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09 septembre 2009

c'est quoi, le sexe?

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Intimité lundi7 septembre 2009

«Le sexe est plus que culturel»

Isabelle Hanne

Publicité pour un bar érotique à Tokyo. (Ian Teh, Agence VU)

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Le chercheur français Michel Bozon publie une nouvelle mouture de son livre «Sociologie de la sexualité». Histoire de raconter, gestes et comparaisons sexuelles à l’appui, que le sexe est enraciné dans l’histoire sociale

Tout est parti d’une histoire de Sénégalaises qui mettent des doigts dans l’oreille pendant l’amour. Mais aussi d’une anecdote d’un ami d’ami qui aurait subi les effets d’un dévastateur «Prends-moi le pétou!» en pleins ébats avec une Québécoise – avec l’accent. Sont venus ensuite les habituels clichés – «au lit, les Asiatiques sont comme ci», «les Africaines elles font ça», «les Argentins, wouahou». Typiquement le genre d’histoires qu’on se raconte au retour de vacances. Pourtant, le sexe, c’est pareil pour tout le monde?
Eh bien non, répond Michel Bozon, sociologue et chercheur à l’INED français (Institut national d’études démographiques), qui publie, la ­semaine prochaine chez Armand Colin, une nouvelle mouture de sa Sociologie de la sexualité 1 .

– Le sexe n’est-il pas la plus universelle des pratiques?

Michel Bozon: Dans l’étude de la sexualité, il y a longtemps eu une domination des disciplines cliniques (psychiatrie et sexologie) qui ont accrédité l’idée a priori humaniste, mais au fond biologisante, que le sexe était une expérience universelle. Mais dès que l’on envisage les comportements sous l’angle de l’anthropologie et de la sociologie, on voit combien des sociétés différentes peuvent construire et vivre différemment la sexualité.

– Mais pas dans l’acte lui-même?

– Il y a effectivement peu de différences sur les pratiques physiques elles-mêmes, les combinaisons ne sont pas infinies! Mais l’on peut citer une position traditionnelle que l’on ne trouve que dans le Pacifique: l’homme est accroupi sur la femme, avec seuls les sexes en contact. On trouve aussi dans certaines populations qui valorisent la virginité des jeunes filles au moment du mariage la pratique de l’éjaculation entre les cuisses sans pénétration préalable. C’est le cas de certains pays du Maghreb aujourd’hui et cela existait sans doute aux Etats-Unis dans les années 50. Mais ce qui diffère vraiment d’un pays à l’autre, ce sont les scénarios qu’on compose, les significations qu’on donne aux actes, ainsi que le contexte social de la sexualité et ce qu’il autorise. Le sexe est plus que culturel: il s’enracine dans l’histoire sociale d’une population, celle des rapports entre les sexes… Ainsi, en Amérique latine comme en Europe du Sud, où les politiques sociales et l’égalité au travail sont faibles, le groupe des hommes est d’un côté, et celui des femmes de l’autre. Cela a forcément des conséquences fortes sur les comportements sexuels.

– Et sur l’âge du premier rapport sexuel?

– En Europe du Nord, l’âge du premier rapport est depuis longtemps identique pour les garçons et les filles. Mais dans le sud de l’Europe et en Amérique latine, où le contrôle des femmes est plus fort, les garçons ont un premier rapport beaucoup plus tôt que les filles. Même si cette tendance s’atténue. Les garçons sont d’ailleurs encouragés à avoir des rapports précoces, éventuellement avec des prostituées. On a peur qu’ils «tournent mal», c’est-à-dire qu’ils deviennent homos.

– Mais, de façon plus légère, ­quelles sont les différences d’un pays à l’autre?

– Cela apparaît dans le mode d’approche, l’imaginaire, le vocabulaire qu’on emploie pour décrire les actes, pour nommer les parties sexuelles. J’ai beaucoup travaillé sur le Brésil 2. Dans ce pays, on peut se toucher avant même de se connaître. En revanche, se parler, évoquer ses sentiments est un moment beaucoup plus tardif dans une relation. Ailleurs, en France par exemple, prendre la main d’une femme indique à l’inverse un certain degré d’intimité et fait suite à une approche verbale. Les gestes n’ont ainsi pas le même sens selon les cultures.

– Le sexe évolue-t-il?

– Avec le tourisme mondialisé, les relations sexuelles entre le Nord et le Sud sont plus courantes. Fondées sur des rapports inégaux, elles s’inscrivent inévitablement dans des jeux de représentations stéréotypés, qui s’enracinent dans la colonisation ou la domination économique. Dès qu’on parle de relations entre personnes de continents différents, des rapports de force s’installent. Et tout ça se retrouve, bien sûr, dans les rapports sexuels: représentation qu’on a du partenaire local, façon de parler de ce partenaire, d’érotiser son exotisme… Mais les choses ne sont pas stables. Les partenaires locaux rêvent également de ces étrangers et les mythifient. La mondialisation fait circuler de nouvelles normes. On observe des aspirations universelles des femmes à de nouveaux rapports avec les hommes et une affirmation d’autonomie plus grande de la jeunesse.

1. «Sociologie de la sexualité»,Michel Bozon, nouvelle édition, Armand Colin,
septembre 2009.

2. «Les Caresses et les mots. Initiations amoureuses à Rio de Janeiro et à Paris», avec Maria Luiza Heilborn, 1996, revue «Terrain».

 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4ddb695e-9b25-11de-bafb-4535a1820de3/Le_sexe_est_plus_que_culturel

06:04 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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