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14 mai 2009

Le dernier livre de Roger Planchon

Souvenirs de Roger Planchon

Par Odile Quirot

Ce pionnier de la décentralisation, qui fut un des grands hommes de théâtre de la seconde moitié du XXe siècle, et avait notamment mis en scène Brecht, Molière, Michel Vinaver ou encore Harold Pinter, est mort ce 12 mai 2009 à l'âge de 77 ans. Il avait raconté son parcours, en 2004, dans «Apprentissages». Odile Quirot l'avait alors lu, pour «le Nouvel Observateur»

 

A 73 ans, Roger Planchon livre le récit-fleuve de l'enfance d'un chef: lui-même, «acteur, auteur, metteur en scène, directeur, entrepreneur, animateur pionnier de la "décentralo" théâtrale et cinématographique», écrit-il sans complexe. Il signe un livre excédé, polémique, qui raconte dans une langue drue et crue sa jeunesse de «bouseux» ardéchois, son école des pauvres en pension chez les pères, ses premières illuminations -dont «Citizen Kane» d'Orson Welles- et clôt ses Mémoires sur ses débuts d'acteur déclamant des poèmes au Perdido, un club de jazz lyonnais. Au terme de ces «Apprentissages», Planchon a 19 ans: son aventure théâtrale commence.

 

 

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Né le 12 septembre 1931 à Saint-Chamond dans la Loire, Roger Planchon avait notamment créé, en 1952, le Théâtre de la Comédie à Lyon, avant de diriger le Théâtre de la Cité, qui deviendra Théâtre national populaire (TNP), à Villeurbane (Rhône) à partir de 1957. Il est mort le 12 mai 2009.

 

 

Ses plus belles pages sont celles où il évoque l'Ardèche d'avant-guerre, quasi médiévale. L'auteur de «la Remise» sait convoquer au même banc l'histoire et ses tueries (prendre le maquis à 14 ans, ça marque), le grand vent et les veillées, le bistro sans gloire de son père. Il évoque sa «tribu» haute en couleurs tel un ethnologue ému, de retour au pays, les joues encore chaudes des raclées et des baisers reçus. Il se décrit rebelle, rêveur et apprenti calculateur, question de survie chez les «nantis». Sur l'acteur Jean Bouise, sur le critique lyonnais Jean-Jacques Lerrant, Planchon a des pages d'amitié profonde. Ce qu'il dit de Jouvet, Dullin, Adamov, Brecht ou Shakespeare met en appétit tant on sent que le théâtre et la littérature ont sauvé cet adolescent, pas né «le cul bordé de nouilles», d'un destin annoncé de gardeur de vaches, bêtes auxquelles il voue d'ailleurs une éternelle reconnaissance.

 

De cette rude enfance est né son riche regard d'«autodidacte» qui marqua notre vision de Molière ou Racine. Car Planchon esquisse ici des pistes passionnantes pour la compréhension de son oeuvre. Dommage qu'il alourdisse son récit de parenthèses et commentaires redondants sur aujourd'hui et n'évoque jamais la déformation du réel liée à tout travail sur le souvenir. Sous prétexte de s'adresser à sa petite-fille, il se complaît à se nommer «le vieux», «pépé». Et, c'est plus fort que lui, le fondateur du TNP de Villeurbanne se pose en éternel pionnier. Oui, l'aventure de Planchon en province fut fondatrice, mais si on a beaucoup admiré le metteur en scène, il a hélas cessé de signer des spectacles à la hauteur de sa légende (ainsi sa grise création de «S'agite et se pavane», d'Ingmar Bergman, à l'affiche à Paris). Planchon confesse: «Putain de sobriété. Malgré beaucoup d'efforts, mes mises en scène sont "chargées".» L'auteur aurait dû en prendre de la graine.

 

O.Qt.

 

«Apprentissages», Mémoires,
par Roger Planchon, Plon, 635 p., 25 euros.

12:05 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

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