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18 décembre 2004

Présentation de rené Guy Cadou par Isa

René-Guy CADOU ou le poète de l'effusion, pourrait-on écrire au sortir de sa lecture, tant sa poésie a l'accueil chaleureux.

« J'appelle effusion cette fraternité d'armes qui existe entre le poète et son lecteur, cette promptitude que le poète apporte à se placer dans un terrain découvert où toutes les balles sont pour lui ».

La position poétique serait-elle donc à ce point dangereuse que l'effusion y devienne effusion de sang ? Sans doute car la création est une passion au sens entier du terme, la souffrance solitaire d'une sensibilité exacerbée qui trouve en elle-même sa justification et son bonheur, l'impérieuse nécessité d'une recherche qui, innocentée de toute préméditation, ouvre la voie à son lecteur.

"La création poétique est à proprement parler une passion, c'est assez dire par là le peu de cas qu'elle fait du calvaire, de la crucifixion et de la renommée. Elle n'est pas dirigée dans l'espoir d'une survie, elle est dans son sommet cette survie même".


Cette passion, c'est l’œuvre de la nature, qui "fait volontiers oeuvre de son sexe et toujours dans le sens d'une fécondation... Toutes les souffrances de l'enfantement sont pour le poète". C'est en elle que la poésie de CADOU prend sa source, là qu'elle s'enracine, et si profondément, dans cette nature aimée comme une part de lui-même, dans cet univers élémentaire et essentiel à l'harmonie duquel il se sent participer.

Car CADOU a toujours voulu demeurer un rural, un homme qui préfère aux clinquantes promesses de la ville non pas l'isolement, mais la bruissante compagnie de la campagne.

"Ah ! je sens bien que je suis trop profondément enraciné pour remonter comme un bouchon de liège sur le saladier de punch de la ville. »
« Pourquoi n'allez-vous pas à Paris ?
- Mais l'odeur des Lys ! Mais l'odeur des Lys !
Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L'odeur des Lys et la campagne agenouillée
Cette amère montée du sol qui m'environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne
Tu périras d'oubli et dévoré d'orgueil
Oui mais l'odeur des Lys la liberté des feuilles ! »


La campagne est pour lui un monde familier dont rien ne lui est étranger, où rien ne le laisse insensible, ni les gens, ni les bêtes, ni les choses. Il a passé les dix premières années de sa vie en Brière, aux marges "du grand livre des marais" et en a gardé pour toujours l'âme un peu nostalgique, penchée vers l'enfance, attentive aux silences humides de ces pays secrets.

I1 ne vivra à la ville, Nantes la proche métropole, qu'entre sa dixième et sa vingtième année. Triste période sans doute, puisqu'il y perdra successivement sa mère et son père. Ce sera aussi le temps "des tristes salles du collège où officiait, entre huit et onze heures, un prêtre en veston, agrégé de lettres ou de philosophie" "réduisant les tragédies raciniennes à des colloques de Jésuites. Mais c'est encore à Nantes qu'il rencontrera le poète Michel MANOLL, dont la librairie recueillera bien souvent le lycéen buissonnier. MANOLL l'aidera à reconnaître en lui cette passion de la poésie à laquelle il s'abandonnera tout entier désormais.

A vingt ans, il commencera la vie d'instituteur de campagne qu'il mènera jusqu'à sa mort. Sa maison d'école à Louisfert, le village de Loire-Atlantique où il se fixe finalement avec sa femme Hélène, devient chaque soir quand il écrit (et il écrit presque tous les soirs), non pas le lieu fermé d'une méditation repliée sur elle-même, mais plutôt "l'avant d'un navire qui fend les hautes vagues de la campagne".

Il y a un mysticisme certain dans l’œuvre de CADOU, surtout depuis ses échanges et son unique rencontre avec le poète Max JACOB, et Dieu lui est un interlocuteur familier.
"
Mon Dieu ce n'est pas parce que tu as coupé ta barbe
Rouge et verte comme des côtes de rhubarbe
Ni parce que tu ne te vêts plus à l'antique
Comme les jeunes gens dans les sociétés de gymnastique
Que je ne suis plus capable de te reconnaître
Pauvre rouge-gorge à la croisée de la fenêtre".


Mais bien plus que d'un christianisme classique, c'est d'un panthéisme implicite qu'est imprégnée toute la poésie de CADOU, d'un humanisme si profond qu'il ne se limite pas même à l'humain mais vise à retrouver l'essentielle harmonie des lois élémentaires de la nature. Aussi l'amour du poète, fondement de toute sa création, est-il un amour à longue portée qui balaie le monde familier, le dématérialise en le rendant à la dimension humaine, en même temps qu'il ouvre l'homme et sa pensée sur l'universel. Le souci d'élargir sa poésie, de lui accorder l'espace nécessaire à cette communauté spirituelle, se retrouve à maintes reprises dans son oeuvre.

« Qui dit poésie, dit poésie habitable. »
« Donner à sa poésie de l'ouverture. Et pour cela ne pas craindre de sacrifier à l'esthétique des pans de murs entiers ».


Ainsi nul intellectualisme chez ce poète d'aucune école qui récusa très vite l'esthétisme pour fonder sa poésie sur la spontanéité du sentiment, sur une intuition qui fait fi de la fameuse et stérile distinction de la raison et de l'instinct.

Réunification à l'échelle individuelle qui fait en quelque sorte pendant à son vaste projet panthéiste. Que l'amour soit à la base de toute sa création ne signifie cependant pas pour CADOU qu'il ne faille pas dépouiller la poésie d'une certaine surcharge émotionnelle. Il se baptise lui-même surromantique, terme qu'il définit ainsi :
"J'appellerai surromantique toute poésie qui, ne faisant point fi de certaines qualités émotionnelles, se situe dans un climat singulièrement allégé par le feu, je veux dire ramenée à de justes proportions, audible en ce sens qu'elle est une voix, aussi éloignée de l'ouragan romantique que des chutes de vaisselle surréalistes".


Cette voix doit avoir valeur de chant, d'incantation, et être "portée par un rythme suffisamment agissant et voisin des battements du coeur, jusqu'au moment unique où son chant rejoindra l'universel concert". Ainsi doit-on retrouver la simplicité fondamentale du sacré.

On comprendra aisément que les conceptions de CADOU quant à la création se traduisent par une volonté souvent réaffirmée de rendre la poésie au plus grand nombre.
"La poésie sera mémorable ou ne sera pas, attendu que cette formule vaut pour le peuple tout entier et non pour une mince catégorie d'amateurs ..."

Aussi René Guy CADOU, qui ne conçoit "pas la poésie sans un miracle d'humilité à la base", ne recherche-t-il guère la perfection esthétique, qui éloigne de la dimension humaine.
"J'écris comme on laboure et peu m'importe que le sillon fasse une courbe si celle-ci prolonge le rêve intérieur des semences".

Reste à découvrir par chacun ce chant simple et profond, chant de « pleine poitrine », afin que se réalise l’espoir tranquille du poète :
« J’écris pour des oreilles poilues, d’un amour obstiné qui saura bien, un jour, se faire entendre. »


Par Isa

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Commentaires

c'est pas mal mais il faudrait faire des commentaires composés ou des dissertations sur les poésies
et oui y'en a qui ont un bac de français à la fin de l'année

Écrit par : Margaux | 25 avril 2005

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