Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22 mai 2009

LE SLAM

A / Des origines non conventionnelles

Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le Slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman à Allen Ginsberg) qu'à la culture afro-américaine (des dirty dozens au toasting) et au mouvement punk.
Dès la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vêtus d'un équipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes, joute qui marquera les esprits.
Des nouveaux gladiateurs du verbe font leur apparition et, en faisant descendre la poésie de sa tour d'ivoire, conquissent un nouveau public.

On s'accorde à situer les origines de la poésie slam remontent au milieu des années 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, eut l’idée d’organiser une compétition de poésie dans le bar Green Mill.
Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public. Il voulait faire descendre la poésie de sa tour d'ivoire pour acquérir un statut semi-populaire et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d'origine démocratique, issues de la communauté et du public. Marc Smith inventa alors le "slamming": la poésie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.
Ce nouveau mouvement fut baptisé ironiquement "le slam-poésie des beaux quartiers (the uptown poetry slam). Ces premiers slams avaient l'aspect de tournois d'exhibition et, bien qu'informels, ils ressemblaient déjà, en beaucoup de points, à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Pour le premier slam, Jean Howard et Anna Brown endossèrent des tenues de combat cloutées et portèrent des armes. Marc Smith voulait une bataille. Et les poètes devaient user de leur poésie comme d'une arme. Les arbitres étaient choisis parmi les auditeurs. A l'aide d'un petit carton, ils attribuaient une note (de 1 à 10) à chaque poème lu. A la fin du tournoi, les scores étaient additionnés pour déterminer le vainqueur.
A ce moment là, personne n'avait une claire définition du slam qui s'ébauchait. Il s'agissait de faire comprendre au public que le slam, certes un combat, pouvait permettre aussi de s'exprimer avec subtilité, calmement, dramatiquement, etc...

Dès novembre1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le Chicago Magazine et deviennent le grand événement de la ville. Cette fois, tous les ingrédients sont là pour connaître le succès : le public, l'esthétique, la contribution d'artistes, l'esthétique, la participation de personnalités...
Aussi, le phénomène se propage rapidement dans tout le pays et connaît un grand succès.
L'ambiance est celle d'un match de boxe carnavalesque; on vend des hot dogs pendant les tournois; à l'extérieur, un bonimenteur harangue la foule. Le but est de combiner la poésie et le spectacle, le travail théorique et la théâtralisation, le spectacle.
En octobre 90, à San Francisco, Herman Berlandt et Jack Mueller de l'Association Nationale de Poésie, organisèrent un festival national de poésie auquel participèrent pour la première fois les slameurs. Gary Glazner était en charge de l'organisation. Glazner contacta Marc Smith afin de l'éclairer sur les moyens logistiques d'organiser un slam. Le slam se fraya ainsi un chemin jusqu'au département des affaires culturelles de Chicago.

Le slam atteignit son apogée dans la ville de Chicago, permettant à maints écrivains locaux de se faire connaître. Le fossé entre les écrivains académiques et les slameurs se creusa encore plus. Les slameurs de Chicago mettaient en avant la question sociale. Formellement, ils évitent la rime, le système métrique traditionnel, et d'employer comme sujet le "je" usuellement réservé au style narratif. Le slam étant un art oral de spectacle, ils refusent toute publication et édition.
Marc Smith décida d'offrir à San Francisco son concept du slam. L'école slam de Chicago conquit rapidement San Francisco. Il restait à conquérir la côte Est, ce qui fut fait rapidement.
Boston devint la rivale de Chicago. Dès 1992, Boston accueuillait les championnats nationaux du Slam. Le climat politique agressif de Boston en 1992 favorisa l'essor et le succès du Slam en Nouvelle-Angleterre.

Très vite, le slam se répandit à travers les USA. Chaque semaine, chaque mois, dans plus de vingt villes américaines, des écrivains se rassemblaient pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres spécificités culturelles.
En 1993 se tint le premier Slam dans le métro, sous l'eau (the Underwater Slam) à San Francisco. Les poètes firent un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Lorsqu'ils annoncèrent qu'ils envisageaient de répéter cette opération hebdomadairement, les gens, pris de panique, quittèrent précipitamment leur siège pour se réfugier dans un autre wagon.
Ce festival de San Fransisco en 1993 fut un tournant dans l’évolution de la communauté. De nombreux désaccords parmi les équipes organisatrices firent prendre conscience aux membres de la communauté de l’urgence de structurer les rassemblements. Un comité fut créé (L’ »International Organisation of Performing Poets » ou IOPP) chargé d’organiser les compétitions nationales et d’en mettre aux points les règles du jeu. Il mit aussi en place des rencontres internationales : les InternationalOlympics.

Depuis des compétitions sont régulièrement organisées à échelle nationale dans de nombreux pays autres que les USA (France , Royaume-Uni, Suède , Israël, Danemark, Suisse, Singapour ….) , ce qui atteste de toute la vivacité du mouvement slam.
Ce comité assure cohésion au mouvement et a réussi à créer une vraie communauté qui a ses règles de vie, surtout aux USA.
Souvent, une scène locale oppose divers cafés, première zone d’échange. Interviennent ensuite les compétitions nationales et internationales. Ces rassemblements sont des moments unificateurs pour l’ensemble de la « slam family ». C’est aussi l’occasion de brasser les idées, les poètes lient de nouvelles amitiés et découvrent de nouvelles influences : « the people come to read their poems and to have a good time. Maybe they make new friends. Maybe they win $10. Who knows what could happen?»
Ces rassemblements donnent lieux à de nombreuses critiques de la part des participants où chacun exprime sa conception de la communauté, les enjeux des compétitions… Souvent les votants discutent jusqu’au petit matin des performances. Un réel dialogue existe et soude la communauté, le mot d’ordre est : « Our strength is the diversity of our voices. » Le dialogue entre les nombreux groupes est ensuite entretenu à distance grâce au Slam news service qu propose un site internet « SlamNewsletter ». Il permet de nombreux échanges d’opinions entre slamers: nombreux sont ceux qui critiques les performances, les votes , l’activisme du mouvement ; il est le siège de nombreux débats. Lien unique entre les différentes villes, il est accessible à tous, et assure toute la cohésion de la communauté. Le SlamNews Service distribue aussi à tous ses adhérents les dernières nouvelles officielles: compte-rendus des dernières compétitions, plannings futurs…

Peu de mouvements d’expression ( musicaux ou poétiques) sont aussi cohérents , soudés et ouverts que la « Slam family» des années 90. Celle-ci se distingue par son organisation quasi rigide, qui génère émulation et créativité.

Lire la suite :

http://polysemiques.com/historique.htm
 

Les commentaires sont fermés.