31 mai 2009
Gaston MIRON
Gaston Miron, le grand poète québécois, mort en 1996, auquel son pays a fait des funérailles nationales. Le grand ouvrage de sa vie poétique : « l’Homme rapaillé »
Gaston Miron
l’homme aux labours de poésie
« pays
toi qui apparais
par tous les chemins défoncés de ton histoire
aux hommes debout dans l'horizon de la justice
qui te saluent
salut à toi territoire de ma poésie
salut les hommes et les femmes
des pères et mères de l'aventure »
Ainsi vient à nous la parole du « grand carillonneur des mots », le rapailleur de nos meurtrissures, le rempailleur de la langue française, la légende d’un peuple. Il est de la lignée des montreurs de mondes à faire.
Sa voix de torrent éclatant nous était parvenue souvent par bribes, par vagues brisées, car le Québec demeure à la fois si loin et si proche et sa littérature est toujours recouverte sous la suffisance littéraire de la France.
Des amis québécois entretenaient le feu de ses aurores boréales contre l’éblouissant et terrible oubli, derniers résistants de "cette petite enclave américaine francophone".
Parler de Gaston Miron revenait à parler du sacré d’une nation. Des Felix Leclerc, des Gilles Vigneault soit et encore, ce ne sont que des chansonniers. Mais un poète à la hauteur des plus grands poètes français et qui prend la parole alors que l'on ne lui demande pas, cela revenait à confondre meeting et alexandrins. Car en plus Miron il est engagé, il est politique ! Cela ne se fait plus. Halte là en France, laissons - le sur sa banquise ! Gaston Miron devait alors être enfoui dans le tiroir des « paroliers patriotiques ». Aussi Gaston Miron est encore exilé dans nos mémoires en France.
D’ailleurs il n’est pas sans signification que cela soit un autre exilé de la langue, Edouard Glissant le créole, qui soit le préfacier de ses poèmes en France. Et Glissant, qui l’a connu, nomme Miron le tonitruant, la folle tornade, la gueulante, et célèbre ce beau déferlement.
Le déferlement Miron "hurle dans ses harnais" et nous submerge, lui qui nous crie le non-poème en pleine face.
Gaston Miron disait de lui qu’il avançait dans la poésie comme un cheval de trait. Profonds sont ses sillons ! Belle est sa récolte.
Homme aux labours des brûlés de l'exil
selon ton amour aux mains pleines de rudes conquêtes
selon ton regard arc-en-ciel bouté dans les vents
en vue de villes et d'une terre qui te soient natales
je n'ai jamais voyagé
vers autre pays que toi mon pays
un jour j'aurai dit oui à ma naissance
j'aurai du froment dans les yeux
je m'avancerai sur ton sol, ému, ébloui
par la pureté de bête que soulève la neige
un homme reviendra
d'en dehors du monde
POUR MON RAPATRIEMENT (La vie agonique)
Il est le maître du tonnerre et des éclairs dans ses paroles et il glisse entre le vent des mots et les nuages des images pour nous dire qu’un jour il fera « clair et magnifiquement beau".
Lire la suite ici :
http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/miron/miron.html
Un dossier très riche, avec photos et poèmes
11:05 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30 mai 2009
La Bible, Meschonnic,Sollers
Le site de Sollers
http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=8...
C'est une mine d'or ! Sollers est la grande conscience littéraire de notre temps, et ça fait cinquante ans que ça dure !
Ci-dessous, un superbe portrait de ce génie récemment disparu, Henri Meschonnic, et le début de sa traduction de la Genèse. Quel régal !

(Photo Pierre-Marc de Biasi)
Au commencement

10:28 Publié dans Traduction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29 mai 2009
" Ecriture spermatique..."
Cabine double de Bruno Fern
Cabine double de Bruno Fern par Dominique Quélen
Dérégler les sens, beaucoup s’y sont employés et s’y emploient encore. Une certaine communauté de langue unit l’auteur à ceux qu’il cite dans le corps de son texte. Qu’est-ce qui peut alors faire la singularité de sa voix ? C’est sans doute la tension qu’il instaure entre le ramassé de la forme et la prolifération joyeuse du cut-up (ou la mise en pratique de l’adage mallarméen : toujours couper le début et la fin de ce qu’on écrit). Moins une tension qu’un écartèlement où, sans jamais se laisser déborder par le procédé, il reste froid et minutieux, desserrant (car il convient de mettre du jeu) ou resserrant ici tel boulon, là telle vis comica.
Car effet comique il y a. Il surgit d’abord d’un manque. Ce sont par exemple des prédicats sans thèmes – « de quoi s’y tenir la langue » (p.23) – ou simplement ambigus et féminins, dès l’entame : « l’oblige à regarder à entrer » (p.11), ou encore :
par pièce le morceau la
soulève le tissu qui s’interpose la syntaxe à rebrousse
poil sans laquelle la pâleur ne fait qu’accroître
la rage l’arrache
à ses pensées l’y replonge illico faisant ployer la nuque (p.11)chantait Bashung. Aussi B.F. huile-t-il et soigne-t-il les « mots de liaison » (p.22), les « connecteurs (p.23), les « points d’attache » (p.48), et n’hésite pas à faire donner et rendre la langue pour que tout soit en mouvement. Par tout, on entend cette absence que l’écriture fait surgir et qui emplit l’espace du poème.
En même temps, ce sont des « miniatures » (p.40), des « perles serties » (p.41). On les verrait bien orner les lames de tel éventail symboliste. Chacune est un « bibelot entre les cuisses une expérience sans inanité » (p.15), « an exciting game murmure bijou » (p.21). Bijoux indiscrets mais aussi dans l’acception linguistique, non séparés : cabine double. A quoi l’écriture spermatique de B.F., « d’un seul jet sonore » (p.46), ajoute ironiquement, méthodiquement, on ne sait quoi d’interruptus. Car en poésie aussi, sans doute, la bêtise consiste à vouloir conclure.
Le corps se joue en ses bijoux, en sa nudité. Lutte charnelle, acharnée, décharnée, où l’on est « fouillée de fond / en comble » (p.22), « [fouaillée] jusqu’au sens » (p.14). B.F. n’hésite pas à aller chercher le poncif pour le poncer et le limer. Parfois même – friandise – il en remonte deux d’un coup : « mon petit doigt me dit qu’on n’a pas encore touché le fond » (p.45). La langue – ou ce qu’elle désigne ici... – est « enfilée / comme perle » (p.50) et plus rien ne sépare le mot de la chose, scotchés l’un à l’autre et en tirant une jouissance à la fois rigoureuse, joyeuse et précieuse :
des chaussures à noirs
lacets puis le peu baissé paupières sans or
bite laissant paraître l’engouement fait
par simple afflux parler avec ça dans
la bouche s’avère pourtant une nécessité (p.28)
Les « parties charnues / de l’écriture » (W.C.W., p.54) sont empoignées dans un kama-soutra qui explore « toutes les positions ou presque » (p.53) et « n’épargne aucune nouvelle posture » (p.51), y compris celle où tombant du lit on se « délite » (p.50), on se défait, oui, car tout ce mouvement, tout ce pointilleux délire est un étonnement continuel, au sens où l’on parle de l’étonnement d’une roche ou d’un arbre. B.F. entre son coin (vocable de forestier) dans la langue et sa langue dans les coins (on serait cuistre qu’on dirait : comme une tmèse), il écarte pour qu’on voie mieux – mais on ne sait jamais vraiment ce qu’on voit, si ce n’est « un bon aperçu de la dissolution en cours » (p.43) :
livre ses recoins ses
vaisseaux verdâtres présagent
qu’elle en contient bien plus qu’elle
sécrète sa propre fin (p.36)
Non sans douleur, donc. Il s’agit de forer, de forcer, forcer le corps, « forcer l’ouverture des phrases » (C.R., p.52), culbuter cette langue qui fourche et retombe un peu de guingois, « une partie des jambes / en l’air » (p.38). Jusqu’à son terme, car B.F. ne se contente pas de faire « voir la p. en petite tenue » (p .48) : la langue une fois mise à nu par son possesseur (corps qui l’abrite et locuteur) même :
saisissante par l’anneau qui se prête à tout
un simple clic et le tour
est joué qui croyait a beau
se débattre la langue
montre son anatomie si ça lui chante (p.35),
il révèle par des trouées dans « la peu vierge mais vive » (p.43), par des audaces de corps béant – même si c’est d’aise –, l’écorché de son texte : « le squelette s’y trouve déjà / enfoui vivant qui n’attend pas son heure » (p.54). Il est au travail là-dedans, et la cabine double est pour un aller simple.
Il faut la faire mouiller la machine,
Le commentaire de sitaudis.fr
58 p.
14 €
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27 mai 2009
Yasmina Khadra
Yasmina Khadra
sera
Jeudi 28 mai à 19h 30
à l’auditorium du Centre culturel
Jean-Cocteau
Les Lilas (93)
[| 
18:56 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25 mai 2009
André du Bouchet
André du Bouchet
Une poésie aux aguets de l’immobile
© Anne de Staël du Bouchet
André du Bouchet reste un poète dont la clarté n’a pas encore traversé toutes nos routes. Antoine Emaz reconnaît sa dette envers lui. Poète exigeant, poète d’une haute conscience morale, il reste pour nous à jamais associé à son ami et maître Paul Celan dont il partagea souvent le souffle et les pensées. D’ailleurs son écriture éclatée, fragmentée en langue française fait bien sûr référence au travail de Paul Celan sur la langue allemande.
Mais alors que Celan réinvente de l’intérieur une nouvelle langue, usant du granit des mots hébraïques pour la concasser avec de nouveaux mots, André du Bouchet, humblement, reprend les mots de la tribu. Les mots obsédants reviennent : froid, souffle, montagne, neige, air, eau,...
"Le nuage - eau en poudre" comme il est dit dans l'ajour. La poésie d'André du Bouchet est aussi un lent cheminement vers la montagne, celle de "L'entretien sur la montagne" de Paul Celan où se fera la révélation de l'identité.
"Séparé de la montagne par l'air que j'ai à respirer, mais la montagne c'est l'air encore. L'air aux lèvres entr'ouvertes, comme accroché. Là, je heurte. "
Lui semblait détester toute biographie, aussi quelques indices sans plus. Naissance à Paris en 1924. Adolescence aux Etats-Unis. Professeur d'anglais. Fondateur de la revue Éphémère en 1967. Écritures, traductions, amitié avec Paul Celan. Il est mort le 19 avril 2001à Truinas dans la Drôme. Il vaut mieux le lire, saisir son souffle arraché au silence. Il aura écrit dans les intervalles, dans la déchirure des mots séparés.Sa grande défiance envers les images, "les images arrondies ont disparu", et les grandes trouées de vide, de blanc vertigineux au coeur du texte créent une nouvelle occupation de la page blanche. Très attentif à la mise en page, en la mise en rythme de ses souffles, il fait du néant un tamis pour ses mots. Les rares mots qui ont encore droit de cité sont compacts, soit rapportés sur la page. Ils prennent alors une dimension presque effrayante. Sorte de derniers signes sur les cavernes du temps, d'ultimes graffitis comme mains positives sur la vie qui s'en va.
Poésie, poussière sculptée!
Commentaire d'Orlando : André du Bouchet, une des voix les plus claires, les plus fortes, les plus originales de la deuxième moitié du XX ème siècle. Lire la suite de l'article, avec un choix de quelques poèmes, sur http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dubouchet.h...
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24 mai 2009
Francophonie
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![]() Maison de la poésie de Montréal | |
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MARCHÉ DE LA POÉSIE DE MONTRÉAL
La révolte poétique
Pour célébrer ses 10 ans, le Marché de la poésie investit les territoires de l’imaginaire et de la subversion en se plaçant sous le thème Héritages du surréalisme.
La poésie s’offrira avec générosité sous le chapiteau érigé sur la place Gérald-Godin, au métro Mont-Royal, du 28 au 31 mai.
«Le Marché constituera cette année encore une occasion unique de prendre le pouls de la création poétique de langue française à travers un foisonnement d’activités qui se dérouleront sur la scène du chapiteau et dans différents lieux du Plateau-Mont-Royal» souligne Isabelle Courteau, directrice générale et artistique de la Maison de la poésie. Quelque 80 poètes y prendront part aux côtés de l’une des figures emblématiques du mouvement surréaliste au Québec, Paul-Marie Lapointe, l’invité d’honneur de cette 10e édition.
La vitalité de la poésie actuelle
Les éditeurs de poésie et revuistes du Québec, du Canada, de France et de Wallonie-Bruxelles présenteront leurs plus récentes publications, une chance unique pour le public de se procurer des titres difficilement accessibles habituellement. Au gré des rencontres impromptues et des affinités électives, le Marché de la poésie permettra aussi de découvrir plus intimement des œuvres contemporaines à travers des lectures sur la scène du chapiteau, des tables rondes et des spectacles inédits.
Les héritages du surréalisme à l'honneur
Une trentaine d'activités seront proposées:
- Le spectacle L’espace de vivre—Voyage et autres poèmes, en hommage à l’œuvre de Paul-Marie Lapointe. Une performance portée par les textes imprégnés de sensualité et de révolte du poète surréaliste. Avec Marcel Pomerlo, également metteur en scène, les comédiens Sylvie Drapeau et Luc Bourgeois, le jeune poète Olivier Bourque et des artistes de la scène musicale actuelle. Le mardi 26 mai à 19 h 30, au cabaret Le Lion d’Or.
- Le Cabaret surréaliste avec les Éditions Rodrigol, animé par Pascal Fioramore, le samedi 30 mai à 21 h, sur la scène du chapiteau. Des voix singulières détourneront les sens, sans interdits.
- Une carte blanche au poète et critique de cinéma André Roy avec des films de fiction surréalistes belges où se télescopent l’image et l’imaginaire. Le jeudi 28 mai à 18h30, vendredi 29 mai à 20 h 45, samedi 30 mai à 17 h et le dimanche 31 mai à 17 h.
La Maison de la culture Plateau-Mont-Royal fera également écho au thème du Marché avec l’exposition Les enfants du surréalisme, née des rencontres fécondes de cinq poètes et d’autant d’artistes en arts visuels de la relève. Du 14 mai au 14 juin.
Pour s’approprier la poésie
De multiples autres activités permettront au grand public d’apprécier ce genre littéraire sous toutes ses formes:
- Les 40 ans des éditions Les Herbes rouges sur la scène du chapiteau. Le jeudi 28 mai à 21 h.
- La chambre de l’oubli, lecture par le comédien Paul Savoie d’extraits de la trilogie de romans graphiques de l’illustrateur et auteur Lino. Le vendredi 29 mai à 20 h, à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal.
- Des interventions ludiques dans l’espace public, place Gérald-Godin et parc Denise-Morelle (situé sur la rue Rivard, au sud de Mont-Royal) par les productions Areuh.
- La programmation complète du 10e Marché de la poésie de Montréal est disponible sur www.maisondelapoesie.qc.ca
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Sollers commente (?) Rimbaud
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22 mai 2009
LE SLAM
A / Des origines non conventionnelles
Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le Slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman à Allen Ginsberg) qu'à la culture afro-américaine (des dirty dozens au toasting) et au mouvement punk.
Dès la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vêtus d'un équipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes, joute qui marquera les esprits.
Des nouveaux gladiateurs du verbe font leur apparition et, en faisant descendre la poésie de sa tour d'ivoire, conquissent un nouveau public.
On s'accorde à situer les origines de la poésie slam remontent au milieu des années 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, eut l’idée d’organiser une compétition de poésie dans le bar Green Mill.
Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public. Il voulait faire descendre la poésie de sa tour d'ivoire pour acquérir un statut semi-populaire et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d'origine démocratique, issues de la communauté et du public. Marc Smith inventa alors le "slamming": la poésie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.
Ce nouveau mouvement fut baptisé ironiquement "le slam-poésie des beaux quartiers (the uptown poetry slam). Ces premiers slams avaient l'aspect de tournois d'exhibition et, bien qu'informels, ils ressemblaient déjà, en beaucoup de points, à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Pour le premier slam, Jean Howard et Anna Brown endossèrent des tenues de combat cloutées et portèrent des armes. Marc Smith voulait une bataille. Et les poètes devaient user de leur poésie comme d'une arme. Les arbitres étaient choisis parmi les auditeurs. A l'aide d'un petit carton, ils attribuaient une note (de 1 à 10) à chaque poème lu. A la fin du tournoi, les scores étaient additionnés pour déterminer le vainqueur.
A ce moment là, personne n'avait une claire définition du slam qui s'ébauchait. Il s'agissait de faire comprendre au public que le slam, certes un combat, pouvait permettre aussi de s'exprimer avec subtilité, calmement, dramatiquement, etc...
Dès novembre1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le Chicago Magazine et deviennent le grand événement de la ville. Cette fois, tous les ingrédients sont là pour connaître le succès : le public, l'esthétique, la contribution d'artistes, l'esthétique, la participation de personnalités...
Aussi, le phénomène se propage rapidement dans tout le pays et connaît un grand succès.
L'ambiance est celle d'un match de boxe carnavalesque; on vend des hot dogs pendant les tournois; à l'extérieur, un bonimenteur harangue la foule. Le but est de combiner la poésie et le spectacle, le travail théorique et la théâtralisation, le spectacle.
En octobre 90, à San Francisco, Herman Berlandt et Jack Mueller de l'Association Nationale de Poésie, organisèrent un festival national de poésie auquel participèrent pour la première fois les slameurs. Gary Glazner était en charge de l'organisation. Glazner contacta Marc Smith afin de l'éclairer sur les moyens logistiques d'organiser un slam. Le slam se fraya ainsi un chemin jusqu'au département des affaires culturelles de Chicago.
Le slam atteignit son apogée dans la ville de Chicago, permettant à maints écrivains locaux de se faire connaître. Le fossé entre les écrivains académiques et les slameurs se creusa encore plus. Les slameurs de Chicago mettaient en avant la question sociale. Formellement, ils évitent la rime, le système métrique traditionnel, et d'employer comme sujet le "je" usuellement réservé au style narratif. Le slam étant un art oral de spectacle, ils refusent toute publication et édition.
Marc Smith décida d'offrir à San Francisco son concept du slam. L'école slam de Chicago conquit rapidement San Francisco. Il restait à conquérir la côte Est, ce qui fut fait rapidement.
Boston devint la rivale de Chicago. Dès 1992, Boston accueuillait les championnats nationaux du Slam. Le climat politique agressif de Boston en 1992 favorisa l'essor et le succès du Slam en Nouvelle-Angleterre.
Très vite, le slam se répandit à travers les USA. Chaque semaine, chaque mois, dans plus de vingt villes américaines, des écrivains se rassemblaient pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres spécificités culturelles.
En 1993 se tint le premier Slam dans le métro, sous l'eau (the Underwater Slam) à San Francisco. Les poètes firent un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Lorsqu'ils annoncèrent qu'ils envisageaient de répéter cette opération hebdomadairement, les gens, pris de panique, quittèrent précipitamment leur siège pour se réfugier dans un autre wagon.
Ce festival de San Fransisco en 1993 fut un tournant dans l’évolution de la communauté. De nombreux désaccords parmi les équipes organisatrices firent prendre conscience aux membres de la communauté de l’urgence de structurer les rassemblements. Un comité fut créé (L’ »International Organisation of Performing Poets » ou IOPP) chargé d’organiser les compétitions nationales et d’en mettre aux points les règles du jeu. Il mit aussi en place des rencontres internationales : les InternationalOlympics.
Depuis des compétitions sont régulièrement organisées à échelle nationale dans de nombreux pays autres que les USA (France , Royaume-Uni, Suède , Israël, Danemark, Suisse, Singapour ….) , ce qui atteste de toute la vivacité du mouvement slam.
Ce comité assure cohésion au mouvement et a réussi à créer une vraie communauté qui a ses règles de vie, surtout aux USA.
Souvent, une scène locale oppose divers cafés, première zone d’échange. Interviennent ensuite les compétitions nationales et internationales. Ces rassemblements sont des moments unificateurs pour l’ensemble de la « slam family ». C’est aussi l’occasion de brasser les idées, les poètes lient de nouvelles amitiés et découvrent de nouvelles influences : « the people come to read their poems and to have a good time. Maybe they make new friends. Maybe they win $10. Who knows what could happen?»
Ces rassemblements donnent lieux à de nombreuses critiques de la part des participants où chacun exprime sa conception de la communauté, les enjeux des compétitions… Souvent les votants discutent jusqu’au petit matin des performances. Un réel dialogue existe et soude la communauté, le mot d’ordre est : « Our strength is the diversity of our voices. » Le dialogue entre les nombreux groupes est ensuite entretenu à distance grâce au Slam news service qu propose un site internet « SlamNewsletter ». Il permet de nombreux échanges d’opinions entre slamers: nombreux sont ceux qui critiques les performances, les votes , l’activisme du mouvement ; il est le siège de nombreux débats. Lien unique entre les différentes villes, il est accessible à tous, et assure toute la cohésion de la communauté. Le SlamNews Service distribue aussi à tous ses adhérents les dernières nouvelles officielles: compte-rendus des dernières compétitions, plannings futurs…
Peu de mouvements d’expression ( musicaux ou poétiques) sont aussi cohérents , soudés et ouverts que la « Slam family» des années 90. Celle-ci se distingue par son organisation quasi rigide, qui génère émulation et créativité.
Lire la suite :
10:51 Publié dans Chantier - Poesie Contemporaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21 mai 2009
Où allons-nous?
Chaque Minute, près de 24 heures de vidéos arrivent sur YouTube

Time Magazine avait récemment publié une liste des plus grands échecs de ces dix dernières années; on y trouvait YouTube. Plutôt ridicule quand on sait que YouTube est de très loin le site de vidéos le plus populaire sur le web, Plus encore, YouTube a tout simplement révolutionné la vidéo sur Internet. Une autre stat nous est parvenue hier soir: chaque minute, plus de 24 heures de vidéos sont chargées sur YouTube.
Essayez de réaliser, à cette minute précise, presque une journée entière d’images vient d”être placée sur le sire. Et le rythme ne fait qu’augmenter. En 2007, peu après le rachat par Google; YouTube recevait 6 heures de vidéos par minute; en Janvier dernier, le nombre était passé à 15 heures selon le blog de YouTube. C’est aujourd’hui presque 24 heures. C’est fou.
C’est vrai que YouTube n’apporte pas de vrais bénéfices financiers à Google mais quand un produit/ service domine tant un marché, à un moment ou un autre la monétisation devrait arriver. D’ailleurs les grands studio d’Hollywood montrent de plus en plus d’intérêt dans YouTube et propose des partenariats (comme ESPN).
Pendant ce temps, YouTube continue de faire partie du grand concept social de Google. Le service a rajouté depuis hier la possibilité de s’enregistrer pour laisser des commentaires en vidéos à la fin d’un clip. Oui, c’est déjà ce que propose Seesmic depuis un certain temps, mais Seesmic ne reçoit pas (encore) 20 heures de vidéos toutes les minutes.
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Festival
Article paru
le 13 mai 2009
La chronique cinéma d’émile Breton
À chacun son festival
Sans doute pour ne pas faire trop d’ombre à son homologue cannois, le Festival d’Anères débutera le 27 mai. La cérémonie d’ouverture, précise le communiqué l’annonçant, aura lieu à 19 heures au café du village, on se retrouvera pour les projections pendant cinq jours à la salle des fêtes et le bal de clôture sous le chapiteau dressé sur la place sera animé par le Bringuebal, orchestre bien connu dans la région. Anères, (Hautes-Pyrénées, 148 habitants) qui se tasse en rond sur la rive gauche de la Neste, à peine assagie après sa descente tumultueuse du mont Perdu propose en effet depuis onze ans un festival de « cinéma muet et piano parlant ». Au programme cette année, quatorze cinéastes et non des moindres, de Chaplin à Marcel L’Herbier et Ozu en passant par les moins connus Segundo de Chomon ou Charlie Bowers, et, comme au bon vieux temps, projection tous les jours à midi de trois épisodes d’un quart d’heure d’un « serial » de 1920, la Femme en gris, de James Vincent. Aucun des cinéastes à l’affiche ne sera, et pour cause, présent, mais on pourra, toujours au café du village, partager un repas avec l’accordéoniste Marc Perrone, qui donne un concert à l’église, André Minvielle, improvisateur gascon, Paco el Lobo et sa guitare flamenco, ou le « slameur » Dgiz. Ici, tout se passe en famille. Alors, si vous passez par les Pyrénées…
Et si les Pyrénées sont trop loin, vous pouvez organiser votre festival à domicile. Avec, par exemple, la Vallée close, de Jean-Claude Rousseau, DVD des éditions Capricci, accompagné d’un livre comprenant un long entretien avec le cinéaste et ses carnets de travail, les textes du film et de nombreux photogrammes. Deux heures de film, quelques heures de lecture et un retour sur les images, soit une bonne après-midi d’enchantement. Pendant plusieurs années, Rousseau a séjourné dans la vallée menant à la Fontaine-de-Vaucluse, où la Sorgue sort en grondant d’un gouffre, mystère jamais percé malgré toutes les plongées, d’une eau que vomit la montagne. Il y a la rivière, une route, des chemins forestiers, un village, des touristes aux robes légères se penchant vers la bouche d’ombre d’où jaillit la fraîcheur au plus chaud de l’été, une usine abandonnée, murs lépreux de la vie décroûtée. Et des mots sur ces longs plans contemplatifs, la plupart durant deux minutes trente, le temps d’une bobine de caméra Super 8 sur pied dont le cinéaste ne se séparait jamais dans ses expéditions au long de cette vallée ne menant nulle part, sinon à l’inconnu de ce qu’on croyait jadis être une des bouches de l’enfer. Ces mots ne sont pas des commentaires, ou des explications. Ce sont quelques-unes des leçons que Jean Brunhes, grand géographe des débuts du vingtième siècle, qui ne négligeait pas de « vulgariser » sa science, rédigea pour un cours élémentaire d’école primaire. Ces textes sont très simples et très beaux et disent à mots de tous les jours la marche du monde. Ils sont à l’image des lieux qu’ils accompagnent et qu’on a le temps de contempler : évidents. Et ils prennent sens des réflexions d’Épicure sur « l’éternel mouvement des atomes » auxquels ils se tissent. On entendra aussi une conversation téléphonique dont ne reste que la voix de l’interlocuteur présent, contrepoint de ce qui est montré. Et le lien, qui n’est pas forcément perçu d’entrée, se fera après coup : au moment où apparaissent les ruines de l’usine, vient la première de ces conversations, marquée d’une certaine inquiétude et elles se termineront sur les adieux de l’interlocuteur à l’autre bout du fil. Un trou noir, comme celui de la Sorgue. Et devant la plaque marquant ici le souvenir de Pétrarque, à jamais lié à cette vallée, il y aura ses poèmes pour Laure, l’absente. Le livre joint dira quelle richesse, quelle culture sous-tendent la simplicité de ce chant profond.
À l’autre pôle de la cinématographie, un DVD des éditions Carlotta : L’Héritière (1949), de William Wyler. Le temps est loin où l’on tenait Wyler pour le plus grand cinéaste américain. Mais Hollywood était alors à son apogée. Lumières, cadrages, science du noir et blanc, tout est parfait. Et l’académisme même du réalisateur sert la violence de l’histoire d’Henry James dont le film est tiré, donnant à cet apprentissage de la vie par une jeune femme trop protégée, comme un côté glacé, d’autant plus inquiétant . Et les acteurs sont exceptionnels, Olivia de Havilland découvrant la dureté, et son prétendant Montmomery Clift, tout d’ambiguïté. Bon festival.
Source :http://www.humanite.fr/2009-05-13_Cultures_A-chacun-son-festival
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