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03 septembre 2009

Picasso ne sera jamais qu'un esprit superficiel doublé d'un pitre. Un pitre fade, de surcroît ( y cause bien, Houellebecq)

Préface du livre de Tomi Ungerer
par Michel Houellebecq

"Pourquoi est-ce que je préface ce livre? J'adore le sexe, mais le SM me dégoûte, aussi bien moralement que physiquement ( à supposer qu'il y ait une différence). D'un autre côté, les dessins de Tomi Ungerer comptent parmi les plus beaux du monde. Débat éthique/esthétique, bien connu, mal tranché. Le plus souvent, je tranche en faveur de la morale. Cependant, j'ai fait le choix inverse ; dans ce cas. Je ne l'aurais certainement pas fait pour une action artistique appartenant au domaine de la performance ; ma répugnance pour les actionnistes viennois reste entière.

Plus les créations sont atroces, plus l'auteur est adorable : Tomi Ungerer représente un cas humain extrême de cette opposition classique, qui s'explique aisément si l'on veut bien considérer que l'art fonctionne ; c'est-à-dire que la création artistique nous permet réellement d'exprimer le mal qui est en nous, et de nous en débarrasser.

Une troisième raison me pousse à écrire cette préface. Un soir de juillet 2000, après une rencontre à la FNAC de Monaco, une lectrice me proposa de me ramener à la gare. Elle portait un corset analogue à celui de la page 159. Dans la voiture, elle me proposa de passer la nuit avec elle. Avant d'accepter je précisai que je détestais souffrir, que mes goûts personnels me portaient uniquement vers le plaisir, donné ou reçu. Elle me rassura tout de suite : elle était exactement dans le même cas ; pour elle, le SM était uniquement une source de fantaisies visuelles. Si elle portait des corsets et des cuissardes, c'était pour mettre en valeur sa chatte et son cul ; grâce à ces accessoires, j'aurai plus d'énergie pour l'enculer et la baiser ; elle ajouta, ce qui finit de me convaincre, qu'elle réussissait très bien les fellations. Pendant les trois heures qui suivirent, je pus constater qu'elle avait dit vrai sur tous les points.

Vers minuit, elle dut me quitter pour aller à son travail au casino de Monte-Carlo, me laissant en présence de la plus riche bibliothèque érotique que j'aie pu voir chez un particulier. Il y avait aussi des photographies et des films. Je me souviens d'avoir tourné les pages d'un album d'Helmut Newton, posé sur un pupitre ; je me souviens de m'être ennuyé un peu. Certains dessins de Tomi Ungerer traitent de thèmes proches : pourquoi provoquent-ils une émotion artistique incroyablement plus violente ? Aucun album-photos de la collection ne parvint réellement à me convaincre. Il y a des photographes simplement nuls, comme Larry Clark ; certains peintres, à vrai dire, ne sont pas très brillants non plus ; par quelque bout qu'on le prenne, Picasso ne sera jamais qu'un esprit superficiel doublé d'un pitre. Un pitre fade, de surcroît, Bettina Rheims, au moins, est excitante, on peut réellement se branler sur ses photos ; mais ont-elles une valeur artistique ? Je n'en étais pas tout à fait sûr, celle nuit-là, et c'était très troublant. Car pourtant la photographie est un art, je n'ai jamais eu le moindre doute là-dessus ; et d'ordinaire, lorsque je me branle en utilisant un livre ou un film, ça me paraît plutôt un bon indice de leur qualité artistique.

Un dessin est-il toujours plus fort qu'une photo ? Dans le domaine du portrait, ce n'est pas sûr ; je ne connais aucun portrait de Baudelaire qui soit à la hauteur de ses photographies les plus célèbres. Mais il semble bien, en effet, y avoir quelque chose dans l'émotion sexuelle qui reste très difficile à capturer par la photographie, ou par le film. Quelque chose aussi, et c'est encore plus troublant, qui rend la peinture inutile. On pourrait pourtant croire que le rendu sensible d'un mamelon, d'un buisson pubien, d'une vulve ajoute à la charge sexuelle d'une oeuvre ; il n'en est rien. Et, dans ce domaine, ce qui n'ajoute pas retranche. Alors que le nu est depuis toujours un des thèmes majeurs de l'art pictural, rares sont les peintres, attirés par l'érotisme, qui ont estimé nécessaire de dépasser le stade du dessin au trait.

Là où les arts réalistes, ou riches, tournent autour du sujet sans l'atteindre, ces disciplines acérées que sont la littérature et le dessin parviennent directement à leur but. Disposant des mots, qui permettent (assez difficilement tout de même) d'exprimer certaines sensations, la littérature peut s’approcher de la jouissance réelle. Mais le dessin? Quelques traits de crayon, du noir, du blanc. Une lumière simple ou pas du tout. Pas de couleurs, peu de valeurs. Et pourtant beaucoup de femmes rêveront, comme l'Ondine de la page 332/333, du butiner au milieu d'une forêt de bites ; alors qu'aucun film pornographique n'aurait su éveiller en elles le même désir. Pourquoi, exactement ? Je pourrais arrêter ici cette préface en avouant que je n'en sais rien.

De fait, je n'en sais pas grand-chose ; encore quelques mots, pourtant. Si la fellation est la figure reine du cinéma porno, ce n'est pas seulement parce que les hommes adorent cette caresse ; c'est aussi que parfois, lorsque la caméra reste longtemps en gros plan sur le visage de la femme, captant à la fois son regard et les mouvements de sa langue, on sent passer quelque chose de son émotion, de sa gourmandise ; et qu'il est par contre impossible de filmer ces minimes resserrements ou élargissements de la chatte et du cul qui donnent à la bite tant de bonheur. On peut filmer la joie qui illumine les traits du visage de l'amante ; mais l'essentiel, le noyau invisible de la sexualité, reste inaccessible à la représentation. Et dans le domaine de l'érotisme, du fantasme, le dessin est décidément supérieur. Peut-être un lecteur, méditant sur les dessins de Tomi Ungerer, découvrira-t-il pourquoi. Ce serait une découverte artistique et humaine considérable."

Commentaires

En titre de cet article ( préface pour un livre du dessinateur Tomi Ungerer ) j'ai choisi une phrase particulièrement provocante extraite du texte. Provocante ? Outrancière, Hénaurme, toute dégoulinante de connerie - mais son auteur est le contraire d'un con ! Et quelle a été la réaction de nos chères et chers lecteurs et lectrices ? Zéro, nada, niente, encéphalogramme plat ! Le général de Gaulle, un jour de déprime sans doute, a dit "Les Français sont des veaux..." Aurait-il dit vrai ? Mais non, c'est seulement qu'ils sont encore un peu endormis, retour de vacances assommé de soleil...O.

Écrit par : orlando | 05 septembre 2009

Tomiscope
je vous signale qu'il existe une association des amis de tomi Ungerer
association-tomi-ungerer@orange.fr
et un site : www.association-tomi-ungerer.eu

nous éditions une revue dont le n°10 vient de paraître
j'en suis le rédacteur en chef

yd

Écrit par : yd | 21 septembre 2009

Tomiscope
je vous signale qu'il existe une association des amis de tomi Ungerer
association-tomi-ungerer@orange.fr
et un site : www.association-tomi-ungerer.eu

nous éditions une revue dont le n°10 vient de paraître
j'en suis le rédacteur en chef

yd

Écrit par : yd | 21 septembre 2009

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