des rubans, des nœuds, une canne des Indes... Mais chut, l'instant des vérités plus crues n'est pas encore venu ... On se regarde de loin, on s'épie, on tremble, on se dérobe. La mort même est préférable à l'abandon d'un plaisir solitaire si vif qu'il ne saurait que s'amoindrir dans l'action. Les hommes et les femmes doivent être deux espèces inconciliables ne sauraient se mélanger qu'à leurs dépens. Le «repos» frigide est le comble de la passion violente non consommable. Faut-il ici insister? Faire un dessin au lecteur? « L'amour est une chose incommode », écrit bourgeoisement Mme de La Fayette à son confident Ménage. Au fond, c'est ce que tout le monde pense. On aimerait prouver le contraire, pourtant.

Philippe Sollers, Éloge de l’infini, Gallimard, Folio 3806, p.428-430

 

 



Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour


12 septembre 2009

Mahmoud Darwich


 

Mahmoud Darwich


Récital Mahmoud Darwich - Odéon Théâtre de l’Europe, Actes Sud / Odéon / France Culture, 2009


Anthologie poétique (1992-2005),
Paris, Babel, 2009


La Trace du papillon,
Paris, Actes Sud, 2009


Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin,
Paris, Actes Sud, 2007


Entretiens sur la poésie,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Ne t'excuse pas,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Etat de siège,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2004



Murale,
Arles, Actes Sud, 2003



Le lit de l'étrangère
Arles, Actes Sud, 2000



La terre nous est étroite,
et autres poèmes
,
Paris, Gallimard, 2000



La Palestine comme métaphore,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 1997



Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
Arles, Actes Sud, 1996


Au dernier soir
sur cette terre
,
Arles, Actes Sud, 1994



Une mémoire pour l'oubli,
Arles, Actes Sud, 1994



Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de
Poèmes palestiniens
,
Paris, Cerf, 1989


Plus rares sont les roses,
Paris, Minuit, 1989



Palestine, mon pays :
l'affaire du poème
,
Paris, Minuit, 1988



Rien qu'une autre année,
anthologie 1966-1982
,
Paris, Minuit, 1988


Les poèmes palestiniens,
Paris, Cerf, 1970



Allocutions & textes de Mahmoud Darwich


Ahmad al Arabi
Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich
Composé et dirigé par Marcel Khalifé


Et la terre, comme la langue
un film de Simone Bitton
et Elias Sanbar


À propos de
"Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue"


Etudes, textes, critiques
sur Mahmoud Darwich



Livres en anglais


La revue
al-Karmel














Webstats4U - Free web site statistics




Avertissement :
Ce site a pour vocation de présenter le plus d’informations et de documents possibles sur l’oeuvre de Mahmoud Darwich.
Ce poète hors norme de la culture palestinienne était un homme de paix et de justice.
Son oeuvre majeure dans le monde culturel arabe – et international – n’avait pas, jusqu'à mai 2003 (date de la mise en ligne) de site web. Voilà cette "injustice" réparée.
Il est fait pour vous, lectrices, lecteurs, et bien entendu, il accueille toutes les propositions et les documents que vous seriez susceptibles de nous faire parvenir à cette adresse.
Bonne lecture !

ACTUALITÉ :
(dernière mise à jour le 9 septembre 2009)



Printemps 2009 :
trois nouvelles parutions



Mahmoud Darwich nous a quittés
le samedi 9 août 2008, à 20h35 (heure française)

Prendre ici connaissance des hommages et des nécrologies
qui ont été publiées ou diffusées


Mise en exergue sous le feu du temps qui passe ...
Journée de la solidarité humaine 2009 - "Comment la littérature change le monde - Dostoïevski, Péguy, Salomé, Levi, Darwich"
En savoir plus
La Trace du papillon
Cet ouvrage, le dernier publié du vivant de Mahmoud Darwich, rassemble une centaine de textes courts, en vers ou en prose, écrits au fil des jours sans plan préconçu ni la moindre restriction thématique.

Anthologie poétique
(1992 – 2005)

A paru fin mai 2009
Cette anthologie bilingue retrace l’itinéraire poétique de Mahmoud Darwich depuis le début des années 1990. Elle regroupe des poèmes extraits de sept recueils dont chacun a été considéré à sa sortie comme un important jalon dans l’histoire de la poésie arabe contemporaine : Onze Astres, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude, Le Lit de l’étrangère, Murale, Etat de Siège, Ne t’excuse pas et Comme des fleurs d’amandiers ou plus loin.

Récital Mahmoud Darwich
Odéon Théâtre de l’Europe le 7 octobre 2007

Coédition Actes Sud / Odéon – Théâtre de l’Europe / France Culture
mai 2009

A paru fin mai 2009

Des vidéos
D'archives, comme ce poème à la gloire de Beyrouth psalmodié devant Arafat ; ou le tout dernier entretien donné à France 24 à l'automne 2007 plus quelques perles ...
Le plus grand des maîtres
publié dans L’Orient Littéraire,
supplément de L’Orient-Le Jour du jeudi 5 octobre 2006
Hommage à la poésie de Mahmoud Darwich
UNESCO 2006
Israël a peur de la paix
Interview par Geraldina Colotti pour Il Manifesto - (version intégrale).
le 22 octobre 2006

Comme les fleurs d'amandiers ou plus loin
Allocution prononcée, à Ramallah, par
Mahmoud Darwich , lors de la cérémonie de dédicace du recueil Comme les fleurs d’amandiers ou plus loin.
in Al-Karmel (Ramallah), n° 85, 2005
État de siège
devient une cantate composée par Garrett List
Création le 26 janvier 2005 au festival de Liège, le Manège
En chacun de nous, quelque chose d'Arafat
par Mahmoud Darwich
in Le Monde, le 17 novembre 2004
L'Éloquence du sang 
Un texte de Mahmoud Darwich (extrait du discours prononcé à Ramallah le 25 mars 2002 à l'intention de la délégation du Parlement international des écrivains).
Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue
Le dernier essai en langue française sur la vie et l'oeuvre de Darwich.
Mahmoud Darwich, hérault malgré lui de la Cause palestinienne
par Carole Vann et Rachad Armanios
1er mars 2004

Ombres et devenir
par Geneviève Clancy
Éloge de l'ombre de Mahmoud Darwich est inédit (50 p.), et non traduit en français.
Il fut écrit en 1982 pendant le siège de Beyrouth août 1990

Le projet Poésies d'exil : Victor Hugo et Mahmoud Darwich
La beauté des langues, matière brute de la poésie ; comme un rempart à toutes les barbaries !
par Luc Briard (Directeur du Centre Culturel Français de Gaza), Isabelle Bensoussan et Sandrine Briard (Compagnie Fulgurance)

Mahmoud Darwich / La terre comme première mère
Culture - Le Jeune Independant-
février 2004
Rien qu’une autre année, de Mahmoud Darwich, constitue la réédition d’une anthologie personnelle parue une première fois en 1983 et qui puise dans seize années d’écriture poétique (1966-1982).

Des inédits
Datant de mars 2002, traduits de l'arabe (Palestine) par Saloua Ben Abda et Hassan Chami ... et qui allaient devenir État de siège quelques temps plus tard ...
Identité
Ce célèbre poème de Mahmoud Darwich, écrit en 1964, est devenu comme un refrain magique enflammant les coeurs et déchaînant les sentiments de fierté et d'enthousiasme des Palestiniens.



"Ne le volez pas de l'hirondelle
Ne l'emportez pas de la rosée
Son requiem est écrit par les yeux
J'ai abandonné ma voix à l'écho"


Calligraphie de Ahmad Dari

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

09 septembre 2009

Rimbaud

 


 Sommaire n°489 septembre 2009

Sommaire n°489 septembre 2009

Le Journal de l’actualité

3 L’éditorial de Joseph Macé-Scaron
8 Enquête Je pense, donc j’écris, par Alexis Lacroix
12 Débat Atiq Rahimi, Eduardo Manet et Tahar Ben Jelloun : l’écrivain est-il toujours un exilé ?
16 Tendance Les nouvelles Indes, par Augustin Trapenard
18 Portrait Stéphanie Chevrier, par Hubert Prolongeau
19 Dialogue Yannick Haenel et Laurent Mauvignier
20 Écrits à l’écran Les Derniers Jours du monde
21 Trois questions à Geneviève Brisac
22 Idées neuves Hobbes selon Quentin Skinner
23 Sous la couverture Loin des bras, de Metin Arditi

Le Cahier critique

Romans français
24 Laurent Mauvignier, Des hommes
26 Marie NDiaye, Trois femmes puissantes
28 Frédéric Beigbeder, Un roman français
30 Bruno Tessarech, Les Sentinelles
32 Pascal Quignard, La Barque silencieuse
34 Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida

Romans étrangers
36 Joseph O’Neill, Netherland
38 Nadeem Aslam, La Vaine Attente
39 Sara Stridsberg, La Faculté des rêves
40 Mircea C˘art˘arescu, L’Aile tatouée
42 James Frey, L. A. Story

Essais
46 Claudio Magris, Loin d’où ?
47 Michelle Perrot, Histoire de chambres
48 Jerome Charyn, Tarantino


LePortfolio

52 Le Cid, de Pierre Corneille : variations sur l’imaginaire d’un texte par Vincent Huguet

Le Dossier

58 Arthur Rimbaud dossier coordonné par Maxime Rovere
60 Une introuvable version originale, par André Guyaux
63 À l’école de la parodie, par Bruno Claisse
65 Premier prix de latin et de vieux français, par Denis Hüe
66 Mythologies de « l’enfant prodige », par Alain Kerlan
68 Un Zutiste très actif, par Seth Whidden
70 Verlaine-Rimbaud : portraits croisés d’un piteux César, par Steve Murphy
73 Le poids des Illuminations, par Jacques Bienvenu
74 Plus linguiste qu’alchimiste, par Olivier Bivort
76 Une saison en enfer, champ de forces, par Yann Frémy
78 Dérégler les sens et la mesure, par Benoît de Cornulier
80 « J’ai voulu dire ce que ça dit », par Georges Kliebenstein
82 Les lettres invisibles du Voyant, par Jean-Luc Steinmetz
84 Poète blanc, coeur noir, par Claude Jeancolas
86 Ceci est son corps, par Georges Kliebenstein
87 Bibliographie, par Alain Bardel


Le Magazine des écrivains

90 Parce que c’est lui, parce que c’est moi Ingeborg Bachmann, par Cécile Ladjali
92 Itinéraire Walter Benjamin, par Lionel Richard
94 Archétype Le vagabond, par Arno Bertina
96 Grand entretien avec Colum McCann : « À New York, rien n’est jamais fi ni », propos recueillis par Minh Tran Huy
102 Pastiche À la manière d’Albert Cohen, par Stéphane Legrand
104 Rendez-vous
106 Le dernier mot par Alain Rey

 

c'est quoi, le sexe?

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Intimité lundi7 septembre 2009

«Le sexe est plus que culturel»

Isabelle Hanne

Publicité pour un bar érotique à Tokyo. (Ian Teh, Agence VU)

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Le chercheur français Michel Bozon publie une nouvelle mouture de son livre «Sociologie de la sexualité». Histoire de raconter, gestes et comparaisons sexuelles à l’appui, que le sexe est enraciné dans l’histoire sociale

Tout est parti d’une histoire de Sénégalaises qui mettent des doigts dans l’oreille pendant l’amour. Mais aussi d’une anecdote d’un ami d’ami qui aurait subi les effets d’un dévastateur «Prends-moi le pétou!» en pleins ébats avec une Québécoise – avec l’accent. Sont venus ensuite les habituels clichés – «au lit, les Asiatiques sont comme ci», «les Africaines elles font ça», «les Argentins, wouahou». Typiquement le genre d’histoires qu’on se raconte au retour de vacances. Pourtant, le sexe, c’est pareil pour tout le monde?
Eh bien non, répond Michel Bozon, sociologue et chercheur à l’INED français (Institut national d’études démographiques), qui publie, la ­semaine prochaine chez Armand Colin, une nouvelle mouture de sa Sociologie de la sexualité 1 .

– Le sexe n’est-il pas la plus universelle des pratiques?

Michel Bozon: Dans l’étude de la sexualité, il y a longtemps eu une domination des disciplines cliniques (psychiatrie et sexologie) qui ont accrédité l’idée a priori humaniste, mais au fond biologisante, que le sexe était une expérience universelle. Mais dès que l’on envisage les comportements sous l’angle de l’anthropologie et de la sociologie, on voit combien des sociétés différentes peuvent construire et vivre différemment la sexualité.

– Mais pas dans l’acte lui-même?

– Il y a effectivement peu de différences sur les pratiques physiques elles-mêmes, les combinaisons ne sont pas infinies! Mais l’on peut citer une position traditionnelle que l’on ne trouve que dans le Pacifique: l’homme est accroupi sur la femme, avec seuls les sexes en contact. On trouve aussi dans certaines populations qui valorisent la virginité des jeunes filles au moment du mariage la pratique de l’éjaculation entre les cuisses sans pénétration préalable. C’est le cas de certains pays du Maghreb aujourd’hui et cela existait sans doute aux Etats-Unis dans les années 50. Mais ce qui diffère vraiment d’un pays à l’autre, ce sont les scénarios qu’on compose, les significations qu’on donne aux actes, ainsi que le contexte social de la sexualité et ce qu’il autorise. Le sexe est plus que culturel: il s’enracine dans l’histoire sociale d’une population, celle des rapports entre les sexes… Ainsi, en Amérique latine comme en Europe du Sud, où les politiques sociales et l’égalité au travail sont faibles, le groupe des hommes est d’un côté, et celui des femmes de l’autre. Cela a forcément des conséquences fortes sur les comportements sexuels.

– Et sur l’âge du premier rapport sexuel?

– En Europe du Nord, l’âge du premier rapport est depuis longtemps identique pour les garçons et les filles. Mais dans le sud de l’Europe et en Amérique latine, où le contrôle des femmes est plus fort, les garçons ont un premier rapport beaucoup plus tôt que les filles. Même si cette tendance s’atténue. Les garçons sont d’ailleurs encouragés à avoir des rapports précoces, éventuellement avec des prostituées. On a peur qu’ils «tournent mal», c’est-à-dire qu’ils deviennent homos.

– Mais, de façon plus légère, ­quelles sont les différences d’un pays à l’autre?

– Cela apparaît dans le mode d’approche, l’imaginaire, le vocabulaire qu’on emploie pour décrire les actes, pour nommer les parties sexuelles. J’ai beaucoup travaillé sur le Brésil 2. Dans ce pays, on peut se toucher avant même de se connaître. En revanche, se parler, évoquer ses sentiments est un moment beaucoup plus tardif dans une relation. Ailleurs, en France par exemple, prendre la main d’une femme indique à l’inverse un certain degré d’intimité et fait suite à une approche verbale. Les gestes n’ont ainsi pas le même sens selon les cultures.

– Le sexe évolue-t-il?

– Avec le tourisme mondialisé, les relations sexuelles entre le Nord et le Sud sont plus courantes. Fondées sur des rapports inégaux, elles s’inscrivent inévitablement dans des jeux de représentations stéréotypés, qui s’enracinent dans la colonisation ou la domination économique. Dès qu’on parle de relations entre personnes de continents différents, des rapports de force s’installent. Et tout ça se retrouve, bien sûr, dans les rapports sexuels: représentation qu’on a du partenaire local, façon de parler de ce partenaire, d’érotiser son exotisme… Mais les choses ne sont pas stables. Les partenaires locaux rêvent également de ces étrangers et les mythifient. La mondialisation fait circuler de nouvelles normes. On observe des aspirations universelles des femmes à de nouveaux rapports avec les hommes et une affirmation d’autonomie plus grande de la jeunesse.

1. «Sociologie de la sexualité»,Michel Bozon, nouvelle édition, Armand Colin,
septembre 2009.

2. «Les Caresses et les mots. Initiations amoureuses à Rio de Janeiro et à Paris», avec Maria Luiza Heilborn, 1996, revue «Terrain».

 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4ddb695e-9b25-11de-bafb-4535a1820de3/Le_sexe_est_plus_que_culturel

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08 septembre 2009

Les Onze, de Pierre Michon

Pierre Michon, les onze et la Révolution

Les Onze est un livre de Pierre Michon, sur une toile exposée au Louvre d’un certain François-Élie Corentin, représentant le Comité de salut public. Dans une langue droite, l’auteur de Vies minuscules parle de la Révolution, de la Terreur et des peintres de l’Histoire.

C’est à vous, Monsieur, que ce livre s’adresse. Personnellement. À vous qui n’avez jamais entendu parler du tableau monumental de François-Élie Corentin, exposé au Louvre, Les Onze, qui représente à lui seul, et lui seulement, le Comité de salut public au grand complet, à supposer que quelqu’un de votre sorte puisse encore exister. À vous aussi, Monsieur, qui le connaissez vaguement, par ouï-dire, ou qui avez eu sous l’oeil une vague reproduction, réduisant au format d’un livre une huile de plus de quatre mètres de large et plus haute qu’un homme debout, dressé, comme ces Onze qui firent terreur. À vous également, Monsieur, qui fréquentez le Musée, que vos pas ont mené «dans la chambre terminale du Louvre, le saint des saints, sous la vitre blindée de cinq pouces» (p. 114), vous qui recherchez le commerce de la beauté quand c’est l’Histoire et ses onze paires d’yeux qui vous dévisagent. À vous enfin, Monsieur, qui croyez savoir que ce tableau n’existe pas, vous que 144 pages de pure littérature viendront réveiller de votre savante suffisance.

Quant à vous, Madame, si le vocatif du texte de Pierre Michon vous épargne, ce n’est que par convention de style, par galanterie : ces « Monsieur ! » d’apostrophe qui relance la prose sont également à votre adresse, lorsqu’il écrit, parce qu’il faut bien les nommer : « Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les commissaires. Le grand comité de la grande Terreur » (p. 43), ce « Monsieur », Madame, c’est vous, et vous êtes sommée de les voir. Pierre Michon dit le peu de choses qu’on sait de l’apparence de François-Élie Corentin ; il dit qu’on ne lui connaît pas d’autoportrait, mais qu’on peut le voir en levant la tête « dans le portrait qu’aux plafonds de Wurtzbourg, précisément sur le mur sud de la Kaisersaal, dans le cortège des noces de Frédéric Barberousse, Tiepolo a laissé de lui quand le modèle avait 20 ans » (p. 11), il est blond. Il dit qu’on l’aperçoit peut-être parmi les témoins du Serment du Jeu de paume qu’en fit David, bien plus tard, sans âge et chapeauté, à moins que ce soit Marat. Son portrait tardif attribué à Vivant Denon est un faux. Mais, de cette courte lignée de Corentin, sur les trois générations connues, Michon refait le chemin, de la levée des bords de Loire, à Combleux, en amont d’Orléans, où le peintre naquit, on le sait, en 1730, jusqu’au Paris régicide qu’il lui faudra peindre. Son grand-père de besogne et de commerce frelaté, analphabète, son père poète de peu de vers anacréontiques et ces deux femmes qui l’élèvent jusqu’à l’étouffer d’amour, tout est dit : que Dieu est un chien, que les Limousins déportés comme des esclaves courtauds ont fait le lit de la Loire et les canaux qui la drainent. De cette courte lignée de Limousins et de huguenots apostats, de ces rares obscurs qui s’inventèrent la lumière, et même un peu de ces Lumières qui retournèrent le monde, de cette courte lignée surgit ce peintre éclairé et désabusé, et de sa main un chef-d’oeuvre, Les Onze. Voyez la liste étroite où Pierre Michon place son personnage à la page 66 : « Cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres – et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ; ils paraissent plus que peintres, ils sont plus qu’ils ne furent. »

Aussi, lorsque dans la nuit du 15 nivôse de l’an II, on frappa à la porte de Corentin, rue des Haudriettes, à Paris, pour lui commander Les Onze, c’est un homme fait, revenu de presque tout – il a 63 ans, ce qui, en « ces temps de douceur de vivre », n’est pas rien –, qui empoche la bourse d’or contre la promesse d’honorer une commande qui le rajeunit un peu : « Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre ? C’est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le coeur t’en dit. Peins Le Grand Comité de l’an II. Le Comité de salut public. Fais-en ce que tu veux : des saints, des tyrans, des larrons, des princes. Mais mets-les tous ensemble, en bonne séance fraternelle, comme des frères » (p. 90).

Corentin n’en fit pas des frères mais les peignit tels qu’il voyait les hommes, onze Limousins déguisés de cocarde, ou peut-être son père, onze fois le portrait de son père, enfoui sous les traits des onze commissaires qu’on se plaît à trouver ressemblants. Il les peignit comme une cène, où manqueraient un Christ et un Judas, en attendant que l’Histoire les dénonce, en ces temps de douceur de vivre, en ces temps où les dieux sont des chiens. Mais rien n’est jamais si simple, et voilà pourquoi ce livre s’adresse à vous, Monsieur, personnellement,car même si vous ne pouvez pas le voir en peinture, ce tableau, il se mêle d’histoire, de politique, il n’est que littérature, et vous l’avez sous les yeux. La commande contient de secrètes clauses que Corentin va respecter : « La seconde clause, c’est que les Robespierrots, Saint-Just, Couthon, Robespierre, doivent y être peints plus visiblement et centralement, plus magistralement que les autres personnages du Comité, qui devront y apparaître comme des comparses » (p. 109), voilà pour la politique, les commanditaires prennent un double pari sur l’avenir : si Robespierre l’emporte, le tableau saluera sa grandeur, s’il perd, on l’exhibera pour preuve de sa tyrannique ambition (« Eh oui, Monsieur, le tableau le plus célèbre du monde a été commandé par la lie de la terre avec les plus mauvaises intentions du monde, il faut nous y faire »).

La première clause se voulait également politique, et c’est elle qui convoque la littérature : « Ce tableau d’abord, il faudra le peindre dans le plus grand secret, comme on conspire, sans en aviser quiconque, et secrètement le garder jusqu’à ce qu’on lui réclame. » A-t-on le droit de penser qu’on ne le lui réclama jamais, et qu’il n’existe aujourd’hui que dans les douze pages que Jules Michelet lui consacra, que vous n’êtes pas près de relire, et que Michon lui chipote parce qu’il en sait bien plus long. Qu’il n’existe que dans cette grosse de pages de Pierre Michon qui l’invente, qui l’invente comme une découverte, comme un archéologue invente le gisement qu’il fouillera et dont l’existence est indiscutable, immarcescible.

Les Onze sont un livre de Pierre Michon, un livre de quatre mètres de haut, presque trois de large, un grand livre qui, d’une langue droite, fourbie au gueuloir, délivrée au monde après des années de gésine, dit l’histoire. L’histoire d’un monde naissant à coups de piques et de guillotine, et l’histoire d’un Limousin, élevé par des femmes, qui apprit le latin qu’on ne lui destinait pas, de toute urgence, comme on apprend à nager, et en fit de l’or. Tous les livres sont autobiographiques. Vous voyez le tableau.

 


Pascal Quignard

Rencontre mardi8 septembre 2009

«Il faut être en quête de quelque chose»

Raphaëlle Rérolle

Pascal Quignard: «J’ai toujours voulu témoigner d’autre chose que de la langue. Evoquer ce qui est plus en amont. (AFP)

Pascal Quignard: «J’ai toujours voulu témoigner d’autre chose que de la langue. Evoquer ce qui est plus en amont. (AFP)

«La Barque silencieuse» est le nouveau chapitre mystérieux et captivant de la suite baroque du «Dernier royaume», défi que s’est lancé l’écrivain Pascal Quignard à lui-même

On a beau avoir interviewé des dizaines d’écrivains, l’idée de rencontrer Pascal Quignard suscite une vague appréhension. Pas à cause de sa personne, loin de là, Quignard fait même partie des auteurs au caractère affable, mais en raison de son œuvre: tellement diverse, énigmatique et somme toute difficile à embrasser qu’il est bien épineux de savoir par quel bout l’attraper. L’ensemble est tentaculaire (plus de cinquante livres), vertigineusement érudit et le plus souvent aux frontières entre les genres, ainsi de son dernier livre La Barque silencieuse (SC du 05.09.2009). Essais, romans, contes, paraboles ou, pire, tout à la fois – par où commencer?

Mais comme souvent, les angoisses ne parlent que des angoisses, pas de la réalité. Quelques minutes après avoir ouvert la porte sur son appartement passé au blanc (les murs, le plancher, les fenêtres ouvertes sur un petit jardin coincé entre des immeubles), Pascal Quignard dissipe très simplement le malaise. Mince, vêtu de noir, et la tête légèrement penchée en avant, il vous installe derrière une table à moitié cassée, qui grince de manière alarmante – «pas de danger, elle ne s’effondre jamais». Et voilà qu’il avoue en souriant avoir lui-même un peu de mal à parler de son travail: «Ce ne sont pas des livres extérieurs à moi, explique-t-il. Je ne suis que ça.»

N’être que ses livres. Pas plus, pas moins. Avant, Pascal Quignard fut un petit enfant né en 1948, dans une famille de musiciens (derrière lui, une longue lignée d’organistes) et d’intellectuels (son grand-père maternel était le grand grammairien Charles Bruneau). Un garçonnet mutique, anorexique et, dit-il, enfermé dans une sorte d’autisme. A tel point que ses parents le confièrent, plusieurs années durant, à leurs propres parents, dans l’espoir de le faire revivre. C’est en suçant les bâtons de réglisse donnés par l’un de ses oncles que le garçon reprit le chemin de la nourriture, puis celui du langage, mais jamais celui du «plaisir de la langue». Curieusement, Pascal Quignard ne se sent même pas écrivain, enfin, «pas un écrivain-souche», affirme-t-il.

 

Lire la suite : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9993deb6-9bee-11de-b175-f...

Chantars no pot gaïre valer
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Bernard de Ventadour

07 septembre 2009

Quentin Tarantino

cinéma mercredi19 août 2009

Il était une fois en France occupée

Le lieutenant américain Aldo Raine (Brad Pitt) et ses «bâtards», groupe de soldats juifs infiltrés perpétrant des actions punitives contre les nazis. (Universal Studios)

Le lieutenant américain Aldo Raine (Brad Pitt) et ses «bâtards», groupe de soldats juifs infiltrés perpétrant des actions punitives contre les nazis. (Universal Studios)

Après avoir pris Cannes d’assaut, «Inglourious Basterds» de Quentin Tarantino débarque sur nos écrans. A-t-on encore le droit de s’avouer mitigé?

Au sortir de son navrant Grindhouse: Death Proof, on pouvait se demander si Quentin Tarantino n’était pas un cinéaste fini. Au sens où, réfugié dans sa chère vidéothèque de séries Z, il ne serait plus jamais en mesure d’offrir autre chose que des films déconnectés du réel, ressassant sa guerre des sexes de manière de plus en plus fétichiste, bavarde et sadique. Alors oui, il y a encore de ça dans Inglourious Basterds, mais heureusement pas que ça. Car le «sale gosse» (de 46 ans) possède aussi un sacré talent, que nul ne saurait lui nier. Pas étonnant qu’en frottant pour la première fois ses obsessions à la grande Histoire, le résultat produise des étincelles!

On a déjà tout entendu sur l’objet en question, à la fois film de guerre (la Seconde) et hommage au western spaghetti, festival de dialogues multilingue, jeu de massacre et uchronie (en inventant une issue alternative). Le tout en deux heures et demie, à peine retouchées depuis Cannes malgré les rumeurs. D’un simple délire irresponsable et complaisant à une sorte de méta-film postmoderne pour en finir avec la guerre, toutes les interprétations ont circulé. Les aficionados n’y verront que du feu, ou plutôt que du «fun». C’est voulu. Les spectateurs plus sophistiqués s’amuseront à se triturer les méninges. C’est aussi voulu.

Au départ était donc l’inspiration d’une obscure série B italienne, Une poignée de salopards/Quel maledetto treno blindato/The Inglorious Bastards d’Enzo G. Castellari (1978), mais jamais l’idée d’un simple remake, d’où le titre à l’orthographe fautive délibérée. Dans le même ordre d’idées, on trouvera quantité de clins d’œils codés dans les noms des personnages. Sauf que Tarantino a parfaitement conscience que son cinéma vaut cent fois mieux que ces obscures références . Dès lors, autant se mesurer au grand relecteur du cinéma de genres lui-même: Sergio Leone. De même que Leone s’était inventé une Amérique mythique à partir de sa cinéphilie avant d’aller tourner aux Etats-Unis Il était une fois dans l’Ouest, Tarantino s’inventerait donc son Europe à lui avant d’aller tourner son film en Allemagne. Un film réflexif en diable, nourri de toute l’histoire du genre.

 

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Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour


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