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24 mai 2009

Sollers commente (?) Rimbaud

 




« Encore les soldes ? Oui — encore. »

Solde

À vendre ce que les Juifs n’ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n’ont goûté, ce qu’ignorent l’amour maudit et la probité infernale des masses ; ce que le temps ni la science n’ont pas à reconnaître ;
Les voix reconstituées ; l’éveil fraternel de toutes les énergies chorales et orchestrales et leurs applications instantanées ; l’occasion, unique, de dégager nos sens !
À vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant à chaque démarche ! Solde de diamants sans contrôle !
À vendre l’anarchie pour les masses ; la satisfaction irrépressible pour les amateurs supérieurs ; la mort atroce pour les fidèles et les amants !
À vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et conforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l’avenir qu’ils font !
À vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïs. Les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate,
Élan insensé et infini aux splendeurs invisibles, aux délices insensibles, — et ses secrets affolants pour chaque vice — et sa gaîté effrayante pour la foule —
À vendre les Corps, les voix, l’immense opulence inquestionable, ce qu’on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas à bout de solde ! Les voyageurs n’ont pas à rendre leur commission de si tôt !

Rimbaud, Illuminations.

Solde est cité intégralement par Sollers dans Illuminations — A travers les textes sacrés. Sollers le commente brièvement ainsi :

« Ce texte est évidemment ironique : que pourrions-nous acheter de cet inventaire ? À vendre " ce qu’on ne vendra jamais ", " les voyageurs n’ont pas à rendre de commission de si tôt ". Beau défi à l’ordre qui se met en place. Supposons que l’Église catholique vende un jour tous ses biens, architecture, peinture, sculpture, orfèvrerie, bâtiments divers. Imaginez le résultat immédiat : crise de l’économie mondiale. » (Folio, p.106).

À noter que cette illumination est intégrée chez Sollers dans un commentaire sans cesse relancé d’une autre illumination de Rimbaud : Génie.

(Source : http://www.pileface.com/)

 

 

 

 

Commentaires

"Sollers commente (?) Rimbaud" : pourquoi ce point d'interrogation ? Eh bien, parce que le commentaire de Sollers ( écrivain que j'aime beaucoup, bien qu'il soit prodigieusement agaçant, mais cela fait partie de son charme littéraire...) que son commentaire, donc, est comique.D"abord, "ironique" est très insuffisant à rendre le ton de cette page rimbaldienne. Il y faudrait plutôt une floppée d'adjectifs : désabusé, émerveillé, épouvanté, méprisant, admiratif...Ensuite, la question sollersienne "Que pourrions-nous acheter" est un indice certain d'incompréhension : Rimbaud proclamant que tout sera à vendre, et que tout trouvera preneur : "À vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïs. Les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate,...".Enfin, l'hypothèse de la mise en vente immédiate de tous les biens d'église, trésors artistiques compris, n'est pas la moins amusante et farfelue : éventualité qui épouvanterait Sollers le papiste (et libertin, et ex-maoïste !) Sollers, mais laisserait l'anticlérical Rimbaud de glace. Même sur son lit de mort, sa bigote soeur Isabelle n'a pu le ramener dans le girond de l'Eglise.
ce que Sollers ne dit pas, c'est que le tableau dressé par Rimbaud n'est pas un "beau défi à l'ordre qui se met en place", mais une vision prophétique , épouvantée et émerveillée à la fois. Mais Sollers, qui retombe toujours sur ses pattes à l'instar du matou qu'il a été dans une vie antérieure, a bien vu la crise mondiale annoncée par le "voyant".

Écrit par : orlando | 24 mai 2009

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