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12 juillet 2009

Paul Celan

20 juin 2009

                                                         Pepar103079.1245504980.jpgut-on apprendre à lire un poète ? Ce qui s’appelle lire. Doit-on même s’y laisser entraîner ? J’avoue que la question ne m’avait jamais effleuré jusqu’à ce que j’ouvre un petit livre composé justement à cet effet, consacré à la personne et l’oeuvre d’un homme que je croyais connaître pour les fréquenter depuis des années. C’est peu dire que le commentaire que fait Jean-Michel Maulpoix de ce Choix de poèmes (220 pages, Foliothèque) de Paul Celan m’a emballé. Il s’agit bien de “commentaires”, c’est le principe même de cette collection qui s’adresse en priorité aux étudiants. Quand bien même s’adresserait-elle exclusivement aux collégiens, je n’aurais pas eu de scrupule à m’en emparer. Les poèmes en question sont assez peu nombreux, comme il sied aux anthologies ; pour la plupart, ils ont été traduits par Jean-Pierre Lefebvre, Martine Broda, Valérie Briet, Jean Launay. Ils sont utilement complétés par des extraits de correspondance avec sa femme, ou avec son âme soeur, Nelly Sachs. De toute façon, qui dit anthologie dit choix, sélection, exclusion et ne peut offrir d’une oeuvre qu’une lecture parmi d’autres. Que n’a-t-on dit du coeur obscur de cette oeuvre précédée par une réputation bien établie d’hermétisme, d’incompréhension, de cryptage, d’inéclaircissable. Ce n’est pas une raison pour la simplifier ou la déplier totalement. Même si le poète lui-même, qui définissait la poésie comme “l’envoi de son destin à la langue“, s’avance en qualité deflorence1933.1245505195.jpg témoin. Tout en fournissant des repères et en rapportant des échos, Maulpoix invite son lecteur à établir “une relation humble avec le poème”, à s’imprégner de cet univers dont le meurtre de masse, perpétré par un Etat moderne au centre de l’Europe entre 1939 et 1945, est le noyau sombre. Il reprend tout : la dimension pneumatique de ces poèmes où tout est souffle et respiration ; le sentiment de l’exil intérieur qui n’a jamais quitté Celan ; l’impossible biographie d’un homme dont toute trace écrite était pourtant de son propre aveu autobiographique; la sale rumeur de plagiat qui le rongea ; les dates considérées comme autant de signatures ; la rupture de 1959 (Grille de parole) marquant le début d’un travail d’obscurcissement délibéré révélé par les manuscrits; la définition des mains comme organes de la lecture et du métier (Handwerk) de poète ; l’impératif d’une poésie non métaphorique qui se veut absolument dénuée de toute image; une “poéthique” qui intégrerait la fidélité, le devoir de vérité, la nécessité de se tenir debout (Stehen), la responsabilité vis à vis du langage ; les rendez-vous manqués avec Adorno et Heidegger ; la folie en lui et la mort volontaire au bout… Toutes choses qui disent la tension d’une oeuvre qui est la modernité même. brooklyn1947.1245505073.jpgLa clarté, cette fameuse clarté que l’on n’ose même plus dire française, est un exploit en l’espèce. Elle est d’autant bienvenue que l’auteur nous épargne toute explication positiviste des intentions du sous-texte, travers qui est un cauchemar en littérature et une horreur en poésie. Voilà pourquoi à ceux qui hésitent à s’engager pour la première fois dans l’oeuvre de Paul Celan, et qui ne savent pas par où commencer, on ne saurait trop recommander d’ouvrir cette lumineuse synthèse. De toute façon, tant que nous sommes lecteurs, nous sommes tous des étudiants. Et puis ce n’est pas parce qu’on ne possède pas le schibboleth, l’autorisation, le mot de passe, la clé, qu’il faut renoncer à entrer. Au contraire, rien n’est plus vertigineux.

(”Dans un shtettl polonais, années 30″, “Florence, 1933″, Brooklyn, 1947″, photos Henri Cartier-Bresson) 

 

http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/06/20/en-decryptan...
 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

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