Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 juillet 2009

Madeleine Vionnet, puriste de la mode, une expo et un livre.


Couture mercredi29 juillet 2009

Madeleine Vionnet, une bio en biais

(Les Arts décoratifs)

(Les Arts décoratifs)

Paris expose les robes de celle qui fut l’une des pionnières de la mode. Voiles, drapés et crêpes purs

Gabrielle n’était pas encore Coco Chanel. Mais Paul Poiret, le fastueux et si décoratif Paul Poiret pâlissait déjà. Les corps n’étaient pas encore dénudés. Mais les corsets finissaient de brûler. Les couturiers ne se prenaient pas encore pour des artistes. Mais des ponts étaient tendus entre le monde des faiseurs de robe et celui d’un Le Corbusier ou d’un Picasso. La mode n’était pas la machine gouvernée par le marketing qu’elle est aujourd’hui. Mais les couturiers – les couturières surtout – apprenaient à se sculpter une image.

Puriste de la mode

C’est dans ce moment charnière, dans ce pli du grand tissu de la mode qu’a œuvré, créé et innové Madeleine Vionnet. A Paris, Les Arts décoratifs lui consacrent une exposition intitulée Madeleine Vionnet, puriste de la mode. La visite est assez belle, notamment parce que la scénographie d’Andrée Putman a su équilibrer le faste de certaines tenues hélas immobilisées et leur valeur documentaire.

Aujourd’hui, la crème de la mode, d’Alaïa à Galliano, de Yamamoto à Chalayan ou Andrée Putman, se réclame de Madeleine Vionnet. Pour savoir pourquoi, arrêtons-nous devant une petite robe grège née en 1920.

On dirait une paire de mouchoirs géants retenus par deux fois rien. Presque une étude abstraite. Un vêtement géométrique à la limite du concept, dans une époque où l’on ne sortait qu’en broderies et chamarrures. L’idée d’une robe, quoi! Et, par là, une vision du corps censé l’habiter. «Pour moi, dira la couturière, une robe est d’abord mentale. Je la conçois, je l’achève en rêvant, enfin, à force de la chercher, j’arrive à l’avoir dans la main.»

En 1888, nous n’en sommes pas encore là. En 1888, Madeleine Vionnet n’a que 12 ans. Et elle pleure – «comme une madeleine», c’est elle qui le dit. Jurassienne, brillante écolière, elle veut faire des études. Mais son père la place en apprentissage de couture. La jeune fille apprend vite et bien. De ces débuts, la grande Vionnet gardera sa méthode du travail à même ce tissu qu’elle malaxe, façonne et sculpte, jusqu’à la fin, sur une petite poupée de bois de 80 cm de haut, sans passer par le dessin.

En 1896, Madeleine part pour Londres. Elle travaille dans un établissement pilote – plus tard, peut-être s’en souviendra-t-elle quand elle construira son propre atelier pour ses 1200 couturières rue Montaigne, quand elle y veillera aux notions d’hygiène et de formation continue, installant le téléphone, une crèche, des cours du soir, des tables ergonomiques et même un dentiste. L’Angleterre, c’est aussi une clientèle plus riche et plus instruite.

De retour à Paris, se sentant limitée par la maison Doucet qui lui a pourtant fait un pont d’or, Madeleine V. se lance. Au lendemain de la Première Guerre, son succès sera fulgurant. Proche des théories artistiques qui cherchent la formule du beau dans l’Antiquité, elle développe notamment la technique du biais (lire ci-dessus). Soit une manière de rendre flou, fluide et flexible le corps féminin, de ressusciter sa liberté – de même, Madeleine, aura constitué un modèle d’entrepreneur au féminin et d’indépendance, jusqu’à la fermeture de sa maison, en 1939.

S’il ne fallait garder qu’une image de robe, on tenterait de fixer, une seconde, celle d’un crêpe de Chine soufflé plutôt que drapé sur un corps frais – le corps sportif, le corps sec et énergique, ce sera plus tard, avec Chanel.

S’il fallait ne garder qu’une poignée de qualités, ce serait son obstination. La singularité d’un talent entre confection et création, réalisme et laboratoire formel. La légèreté de ses habits, le sérieux d’une cheffe d’entreprise.

Et s’il fallait ne garder que quelques phrases, en voici, coupé-collé à la diable: «Je suis plus sculpteur que peintre. Je m’attache avant tout à la pureté des teintes unies. Le noir, le blanc et puis de beaux tons francs, sincères. Des bleus et des verts qui parent les yeux. Des rouges qui rappellent les lèvres.»

Madeleine Vionnet, puriste de la mode, une expo et un livre. L’expo: Paris, Les Arts décoratifs, jusqu’au 31 janvier. Le livre: Sous la dir. de Pamela Golbin, 308 p.

 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/081d7eac-7bb3-11de-94ab-a...

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

07:49 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.