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01 août 2009

Nouvelle critique et vieilles barbes

La plupart de nos lecteurs sont trop jeunes pour avoir connu cette époque épique... Celle ou Barthes , au nom de la "nouvelle critique" faisait exploser les fusées de son style et de ses vues originales, au nez et à la barbe des momies universitaires. Quelques nouvelles de cette polémique, dont les braises ne sont pas complètement éteintes :
 
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30 juillet 2009

    Il faut savoir en finir avec une polémique, comme Maurice Thorez invitait à le faire avec une grève. Pourtant, dans certains débats d’idées, on a parfois le sentiment que le temps ne fait rien à l’affaire et que certains continuent post mortem même si l’autre bretteur n’est plus de ce monde. Comme s’ils entendaient le poursuivre jusqu’à la consommation des siècles et que rien ni personne pouvait définitivement vider la querelle. Le phénomène est assez extravagant. J’y repensais l’autre jour en m’emparant du livre que René Pommier m’a fait tenir Le “Sur Racine” de Roland Barthes (490 pages, 80 madrid1955ingemorath.1248982732.jpgeuros, Eurédit). Vous vous souvenez peut-être de la controverse qui agita fort les milieux intellectuels au milieu des années 60 : le Sur Racine de Roland Barthes ayant connu un vif succès, Raymond Picard, éminent racinien de la Sorbonne et de la Pléiade, attaqua le livre et son auteur dans un pamphlet au vitriol Nouvelle Critique ou Nouvelle Imposture ? On s’en doute, leur différend ne tarda pas à dépasser la seule question de l’homme racinien pour se métamorphoser en un affrontement entre intelligensia de gauche et intellectuels de droite.

    On dira que depuis le temps, l’affaire est classée, d’autant que les protagonistes ne sont plus de ce monde. Or René Pommier veille. En 1986, ce spécialiste du XVIIème siècle avait consacré l’essentiel de sa thèse de doctorat d’Etat au sujet. Il l’a donc reprise en ligne et en édition papier, revue, corrigée et augmentée, un pavé au seuil duquel il n’est question que des “contradictions”, des “contre-vérités”, des “fariboles”, de “la nullité intellectuelle”, des “sornettes”, des “sottises”, des “balivernes”, des “absurdités”, de l’”ineptie”, des “âneries”, des “foutaises”, entre autres gracieusetés, du pape de la nouvelle critique.      ”… C’est dans doute d’un polémiste que les études raciniennes ont le plus besoin aujourd’hui où Racine est devenu un “alibi” pour les fariboles d’un Roland Barthes et tant d’autres aliborons, j’ai voulu que ce livre sur le Sur Racine, fût aussi, contrairement au Sur Racine, un livre sur Racine” écrit-il en conclusion de sa conclusion.

   Tout cela parce que René Pommier reproche à Barthes une réelle inintelligence des textes, une faculté à faire dire à Racine ce qu’il n’aurait pas voulu dire et une capacité à prêter à l’homme racinien “des sentiments que non seulement aucun personnage de Racine, mais sans doute aucun homme n’a jamais éprouvé”, et tout cela du seul point de vue  tout aussi arbitraire et subjectif de M. Pommier à la suite de M.Picard ? M’est avis que le livre sur cette passionnante querelle de tonnerre de Brest reste à écrire. Mais dans un autre esprit. Qui rapporte une polémique sur le ton de la polémique se condamne à n’être pas crédible. L’analyse d’une disputatio de cette envergure peut tout se permettre sauf d’ajouter la violence à la violence.

(”Basta avec la polémique !” Madrid, 1955, photo Inge Morath)


 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

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