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23 septembre 2016

Le vertige infini...

  Comment disait notre Pascal ? Que le spectacle de ces choses infinies lui donnait un vertige...

  Les astronomes aujourd'hui, ou plutôt les astro-physiciens, ceux qui essaient d'avoir une vue d'ensemble, ne savent plus trop quelle est la dimension de l'Univers , matière noire comprise, s'il est fini ou infini, s'il y en a un seul ou plusieurs en parallèle ou emboîtés...Bref, on a le vertige, comme Pascal.

  Ce qui est vraiment étonnant, c'est le rapport des échelles : un être qui n'est qu'une infime poussière, ce qui ne l'empêche pas de se proclamer fils de Dieu, juché sur une planète qui elle-même  est moins qu'un grain de sable, en route vers un anéantissement certain, bien que très éloigné dans le temps (encore que, tout est relatif, comme disait Einstein), enfin cet être-atome prétend, à l'aide de sa brillante intelligence et de quelques instruments de sa fabrication, se faire une idée de... l'Univers !

22 septembre 2016

Burkina ?

  Les Français sont-ils des imbéciles ? Ou si c'étaient plutôt les journalistes et politiciens , qui traitent leurs lecteurs comme tels? On pourrait se le demander, en voyant le raffut invraisemblable fait autour de cette histoire de vêtement féminin. Déjà, avoir occupé les ondes avec des débats oiseux sur le voile islamique, la burqua... Les islamistes  peuvent être satisfaits, leurs provocations marchent.

  Les 88 morts de Nice méritaient mieux que cette bouffonnerie. Car l'utilisation politicienne de la douleur des parents et de la colère du peuple français est indécente .

 

24 juin 2015

ALPHABET de Philippe Jaffeux : faisons le point

Voici une récapitulation des articles sur Philippe Jaffeux et ses écrits parus sur Poèmik. Ce travail en cours est susceptible d'être  modifié. Bonne lecture.

 

 

 

 

07 mai 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (13)

Et voici le dernier volet pour la page A.
 
 
UNE lecture du chapitre J
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et d'abord, une lecture de la page A du chapitre J
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suite
 
QUATRE MINIATURES
 
1. Le sang, l. 24 à 26
2. Science et sorcellerie, l.37 à 40
3. Totémisme, l 42 à 44
4. Avant-gardisme, l 46 à 59
 
  Les trois premières évoquent le sujet, et ce qui le préoccupe : son état de santé, et les efforts de la médecine, ou le recours aux pratiques magiques, sorcellerie , totémisme.La dernière met en scène sa pratique de l'écriture.
 
Le sang
l.25- globules rouges
l.25- circulation d'un sens (sang?)
l.25- l'organe
l.26- oxygéner
 
  Ici, le travail littéraire est justifié comme un besoin vital, presque une fonction biologique., à l'instar de la circulation sanguine. Le passage mérite d'être cité intégralement :
  "six cent cinquante globules rouges dévient la circulation d'un sens grâce à l'organe d'une couleur pour oxygéner les vingt-six noyaux d'un rectangle incontournable."
  Où l'on voit à l'oeuvre la technique de formation du sens propre à cet ouvrage , qui ne se fait pas par proximité syntaxique comme à l'accoutumée, mais par flottement et association libre, un peu comme dans la poésie chinoise (1)
 
Science et sorcellerie
l.37- un abcdefghij géométrique
l.37- une mesure colorimétrique
l.38- une écriture occulte
l.38- conjurer les sortilèges
l.39- une dimension scientifique
l.39- la dixième formule
l.39- un alphabet exorcisant
 
 A qui se fier, pour combattre le Mal ? Enfermé entre ces deux murs infranchissables, science et sorcellerie, l'homme est prisonnier de son destin.
 
Totémisme
l.42- ...tatoue l'angoisse d'un écrivain
l.43- un vide tabou
l.44- la peau d'une page
l.44- une ponctuation totémique
 
Quand tout recours est épuisé, il reste le surnaturel, la mystique des ancêtres : magie, vaudou, totémisme...Les ethnologues savent que les chamanes obtiennent des résultats que ne peut espérer la médecine des pays industrialisés.
 
Avant-gardisme
l.47 - une longueur d'onde avant-gardiste
l.49 - une couleur expérimentale
l.51 - une encre théorique
 
  Dans l' entretien avec Emmanuèle Jawad,publié sur Libr'critique, il a été question de la place où se voyait Philippe Jaffeux, dans la modernité littéraire... Quelque part entre l'avant-garde, l'expérimental, et le post-modernisme, a été la réponse. Et en effet, la rupture est béante entre ce qu'écrivent les contemporains et la prose de Philippe Jaffeux. Révolutionnaire, peut-on dire. En ce sens qu'elle ne ressemble à rien de ce qui s'écrit aujourd'hui, et que néanmoins c'est, sans conteste, de la poésie : un travail de la langue profond, expressif et complètement original. Une complète distanciation et paradoxalement un corps à corps sans merci.
 
ET APRES ?
 
  Dans le titre de cette étude, il était question d'une lecture du chapitre J. Nous venons de lire ( en supposant cette lecture bouclée, ce qui n'est jamais tout à fait vrai) la première page, il en reste donc vingt-cinq. Ce qui sera fait, mais beaucoup plus vite, sinon une vie n'y suffirait pas, tant la matière est dense !
 
à suivre
 
 

(1) François Cheng, L'Ecriture poétique chinoise, le Seuil, Points/Essais, 1996

06 mai 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (12)

 
UNE lecture du chapitre J
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et d'abord, une lecture de la page A du chapitre J
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 suite
 
 
UNE LECTURE
(dans le titre ci-dessus, le mot a le sens d'interprétation )
nécessitant d'ailleurs plusieurs lectures (au sens de déchiffrement des lettres, syllabes, mots, phrases...)
de la page A révèle
 
-une abondance de qualificatifs de couleurs, ou plus exactement d'aspects des couleurs  (bariolé, incandescent, chatoyant etc...), ce qu'annonçait le titre du chapitre : TRICHRO MIE, placé sous le signe de trois couleurs, rouge, vert, bleu, qui sont trois couleurs primaires.On peut supposer que des couleurs primaires sont , comme les lettres de l'alphabet ou les chiffres de la numération, des constituants élémentaires non de la vie réelle, mais de la vie telle qu'elle apparaît à un sujet. La vie est un songe...
 
-de nombreux traits "poétiques" ou prétendus tels, l'ironie n'étant pas à exclure : dixième lettre enchantée, l'écho d'un jeu illisible, une page volcanique etc...Ces traits agissent comme des signaux, alertant le lecteur sur la possible qualification du texte comme prose poétique... ou son auto-destruction !
 
-beaucoup de mots récurrents (chaos, chromatisme, vingt-six; longueur d'onde, sens, etc...) qui toutefois ne semblent pas organisés aussi rigoureusement que la paire abcdefghij / écriture vue précédemment.Ces récurrences contribuent à la production de l' "effet mantra", litanie psalmodiée visant à conjurer un sort, ou favoriser un voeu, employée de tous temps et en tous champs culturels.
 
  Mais, surtout, une lecture attentive et répétée fait apparaître des thèmes (manifestés à travers la page entière) et des miniatures , expédiées en une phrase ou deux, appuyées sur trois ou quatre mots thématiques
 
TROIS THEMES
 
1- Le flux mental (moral)
 
l. 7 - la honte d'une lettre
l. 8 - la vibration irresponsable
l.12 - des blancs scrupuleux
l.13 - un silence coléreux
l.14 - apaiser un labyrinthe de vocables
l.18 - l'éveil d'une révolte...un premier équilibre sanglant
l. 27- l'audace mentale
l.28 - une longueur d'ondes miséricordieuse
l. 31- la gestuelle alarmante
l.50 - six cent cinquante nanomètres menaçants
 
  On sait déjà que les significations sont à rechercher ailleurs  que dans les proximités syntaxiques. Par exemple, dans "les blancs scrupuleux", il n'y a aucun rapport entre le substantif et son adjectif. Mais cela fonctionne très bien comme métonymie : c'est l'auteur qui, pour exprimer un scrupule, introduit des blancs dans son texte.Mais, quelquefois, même cette ressource nous est refusée, comme dans "six cent cinquante nanomètres menaçants", où l'on est bien forcé d'inventer une autre rhétorique !
  Cette thématique du mental /moral est de loin la plus représentée dans la page, agissant à son tour comme un signal : c'est le lyrisme qui se manifeste, nous disant une fois de plus : regardez, j'ai l'air d'une prose absurde, chaotique et vaine, mais je suis une douleur qui crie, un coeur qui saigne !
  Un mode d'expression qui sera en parfaite harmonie avec le thème suivant.
 
2. Le sujet caché
 
l.3 - pauses cachées... révélations clandestines
l.8 - vint-six masques
l.21- l'oeuvre d'un écrivain caché derrière le regard d'un analphabète
l.38- une écriture occulte
 
  Une thématique à la fois discrète et fortement marquée. La ligne 21 le dit clairement : ce sujet apparemment inculte (analphabète) est en réalité un écrivain, et caché. C'est au lecteur de ne pas se comporter en analphabète, et donc d'apprendre à lire !
  Discrétion, et présence forte, tel apparaît l'auteur à son lecteur.
 
2. La scène cosmique
 
l.6 - l'univers bariolé
l.19 - l'énergie électro-magnétique
l.32 - galactique...gravitation...
l.39 - scientifique
l.42 - l'énergie d'un vide
l.45 - quantum
 
  La scène cosmique vient en contrepoint du mental/moral, auquel elle s'oppose comme l'extérieur à l'intérieur, l'objectif au subjectif, le scientifique au lyrique, et le pivot en est le sujet caché. Car on n(oublie pas que cette chair, ce coeur, cette sensibilité parle sur une scène où jouent aussi les octets, le magma, les volcans, les galaxies. Façon de relativiser les sentiments, de les replacer dans le formidable théâtre de l'Univers. Où l(on voit une écriture poétique parfaitement à jour sur les dernières hypothèses cosmologiques, notamment celle de l'énergie du vide quantique.
 

à suivre

28 mars 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (11)

 

UNE lecture du chapitre J
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et d'abord, une lecture de la page A du chapitre J
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  Dans l'expression "une lecture", l'indéfini UNE est souligné pour indiquer l'indéfinition du nombre de lectures possibles : c'est UNE lecture parmi une multiplicité de possibles.
  Tout d'abord, on note des récurrences : celles de "une abcdefghij" et de "encre" sont les plus remarquables. La première revient trois fois, la seconde cinq fois. Elles sont à chaque fois accompagnées d'un qualificatif différent :
 
  un abcdefghij singulier
une encre inspirée
une encre émerveillée
un  abcdefghij hypnotique 
l'encre d'un écrivain (?)
une encre ordinaire
un abcdefghij géométrique
une encre théorique

  Les occurrences sont relevées dans l'ordre de leur apparition.Les espaces qui les séparent pourraient être interprétés.
  Il faut noter une occurrence qui se singularise, "l'encre d'un écrivain", d'abord par le déterminant défini, contrairement à tous les autres, indéfinis,et ensuite par la qualification donnée par un groupe nominal (d'un écrivain) alors que, pour tous les autres, c'est un adjectif.
  Une autre singularité : "une encre théorique". Ce sont les derniers mote de la page. Et ils occupent à eux seuls la dernière ligne. On notera au passage la façon spécifique à Alphabet  dont le sens se forme : l'adjectif ne qualifie nullement le nom auquel il se rapporte, comme le veut habituellement la syntaxe, mais il entre en résonance avec tout le texte, et même avec le hors-texte.Ici, nous découvrons le sens en examinant la suite des qualificatifs, la structure de cette suite, et en tenant compte de la situation particulière de l'auteur, de ce qu'il en a lui-même révélé dans son entretien , publié ici-même.
  Observons donc  ces qualificatifs  :
 
singulier/inspirée/émerveillée/hypnotique/d'un écrivain/ordinaire/géométrique/théorique

  La liste se scinde en deux parties, subjective  (les quatre premiers mots) et objective (les trois derniers) , l'expression atypique "l'encre d'un écrivain" faisant office de pivot, comme il se doit.
  Les qualificatifs subjectifs donnent un tableau des sentiments ressentis à la lecture, par l'auteur d'abord, par le lecteur ensuite :
1-singulier : une singulière entreprise en effet, que cet ouvrage !
2- inspirée : le qualificatif du lyrisme. Cette écriture, froide en apparence, est en réalité un chant du coeur.
3- émerveillée : l'auteur d'abord, le lecteur ensuite, est empli d'un étonnement admiratif devant la complexité de cette machine ( au diable la modestie, il faut dire les choses comme elles sont !)
4- hypnotique : c'est "l'effet mantra", produit par la longueur similaire des  phrases, et par la répétition lancinante des mots et des structures.
5-d'un écrivain : on bascule vers le versant objectif. L'écrivain  est conscient de sa position centrale, et de sa fonction créatrice. Mais il est discret, ne dit pas JE -seulement JEU :
"L'écho d'un jeu illisible", à la cinquième ligne, avec le doute sur l'intérêt de son travail : "illisible".
6-ordinaire : après les bouffées d'orgueil, le retour de la modestie ! Qui a le dernier mot !
7- géométrique : c'est le premier aspect de l'ouvage qui apparaît ; On pense à Spinoza : Ethica more geometrico demonstrata. "...à la manière des géomètres.
8-théorique : comme toute théorie, Alphabet est vide - ou se prétend tel - mais il est riche d'un immense potentiel

Avec Philippe Jaffeux, on le voit, rien n'est laissé au "hasart".
  Le chaos apparent révèle son sens profond, ses significations foisonnantes, c'est la marque de la vraie littérature, empreinte humaine, source inépuisable de rêve...

à suivre
 
 
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com

26 mars 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (10)

 

  Intéressons-nous au chapitre J   (je dis "chapitre"   - PJ dit "lettre J - afin d'éviter toute confusion avec la lettre J ou la page J  - les 26 pages du chapitre étant paginées de A à Z - mais ce risque de confusion est certainement voulu ! ). Pourquoi le chapitre J ? Et pourquoi pas? C'est la méthode de lecture choisie qui le veut : une page  ou un chapitre au hasard. Mais, hasard, pas tout à fait. J étant l'initiale de JE, de JEU et aussi de JAFFEUX, il peut y avoir anguille sous roche !
 
  Comme je disais à propos du 8 ième extrait, chacun des quatorze chapitres ( et non treize, comme je l'écrivais par erreur) est suivi d'une courte note explicative, en deux parties intitulées Notes, et Précisions. Bien qu'elle soit placée à la fin, il vaut mieux la lire avant le texte, elle peut apporter des lumières utiles. Voici donc celle qui suit le chapitre J .
 
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  La lettre J est en couleurs (1) sur  http://wwwphilippejaffruc.com/
 
-notes : La lettre J s'intitule " Trichro mie" car elle est écrite avec trois couleurs : un rouge (650 nanomètres (2)), un vert (530 nanomètres) et un bleu (470 nanomètres)(3). Chacune des longueurs d'ondes mesure successivement le nombre de mots contenus dans les 26 pages (4). Trois espaces (5) ponctuent les 26 phrases de chaque page , dont le texte est centré, mais selon la disposition des phrases, les marges peuvent aussi servir de blancs. Dans une page renversée (6), la dernière phrase se termine sur un carré noir afin d'annoncer la lettre K.
 
-précisions: la couleur de la pagination s'accorde à celle de chaque page. La page J est écrite en noir, à l'exception du dernier mot, écrit en rouge. La mise en page de J est centrée. Les mesures récapitulatives dans J , écrites en toutes lettres, sont des : mots et pages (7). La 25 ième ligne de la page Z récapitule 14380 mots dans la lettre J.(8)
 
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 1 Il s'agit du chapitre. Il n'a pu être réalisé en couleurs, mais il est visible sur le site.
2 nanomètre, abréviation nm. C'est la milliardième partie du mètre.
3 les pages se succèdent donc en couleurs et dans cet ordre : Rouge, Vert, Bleu et ainsi de suite, sauf la page J qui est imprimée en noir - à l'exception du dernier mot, écrit en rouge .
4 chaque page comporte donc le nombre de mots indiqué par la longueur d'onde de sa couleur en nanomètres.
5 J'avoue que je n'ai pas trouvé ces trois espaces.
6 C'est la dernière page (la page Z) du chapitre, dont les lignes sont verticales.
7 Encore une indication énigmatique.
8 C'est le total des mots du chapitre.
 
  Un vrai jeu de piste ! J'aborderai la lecture de la page... prochainement/
à suivre
 
 
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05 mars 2015

Philippe Jaffeux : Hasart objectif

  Un hasard objectif (notion soulignée par André Breton, notamment dans son livre Nadja) est la rencontre non nécessaire de deux items semblables, mais appartenant à des suites causales indépendantes.
  Pensant au livre de Philippe Jaffeux, Alphabet, je me disais qu'il s'agissait d'une véritable Odyssée intérieure : un voyage extraordinaire , aussi étrange et mouvementé que celui d'Odysseus, mais qu'on ferait sans quitter son fauteuil , et dont les personnages ne seraient pas Circé, Nausicaa, Polyphème, les Lestrigons et les Lotophages, Charybde et Scilla, mais l'Alphabet et le troupeau des lettres, les chiffres, les couleurs, les lignes et interlignes, les pages, les octets, l'électricité. Quant à la mer "aux flots vineux" (Homère), ce serait la pâle lueur de l'écran.
  Or donc, ouvrant un autre ouvrage du même auteur, Courants blancs, à la page 9 (un nombre qui n'est pas innocent), la première phrase qui se présente à mes yeux ne laisse aucun doute :

"L'immobilité de son corps voyageait dans son âme car il était étranger aux frontières de sa pensée." (première ligne)

  Tout y est ! L'immobilité du corps meurtri, l'arrachement de l'être à lui-même, l'immensité du pays intérieur !
  Intuition renforcée par les lignes 25 et 26 (chaque page comporte 26 lignes)

"Il se perdait à l'extérieur du temps pour trouver l'espace d'une fuite intérieure à son corps. L'électricité illumine la forme interlinéaire d'une page avec les courants de fond d'un nombre écumant."

  où la négativité s'impose à l'existence (se perdait à l'extérieur du temps) qui ne s'avoue pas vaincue pour autant (trouver l'espace d'une fuite intérieure) La "forme interlinéaire"  rappelle une fois de plus au lecteur trop pressé ou superficiel qu'il faut lire entre les lignes , et les derniers mots de la page évoquent par trois fois la présence puissante de la mer : courants, fond, écumant.

  Bon voyage, ô Philippe, Odysseus électrique !

Philippe Jaffeux : Hasart objectif

  Un hasard objectif (notion soulignée par André Breton, notamment dans son roman Nadja) est la rencontre non nécessaire de deux items semblables, mais appartenant à des suites causales indépendantes.
  Pensant au livre de Philippe Jaffeux, Alphabet, je me disais qu'il s'agissait d'une véritable Odyssée intérieure : un voyage extraordinaire , aussi étrange et mouvementé que celui d'Odysseus, mais qu'on ferait sans quitter son fauteuil , et dont les personnages ne seraient pas Circé, Nausicaa, Polyphème, les Lestrigons et les Lotophages, Charybde et Scilla, mais l'Alphabet et le troupeau des lettres, les chiffres, les couleurs, les lignes et interlignes, les pages, les octets, l'électricité. Quant à la mer "aux flots vineux" (Homère), ce serait la pâle lueur de l'écran.
  Or donc, ouvrant un autre ouvrage du même auteur, Courants blancs, à la page 9 (un nombre qui n'est pas innocent), la première phrase qui se présente à mes yeux ne laisse aucun doute :

"L'immobilité de son corps voyageait dans son âme car il était étranger aux frontières de sa pensée." (première ligne)

  Tout y est ! L'immobilité du corps meurtri, l'arrachement de l'être à lui-même, l'immensité du pays intérieur !
  Intuition renforcée par les lignes 25 et 26 (chaque page comporte 26 lignes)

"Il se perdait à l'extérieur du temps pour trouver l'espace d'une fuite intérieure à son corps. L'électricité illumine la forme interlinéaire d'une page avec les courants de fond d'un nombre écumant."

  où la négativité s'impose à l'existence (se perdait à l'extérieur du temps) qui ne s'avoue pas vaincue pour autant (trouver l'espace d'une fuite intérieure) La "forme interlinéaire"  rappelle une fois de plus au lecteur trop pressé ou superficiel qu'il faut lire entre les lignes , et les derniers mots de la page évoquent par trois fois la présence puissante de la mer : courants, fond, écumant.

  Bon voyage, ô Philippe, Odysseus électrique !

26 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (9)

 
 
8 ème extrait
 
00:00:00: mi cita con una ultima hora se suspende sobre el origen de los nùmeros y yo mido el adelanto de un alfabeto que precede una computadora con un tiempo sorprendido
(chapitre G)
 
  Surprise, ce passage est en espagnol; du moins, pour sa quasi-totalité, car il comporte deux mots qui ne me semblent pas appartenir à la langue de Cervantes : cita et mido. Nul doute qu'une signification doit se cacher là, mais je ne suis pas suffisamment armé pour affronter cette énigme.
  J'ai eu une certaine chance de tomber par hasard sur cette escapade ibérique, , car cela m'a incité à un rapide contrôle : l'ensemble du chapitre est en français, sauf la page Q, qui est en anglais, en plus de notre page U en espagnol.
  D'autre part, la page E comporte deux lignes en blanc, que l'auteur appelle "heure creuse", et qui surviennent après la phrase :
"minuter ma révolte solaire contre une écriture soumise à la survenue d'une heure creuse "
(le mot "révolte" - et le mot "solaire" sans doute aussi - est à prendre en note. On devra en reparler.)
  La lecture de la note finale ( tous les chapitres se terminent par une note qui donnent des indications sur l'élaboration du chapitre) m'aurait sans doute fait gagner du temps . La voici:
 
-Notes :La lettre G, intitulée "Journal", mesure 26 textes d'une hauteur de 26 centimètres. Les 24 heures, décrites sur deux lignes, composent chacune des 26 pages. L'addition des six nombres (heures, minutes, secondes) est toujours égale à 26. La pagination de gauche reproduit les sept jours de la semaine et celle de droite récite l'alphabet.Une page de G contient 72 deux points et donc 144 points. La dernière page présente 49 lignes au lieu de 48 et se termine et se termine par un trait Yang et un trait Ying qui annoncent la lettre H.
-Précisions : Chaque page contient 48 lignes et 47 interlignes. Quelques irruptions de blancs et de changements d'heure ou ponctuation (entre la 5 me et la 20 me ligne de la page I par exemple) Ecriture en anglais de la 18 me ligne de la page Q à la 19 me ligne de la page R et en espagnol de la 1 ère ligne  à la 48 me ligne de la page U.Les mesures récapitulatives dans la lettre G et à partir de  la lettre A sont des ; kilo-octets, octets,mots, pages, deux points et points,heures, lignes, interlignes et additions de longueurs  de pages.
(dernière page du chapitre G - que l'auteur appelle "la lettre G")
 
  Les treize chapitres d'Alphabet se terminent par une note du même genre.Nous remarquons que l'auteur est très disert sur les aspects formels  mais parfaitement muet sur le contenu ce qui est normal puisque c'est au lecteur qu'il revient de "lire" l'oeuvre. Mais une remarque supplémentaire s'impose ici : Philippe Jaffeux semble lancer un défi un lecteur : "Regardez cette oeuvre, d'une composition extrêmement rigoureuse et complexe, et qui semble ne vouloir rien dire... En êtes-vous sûrs, qu'elle ne veut rien dire? Toute cette construction pour RIEN ?
  Et vous ajoutez : "que nous importe qu'il y ait 47 lignes ou 48, des octets ou des kilo-octets? "
  Eh bien , je parie que cela importe. Comme dans les grands monuments, surtout ceux qui ont une fonction religieuse, et où les exégètes nous ont montré que tout était symbolique, l'orientation: les dimensions, la place des ouvertures, le nombre et la disposition des détails d'architecture et des ornements... Philippe Jaffeux nous donne cette description minutieuse pour attirer notre attention sur un contenu caché.
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9 me extrait
 
-l'avenir d'un oracle enterre une encre obsolète sous un ordinateur futuriste
-l'organisation d'une tribu de lettres mercenaires inspire une page gratuite
(chapitre H)
 
  Amusant ! on dirait que le 9 me extrait répond du tac au tac au commentaire précédent. On pourrait y voir une manifestation du "hasard objectif" cher à André Breton, mais c'est peut-être plus simplement le croisement de la piste que nous suivons et du chemin que trace le  livre en direction de son but. L'oracle (le contenu caché) aura-t-il un avenir ( des lecteurs) ou va-il s'enterrer avec une encre obsolète ( dévaluée par avance) malgré la perfection technique  de la machine ( ordinateur futuriste). L'organisation ( la composition minutieuse du livre ) d'une tribu de lettres mercenaires (eh oui, rien n'est gratuit dans ce monde boutiquier : il faut payer l'abonnement internet.) inspire une page gratuite ( et revoilà la gratuité , à entendre dans les deux sens : qui ne coute rien (mais on sait qu'il s'agit d'une gratuité boutiquière,donc fallacieuse) - et qui ne sert à rien, ou ne veut rien dire (mais on sait qu'ici le non-sens n'est que d'apparence). On voit avec quelle virtuosité l'auteur jongle avec les notions et leurs contraires, les oppositions et retournements, l'unisson et le contrepoint. Le tout avec humour : cette encre obsolète ! cette tribu de lettres mercenaires ! Lautréamont ! entends-tu cette voix qui te répond ?
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à suivre

16 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (8)

 

6 éme  extrait
 
un ordinateur imaginaire diffuse quatre cent soixante-dix  nanomètres mémorisés par autant de mots qui font écran à l'oubli d'un coloris virtuel
 
(chapitre J )
 
  L'ordinateur, principal personnage du drame, interlocuteur de l'auteur, adjuvant, opposant, toujours présent...avec son champ lexical : presque chaque mot de la phrase en fait partie. Noter aussi que presque chaque mot contient la lettre i , alors que nous sommes dans le chapitre J ; un fait qui résiste à l'éclaircissement, tout comme le nombre quatre cent soixante-dix (que j'ai bien essayé de diviser par 26, mais "ça ne tombe pas juste" - 470 veut garder son secret) . 
  Le discours porte la marque de l'irréel( imaginaire, virtuel) tout autant que du négatif (font écran, oubli). Cependant on perçoit une volonté d'aller contre le Néant  ( diffuse, mémorisés)n avec quelque chose qui ressemble à la vie (coloris). Le mouvement général est une succession d'avancées et reculs alternés, perceptible dès les premiers mots ( ordinateur (concret) imaginaire (abstrait) ) et particulièrement nette dans le dernier membre de phrase : mots (positif) qui font écran (négatif) à l'oubli (négation de la négation) d'un coloris ( affirmation) virtuel (négation). Une pulsation, un battement, un rythme.
 
Remarque
  On croit commencer à deviner la méthode de création du texte, qui semble être un mélange de volonté consciente et de tirage au hasard. Pour commencer un chapitre, l'auteur doit faire choix d'une thématique , avec une poignée de mots s'y rapportant, puis il les jette dans un chapeau et les tire au hasard 26 fois, ce qui lui donne 26 suites de mots. Ici intervient à nouveau le travail de l'auteur, qui relie les vocables en phrases syntaxiquement construites, 26 phrases exactement, et voilà, le chapitre est écrit, avec l'effet "mantra" recherché et obtenu... Mais pour le moment nous n'en sommes qu'aux hypothèses. Et il y a certainement des variations importantes de chapitre en chapitre...La suite nous le dira.
 
à suivre
 
 
 
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15 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (7)

Cinquième extrait
 
j'anime la mise en scène organique d'un 9 ième  battement grâce à la 17 ième greffe d'un rythme sur une scène si la circulation d'une encre écoeure le sang d'un interlignage
 
( Chapitre I )
 
  j'anime ; l'absence de majuscule et de ponctuation est voulue, dénotant peut-être la banalité ou l'insignifiance. A noter toutefois l'affirmation du je, le sujet, l'Ego ; dans l'océan anonyme de l'indifférencié, le surgissement de la première personne.
  9 ième : c'est la lettre I . Si on y ajoute 17, on obtient 26.
Ici, les thèmes de l'écriture ( encre, interlignage) et du théâtre (mise en scène, scène) s'entrecroisent sous le signe , non plus des oppositions, mais de la saturation : du mouvement (battement, rythme, circulation) et du vivant (organique, greffe, sang). Le rapprochement encre/sang scelle une quasi identité, celle de la vie et de l'écriture, qui ne va pas sans difficultés (écoeure)
  Interlignage : contamination du typographique (l'interligne) par le biologique - sociologique (lignage, comme suite de générations)
 
Remarque : Chacun des extraits étudiés n'est qu'une infime partie du chapitre où il a été prélevé, et de ce fait le mouvement plus large du chapitre - et du livre tout entier- semble sacrifié. Il s'agit en fait d'un parti-pris de méthode , inconvénient auquel il sera remédié par la suite.
 
à suivre
 
 
 

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13 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (6)

Quatrième extrait
 
une projection de lignes allégoriques identifie la révélation d'un film prêt à interpréter la disparition d'un écran une distance exacte entre l'approche d'une limite et la mesure d'un mal approfondit une page approximative
 
(chapitre K)
 
 
 
projection/approfondit
lignes/page
allégoriques/mal
 révélation/disparition
film/écran
exacte/approximative
 
  Encore une fois sous l'apparence chaotique des enchaînements se cache la rigueur des oppositions. La phrase à la fois donne un indice de signifiance (lignes allégoriques), exprime une pensée du vide créateur ( interpréter la disparition d'un écran),ainsi que la conscience d'une expérience unique (l'approche d'une limite) et d'une souffrance aussi exceptionnelle (la mesure d'un mal), enfin suggère une méthode ( approfondit une page approximative). Façon d'indiquer au lecteur trop pressé que sous l'approximatif (l'aléatoire, le chaotique; le non-sens) se cache la profondeur( le murmure de l'être, la douleur, le coeur...) ! 
 
à suivre
 
 
 
 
 
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11 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (5)

Troisième extrait
 
L'intervention de la glossolalie au sein d'une confrérie de fautes surnaturelles légitime la mystique  d'un écrivain si l'écoute d'un analphabète spontané exorcise le jargon d'un nombre
(ce dernier mot est barré, ainsi que les lettres employées pour la pagination)
 
Chapitre L

  Glossolalie : mot familier au lecteur d'Artaud, lequel insère dans ses textes des "poèmes" en glossolalie. Le mot est également connu de ceux qui s'intéressent au chamanisme, au spiritisme  et à l'histoire des religions, notamment le Christianisme. Saint Paul en parle dans l'Epitre aux Corinthiens. Il s'agit d'un langage étrange ou étranger, soit parce que sa syntaxe bouleversée rend les phrases incompréhensibles, soit parce que les mots eux-mêmes sont des suites de sons inconnues de toute langue naturelle. On pensait que ces formes d'expression avaient un rapport avec un monde surnaturel, aujourd'hui la glossolalie est considérée comme une affection langagière proche de l'aphasie.
  confrérie...surnaturelles...mystique...exorcise... On devine qu'on est aux limites du réel, que la souffrance, pour être cachée, n'en est pas moins poignante et met sur le chemin des pratiques magiques 
  L'écrivain et l'analphabète. Le second doit apprendre le langage (glossolalie) du premier, c'est le prix à payer pour être un lettré.
  Le jargon d'un nombre. L'autre versant du message.Encore un langage secret (jargon). Indispensable pour la reconstruction du discours.
 
à suivre

 

10 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (4)

Voici le deuxième extrait choisi (j'en ai pris 9, au hasard)
 
Un contraste déréglé immobilise la seconde rotation d'un abécédaire planétaire avec des nuits démesurées une orthographe pernicieuse nourrit la fin d'une page qui ponctue l'appui bienfaisant d'une suite incorrigible.
  (Chapitre B )
 
Ces deux lignes, qui terminent le chapitre; finissent par un point  (contrairement à l'ensemble du chapitre qui n'est pas ponctué) annonçant le chapitre suivant. Le verbe ponctue fait d'ailleurs partie de la phrase.De même les mots fin, page et suite. Chaque chapitre du livre possède ainsi une finale particulière annonçant la suite.Nombreuses paires faites de substantif+adjectif, avec cette particularité que le rapport sémantique entre les deux termes est absent.Exception peut-être pour abécédaire planétaire (l(alphabet veut englober, ou désigner, le monde, avec renforcement du lien par la sonorité répétée et pour  nuits démesurées qui peut signaler les nuits d'insomnie. Et , à la relecture, le contraste déréglé peut être celui de l'écran et l'appui bienfaisant  le réconfort de pouvoir écrire une suite... incorrigible  - rebelle. L'extrait, qui de prime abord chaotique semble avoir trouvé ses mots dans un chapeau, prend miraculeusement sens pour suggérer une nuit sans fin consacrée à l'écriture.
 
à suivre
 

Philippe Jaffeux : ALPHABET (3)

CITATIONS (lectures)
 
  Quand je faisais mes seize mois, on parlait dans les chambrées, sans trop y croire, d'un adjudant vicieux qui donnerait des punitions du genre : balayer la cour de la caserne avec une brosse à dents...Je n'irai pas jusqu'à comparer la lecture d'Alphabet à un tel exercice (supplice), mais il faut reconnaître que la tache requiert une bonne dose de patience. Et beaucoup de temps. Pourtant, l'auteur a trouvé l'un et l'autre. Et on ne peut douter qu'il se trouvera un esprit scientifique , aiguillonné par le souci de percer le secret de cet ouvrage, qui le lira de la première ligne à la dernière, crayon en main, notant et relevant les occurrences de tel mot, telle image, telle sonorité, tel chiffre, échafaudant des hypothèses et faisant les observations nécessaires pour les affiner et les consolider. Un travail de longue haleine, à la mesure du temps investi par l'auteur.
  Mais nous avons vu qu'il faut inventer , pour cette écriture radicalement nouvelle, une lecture capable d'en percer le secret, ou plus modestement d'en donner une vue partielle. J'ai donc opté pour un échantillonnage assez bref, accompagné d'un examen très attentif avec toujours deux idées bien présentes à l'esprit :
 
 1. Philippe Jaffeux nous a révélé que depuis quinze ans il ne peut plus écrire à la main, et depuis deux ans li ne peut plus utiliser le ckavier. Il se sert donc d'un système à reconnaissance vocale pour communiquer avec l'ordinateur. 
2.Cette écriture, apparemment aléatoire et froide , ne peut pas être indifférente à cet état. Bien au contraire, là doit se trouver le principal souci de Philippe Jaffeux, dans sa relation au quotidien, à l'existentiel, à l'ontologique, et notre défi de lecteur est d'en déceler la trace.
 
Voici le premier extrait :
 
La cité est l'ermitage
d'un homme renversé
Sous l'universel mirage
son destin a glissé
 
(chapitre A)
 
  Le Destin. Fatum. L'hostilité du sort. L'homme renversé  sous (enterré, peut-être écrasé) l'universel mirage. La VIE. La vie est un songe, oui, mais tous courent après ce songe et en redemandent, ce qu'ils ressentent est bien réalité. C'est la cité, la vie, le songe, et que reste-t-il à l'homme renversé? L'ermitage. Peut-être cellule, peut-être même prison.

  Curieusement, ces vers sonnent comme un quatrain de Nostradamus.

05 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET (2)

 



  


    
      
      
      
         PROJECTION
 
 
 Il est une forêt - ou une montagne, ou un lac... où se cache l'entrée 
du monde  des Idées, ou des Images, ou des Esprits. Rien ne signale ce 
lieu, le chemin en est perdu, et tous les poètes le cherchent.
 
 
 Ce livre, pavé bleu au format 21x29,7 , est peut-être le premier petit 
caillou blanc sur la piste du Tout. Mais sa lecture requiert un abandon 
des habitudes apprises, des automatismes et rituels, au profit d'une 
invention : il s'agit de créer une technique de lecture spécifique, 
nouvelle, totale. En picorant, ou par blocs plus ou moins massifs, en 
humant, soupesant, mesurant, ou encore en contemplant, observant, 
analysant, écrivant...
 
 
 Car ce livre a quelque chose des grimoires magiques, de Stonehenge, du 
"Coup de Dés jamais...", du Yi King, de la Chaussée des Géants, du 
Catalogue de la Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Etienne, de la 
cathédrale de Chartres, du Taj Mahal, des confitures de ma grand mère, 
de la Kabbale, de la danse des Derviches Tourneurs, de l'Indicateur des 
Chemins de fer, des Mantras, du Parthénon, du Land Art, des comptines de
 notre enfance.
 
 
 Car, on l'aura deviné, Philippe Jaffeux est un chercheur d'Absolu, 
comme le personnage de Balzac dans le conte de ce titre, mais un 
chercheur d'Absolu d'un genre un peu spécial, alors que l'Absolu s'est 
lézardé, effrité, effondré,  et qu'il est tombé en poussière. Puisqu'il 
n'y a plus d'Absolu, il l'a créé de toutes pièces.
 
 
 A partir du RIEN, les lettres de l'Alphabet, qui ne veulent rien dire 
(il aime jouer avec le Néant, le Vide, le Silence), il tente de 
retrouver le TOUT, ou de le créer,puisque les lettres de l'Alphabet - et
 les chiffres, n'oublions pas les chiffres - sont à l'origine de toutes 
les bibliothèques ,Nationale, Vaticane, d'Alexandrie, présentes, passées
 et à venir. et que la connaissance de l'Univers - celle à laquelle nous
 pouvons accéder- est censée se trouver là, en acte ou en puissance. On 
comprend pourquoi Alphabet, comme la Connaissance, est un ouvrage en 
devenir, toujours en devenir.
 
 
 Mais là se pose un problème : comment, sous l'apparente impassibilité (
 impossibilité) d'un texte dit aléatoire, issu d'un  chaos assez 
semblable à la soupe primordiale du Big Bang, chemine en secret  un 
mince filet lyrique, éclaté, déconstruit, en lambeaux...du sens, enfin !
 Car le lecteur, incorrigible Coeur, veut du sens ! Dans le désert le 
plus calciné, il veut trouver la source ...

à suivre
 
le blog de la Micronésie poétique
http://micronesiepoetique.hautetfort.com/

04 février 2015

Philippe Jaffeux : ALPHABET


Une tentative totalisante d'appropriation du
         MONDE
         par l'
         ECRIT
-lettres et nombres-
         à travers une
RYTHMIQUE-METAPHYSIQUE
         méditée par la
         VOIX


         *********

 

         ALPHABET
de Philippe Jaffeux

 

         *********

 


Journal de lecture par
Orlando Jotapil RODRIGUEZ

----------------------------------------------------

1.Scrutation
2.Citations
3.Projection

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   SCRUTATION

(tentative de description extérieure)


1
Philippe Jaffeux
ALPHABET
de A à M
Passage d'Encres /Trace(s)
Juin 2014

2
De A à M, treize lettres, la moitié de l'Alphabet.

3
La lettre N a été publiée en fascicule séparé, mars 2013 - donc avant A à M.

4
C'est ici qu'on apprend qu'Alphabet comporte 390 pages, soit 15 lettres de 26 pages (de A à M je compte treize lettres et non quinze, mais je me trompe peut-être?)

5
ALPHABET
un beau volume bleu
390 pages
au format 21 x 29,7

6

Le système de pagination est variable. Par exemple le chapitre "A" (est-ce que le mot chapitre est celui qui convient? ) n'est pas paginé Le chapitre "B" est marqué de A à Z , la marque se déplaçant progressivement vers la droite : la page A est marquée sur la gauche, et la marque Z à l'extrême droite. A la lettre D, les indications de pages sont redoublées : A/A, B/B, etc...Au chapitre E, intitulé ZEN, les lettres de pagination sont entourées d'un cercle. Au chapitre H, les indications son suivies d'une parenthèse fermée...

 

7

Pour chacune des treize lettres de A à M, un développement de 26 pages; de forme spécifique, chacun affecté d'un titre. Il n'y a pas de table des matières, pas de sommaire. Il y en aura peut-être après la lettre Z.

 

Quelques exemples de développements :

-pour le A,intitulé PREFACE, 26 "chansons" composées chacune de 4 couplets précédés d'un refrain.

-pour le B, un texte de 26 lignes descendant progressivement de page en page, jusqu'à la dernières où il occupe le bas de la page.

-pour le E, les textes sont inscrits dans des cercles de la taille d'un DVD.

-pour le G, les pages sont bien remplies par une suite de paires de lignes toujours précédées de l'indication horaire : heure, minutes, secondes...

-le chapitre  K est écrit en lignes verticales, encadrées à droite et à gauche de petits carrés noirs évoquant les perforations d'in film (Philippe Jaffeux a fait des études de cinéma) La page K (du chapitre K) est écrite en blanc sur fond noir...

 

à suivre

 
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30 janvier 2015

Philippe Jaffeux : entretien (4)

7

Une multitude d’œuvres suscitent mon admiration, mais je ne m’inscris dans aucune filiation et mon travail ne fait référence ni à des artistes/écrivains, ni à aucun groupe. Dans le meilleur des cas, mon activité se situe à l’extérieur de la communication, des opinions ou des connivences. Je ne me sens pas concerné par ce qui peut relever de l’avant-garde, car on écrit toujours par rapport à quelque chose.

J'aime bien la contradiction chez Philippe Jaffeux, et la façon dont il l'assume, en bon dialecticien. La première phrase affirme qu'il ne s'inscrit dans aucune filiation, et la dernière au contraire qu' "
on écrit toujours par rapport à quelque chose." , ce quelque chose étant probablement ce qu'écrivent les autres. Eh oui, on n'invente pas à partir de rien, mais toujours dans un échange multiple avec les livres qu'on a lus, les paroles qu'on a entendues , et le plus souvent dans une opposition constructive. L'écriture de Philippe Jaffeux , reflétant une méditation profonde sur la condition humaine et son effort pour atteindre - ou créer- un absolu, même si elle s'appuie sur des techniques connues - la science des nombres, la valeur des lettres, les vertus du hasard et de la répétition lancinante ,est radicalement nouvelle : si ce n'est pas de l'avant-garde, ça y ressemble fichtrement, et même s'il ne se sent pas concerné !

 

 

8
Si les réflexions de Nietzsche sur Pythagore m’ont conduit à attribuer une valeur divine aux nombres, j’utilise aussi ces derniers comme les pièces d’un jeu qui essaient de traduire le lyrisme de l’électricité. Mon activité peut être définie comme une tentative de numérisation poétique et impersonnelle de l’alphabet.

Le "lyrisme de l'électricité" ! J'adore. Dufy avait chanté - en couleurs- les louanges de la "fée électricité", mais il n'avait pas pensé à son lyrisme. Et encore la contradiction : le lyrisme... mais impersonnel .Un peu comme de la neige chaude, de l'eau sèche ou une rapidité lente. Mais c'est vrai que l'écriture de Philippe Jaffeux, j'en ai déjà parlé, possède ces deux aspects : une apparente froideur, sous laquelle frémit un chant discret  et parfois poignant.

 

9

Contrairement aux idéogrammes, aux hiéroglyphes, aux lettres arabes ou hébraïques, notre alphabet phonétique et utilitaire, domestiqué par nos paroles, a perdu toute relation avec le sacré.

C'est vrai. Et rendons grâces à Philippe Jaffeux de nous emmener, avec lui, à la rencontre des sources perdues du sacré. Le devoir de tout poète.

à suivre

28 janvier 2015

Philippe Jaffeux : entretien (3)

4
Mes textes essayent d’évoquer un entrelacement entre le langage de l’électricité et celui de l’alphabet. L’énergie de mon travail est d’abord électrique car elle émane des ordinateurs. Mes nerfs éprouvent aussi du plaisir à être mis en éveil par le flux électrique de ces machines. Toute la dynamique de mes textes est soutenue par un alphabet électrique qui aspire surtout à être l’incarnation d’un mouvement, d’un élan transcendant et libérateur.

"Entrelacement"... Ce mot évoque la calligraphie arabe, cet art d'entrelacer les caractères d'une sourate pour en faire à la fois une formule sainte et un motif décoratif. "Alphabet électrique" (le clavier de l'ordinateur) ma fait penser au Manifeste électrique à paupières de jupe, 1971, de Michel Bulteau un poète proche de la Beat generation, donc assez éloigné de Philippe Jaffeux, mais quand même...

 
 
 5
les 390 pages de Alphabet peuvent être lues et /ou vues.

On peut ajouter : soupesées (l'auteur s'intéresse au poids d'une page, écrite seulement au recto, précise-t-il), mesurées, flairées, scandées, ... et  pur ce qui est de "lues", j'ai dit ce que j'en pensais, qu'on me permette de me citer :

il est clair qu'on ne lit pas Alphabet  comme les Trois Mousquetaires ou Maigret et l'affaire Saint-Fiacre ! Non. Plutôt comme le catalogue des Trois Suisses, ou comme l'Annuaire du téléphone ou comme le Yi King. Ou comme on écoute la Passion selon Saint Mathieu, ou le Requiem, ou la Neuvième Symphonie. Ou comme on contemple le Parthénon, ou la Cathédrale de Chartres, ou les chutes du Zambèze. Ou comme on goûte un mets chez les Trois Gros, ou à la Pyramide, ou à la Tour d'Argent. Sans aucune référence à une vaine question de valeur. Simplement pour donner une idée  de la technique multi dimensionnelle , directionnelle et substantielle que nous devons apprendre pour entrer dans cette écriture.Et en sachant qu'on peut y consacrer trente secondes,trente minutes ou trente jours, une seule fois ou de façon répétée. C'est  ce que je fais en ce moment : environ cinq minutes le soir avant de m'endormir !
 
 
6
Le potentiel de l’alphabet est inépuisable car il se régénère sans arrêt au contact d’un vide qui est support-même de création. Alphabet puise son énergie dans un vide roboratif et dans chaque proposition du hasart… que j’orthographie avec un t ! La pensée taoïste a certainement joué un rôle primordial dans ma relation avec ce vide créateur qui va à l’encontre de celui que l’on associe généralement au néant. 

  Parfaitement ignorant quant au taoïsme, je suis allé à la pêche  et, si vous êtes comme moi, je vous conseille d'en faire autant : car vous apprendrez que la pensée chinoise traditionnelle  comporte deux branches principales, le confucianisme et le taoïsme. Le confucianisme ( esprit social, conformisme, obéissance, action) est largement dominant, mais le taoïsme, dont est issu le Zen, est très vivace : esprit individualiste, contemplatif, naturaliste, minimaliste... Le "vide créateur" , doctrine qui donne le vertige  quand on pense que, selon la théorie du Big Bang, l'univers à l'instant zéro avait la taille d'un atome... ou moins encore !
  Mais revenons sur terre  et considérons le potentiel signifiant de la suite des lettres de A à Z : apparemment, zéro, mais en réalité, l'infini : toute la Bibliothèque Nationale, le British muséum, la Bibliothèque Vaticane, la Bibliothèque d'Alexandrie,enfin, tout, tout ce qui s'écrit, s'est écrit et s'écrira. Ce qui n'est pas sans évoquer les possibilités infinies d'infinis d'infinis de la combinatoire des éléments du Réel, qui a donné les galaxies, la vie, et ce chef d'oeuvre  qu'est l'être humain, et qui donnera sans doute bien d'autres créations surprenantes.
  Ce parallèle entre l'Alphabet  et la Création incite à penser qu'il existe une relation entre l'un et l'autre. L'esprit scientifique aurait tendance à penser que c'est le Réel qui permet la création de l'Alphabet, mais le mysticisme préfère le chemin inverse, l'Alphabet donnerait naissance au monde : "Au commencement était le Verbe " (Genèse). Et notre poète pencherait plutôt de ce côté-là. 
  L'un dit que c'est la poule qui a fait l'oeuf, l'autre que c'est l'oeuf qui a fait la poule. Ils ont peut-être raison l'un et l'autre, allez savoir !

à suivre