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30 avril 2009

Encore Barthes et Sollers

Fabula, la recherche en littérature (colloques)

Barthes et Sollers

... il ne supportait pas la moindre critique ou plaisanterie sur Philippe Sollers.
Renaud Camus in La règle du Jeu, 1ère année, nº 1, mai 1990.

 

Disciple de Gide, émule de Sartre, promoteur du «théâtre populaire» et thuriféraire de Brecht, Roland Barthes fut longtemps très éloigné de l'avant-garde. Sa critique théâtrale marque du dédain et de l'impatience envers toutes les pièces qui, de Ionesco à Beckett, jalonnent la révolution que la dramaturgie connut en France dans l'après guerre. Peu d'intérêt pour l'«absurde», haine du «théâtre bourgeois»? Une chose est certaine : cette avant-garde théatrâle n'est pas prolétarienne, n'est pas «progressiste», comme on disait encore dans les années cinquante. Pour ce marxiste non-communiste qu'est Barthes (on lui prête des sympathies trotzkistes) entouré de communistes et bientôt d'ex-communistes, comme les membres du commité de rédaction d'Arguments, il était nécessaire, s'il voulait se maintenir dans la mouvance progressiste, d'être toujours sur le qui-vive et de peser à tout instant les implications politiques des livres, des pièces de théâtre, des paroles, des faits et gestes : c'est ce que fait scrupuleusement Barthes et notamment dans ses Mythologies, petits essais précieux où le capitalisme, l'impérialisme et la société bourgeoise sont habilement dépouillés de leurs oripeaux de bonhommie et de naturel. Mais si ces critiques fines et impitoyables de la «société de consommation» à la période de la décolonisation peuvent passer pour brillantes, il faut admettre qu'elles ne relèvent en rien de l'avant-garde littéraire. C'est seulement à l'occasion des premiers romans de Robbe-Grillet que Barthes embrasse publiquement la cause littéraire expérimentale, tout en continuant à louer Brecht et à promouvoir un théâtre politique visant un public populaire. Or, si l'oeuvre de Robbe-Grillet peut être lue comme une critique et un dépassement du «roman bourgeois«, son contenu politique est pour le moins discret et problématique. C'est pourquoi Barthes, qui associe «humanisme» et «bourgeoisie» (comme au sein du cliché «humanisme bourgeois», en vogue à l'époque stalinienne), va insister sur l'antihumanisme de Robbe-Grillet, et mettre en avant son refus de l'intériorité, de la psychologie, et son dédain de la métaphysique : aux yeux de Barthes, Robbe-Grillet est un matérialiste conséquent. Lorsque Barthes sera ultérieurement forcé d'admettre qu'il existait aussi un «deuxième» Robbe-Grillet, non pas «chosiste» mais «humaniste» (celui que le critique américain Bruce Morrissette révéla en 1963 dans un livre que Barthes préfaça d'ailleurs, et que Robbe-Grillet ne répudia pas) l'enthousiasme matérialiste de l'auteur des Mythologies se refroidit. En effet, il devenait impossible à Barthes de concilier l'expérimentation formelle de Robbe-Grillet (voire son éxotisme) avec la visée «progressiste» puisque la motivation idéologique de ce formalisme relevait de l'«idéologie bourgeoise» que Barthes combattait au premier chef.

C'est alors que Barthes devint compagnon de route de la revue Tel Quel, qui paraîssait depuis 1960, mais qui prit son virage expérimental et politique vers 1963. Les Essais critiques de Barthes, volume qui regroupait aussi bien des articles des années cinquante consacrés à Brecht, au théâtre populaire, puis à Robbe-Grillet, que des travaux récents de teneur plus «sémiologique«, furent publiées dès 1964 par la collection Tel Quel des éditions du Seuil, collection où parut ultérieurement la majorité des ouvrages de Barthes. C'est d'ailleurs par ses livres (qui réunissait souvent des articles originellement publiés ailleurs) plutôt que par ses collaborations ponctuelles (articles, entretiens) que Barthes se rattache à Tel Quel. On peut noter en effet que Barthes publia dans Critique (nº 218, juillet 1965) sa première étude sur l'oeuvre de Philippe Sollers, directeur de Tel Quel. Barthes jugea cette étude assez importante, au plan critique et théorique, pour la republier, augmentée de ses propres gloses, dans l'ouvrage collectif Théorie d'ensemble (le Seuil, collection Tel Quel, 1968), qui constitue le manifeste du collectif Tel Quel dans sa phase sémiologique, révolutionnaire et terroriste. Désormais, les textes et les livres de Philippe Sollers allaient constituer le corpus à partir duquel Barthes élaborait sa théorie du «texte»; ils forment l'occasion, pour ce converti à la révolution sémiologique, d'adopter des attitudes, de formuler des points de vue très divergents par rapport aux positions qu'il avait défendues auparavant, non sans dogmatisme parfois.

Alors que dans les années soixante l'oeuvre de Robbe-Grillet se met à «coller», à «attacher», à aquérir une profondeur suspecte aux yeux de Barthes, celle de Sollers lui apparaît comme une écriture toujours «naissante», caractérisée par la fluidité, l'instabilité, le neutre et l'ouverture. Barthes écrit déjà à son propos en 1965 dans «Drame, poème, roman»:

Drame est aussi bien la remontée vers un âge d'or, celui de la conscience, celui de la parole. Ce temps est celui qui s'éveille, encore neuf, neutre, intouché par la remémoration, la signification. Ici apparaît le rêve adamique du corps total, marqué à l'aube de notre modernité par le cri de Kierkegaard : mais donnez-moi un corps!

De Drame à Paradis (1981), qui parut en feuilleton dans Tel Quel du vivant de Barthes, les livres de Sollers : Nombres 1968, Lois 1972, H 1973, marquèrent pour Barthes les jalons d'une «remontée vers un âge d'or», l'approche et la présentation d'un «corps total» intouché encore par le sens, une effervescence, un pur jaillissement sans retombée, sans figement, sans chute dans l'accompli. Cette utopie réalisée d'une pure productivité sans produit (ou d'une «performance» infinie), cette scription en devenir et sans clôture, ce grouillement de virtualités, c'est ce que Barthes appelle texte (en s'efforçant de rendre au mot un sens «étymologique»). Et ce texte, c'est du moins le postulat ou le voeu de Barthes, ne cesse d'attaquer et de ronger tout ce que la culture fige et institutionnalise, à commencer par la langue elle-même, dont le texte ne conserve la morphologie et la syntaxe (la phrase) que sous rature.

On se souvient que lorsque Barthes s'était fait le champion de Robbe-Grillet, c'était pour exercer sur lui, dans une certaine mesure, une discrète surveillance : louanges et mises en garde. Ecrivains et lecteurs devaient se prémunir contre de possibles, contre de probables déviations. Si Robbe-Grillet est un peu suspect au moment où Barthes le prend en main, c'est parce qu'il n'est plus un inconnu, son écriture existe, elle appartient même à ce qu'on appelle encore à cette époque une «école», celui du «nouveau roman». Robbe-Grillet ne va pas tarder à devenir célèbre, à être objet de thèses, de livres, d'exégèses, bref à se métamorphoser en auteur (au moment où l'auteur est mort et anathème). Avec Sollers, rien de tel. Barthes ne formule pas la moindre réserve envers son oeuvre. Pas de mise en garde à propos de manquements virtuels ou potentiels, et pourtant! Cette magnanimité peut s'expliquer d'au moins deux façons. En premier lieu, Sollers et ses camarades de Tel Quel sont si bruyants, agressifs et péremptoires qu'il serait niais d'exercer sur eux la douce pression morale dont est capable la gauche bien-pensante à laquelle Barthes reste viscéralement attaché. Mais surtout, Barthes estime -et c'est la principale prémisse de son argument- que Philippe Sollers, personnage extrêmement en vue sur la scène parisienne, est aussi, est surtout un écrivain très méconnu, en butte aux sarcasmes de la critique. Il est donc juste de prendre sa défense. Ainsi l'article consacré à H (publié dans Critique, n° 318 de 1973 et repris dans Sollers écrivain, pp 55-78), fait-il un tour d'horizon satirique des reproches adressés au dernier «roman» de Sollers : fausse nouveauté, effet de mode, snobisme, littérature de chapelle, obscurité, indécrottable bourgeoisie... Barthes (capable, est-il besoin de le dire, d'asséner de telles imputations dans sa propre critique dramatique) répond calmement et ironiquement, en utilisant un procédé argumentatif dont il dénonce d'ailleurs l'usage par autrui dans le même article, celui de l'amalgame : tous ces critiques, en tant que contempteurs de Sollers, quel que soit leur bord, sont à mettre dans le même sac : celui de la mauvaise foi.

Du fait que Sollers écrivain est méconnu et honni, que ses textes sont à peine lus et très mal, et que ces textes sont au demeurant la concrétion labile et ouverte (si l'on peut dire) de la modernité absolue, Barthes estime licite de mitiger à son profit la lutte anti-auteur dont il s'est fait, avec Michel Foucault, le principal instigateur. En effet, s'il existe des agglomérats (l'homme et l'oeuvre) qui provoquent, du fait de la tradition critique, un irrésistible désir de dissociation et de retour au texte, il peut exister au demeurant, et particulièrement aujourd'hui, des disjecta membra, peu lus, mal lus, réputés inintelligibles, ni faits ni à faire, qui gagneraient à être rassemblés et rattachés à leur producteur, lui-même figure trop effacée, menacée d'invisibilité par un éclat mondain de mauvais aloi. C'est le cas de livres comme Nombres, Lois, H, ou Paradis que personne ne rattache, sinon de façon anecdotique et souvent insultante à l'écrivain Philippe Sollers. Il s'agit donc, pour Barthes critique, de construire un Sollers auteur. Opération analogue à celles que menaient Les Cahiers du cinéma, avec le succès qu'on sait : des films méconnus, quasiment anonymes étaient l'objet d'une analyse stylistique (et autre) et «attribués» à un obscur réalisateur de studio qui devenait, ipso facto, un auteur, c'est-à-dire un nom reconnu auquel s'attache un corpus. Une telle volonté se manifeste sans ambage sur la couverture du mince volume rassemblant plusieurs textes de Barthes sur Sollers : Sollers écrivain, comme on disait aux Cahiers : Howard Hawks, cinéaste.

On peut s'empêcher de saisir une nuance de repêchage dans un tel titre : manifestement, le syntagme De Gaulle écrivain n'a pas tout à fait le même sens que Malraux écrivain. Le second titre est en quelque sorte redondant et tautologique, tandis que le premier attire l'attention sur un des pans de l'activité du général. Sollers écrivain : c'est dire, sciemment ou non, que Sollers n'est pas principalement écrivain, qu'il est également écrivain, comme on disait naguère que Dubuffet était écrivain et comme on dit encore que Michaux est peintre. L'affirmation comporte donc un élément de réserve, ou de défi[1].

Ce flottement n'est pas dommageable, du fait que Barthes veut alors éviter de figer, de monumentaliser Sollers. Va pour écrivain, mais pas pour auteur  : les deux abîmes menacent le panégyriste et l'objet de sa louange : le rattachement de textes modernes admirés de Barthes, mais trop peu lus, à un auteur éponyme (Sollers), ne doit pas aboutir à un culte de la personnalité. C'est, du moins en principe, et selon les impératifs idéologiques de l'époque auxquels Barthes souscrit d'autant plus qu'il a contribué à les imposer, tout le contraire qui est recherché : écrivain, soit, mais anti-auteur. Au point que le texte sollersien (une fois enregistrée la paternité) doit être dit d'autant plus impersonnel («le corps [et le corpus] total est impersonnel») qu'il est l'oeuvre d'un écrivain méconnu, presque un inconnu.

Cependant (et nous esquivons ici une analyse de l'analyse barthésienne des textes de Sollers) il se produit, non pas selon la logique mais selon la contingence, que Barthes ne peut se limiter à inventer l'écrivain Sollers et sa paradoxale impersonnalité. Car après tout Sollers -le Philippe Sollers pseudonyme mais de chair et d'os- est l'ami de Barthes. Envers lui, Barthes éprouve non seulement de l'admiration -enfin de l'admiration pour ses «textes»- mais aussi une véritable affection. Cela est-il -selon les codes en vigueur- dicible? Scriptible? Difficilement, d'autant que l'amitié en question ne relève pas de la «perversion», qui serait moins embarrassante à obliquement avouer. Certes Barthes aurait pu se taire à ce sujet, mais le tout Paris intellectuel sait l'amitié qui lie Barthes à Sollers, une amitié qui va, en tout bien tout honneur, au-delà des manoeuvres telquelliennes. Pour éviter le ridicule, il faut parler : Barthes choisit donc de parler contre ceux qui seraient susceptibles d'imputer au copinage l'éloge sincère que Barthes fait de Sollers : l'aveu d'affection est donc entouré d'une grosse bouffée de feinte indignation :

Quand aura-t-on le droit d'instituer et de pratiquer une critique affectueuse, sans qu'elle passe pour partiale? Quand serons-nous assez libres (libérés d'une fausse idée de l'«objectivité« pour inclure dans la lecture d'un texte la connaissance que nous pouvons avoir de son contenu? Pourquoi -au nom de quoi, par peur de quoi- couperais-je la lecture du livre de Sollers de l'amitié que j'ai pour lui?[2]

C'est le bon sens même. Homais  n'aurait pas mieux dit : on serait même tenté de dire: «C'est bien bien naturel« . Il y a manifestement une «bonne objectivité», qui ne s'interdit pas les inflexions affectueuses, voire même les mouvements de passion découlant d'un jugement chaleureusement équitable, et puis il y a la mauvaise, celle que prônent les pions bourgeois du positivisme et du scientisme, dont le critique (post)moderne sait dénoncer les illusions, voire la turpitude de classe : la bonne objectivité est une version presque familiale de l'esprit de parti qui conférait leur objectivité au jugements staliniens, la mauvaise est un fétiche de la raison non dialectique. Ou quelque chose comme ça.

Après un léger frisson, choisissons de sourire, non sans saluer le courage qu'une telle déclaration (aussi biaisée soit-elle) exigeait d'un Barthes essentiellement timoré et tributaire de l'opinion de ses pairs, qui risquaient de «ne pas comprendre» l'amitié de Barthes pour un homme jugé frivole, arriviste et superficiel.

D'où l'exclamation apotropaïque «au nom de quoi, par peur de qui«, éjaculation visant à écarter une divinité maléfique, ou du moins une féroce transcendance. Barthes a vraiment peur de transgresser l'«objectivité critique« au profit de Sollers qui n'appartient même pas à une des minorités en faveur desquelles le principe d'objectivité peut et doit être transgressé. Il est dangereux de se dire publiquement ami de Sollers. Mais Barthes surmonte sa crainte, passe outre. Il transforme son interrogation en performatif. Barthes est courageux, hardi même, car l'amitié c'est, après tout, le topos humaniste par excellence, derrière Montaigne se profile Cicéron ou pire, les copains de Jules Romains.

Rupture importante. Grâce à Sollers, Barthes commence à se libérer des impératifs les plus tenaces, les plus pesants : ceux qui relèvent de la paradoxa minoritaire, ceux qui s'opposent au principe de la bêtise, aux idées reçues, aux mythologies bourgeoises.

Défendre Sollers publiquement : premier pas qui sera suivi (non sans rechutes) de beaucoup d'autres. Barthes tributaire, en dépit de sa verve précieuse, d'un discours lourdement idéologique et contrôlé par autrui, va commencer à rompre, à s'écarter, à exorciser le surmoi politique. Par osmose, Barthes va acquérir un peu de la désinvolture de Sollers, qui semble être devenu pour lui un modèle de vie. Sollers, celui qui autorise la liberté. Autrement dit : on peut se foutre (ou dire qu'on se fout) de l'opinion d'autrui et prospérer. Le cadeau de Sollers à Barthes est l'allure dégagée de certains de ses grands textes tardifs. Du moins est-ce la raison de cette affection proclamée, et qui, me semble-t-il, n'a pas été tout à fait partagée.

 

Notes

[1] Au cours du colloque Roland Barthes qui eut lieu à New York University en avril 2000, Alain Robbe-Grillet révéla que l'opuscule en question avait été publié par le Seuil à la demande expresse de Sollers.

[2] «Par dessus l'épaule», Critique nº 318, 1973, repris dans Sollers écrivain, p, 78 (Il s'agit du «roman» H)

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29 avril 2009

Barthes, un point de vue sollersien...

Vous aimez Barthes, ses "Mythologies" ? Vous aimez Sollers, bien qu'il soit prodigieusement agaçant ? Alors voici une petite page qui vous intéressera :



PHILIPPE SOLLERS

Le supplice chinois de Barthes

Splendeur des femmes chinoises

Femmes de la dynastie Tang


Lorsque notre petite délégation arrive à Pékin, le 11 avril 1974, la campagne maoïste de masse contre Lin Piao et Confucius bat son plein, et, pour la propagande, les Chinois sont des virtuoses. Pauvre Barthes! Il a 59 ans, je lui ai un peu forcé la main pour ce voyage, il est dans une phase épicurienne et gidienne, il a aimé sa liberté au Japon, et il tombe en plein tohu-bohu, aux antipodes de toute nuance. Le rusé Lacan, lui, vexé d'être traité par les Chinois de Paris de «vétéran de “Tel Quel”» (c'était pourtant un hommage, cela voulait dire que Lacan avait fait une Longue Marche, et c'était vrai aussi pour Barthes, constamment critiqué dans son propre pays), s'était récusé à la dernière minute, sous prétexte que sa maîtresse du moment n'avait pas obtenu de visa. Figurez-vous qu'obtenir un visa pour la Chine était toute une affaire. Mais enfin, je m'étais débrouillé pour ça.

Le vétéran Barthes l'avait mauvaise, mais, ses «Carnets» le prouvent, il a été héroïque de bout en bout, s'ennuyant à mort, prenant des notes studieuses et interminables sur les visites fastidieuses d'usines qu'on lui faisait subir, assommé par le «cimentage en blocs de stéréotypes», ce qu'il appelle des «briques» de discours répétées jusqu'à la nausée. Il a des migraines, il dort mal, il en a marre, il est éreinté, il refuse parfois de descendre de voiture pour voir de splendides sculptures. Il va d'ailleurs me trouver de plus en plus fatigant parce que, moi, je ne demande pas mieux que de jouer aux échecs chinois, de faire du ping-pong avec des lycéens, de conduire n'importe comment un tracteur local, ou d'avoir des discussions véhémentes avec des professeurs de philosophie recyclés.

Ce voyage m'a beaucoup été reproché, et c'est normal. En réalité, tout en essayant sans cesse d'imaginer comment serait la Chine dans quarante ans, j'avais une obsession simple: soutenir les Chinois, coûte que coûte, dans leur rupture avec les Russes de l'ex-URSS. La Chine devait-elle rester une colonie soviétique? Hé non. Régime totalitaire et encore stalinien? Bien sûr, mais cet énorme pays pouvait-il en sortir? C'était l'enjeu, c'est toujours l'enjeu. A l'époque avait lieu le grand renversement des alliances, Nixon à Pékin, Lin Piao s'écrasant en avion quelque part vers la Mongolie, et toujours le vieux Mao sanglant flottant au-dessus du chaos comme une feuille, le vieux Mao de Malraux, après tout, dix ans auparavant. Barthes trouvait que j'exagérais, et il n'avait pas tort, sans avoir pour autant raison.

Que lisait-il dans le train sans regarder le paysage souvent admirable? «Bouvard et Pécuchet». Moi, c'était les classiques taoïstes. A aucun moment, sauf pour les calligraphies, il ne semble préoccupé par une langue et une culture millénaires en péril. La propagande l'assomme, il trouve le peuple «adorable», mais l'absence de tout contact personnel le jette en plein désarroi. Des contacts? Impossible, face à des foules qui vous regardent comme des animaux exotiques, des «longs nez» tombés d'une autre planète (au moins 800 personnes nous suivaient le soir, sur les quais de Shanghai).

Ces «Carnets» le montrent: la Chine est pour Barthes «un désert sexuel». Et l'angoisse monte: «Mais où mettent-ils donc leur sexualité?» Pas la moindre chance de trouver un partenaire : «Qui est ce garçon à côté de moi ? Que fait-il dans la journée? Comment est sa chambre? Que pense-t-il? Quelle est sa vie sexuelle?» Devant les magnifiques grottes bouddhistes de Longmen, il boude et note d'une façon extravagante: «Et avec tout ça je n'aurai pas vu le kiki d'un seul Chinois. Or que connaître d'un peuple si on ne connaît pas son sexe?» Je doute que, se relisant plus tard, Barthes aurait laissé subsister cette phrase, consternante de vulgarité.

Passer trois semaines sans voir le moindre «kiki» (mot bizarrement infantile) était donc un supplice?

C'est vrai qu'à l'opéra (ennuyeux, sauf les acrobaties féminines) on pouvait craindre l'incident diplomatique, en voyant Barthes regarder intensément un de ses jeunes voisins chinois impassible. Le passage à l'acte aurait peut-être été révolutionnaire, mais peu souhaitable, à moins de désirer confusément une reconduite rapide à l'aéroport. Autre perle, ce cri d'effroi: «Décidément, il y a trop de filles dans ce pays. Elles sont partout.» La Chinoise, pour Barthes, n'est pas au programme, or c'est précisément cet afflux du féminin, «moitié du ciel», qui était l'événement le plus impressionnant. Barthes était-il agacé de voir Julia Kristeva mener son enquête sur l'émancipation féminine en Chine? C'est probable, et le livre qu'elle a écrit, «Des Chinoises», n'a pas manqué à son retour de provoquer des polémiques, avant d'être publié en Chine ces jours-ci. Mais Barthes ne perçoit, dans cette montée en puissance, que «matriarcat», «infantilisation», «civilisation d'enfants infantilisés». On comprend son brusque soulagement, en repassant par Pékin : «Le shopping me fait revivre.»

En réalité, l'auteur de «Mythologies» qui a été très longtemps considéré par l'Université comme un penseur terroriste était avant tout fragile, comme le dévoile son émouvant «Journal de deuil», consacré à la mort de sa mère. Cependant, le vrai, le grand Barthes n'est pas dans ces brouillons et ces fiches, mais dans ses merveilleux livres composés avec soin, «l'Empire des signes» ou «la Chambre claire». Dire qu'on ne s'est pas brouillés après cette virée improbable en Chine! Lisez donc «Sollers écrivain».

Philippe Sollers

Filles chinoises

Xu Guan, peinture sur soie, XVIIIe siècle




«Carnets du voyage en Chine», par Roland Barthes, présenté par Anne Herschberg Pierrot, Bourgois-Imec, 248 p., 23 euros.

Source: "le Nouvel Observateur" du 29 janvier 2009.

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28 avril 2009

Arthur et Georges

Puisqu'on parlait de Sherlock Holmes sur PROSES, voici des nouvelles de Sir Arthur Conan Doyle dans ce délectable roman ( un chef d'oeuvre d'humour british,aussi, c à d très pince sans rire, ce que ne dit pas la critique) de julian Barnes que je lis en ce moment :

 

Arthur & George
La note evene : 5/5La note evene : 5/5

Arthur & George

de Julian Barnes

[Littérature étrangère XXIe]

Arthur & George

Editeur : Mercure de France
Publication : 18/1/2007

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Conseillez le livre "Arthur & George" à un ami


« Si la justice se fourvoie, il semble que chacun sur terre se tourne instinctivement vers Holmes et son créateur »


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Résumé du livre

'Arthur & George' raconte l'histoire de deux garçons aux caractères très différents : le premier est vif, énergique, casse-cou, le second plus réservé, calme et posé. Dans l'Angleterre de cette fin du XIXe siècle, ces deux protagonistes n'auraient jamais dû se rencontrer. Pourtant, quand George, d'origine indienne, fait l'objet d'une terrible erreur judiciaire, il fera appel à Arthur pour prendre sa défense. Médecin, ce dernier est également un écrivain célèbre, en effet il a créé le personnage d'un certain Sherlock Holmes...

La critique [evene]
La note evene : 5/5La note evene : 5/5 par Thomas Flamerion

Julian Barnes travaille en orfèvre. Les pièces qu'il assemble s'imbriquent au millimètre près, pour former les rouages d'un mécanisme d'une précision implacable. Oui, Barnes fait dans le polar, mais dans le polar distingué, subtil. L'amoureux éperdu des lettres flaubertiennes continue son exploration fascinée de l'univers de ses pairs et emprunte, cette fois, au maître du roman policier britannique, Sir Arthur Conan Doyle. Audacieux, il vêt le complet du docteur ès mystères et le lance dans une affaire délicate. A l'image de son héros à la loupe, il devra défendre l'avoué George Edalji, injustement accusé, emprisonné et abandonné par la justice.
Richement documenté, ciselé au scalpel, 'Arthur & George' est une belle réussite, un récit dense et savant qui recèle les facultés happantes des histoires de Doyle. Réaliste jusque dans le plus petit élément de décors, profond jusqu'à l'âme de ses personnages, Barnes n'oublie rien, ne laisse rien au hasard. Tout est "under control", et sans conteste, on ne s'y perd pas. Les trajectoires diamétralement opposées d'Arthur Conan Doyle et de George Edalji se rejoignent pour donner une intensité renouvelée à ces aventures. La société victorienne s'en trouve toute dépoussiérée, et nos amours avec le détective se renouent instantanément.
A couvert, Sherlock Barnes jette une belle volée de bois vert aux puristes du genre anglo-saxon, une belle leçon de respect et d'humanité, qui malgré son contexte "historique", respire dangereusement l'actualité. Voilà un roman construit de chapitres solidement ancrés, d'un abord facile et d'une lecture délectable. Là réside l'art du romancier : le dur labeur de composition disparaît derrière l'élégance et la fluidité. Pas si élémentaire, mais proprement admirable.

Voir toutes les critiques

Un magazine littéraire disparaît...

Le "Mensuel littéraire et poétique", dernière

Le Mensuel littéraire et poétique baisse le rideau

Mensuel littéraire et poetique Dans l’éditorial du Mensuel littéraire et poétique d’avril, Monique Dorsel annonce qu’il s’agit du dernier numéro. Sans autre explication. Au moment où le Théâtre-Poème (Bruxelles) vient de faire peau neuve, non sans difficultés, on peut croire à des problèmes financiers. La perte, en tout cas, est cruelle. Et l’histoire de ce mensuel trop longue pour ne pas mériter un dernier hommage. N é en décembre 1968, au moment même où le Théâtre-Poème s’installait au 30, rue d’Écosse, cette adresse qu’il n’a plus quittée depuis, ce petit journal connut, au fil des années, des présentations diverses jusqu’en 1986 où Emile Lanc lui donna sa mise en page actuelle, reconnaissable entre toutes. S’il n’a jamais cherché à briller par des goûts de luxe, Le Mensuel littéraire et poétique a su privilégier son amour des textes littéraires, relayé en cela par l’admirable travail du Théâtre-Poème. La poésie y trouva un asile sûr, largement ouvert à tous les passionnés. Les premières pages du mensuel livraient chaque mois de multiples articles critiques ainsi que des notes de lecture consacrées aux dernières publications poétiques. Les meilleurs critiques belges et français collaboraient régulièrement au journal. Le plus étonnant, outre la périodicité mensuelle de cette publication, une gageure assurée par des bénévoles, reste ce tirage affiché de 12 600 exemplaires. Quand on sait qu’une revue de poésie dépasse rarement les 300 exemplaires, on peut être admiratif. Oui, Le Mensuel – les « habitués » abrégeaient ainsi son titre –, après plus de 40 ans de bons et généreux services à la création poétique, va laisser un grand vide. Peut-être la « retraite » annoncée de Monique Dorsel, cheville ouvrière du journal, y est-elle pour quelque chose ? Sur la couverture, son portrait apparaît, avec dans le regard cette luminosité rayonnante qui sait insuffler la vie au texte dit sur scène. Mais Le Théâtre-Poème continue de plus belle, affichant une programmation toujours aussi dense. Il propose d’ailleurs, en clôture de saison, une journée « portes ouvertes » le samedi 13 juin. À partir de 10h 30, après un colloque consacré à l’écriture à haute voix, une succession de spectacles gratuits illustrera quelques unes des « très riches heures » du théâtre. À ne pas manquer.

Contribution d’Alain Helissen

27 avril 2009

Edgar Allan Poe

l » Essais

C'est le bicentenaire de la naissance d'Edgar Poe

Coup de Poe, par Philippe Sollers

Par Philippe Sollers

Ecrivain absolu, maître de l'horreur, démoralisateur professionnel, astrophysicien annonçant l'apocalypse, Edgar Poe est plus que jamais notre contemporain. Explications

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AP/Sipa
Edgar Poe

Né à Boston le 19 janvier 1809, l'inquiétant, magnétique et vertigineux Edgar Poe a aujourd'hui 200 ans. Il a beau être mort à 40 ans, en 1849, à Baltimore, dans une crise de delirium tremens dû à son alcoolisme compulsif, il se porte à merveille, il est plus que jamais en activité invisible dans le tourbillon de l'époque. Un amateur inspiré, Henri Justin, rouvre aujourd'hui son dossier, et c'est immédiatement passionnant.

Il est américain comme personne, Poe, et ce sont des Français comme personne qui perçoivent son onde de choc. Baudelaire d'abord, qui éprouve en le lisant une «commotion singulière». «Savez-vous pourquoi j'ai patiemment traduit Poe? Parce qu'il me ressemblait. La première fois que j'ai ouvert un livre de lui, j'ai vu, avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant.» Les traductions de Baudelaire sont célèbres, on peut y relever des erreurs de détail, mais la transfusion spirituelle est flagrante, intense, cas de gémellité inouï. Et c'est aussitôt Mallarmé, pour qui Poe est un «aérolithe», un événement «stellaire, de foudre», «le cas littéraire absolu». Dans son «Tombeau d'Edgar Poe», Mallarmé célèbre «le triomphe de la mort dans cette voix étrange», Poe devenant un «calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur». Valéry, enfin, emboîte le pas, mais plus froidement, en admirant l'analyste fabricateur plutôt que le romancier fantastique et métaphysique. Voilà la légende.

Les Américains, eux, n'aiment pas ça, et quant aux Français d'aujourd'hui, comme leurs homologues yankees, ils sont loin, désormais, de se poser des questions de fond sur le génie de la perversité, le mal radical, la mort, l'infini ou la poésie intime des galaxies. Poe, qui s'est battu toute sa vie pour essayer de fonder un mensuel littéraire, voulait «établir en Amérique la seule indiscutable aristocratie, celle de l'intellect». Il a cette formule étonnante au parfum sudiste (il est virginien par toutes ses fibres): «Dans les lettres, comme dans la politique, nous avons besoin d'une Déclaration d'Indépendance, et surtout - ce qui serait mieux - d'une déclaration de guerre.» Guerre splendide de l'intelligence, perdue d'avance, contre le réalisme platement social, le naturalisme borné, la psychologie routinière, et surtout la morale. On comprend comment le courageux Lacan, rectifiant le déluge psychanalytique de Marie Bonaparte, a fait de «la Lettre volée» (ou plutôt dérobée, détournée, retournée) le blason de sa recherche.

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Poe est très clair: la police ne voit rien, n'imagine rien, et nous sommes tous, plus ou moins, des policiers aveugles. En revanche, Auguste Dupin, le génial déchiffreur d'énigmes, à mille lieues du fade Sherlock Holmes, devine la vérité parce qu'il est simultanément mathématicien et poète. Surprenants, ces noms français qui apparaissent sous la plume de Poe (qui n'est jamais venu en France): Dupin, Legrand, Montrésor (un criminel, celui-là). Pour quelle ténébreuse raison le Français, poussé à bout, serait-il un révélateur de terreur, un virtuose du décryptage? Vous ouvrez «Double Assassinat dans la rue Morgue», «le Scarabée d'or», «le Cœur révélateur», «le Chat noir», «le Démon de la perversité», et tant d'autres contes, et vous êtes aussitôt saisi, mis sous hypnose, branché sur vos contradictions secrètes, par un narrateur qui, en première personne, vous impose ses passions et ses déductions. Vous êtes détective, mais aussi assassin (jamais policier puisque vous êtes éveillé, ou plutôt «veilleur du dormir»). Mieux: vous pouvez assister à un mort qui vous parle depuis l'au-delà, vous balader, après la fin du monde, dans les étoiles, ressentir l'horreur d'un pendule qui va, en descendant lentement sur vous dans un puits, vous trancher la tête, vous retrouver, avec Arthur Gordon Pym, dans une navigation mystérieusement mystique, descendre dans un maelström et apprendre comment vous en tirer (thème très actuel), réfléchir sur le pouvoir des mots, et bien d'autres choses encore.

Une littérature qui pense ?

De toute façon, vous aurez toujours l'impression de lire un manuscrit trouvé dans une bouteille, le récit d'une expérience plutôt folle racontée avec une extrême précision. C'est là que Poe vous tient sous sa coupe, beaucoup mieux qu'un roman policier banal, ou des péripéties de science-fiction genre Lovecraft. Ils ont tous lu Poe, les spécialistes de l'inquiétante étrangeté, de l'horreur, de l'enquête, mais aucun n'arrive à donner au sujet qui parle cette force de conviction. C'est que, Poe, Henri Justin le sent admirablement, «pense de tout son corps», ce qui met le lecteur en demeure d'avoir un corps vibrant au même rythme. Baudelaire a bien défini son écriture:

«Son style est serré, concaténé, la mauvaise volonté du lecteur ou sa paresse ne pourront pas passer à travers les mailles de ce réseau tressé par la logique. Toutes les idées, comme des flèches obéissantes, volent au même but.»

Une littérature qui pense? Qui oblige le lecteur à penser? Mais qu'est-ce que vous nous racontez là? A quoi bon? Pour quoi faire? Avec ses paradis artificiels, ses traductions de De Quincey et de Poe, Baudelaire est un grand pervers, aussi dépassé aujourd'hui que, par exemple, «la Princesse de Clèves».

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Non seulement Poe est un démoralisateur professionnel, mais, figurez-vous, il pense de plus en plus large. Et là nous arrivons à l'incroyable «Eurêka» de la fin de sa vie. «J'ai trouvé», dit-il. Quoi? La clé de l'univers lui-même. Rien que ça. Le livre porte en sous-titre: «Essai sur l'univers matériel et spirituel». Aucun succès, bien entendu, mais œuvre grandiose (et merci Baudelaire de l'avoir sauvée d'un probable oubli). Le partenaire à analyser ici n'est autre que Dieu lui-même. Sartre a eu tort en prétendant que Dieu n'était pas romancier: c'en est un, et même un poète supérieur à tous les poètes. Poe résume ça à sa façon: «L'univers est une intrigue de Dieu.» Déjà, on pouvait lire dans «Révélation magnétique»: «Dieu, avec tous les pouvoirs attribués à l'esprit, n'est que la perfection de la matière.» (On était brûlé autrefois pour moins que ça.) Le plus étrange est que, traitant d'astrophysique et de forces d'attraction et de répulsion, Poe s'approche des hypothèses les plus sophistiquées de la physique moderne, entre big-bang et trous noirs. Il veut décrire «le processus tout entier comme une fulguration unique et instantanée». Il envisage en effet une ultime catastrophe en forme de feu d'artifice, une apocalypse comme apothéose. Il écrit calmement:

«Dans les constructions divines, l'objet est soit dessein soit objet selon la façon dont il nous plaît de le regarder, et nous pouvons prendre en tout temps une cause pour un effet et réciproquement, de sorte que nous ne pouvons jamais, d'une manière absolue, distinguer l'un de l'autre.»

Henri Justin, dans son commentaire d'«Eurêka» écrit: «Poe semble avoir eu conscience, très tôt, d'une matière infinie, d'une matière de l'infini, d'un infini matériel palpable.» Voilà, en tout cas, une leçon de littérature absolue.

Darwin et Poe sont contemporains, et l'évolution est très loin d'avoir dit son dernier mot. Mais quand Poe meurt, on se dit que personne ne reprendra le flambeau. Erreur: c'est en 1851 qu'un jeune auteur de 32 ans publie sa bombe: Herman Melville, «Moby Dick».

Ph. S.

«Avec Poe jusqu'au bout de la prose», par Henri Justin, Gallimard, «Bibliothèque des Idées», 416 p., 29,50 euros.

Lire aussi les premières pages de «L'Ombre d'Edgar Poe»

et Bon anniversaire, Edgar Allan Poe!

Toutes les critiques de l’Obs

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Source: "le Nouvel Observateur" du 9 avril 2009.

25 avril 2009

Jonathan Littell

Jonathan Littell. Je viens de lire son roman "les Bienveillantes". Une intéressante fiche sur cet auteur  à cette adresse :
 
 
Un extrait de l'article :
 
 
A partir de 2001, il décide de se consacrer entièrement à la rédaction de son roman, Les Bienveillantes, qui transcrit à la première personne la confession d'un officier nazi exterminant sans état d'âme des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Écrit directement en français et publié en août 2006 chez Gallimard, le livre de plus de 900 pages est propulsé par une intense campagne médiatique qui use de tous les superlatifs et compare le jeune auteur aux plus grands écrivains de l'histoire mondiale de la littérature. Les Bienveillantes devient un immense succès de librairie.
 
remarquez particulièrement "une intense campagne médiatique qui use de tous les superlatifs et compare le jeune auteur aux plus grands écrivains de l'histoire mondiale de la littérature." L'auteur de la fiche est sceptique, et même ironique ! Moi pas. Je n'hésite pas à comparer Littell à Tolstoï et son roman à "Guerre et Paix". Même si du point de vue formel il est loin d'être révolutionnaire, c'est un tel monument de documentation historique, une telle mine de réflexions, une telle richesse et une telle puissance épique qu'on est forcé de le mettre au premier rang de la littérature mondiale.O.
 
 

 

 

24 avril 2009

Jean-Edern Hallier

  Jean-Edern Hallier, une forte personnalité ! hier soir, France 5 lui consacrait un petit film très bien fait, rappelant ses frasques, coups d'éclats, bouffonneries, mésaventures et péripéties tragi-comiques diverses... Ondoyant, contrasté, insaisissable, spécialiste  de coups de gueule , de retournements de veste et d'envolées épiques, Jean-Ederne Hallier ne laissait personne indifférent, au point que le candidat Mitterrand semble être tombé sous le charme... Candidat qui fit sans doute des promesses... que le président n'a pas tenues, ce qui provoqua l'ire vengeresse de notre écrivain : Mitterrand devint le punching ball de Jean-Edern et de son journal satirique L'Idiot international. L'Elysée le mit sur écoutes, lui et son entourage !

  Il voulait être un grand romancier, il fut journaliste; il voulut être journaliste, il fut polémiste; il voulut être polémiste, il fut un clown, un clown avec une manière de génie : occuper la scène, faire des déclarations fracassantes à la télévision, ondoyer dans l'entourage de personnalités controversées (Fidel Castro, le Pen...), organiser des coups retentissants ( son auto-enlèvement !), tout, pourvu qu'on parle de lui ! Le génie de la com, comme on dit.

  Seulement voilà, tirer les moustaches du tigre n'est pas sans danger ! Sa mort "accidentelle" suivie du cambriolage de sa chambre d'hôtel à Dauville et de son appartement à Paris laisse assez de questions sans réponse pour qu'on puisse se demander si on ne s'est pas débarrassé de lui ...

  Quelqu'un dit très justement au cours du film que son oeuvre véritable, c'est sa vie. Jean-Edern Hallier, créateur de ses jours, inventeur de ses aventures et avatars,le poète de sa vie ...

Pour en savoir plus, wikipedia bien sûr, et aussi

http://www.republique-des-lettres.fr/

une adresse à retenir !O.

22 avril 2009

Délire : Léah et Orlando

Trouvé dans nos archives :

Sonnet en écho à Léah, par Orlando



Temps oublié de la sérénité ouverte
Il pleuvait des sourires entre les moellons
Mer de sargasses    inachevées dans leur mémoire
Quelle Amphitrite t’attendait     en sa grotte alcaline

Ta mémoire s’immerge en ces marges     ô Merlette
Trottinant dans l’album des pensées cavatine
A guibolles de mouche     cigarette sans cravate
Murmurant des lieder pianotant une sonate

Brûle ces feuilles vernissées     hachurées d’orages
Photos de lumière vague sur le sable des plages
Et la mer en sauts périlleux     pirouettes obscures

A bien pu t’enfouir sous la pente des dunes
Veilleur de nuit te reste l’amertume     embuscade.
Mais elle est têtue ta musique et passez muscade


Orlando Jotape Rodriguez, 5 mai 2005




Mer de la sérénité ouverte » (J’ai emprunté ce beau titre à Daniel Biga dans son recueil « Histoire de l’air »)

« Mer de la sérénité ouverte » Mer de la Serre lacère mer qui la serre lacère serre-la, sert-la, mercenaire ou mercière ? Mer fière, mer creuseuse de Sierras, travailleuse mercenaire des millénaires. Millénaire mer mémoire. Marbella, Bella-Mar. Mercedes la mercière des mémoires. Sœurs de la Merci.
Noires mers inachevées dans leur mémoire. Mer Noire, Mers el-Kebir, Mérida ou Mérovée. Mer emmergeante surgissante. Au-dessus au-travers des mémoires. Mémoire immergée dans tes marges. Merlette au merlot. Merleau-Ponty, La mer, l’eau, les ponts… Pont sur Mer Pont-Audemer Pont sur l’eau de mer. Merlu cuit au Merlot. Merlette ayant la berlue. Merlan souhaite épouser merlette sur le pont du Mermoz. Mer, Mozart, sonate ou cavatine. « Cigarette sans cravate » Merveille pour Mermoz ou Mozart. Mer et mots ; mer telle grandes feuilles vernissées hachurées d’orages. Rouges mers, Mer Rouge, Mer Noire. Mémoire émeri des mers noires. Hellespont, Thessalie, Aulide. Mémoire sub-marine. Méry. Mer rare, ré de la gamme à l’alphabet.
Hébétée. Demeurée dans la bêtise. Mer, ruades d’espadons, rondeurs de mérous. Méru, ruelles alignées. Presque sans issues Mersenne, nombres spongieux étagés. Saine mer nourrice d’éponges. Merci Mercedes la mercière au solstice de Seu-la-Vella. Mer sauts périlleux pirouettes obscures. Omerta Amertume Embuscade, veilleuse de nuit Merveille merveilleuse mer. Seule je veille sur les merveilles. Méry si audacieuse maîtresse du Poète. Meryem antienne pour Mermoz Ancienne mer receleuse d’amandes et d’Agrippines Constellée de solstices ocellée de rumeurs Millions de merveilles merveilleuse mer

(Léah)

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Au bas de la note se trouve un bandeau sur lequel vous trouvez , entre autres, la mention "lien permanent". Cliquez, et en bas de la page vous aurez l'espace requis ! O.

19 avril 2009

Lectures contemporaines

  Sur Poésie Libre Echange, la lecture de poètes contemporains est une activité permanente. Pour chaque auteur, on choisit un ouvrage, parfois deux, et on le lit en le commentant, en recherchant des documents. Voici la liste des auteurs lus :

Poètes dont au moins une œuvre a été présentée :

>   Denis Roche (le 4 janvier 2005, mail n° 2092)
>   Lorand Gaspar
>   Daniel Biga
>   Antoine Emaz, en parallèle avec Charles Juliet
>   Marie-Claire Bancquart
>   Claude Pélieu (Orlando) (septembre- octobre)
>   Andrée Chédid (Léah) (octobre- novembre)
>   Bernard Noel (Cécile) (novembre- décembre) (janvier 2006)
>   Michel Deguy (Orlando) (décembre- janvier) (février 2006)
>   Jacques Ancet (Adeline) (janvier- février) (mars 2006)(avril 2006)
>   Philippe Jaccottet (Léah, Adeline) (mars- avril) (mai 2006)
>  Valérie Rouzeau (Orlando ?) (Février- mars) (avril 2006)(juin 2006)
>  Yves Bonnefoy (Marc, Orlando) janvier 2007
>   Mohammed Khaïr Eddine ( Ali) (juin 2006, septembre
>   2006) (Février 2007)
>   André Du Bouchet (printemps 2007)
>   Jacques Réda (septembre, octobre 2007)
>   Christine Lièvre (novembre 2007)
>   Abdellatif Laâbi ( Ali) (décembre 2007 , janvier 2008)
>   Jean-Pierre Verheggen (Orlando)

Actuellement :

Bernard Noël (Le Château de Cène, Extraits du Corps)
 


Prochainement :

Christian Prigent

 


En projet :

>  


>   Hélène Sanguinetti
> Jacques Roubaud
>   Guy Goffette
>   Rabah Belamri
>   Valère Novarina

Ateliers et jeux d'écritures poétiques

Le groupe Poésie Libre Echange se consacre à la lecture, commentée, de la poésie (contemporaine et historique) mais aussi aux ateliers et jeux d'ecritures poétiques. Il peut se vanter de quelques belles réussites passées, et qui ne demandent qu'à revivre (eh oui, il suffit de demander...), telles que Martopikeur, Alfabulle, Ballade/balade en vers pensés...
 En ce moment même se déroule une de ces balades, moisson d'un séjour au mont Aigoual dans les Cévennes. Vous pouvez nous rejoindre...
 Dans quelque temps sera transmis un petit compte rendu.O.

16 avril 2009

Maurice Druon

  Maurice Druon est mort hier, 15 avril 2009. Académicien et ancien ministre de la Culture. Si j'ai bonne mémoire, il a été le premier en charge de ce poste créé par le général de Gaulle. Il réussit à provoquer une levée de boucliers du monde intellectuel et artistique par son attitude hautaine. Il avait déclaré à l'Assemblée : " Ceux qui se présentent à ma porte avec une sébille dans une main et un cocktail molotov dans l'autre feraient bien de choisir..." - il visait les théâtres plus ou moins subventionnés, généralement de gauche, voire extrême, et qui rouscaillaient devant la pingrerie du ministère...

 L'oeuvre de sa vie est probablement la saga médiévale des "Rois Maudits ", 6 volumes pour lesquels les mauvaises langues insinuent que sa plume n'a servi qu'à y apposer la signature. L'oeuvre a par deux fois été mise en images pour la télévision, les deux fois magnifiquement. Michel Torreton, dans le rôle du méchant, a été aussi formidable récemment que Jean Piat il y a quelque quarante ans ! Et Jeanne Moreau, en tante diabolique, a réussi une des plus belles compositions de sa carrière déjà si riche.

  Ses collègues académiciens, par la voix d'Hélène Carrère d'Encausse, saluent en lui un grand amoureux de la langue française. Amoureux, sans doute, mais il ne lui a fait aucun mal. Or, chacun sait que la vraie amoureuse dit : Chéri, fais-moi mal ! - eh bien avec lui, elle en a été pour ses frais... Bon, ne soyons pas trop rosse,il nous laisse quand même un chant impérissable, le "Chant des Partisans". Mais la tâche était sans doute trop dure pour lui, il s'est fait aider par Joseph Kessel ! Non, j'ai dit que je ne serais pas trop rosse pour finir : alors, bravo Druon-Kessel pour le superbe "Chant des Partisans" :

"Montez de la mine,/ Descendez des collines,/ Camarades !" O.

 

15 avril 2009

Poésie et violence faite au langage

  C'est ici même, sur ce blog, que je trouve une intéressante pensée d'Octavio Paz, dans "l'Arc et la Lyre", à la date du 30 mai 2005 :

"La création poétique est d'abord une violence faite au langage. Son
premier acte est de déraciner les mots. Le poète les soustrait à leurs
connexions et à leurs emplois habituels : séparés du monde informe du
langage parlé, les vocables à nouveau sont uniques, comme s'ils
venaient de naître. Le second acte est le retour du mot : le poème se
convertit en objet de participation. Deux forces antagonistes habitent
le poème : l'une d'attraction et de déracinement, qui arrache le mot
au langage ; l'autre, de gravité, qui l'y fait revenir. Le poème est
création originale et unique, mais il est aussi récitation,
participation et communion. Le poète le crée ; les hommes, en le
récitant, le recréent. Poète et lecteur sont deux moments d'une même
réalité, s'alternant sur un mode qu'il n'est pas inexact d'appeler
cyclique. Leur relation engendre l'étincelle : la poésie."

  Comme disait Meschonnic...

  Retenons donc qu'avant d'être quelque chose de doux, harmonieux et apprivoisé, le poème est d'abord un objet barbare, en lutte contre nos habitudes, et qui peut même blesser !

Henri Meschonnic

Henri Meschonnic, poète, traducteur de la Bible, critique littéraire, est mort le 12 avril. Voici ,extraites de "Célébration de la poésie" ,Verdier, septembre 2001, deux citations :

" La poésie est un des lieux, et un des plus révélateurs, par ce qui en elle
est en jeu,de l'intelligibilité du présent.Et pas seulement du présent de la
poésie, mais du présent ethique et politique. Cela, tous ceux qui ont pensé la
poésie l'ont compris" ( p 84)

" Si penser c'est s'inventer, et non le maintien de l'ordre avec quoi le plus
souvent on le confond, penser doit faire mal, penser fait mal. Et d'abord à qui
tente de penser." ( p 85)

C'est, dit de façon plus théorique, ce que dit Bernard Noël avec ses tripes et
son langage concret de poète.

(cette info a paru dans "PROSES")

12 avril 2009

Délires du cœur et des yeux

Quelques précisions ; le groupe ÉcritMages ne fonctionne plus, mais n'a pas été supprimé ; on peut y lire tous les messages et trouver nos infographies dans la zone Fichiers

Voici le texte de la page d'accueil du nouveau groupe qui fusionne Délires du cœur et ÉcritMages

Le coup de cœur : vous avez un coup de foudre pour un poème, un poète, un site ou un blog poétique ? Partagez-le avec nous !
Le maxi-coup de cœur ; si un poète ou un recueil vous émeut particulièrement vous pouvez en parler pendant plusieurs jours.
Par cœur pour exercer sa mémoire ; pour le plaisir de transporter dans sa tête une antho de poèmes, à réciter dans la solitude ou à partager.
Poésie érotique pour partager vos poèmes amoureux ou pour découvrir ceux de toutes les époques, Éros ne nous ayant pas attendus pour tirer ses flèches !

Délires des yeux : le groupe ÉcritsMages rejoint les Délires du cœur, pour un heureux mariage : celui des textes et des images, celles ou ceux-ci naviguant de pair avec ceux ou celles-là

En ce moment, des poèmes sur la douce France et notre belle langue, accompagnés bien sûr d'images

 

nouvelles micronésiennes.12 avril 2009

Notre archipel poétique est toujours vivant !

Poésie Libre Exhange lit les troubadours, et en poésie contemporaine continue avec Bernard Noël. En prime, Escandille et Orlando publient leur "Ballade (balade) en Vers Pensés" du mont Aigual.

PROSES poursuit son voyage à travers les "Chants de Maldoror", et Escandille va poursuivre la lecture du "Guépard", suivie attentivement par Franck, Léah, Orlando, Lucile -laquelle, à la mi-mai, prendra le relai avec Harry Potter, sa dernière aventure. (NB : l'ancien nom du groupe, "Bagarres Littéraires", est désormais obsolète - il faut que je fasse la mise à jour sur le blog)

Toujours La Poésie est toujours le groupe de l'Ouvroir, l'atelier permanent de travail poétique convivial.

Voix Du Monde attend sagement que Cécile trouve un peu de temps, mais l'attente risque d'être longue. Ne laissons pas s'éteindre cet excellent groupe. Dès que possible, j'enverrai quelques notes sur le grand poète Paul Celan.

Délires et Exrimages ont fusionné et nous proposent toutes les rubriques déjà connues : Coup de Coeur, Par Coeur, Ecritsmages...

Rejoignez-nous et participez à nos activités de lecture et d'écriture. A bientôt. Orlando

 

01:25 Publié dans Micronews | Lien permanent | Commentaires (0)

Le blog Micronésie Poétique revit

En sommeil depuis quelque temps pour cause d'heureux événement chez notre amie Cécile, le blog reprend des couleurs : régulièrement, des nouvelles de nos groupes, et toujours nos rubriques, qui vous attendent ! A bientôt. Orlando