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29 juin 2009

Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich



Récital Mahmoud Darwich - Odéon Théâtre de l’Europe, Actes Sud / Odéon / France Culture, 2009


Anthologie poétique (1992-2005),
Paris, Babel, 2009


La Trace du papillon,
Paris, Actes Sud, 2009


Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin,
Paris, Actes Sud, 2007


Entretiens sur la poésie,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Ne t'excuse pas,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2006


Etat de siège,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 2004



Murale,
Arles, Actes Sud, 2003



Le lit de l'étrangère
Arles, Actes Sud, 2000



La terre nous est étroite,
et autres poèmes
,
Paris, Gallimard, 2000



La Palestine comme métaphore,
Paris, Sindbad/Actes Sud, 1997



Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
Arles, Actes Sud, 1996


Au dernier soir
sur cette terre
,
Arles, Actes Sud, 1994



Une mémoire pour l'oubli,
Arles, Actes Sud, 1994



Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de
Poèmes palestiniens
,
Paris, Cerf, 1989


Plus rares sont les roses,
Paris, Minuit, 1989



Palestine, mon pays :
l'affaire du poème
,
Paris, Minuit, 1988



Rien qu'une autre année,
anthologie 1966-1982
,
Paris, Minuit, 1988


Les poèmes palestiniens,
Paris, Cerf, 1970



Allocutions & textes de Mahmoud Darwich


Ahmad al Arabi
Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich
Composé et dirigé par Marcel Khalifé


Et la terre, comme la langue
un film de Simone Bitton
et Elias Sanbar


À propos de
"Mahmoud Darwich dans l'exil de sa langue"


Etudes, textes, critiques
sur Mahmoud Darwich



Livres en anglais


La revue
al-Karmel








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Entretiens sur la poésie

(avec Abdo Wazen et Abbas Beydoun)

Les cinq entretiens avec Abdo Wazen ont été publiés dans le quotidien arabes de Londres Al-Hayât, en décembre 2005.
Celui avec Abbad Beydoun a paru
dans le quotidien de Beyrouth As-Safir, le 21 novembre 203


Avec l’accord de l’auteur, de très légères modifications ont été apportées au texte pour le rendre plus accessibles aux lecteurs français


Traduits de l’arabe (Palestine) par Farouk Mardam-Bey



Actes Sud, Collection "Mondes Arabes", octobre 2006


Présentation de l’éditeur :

Dans ces cinq entretiens avec le poète libanais Abdo Wazen, Mahmoud Darwich apporte de précieuses informations sur sa vie et son œuvre, et notamment sur ses derniers recueils marqués à la fois par un renouvellement thématique et par une grande exigence formelle. Prolongeant son précédent livre d’entretiens, La Palestine comme métaphore, il précise ses positions sur l’engagement politique de l’écrivain, rend hommage à quelques grands poètes européens du XXe siècle, aborde sa production poétique arabe depuis le début des années 1950 jusqu’à nos jours et, surtout, explique comment naît un poème, à partir d’une idée, d’une sensation, d’une image ou d’une cadence. L’ensemble est sous-tendu par sa lancinante réflexion sur la frontière ténue entre la poésie et la prose.

L’entretien avec Abbas Beydoun complète ses propos sur le métier de poète et sur les débats qui agitent la scène poétique arabe.

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Extraits

Abdo Wazen – Comment réagissez-vous quand on vous considère comme le poète d’une cause, "le poète de la résistance", ou "le poète de la Palestine" ?

Mahmoud Darwich – Je n’y peux rien, sinon dire et répéter que je refuse d’être enfermé dans cette appellation. Certains, qui me qualifient de la sorte, le font innocemment : ils sont solidaires du peuple palestinien et croient honorer ma poésie en l’identifiant avec la cause de ce peuple. En revanche, il existe des critiques littéraires pervers qui cherchent à dépouiller le poète palestinien de se attributs poétiques et à la réduire à un simple témoin.
C’est un fait : je suis Palestinien, un poète palestinien, mais je n’accepte pas d’être défini uniquement comme le poète de la cause palestinienne, je refuse qu’on ne parle de ma poésie que dans ce contexte, comme si j’étais l’historien, en vers, de la Palestine.

Abdo Wazen – Mais vous êtes un poète-symbole, que vous le vouliez ou non !

Mahmoud Darwich – Tous les poètes voudraient que leur voix exprime des préoccupations collectives, mais peu parviennent à ce que leur poésie se transforme, aux yeux du public, en symbole. Je n’ai pas cherché cela. Je dois mon statut particulier aux circonstances, à la chance.
Je n’ai donc nullement cherché à devenir, ou à rester, un symbole de quoi que ce soit. J’aimerais, au contraire, qu’on me libère de cette charge très lourde. Certes, je me sens honoré par le fait que ma voix se multiplie, que mon "moi" poétique dépasse ma personne pour incarner un être collectif. Quel poète ne souhaiterait pas que se poésie connaisse une large diffusion ? Je ne crois pas les poètes qui mesurent la qualité d’une poésie à l’aune de son "splendide isolement". La diffusion, grande ou petite, d’une poésie n’a rien à voir avec sa qualité littéraire.
L’idéal serait de réunir qualité littéraire et grande diffusion. Sinon, à quoi servent les lectures publiques ? Et pourquoi publier des livres si l’on peut se passes des lecteurs ? 

Abdo Wazen – Vous avez dépassé la soixantaine, mais vous ne cessez de rajeunir sur le plan poétique ?

Mahmoud Darwich – Mon secret n’est pas si compliqué.

Abdo Wazen – Il n’est pas simple non plus !

Mahmoud Darwich – Je ne dis pas qu’il est simple d’un point de vue littéraire, mais il l’est dans ma manière d’en parler.
D’abord, je ne me satisfais jamais de ce que j’écris et je suis perpétuellement en quête d’un nouveau langage qui permette à ma poésie de devenir … plus poétique, si je puis dire. J’essaie sans relâche d’alléger la pression qu’exerce le moment historique sur mon écriture poétique sans pour autant ignorer ce moment.
Ensuite, je ne crois pas aux applaudissements. Je sais qu’ils sont passagers, trompeurs, et qu’ils peuvent détourner le poète de la poésie. Je suis en fait hanté par cette idée parce que je n’ai pas encore écrit ce que je voudrais écrire. Vous me demanderez : "Et que voulez-vous écrire ?" Et je vous répondrai : "Je n’en sais rien !" Je me meus dans une contrée inconnue, à la recherche d’un poème qui soit capable de dépasser ses conditions historiques, de vivre dans un autre temps. Voilà ce que je cherche, mais comment parvenir à l’expliciter ?
Il n’y a pas de réponse théorique à cette question. La réponse se situe forcément dans la création poétique elle-même. Tout ce qu’on dit à propos de la poésie n’a de sens que s’il est réalisé effectivement, dans l’écriture poétique. Je suis toujours inquiet, insatisfait de ce que je fais, et c’est là mon secret.
Je vous dis en toute sincérité : je ne lis jamais ma poésie, je ne la relis pas, si bien que je l’oublie. Cependant, avant de la publier, je ne cesse de la réécrire et de la polir. Une fois le recueil édité, je considère qu’il ne m’appartient plus, qu’il appartient désormais aux lecteurs et aux critiques.
La questions la plus difficile que je me pose alors est la suivante : que faire maintenant ? Je me sens totalement démuni, habité d’une inquiétude existentielle. Serai-je capable d’écrire de nouveau ? Chaque fois que je publie un livre, j’ai l’impression que c’est le dernier.

(...)

- - - - - - - - -

Abbas Beydoun – Selon Char, la perte du sens est inacceptable, non seulement au plan poétique, mais aussi au plan moral. Il est inacceptable de parler avec l’intention de ne rien dire qui ait un sens, en visant le non-sens. Malgré cela, je me demande si le problème est celui de l’existence du sens ou de la possibilité de l’accueillir.

Mahmoud Darwich – Dans notre vie contemporaine, le sens se meurt et disparaît, c’est pourquoi la poésie cherche à opposer son propos non-sens au non-sens extérieur. J’ai aujourd’hui plus tendance qu’auparavant à proclamer notre droit à l’absurde et au ludique. C’est peut-être la réponse esthétique la plus adéquate au désordre ambiant, bien plus que la recherche du non-sens. Donner à la vie un sens absurde est une option philosophique, être nihiliste est un choix qu’on peut respecter  ou non, mais là n’est pas la question. Le sens est-il possible ? La poésie doit faire comme si cette possibilité existait réellement. L’être humain doit y croire, sinon nous sombrons dans un nihilisme absolu. S’il pense que le sens est impossible, cela signifie ma mort de la volonté, l’anéantissement physique et peut-être métaphysique.

Abbas Beydoun – Que pensez-vous de la définition de la poésie comme "parole en images" ? A quel point est-ce exact si l’on compare la poésie … à l’astronomie ?

Mahmoud Darwich – Depuis les premiers textes poétiques oraux jusqu’à nos jours, nous ne connaissons pas de définition de la poésie qui soit valable pour tous les temps et tous les lieux. On dit que la poésie se définit par son contraire. Mais quel est le contraire de la poésie ? On répond que c’est la prose et on ajoute que la différence entre poésie et prose est que la première se fonde sur la métaphore. Mais la prose, elle aussi, peut recourir à la métaphore. La différence réside-t-elle alors dans l’imaginaire ou dans le rythme ? La prose n’en est pas exempte. En fait, on ne définit pas de la sorte la poème mais le poétique. La vraie question est de savoir comment le poétique se réalise dans le poème. Je pense que les images sont une condition nécessaire mais non suffisante. Le poétique ne se réalise que par l’architecture du poème et son système rythmique – et chaque poète a évidemment les siens propres. Quand je lis un recueil de poèmes, je tente d’abord de bien les comprendre.
Dans le monde arabe, les poètes de la période intermédiaire qui a suivi celle des "pionniers" avaient tendance à surcharger les poèmes d’images, y compris d’images gratuites qui n’avaient aucune fonction esthétique et ne relevaient d’aucune logique structurelle. Ce genre d’images épuise le poème et rebute le lecteur. 

Abbas Beydoun – On a négligé autre chose encore dans le poème arabe moderne, et qu’il faut remettre à l’ordre du jour : le thème. Il y a des poètes qui pensent que le poème ne doit pas en avoir, ce qui fait qu’il devient son seul et unique thème. Il dit qu’il est poème, ou dit la langue et se redit …

Mahmoud Darwich – Cela est lié à l’absence du sens dont nous avons parlé précédemment. A vrai dire, le thème du poème ne m’importe pas mais la manière de l’aborder. Le thème est le corps du poème, et celui-ci, lorsqu’il en est dénué, ne fait que se contempler.

Abbas Beydoun – Est-ce donc la qualité des images qui crée le thème ?

Mahmoud Darwich – Non, mais leur qualité. Nous disons parfois d’une poésie qu’elle est belle tout en constatant qu’elle n’a pas de thème. Ses subtilités esthétiques et ses rythmes le remplacent dans notre esprit comme c’est le cas en musique.

(...)



 

Chantars no pot gaïre valer
Si d'ins del cor no mov lo chans
Bernard de Ventadour

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