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24 juin 2009

Connaissez-vous Marc Levy ?

Dimanche 21 Juin 2009
> L'homme qui valait des millions
> Par Soazig QUEMENER
> Le Journal du Dimanche
>  Chaque année, il déboule au printemps. Barbe de trois jours surune éternelle dégaine de gentleman farmer, le mastodonte de l'édition, Monsieur "au moins 400 000 ventes en France" est arrivé à Paris cette semaine. Marc Levy y accompagne la sortie de son neuvième roman, Le Premier Jour, qu'il lâchera en pâture à ses fans jeudi. Lui que ses plus fervents contempteurs reconnaissent "timide", avoue son "trac".
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> Le Premier jour, le dernier roman de Marc Levy sort jeudi en librairie. (Maxppp)
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> Trac devant ses lecteurs, mais aussi appréhension de se présenter une nouvelle fois devant ce pays qui le plébiscite sans savoir vraiment l'apprécier. Quand ils ne l'ignorent pas, les critiques ne sont jamais vraiment tendres avec cet ancien architecte, auteur à 38 ans d'un premier livre, Et si c'était vrai..., repéré avant sa parution par Steven Spielberg. Une comédie fantastique très grand public, phénomène éditorial puisqu'elle sera le roman le plus vendu en France l'an 2000! Entre-temps, Marc Levy a publié sept romans qui tirent leur popularité d'un savant dosage entre dialogues (fréquents), descriptions (succintes) et rebondissements (multiples). Clé du succès qui lui a ouvert les pages people des magazines. On y découvre que l'homme est pudique, qu'il a épousé en secondes noces une jeune journaliste française, qu'il adore le jus de tomate...
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> Les curieux repasseront, le romancier n'aime décidément pas se livrer. Sur la naissance de sa vocation tardive, alors qu'il occupait sa vie professionnelle à l'agencement de bureaux, il sert toujours la même histoire. A la virgule près. Celle d'un papa qui voulait laisser un souvenir à son fils, un roman qu'il lirait quand il serait grand. Il se met à écrire. Sur les conseils de sa soeur scénariste, il expédie son manuscrit chez Robert Laffont... On connaît la suite.
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> Son père était un dirigeant de la CGT: "Il m'a appris que ego et humour cohabitaient mal"
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> A 48 ans, Marc Levy est devenu, au même titre que Johnny Hallyday, l'un des monuments français. "Chaque année, note l'écrivain et critique Philippe Besson, il vend 500 000 exemplaires de son livre grand format, et l'année suivante, il en écoule autant en poche. Normalement, un best-seller en littérature, c'est 30 000 exemplaires. Tous les ans, il reproduit, version papier, le succès de Bienvenue chez les Ch'tis!" Lors de la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy avait d'ailleurs demandé à rencontrer le conteur, balançant cette réplique qui allait faire les riches heures de L'Aube, le soir ou la nuit, le roman de la dramaturge Yasmina Reza: "Moi, je regrette, un type qui vend des millions d'exemplaires cela m'intéresse. Si je lis pas Marc Levy, si je regarde pas le Tour de France, je fais un autre métier."
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> Monument? L'intéressé secoue la tête. "Mon père m'a appris que ego et humour cohabitaient mal, affirme-til. Or l'humour, c'est ce qu'il y a de plus important dans la vie. Pour moi, tout cela, c'est juste un grand bonheur." Figure écrasante de Raymond Levy, 85 ans aujourd'hui, autrefois colleur d'affiches pour Henri Krasucki, ancien directeur de La Vie ouvrière, dirigeant de la CGT jusqu'en 1992. Un père si discret sur son passé de résistant que son fils a dû reconstituer lui-même son histoire dans un roman: Les Enfants de la liberté. Marc Levy clôt le chapitre: "Je n'ai pas été élevé dans la culture du compliment."
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> Ce sont donc ses groupies qui les lui servent. Sur les forums, ses lectrices comptent les jours avant la sortie de son prochain livre ou guettent ses monstrueuses séquences de dédicaces en province. Né à Boulogne-Billancourt, le romancier se fait en effet assez rare sur le sol français. Après neuf années passées à Londres, il vient de poser ses valises à New York. Parce qu'il avait "envie de changer". Parce que l'Atlantique n'était pas de trop entre lui et ce qu'il appelle "le microcosme". Aux Etats-Unis, il assume sans complexes son statut d'écrivain mondial, traduit en 41 langues. Un auteur qui selon les calculs d'un de ses amis, appliquant le coefficient multiplicateur de trois lecteurs par livre, a déjà touché 51 millions de personnes dans le monde! Dans son pays natal, c'est une autre affaire. Marc Levy le constate, lucide: "Ici, être écrivain, c'est un titre. Et un titre, lâche-t-il comme un appel du pied, on ne se l'accorde pas à soimême!" Philippe Besson, reconnaît l'injustice: "Son succès le condamne pour toujours à l'ostracisme de la critique littéraire. Pour elle, il est uniquement un vendeur de livres."
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> "Pour la critique litéraire, il est uniquement un vendeur de livres"
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> Preuve que cela le travaille, Marc Levy en a d'ailleurs parlé - entre world writers on se comprend - avec Paulo Coelho, l'auteur, entre autres, de L'Alchimiste, qui a fêté en octobre dernier son cent millionième livre vendu à travers le monde. "C'est tout le problème de l'image, expose-t-il. Chaque roman que j'écris est différent et pourtant on continue à dire que je ne fais que des comédies romantiques!" S'intéresse-t-il aux critiques ? Oui, si elles ne l'éreintent pas trop. Il dit se "marrer" quand elles le massacrent. "Einstein disait qu'il est plus difficile de se débarrasser d'un préjugé que d'une maladie", confie-til en soupirant. Puis il s'emporte: "En même temps, il y a une hypocrisie extraordinaire. S'il n'y avait pas tous ces auteurs de littérature ordinaire, les maisons d'éditions couleraient." Histoire dramatique qui pourrait tenir lieu de pitch à l'un de ses romans. Celle d'un auteur qui a le monde à ses pieds mais auquel la rive gauche parisienne résiste.
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> Un Saint-Germain-des-Prés honni qui, pourtant, ne cesse de l'aimanter. Quand Marc Levy revient dans la capitale, il déjeune dans l'un des QG de Bernard-Henri Lévy et Philippe Sollers, à deux pas de l'auguste maison Gallimard. Comme s'il cherchait sinon à goûter au plaisir de plastronner au coeur de la République des lettres, du moins à celui de ne pas renoncer. Jouer à "Et si c'était vrai..."Dans le scénario, cet auteur aurait un concurrent de plus en plus sérieux. Car oui, un caillou s'est glissé cette année dans la Clarks de l'auteur de Vous revoir (700 000 exemplaires en France). La bouille ronde de Guillaume Musso se profile. A 35 ans, ce professeur d'économie lui vole depuis quelques mois (avec Abus de pouvoir, de François Bayrou), la première place des ventes. Magnanime, Levy se réjouit du succès de son challenger mais regrette néanmoins "l'obsession mimétique de son éditeur", qui a choisi, pour le dernier Musso, "la même vaseline" que celle de son avant-dernier-livre, Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites.

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