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05 mai 2009

Lautréamont, poésie actuelle

En ce moment, sur PROSES :
La troisième strophe du cinquième chant de Maldoror, en quelques bribes choisies :
 
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Voilà plus de trente ans que je n´ai pas encore dormi.
 
 Chaque nuit, je force mon oeil livide à fixer les étoiles, à travers les carreaux de ma fenêtre. Pour être plus sûr de moi-même, un éclat de bois sépare mes paupières gonflées.
 
 atome qui se venge en son extrême faiblesse, le libre arbitre ne craint pas d´affirmer, avec une autorité puissante, qu´il ne compte pas l´abrutissement parmi le nombre de ses fils : celui qui dort est moins qu´un animal châtré la veille.
 
jamais la blanche catacombe de mon intelligence n´ouvrira ses sanctuaires aux yeux du Créateur.
 
Impénétrable comme les géants, moi, j´ai vécu sans cesse avec l´envergure des yeux béante.
 
Humiliation ! notre porte est ouverte à la curiosité farouche du Céleste Bandit. Je n´ai pas mérité ce supplice infâme, toi, le hideux espion de ma causalité ! Si j´existe, je ne suis pas un autre. Je n´admets pas en moi cette équivoque pluralité. Je veux résider seul dans mon intime raisonnement. L´autonomie... ou bien qu´on me change en hippopotame.
 
Ma subjectivité et le Créateur, c´est trop pour un cerveau. Quand la nuit obscurcit le cours des heures, quel est celui qui n´a pas combattu contre l´influence du sommeil, dans sa couche mouillée d´une glaciale sueur ? Ce lit, attirant contre son sein les facultés mourantes, n´est qu´un tombeau composé de planches de sapin équarri. La volonté se retire insensiblement, comme en présence d´une force invisible. Une poix visqueuse épaissit le cristallin des yeux. Les paupières se recherchent comme deux amis. Le corps n´est plus qu´un cadavre qui respire. Enfin, quatre énormes pieux clouent sur le matelas la totalité des membres. Et remarquez, je vous prie, qu´en somme les draps ne sont que des linceuls. Voici la cassolette où brûle l´encens des religions. L´éternité mugit, ainsi qu´une mer lointaine, et s´approche à grands pas.
 
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Dans l'avant dernier extrait, cette phrase saisissante : "Si j´existe, je ne suis pas un autre. " A rapprocher du fameux "Je est un autre", de Rimbaud. Lequel s'arrête au constat, alors que Maldoror se révolte." Ou bien qu´on me change en hippopotame." : la distanciation. Comme si Ducasse nous disait en aparte que cette révolte est vaine, qu'on ne peut empêcher l' Autre de parler par notre voix. C'est toute la thématique de Bernard Noël dans " Extraits du Corps" : la quête éperdue de l'identité, la dialectique du dedans et du dehors, la rencontre du vide intérieur...Encore une fois, BN , comme Rimbaud, se heurte à l'altérité quand il cherche l'identité, tandis que Maldoror se révolte, mais sa révolte est marquée du sceau de la chimère...O.

Commentaires

En pointillé, prêt à venir au jour, le grand silencieux tout-puissant débusqué au début du siècle suivant par Freud : l'inconscient ! O.

Écrit par : orlando | 05 mai 2009

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