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21 mai 2009

Festival

 Article paru
le 13 mai 2009


 

 


La chronique cinéma d’émile Breton

À chacun son festival
Sans doute pour ne pas faire trop d’ombre à son homologue cannois, le Festival d’Anères débutera le 27 mai. La cérémonie d’ouverture, précise le communiqué l’annonçant, aura lieu à 19 heures au café du village, on se retrouvera pour les projections pendant cinq jours à la salle des fêtes et le bal de clôture sous le chapiteau dressé sur la place sera animé par le Bringuebal, orchestre bien connu dans la région. Anères, (Hautes-Pyrénées, 148 habitants) qui se tasse en rond sur la rive gauche de la Neste, à peine assagie après sa descente tumultueuse du mont Perdu propose en effet depuis onze ans un festival de « cinéma muet et piano parlant ». Au programme cette année, quatorze cinéastes et non des moindres, de Chaplin à Marcel L’Herbier et Ozu en passant par les moins connus Segundo de Chomon ou Charlie Bowers, et, comme au bon vieux temps, projection tous les jours à midi de trois épisodes d’un quart d’heure d’un « serial » de 1920, la Femme en gris, de James Vincent. Aucun des cinéastes à l’affiche ne sera, et pour cause, présent, mais on pourra, toujours au café du village, partager un repas avec l’accordéoniste Marc Perrone, qui donne un concert à l’église, André Minvielle, improvisateur gascon, Paco el Lobo et sa guitare flamenco, ou le « slameur » Dgiz. Ici, tout se passe en famille. Alors, si vous passez par les Pyrénées…

Et si les Pyrénées sont trop loin, vous pouvez organiser votre festival à domicile. Avec, par exemple, la Vallée close, de Jean-Claude Rousseau, DVD des éditions Capricci, accompagné d’un livre comprenant un long entretien avec le cinéaste et ses carnets de travail, les textes du film et de nombreux photogrammes. Deux heures de film, quelques heures de lecture et un retour sur les images, soit une bonne après-midi d’enchantement. Pendant plusieurs années, Rousseau a séjourné dans la vallée menant à la Fontaine-de-Vaucluse, où la Sorgue sort en grondant d’un gouffre, mystère jamais percé malgré toutes les plongées, d’une eau que vomit la montagne. Il y a la rivière, une route, des chemins forestiers, un village, des touristes aux robes légères se penchant vers la bouche d’ombre d’où jaillit la fraîcheur au plus chaud de l’été, une usine abandonnée, murs lépreux de la vie décroûtée. Et des mots sur ces longs plans contemplatifs, la plupart durant deux minutes trente, le temps d’une bobine de caméra Super 8 sur pied dont le cinéaste ne se séparait jamais dans ses expéditions au long de cette vallée ne menant nulle part, sinon à l’inconnu de ce qu’on croyait jadis être une des bouches de l’enfer. Ces mots ne sont pas des commentaires, ou des explications. Ce sont quelques-unes des leçons que Jean Brunhes, grand géographe des débuts du vingtième siècle, qui ne négligeait pas de « vulgariser » sa science, rédigea pour un cours élémentaire d’école primaire. Ces textes sont très simples et très beaux et disent à mots de tous les jours la marche du monde. Ils sont à l’image des lieux qu’ils accompagnent et qu’on a le temps de contempler : évidents. Et ils prennent sens des réflexions d’Épicure sur « l’éternel mouvement des atomes » auxquels ils se tissent. On entendra aussi une conversation téléphonique dont ne reste que la voix de l’interlocuteur présent, contrepoint de ce qui est montré. Et le lien, qui n’est pas forcément perçu d’entrée, se fera après coup : au moment où apparaissent les ruines de l’usine, vient la première de ces conversations, marquée d’une certaine inquiétude et elles se termineront sur les adieux de l’interlocuteur à l’autre bout du fil. Un trou noir, comme celui de la Sorgue. Et devant la plaque marquant ici le souvenir de Pétrarque, à jamais lié à cette vallée, il y aura ses poèmes pour Laure, l’absente. Le livre joint dira quelle richesse, quelle culture sous-tendent la simplicité de ce chant profond.

À l’autre pôle de la cinématographie, un DVD des éditions Carlotta : L’Héritière (1949), de William Wyler. Le temps est loin où l’on tenait Wyler pour le plus grand cinéaste américain. Mais Hollywood était alors à son apogée. Lumières, cadrages, science du noir et blanc, tout est parfait. Et l’académisme même du réalisateur sert la violence de l’histoire d’Henry James dont le film est tiré, donnant à cet apprentissage de la vie par une jeune femme trop protégée, comme un côté glacé, d’autant plus inquiétant . Et les acteurs sont exceptionnels, Olivia de Havilland découvrant la dureté, et son prétendant Montmomery Clift, tout d’ambiguïté. Bon festival.
Source :http://www.humanite.fr/2009-05-13_Cultures_A-chacun-son-festival

09:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

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