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15 juillet 2009

Pessoa, géant poétique

Pessoa, un des plus importants poètes du XXème siècle !

Cultures - Article paru
le 13 juillet 2009

culture. Festival d’Avignon 2009

L’imaginaire fou dans le sillage d’un navire

MONTFAVET. Jean-Quentin Châtelain, guidé par Claude Régy, chauffe jusqu’à l’incandescence l’Ode maritime, rêverie du poète portugais Pessoa.

Avignon (Vaucluse),

envoyé spécial.

Seul en scène, Jean-Quentin Châtelain dit l’Ode maritime, de Fernando Pessoa, dans le texte français de Dominique Touati que Claude Régy, qui met en scène, a revu pour le spectacle avec l’aide du jeune écrivain portugais Parcidio Gonçalves (1). Dès l’énoncé du nom de Régy, on sait qu’on quitte la foire aux vanités pour s’avancer dans une zone de fin silence où chaque mot est sculpté différemment. Avec l’Ode maritime advient de surcroît un lent effet de surprise, dans la mesure où, cette fois, le texte mis en demeure d’écoute va relever d’une profusion sémantique inouïe, d’une splendeur lyrique, à l’opposé de l’économie verbale rase que Régy privilégie dans les textes proprement dramatiques. L’oeuvre, fruit d’une rêverie en bord de mer au vu d’un lointain paquebot en route vers le port de Lisbonne, tient du prodige en prose poétique. À la nomenclature précise des termes de marine, à vapeur comme à voile, à la baudelairienne invitation au voyage et au soupir adressé aux rivages inconnus (du type « fuir, là-bas, fuir ») va succéder la plus cruelle identification aux pirates coupeurs de mains, assassins et violeurs, jeteurs d’enfants aux requins, avant que le poète entende se faire femme et victime offerte aux coups puis, en un retournement ultime, resurgit le territoire puéril, avec ses tendres réminiscences, ses contes de nourrice, ses chansons touchantes et le petit employé lisboète, enfin apaisé au terme de ce sublime délire sadomasochiste soudain hissé jusqu’à la démence d’un cri, redevient apte à la miséricorde et à l’apitoiement, sur soi aussi bien. Cela tiendrait en même temps du Bateau ivre de Rimbaud, du Coeur des ténèbres de Conrad, de l’Île au trésor de Stevenson et du Dit du vieux marin, de Coleridge, mais, cela incombe au génie unique de Pessoa, dont le « je » fut une foule d’autres. L’inconscient s’est ainsi exprimé en toute violence crue, celui de Pessoa aux identités multiples et celui aussi, sans doute, de l’âme nationale portugaise, historiquement comptable de tant de féroces aventures coloniales. Au sein d’une scénographie (Sallahdyn Khatir) quasi abstraite, allusive en tout cas, faite d’un arrière-plan courbe de tonalité métallique, le rêveur-parleur éveillé, Jean-Quentin Châtelain, presque sans geste, posé au premier plan dans une pénombre à tonalité variable, juché sur une silhouette d’embarcadère, semble inventer sous nos yeux le protocole verbal d’un imaginaire chauffé à blanc. La respiration, les césures, la singularité du timbre unie à celle de l’accent, la profération tantôt gutturale, tantôt nasale, tout fait fête noire à cette partition de chair à vif et d’entrailles pantelantes, suivant l’aveu même de Pessoa. L’acte théâtral atteint ici à l’essence même du tragique, dans la viande et les nerfs de l’être qui s’y consacre.

(1) Salle polyvalente de Montfavet, jusqu’au 25 juillet (22 heures).

Jean-Pierre Léonardini

 

http://www.humanite.fr/recherche.html?motcles=Pessoa&date=7jours&ok=Ok

 


Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

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