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23 septembre 2009

Collage, cut up, kezaco ?

Thé au Riz, T'es que nique...
Mercredi, 23 Septembre 2009, 15h11mn 01s
De :
Orlando Erre <jotapil@yahoo.fr>
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À : PLE4 <PoesieLibreE4@yahoogroupes.fr>; ToujoursLaPoesie3@yahoogroupes.fr

Adeline voudrait quelques indications sur le cut up. Voici quelques notes très brèves, qui pourront être développées sur demande.
 
Je dirai que l'ancêtre du cut up ( mot utilisé par Burroughs et les poètes de la Beat Generation dans les années 50 du siècle dernier) est le collage, utilisé en poésie par les surréalistes et en peinture par les cubistes. Et l'inventeur  du collage est certainement Lautréamont, dans les "Chants de Maldoror". Brève ( et peut-être un peu approximative) chronologie :
 
vers 1870 : Lautréamont inaugure la technique dans les "Chants de Maldoror" en insérant , dans son texte épico-lyrico-narratif, des extraits d'ouvrages scientifiques, par exemple d'un traité de zoologie. L'un des plus célèbres collages est celui du vol des grues. Les critiques à courte vue parlent de plagiat, alors qu'il s'agit d'un procédé révolutionnaire de contestation- renouvellement de l'art et de la littérature.
 
  Avant la première guerre mondiale, les cubistes intègrent dans leurs tableaux des éléments extérieurs collés : fragments de journaux, de tapisserie, de tissus, de broderies, de bois...Avec une visée différente : il ne s'agit pas de provoquer un choc de l'insolite - encore que... - mais d'intégrer le "réel" dans l'image ; le fragment de journal représente vraiment un journal posé sur la table... Comparez avec la citation de Lautréamont ci-dessous !
 
  Les poètes de cette époque , Apollinaire, Cendrars, expérimentent des techniques du même genre.
 
vers 1920, André Breton porte en triomphe les "Chants...", qui avaient été complètement étouffés. Il donne les "beau comme" de Lautréamont comme exemples de l'image surréaliste, et notamment " beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie. " . Or il se trouve que ces expressions maldororiennes sont aussi des collages. Ici un peu de théorie est indispensable :
 
Qu'est-ce qu'un collage ? En visuel, c'est la technique consistant à juxtaposer des images ne présentant aucun lien entre elles .Claude Pélieu, le poète, qui a introduit la poésie de la beat generation en France, était aussi plasticien et a fait des expositions de ses collages. Prévert a également utilisé la technique.
  En littérature, cela consiste à juxtaposer également des fragments sans liens entre eux. On voit tout de suite que l'image maldororienne en est un parfait exemple. Le "cadavre exquis" des surréalistes joue lui aussi sur l' "effet collage".
 
Un deuxième point théorique , c'est que le collage, et plus tard le cut up, comporte deux valeurs fondamentales, la volonté contestataire, dynamique, bouleversante d'une part, et d'autre part la dimension esthétique, soft, consensuelle. Les images de Lautréamont sont vivement chargées de la première valeur, exprimant une contestation de l'hypocrisie sociale,politique, esthétique, du ronron académique. Le tort de Breton est sans doute de las avoir édulcorées, de leur avoir rogné les griffes et de les avoir assagies en beaux objets poétiques inoffensifs.
 
 
 Après la deuxième guerre mondiale, le vent de la nouveauté semble venir d'outre-atlantique ! Burroughs, l'un des chefs de file de la Beat Generation, "invente" le cut-up et en fait un usage intensif.
 
  Aujourd'hui, l'effet "cut up" , ou "effet collage" , est devenu un lieu commun de la littérature et de l'art, voire même du désign, de l'architecture , de la publicité. On peut dire qu'il est parfaitement digéré et fait partie de l'expression contemporaine, débarrassé en grande partie de ses vertus corrosives, contestataires, révolutionnaires.
 
Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

Commentaires

L'ancêtre du collage est le centon, antérieur aux expérimentations apollinairiennes et surréalistes (et, je pense, connu par eux)

Collé du TLF
Pièce de vers ou de prose composée de passages empruntés à un ou à plusieurs auteurs. Un centon d'Homère, un centon de Virgile. ,,Ouvrage tout composé de vers tirés d'Homère, de Virgile`` (Ac. 1798-1878) :

1. Le défaut criant de Smarra était donc de paraître ce qu'il était réellement, une étude, un centon, un pastiche des classiques, le plus mauvais volumen de l'école d'Alexandrie échappé à l'incendie de la bibliothèque des Ptolémées.
NODIER, Smarra, 1821, p. 16.
P. méton. Fragment tiré d'un auteur et inséré dans un centon ou dans une conversation. On est épicier dès qu'on sort des centons de Sand (J. PÉLADAN, Le Vice suprême, 1884, p. 230) :
2. Quels clichés plus vénérables que les centons de Virgile et d'Horace (...) leur sens douteux ou vain permet de les insérer partout où il y a un trou. Sait-on ce que veut dire le sunt lacrymae rerum? À peine. « Expression tirée de l'Enéide, affirme un guide-âne populaire, et qui sert à faire entendre que la vue d'une grande infortune excite la pitié : les choses elles-mêmes arrachent des larmes. »
GOURMONT, Esthétique de la lang. fr., 1899, p. 295.

2. MUSIQUE
a) ,,Composition musicale formée de plusieurs morceaux de différents compositeurs`` (ROUGNON 1935) :
. les litanies de Marie étaient chantées sur un air bizarre, sur une sorte de centon musical, fabriqué avec on ne savait quoi, ...

etc....

Écrit par : Chris | 24 septembre 2009

Merci pour cet utile complément. En effet le centon, pratiqué depuis l'antiquité et jusqu'à nos jours, est un genre proche du collage et du cut up. Il s'en différencie légèrement par la volonté de dissimuler les raccords, de reconstituer une cohérence textuelle. Alors que Lautréamont et les surréalistes jouent au contraire de l'opposition des morceaux rapportés, de la violente incohérence du non-texte ( ou du non-tableau) produit. En revanche Burroughs travaille à gommer les raccords , à faire la soudure pour que le résultat redevienne un texte...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Centon

http://www.francparler.org/fiches/centon.htm

Écrit par : orlando | 24 septembre 2009

Un exemple de centon (ou cut-up, car ici c'est sans raccords, semble-t-il ?) Le “Tombeau de René Crevel” de Paul-Marie Lapointe
(en haut de la page : deux extraits de ce long texte La mort difficile et Secourir encore)
http://www.erudit.org/revue/VI/1992/v17/n3/200973ar.pdf

Écrit par : Chris | 24 septembre 2009

Merci Chris et Orlando

il y a toujours un détail qui nous échappe
et comme il est bon de partager pour progresser
et des poème inconus en prime ...
que demander de plus !

Écrit par : adeline | 24 septembre 2009

je voudrais savoir si les références des sources devaient être citées en bas de page ?



je connais un poète qui colle des phrases tirées de poèmes publiés il y ajoute une *

la rappelle en bas de page * en notant le nom de son auteur

j'ai essayé quelquefois la méthode et je trouve qu'elle peut être source d'inspiration
une muse cachée dans une étoile... *

Écrit par : adeline | 24 septembre 2009

Ah ! j'oubliais : un poète contemporain qui a pratiqué le collage, dans le genre brut de décoffrage : Denis Roche, dans Eros énergumène, que nous avons lu et commenté sur PLE il y a trois ou quatre ans...

Écrit par : orlando | 24 septembre 2009

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